Dans un opuscule intitulé Raison contre pouvoir, le pari de Pascal, Jean Bricmont interviewe Noam Chomsky. Il lui demande notamment « N’est-il pas vrai que toutes les formes d’auto-organisation selon les principes anarchistes se sont finalement effondrées (pensez aux diverses communautés dans les années 1960 et 1970, mais il y a aussi des expériences antérieures) ? »

Avec un raisonnement semblable, on aurait pu conclure au XVIIIe siècle que les tentatives d’établir la démocratie politique ou d’abolir l’esclavage ou de protéger les droits des femmes ou bien… ayant toujours échoué, pourquoi alors devrions-nous même essayer de promouvoir la paix et la justice et les droits de l’homme ? demande Chomsky. C’est là à coup sûr un piètre argument. […] Je suis aussi en désaccord avec l’observation historique que vous faites. Il n’y a pas de « principes anarchistes » fixes, une sorte de catéchisme auquel il faudrait prêter allégeance. L’anarchisme, du moins tel que je le comprends […] est une tendance de la pensée et de l’action humaine qui cherche à identifier les structures d’autorité et de domination, à les appeler à se justifier, et, dès qu’elles s’en montrent incapables (ce qui arrive fréquemment), à travailler à les surmonter. Loin d’avoir « échoué », l’anarchisme se porte très bien. Il est à la source de beaucoup de progrès – très réels – des siècles passés, y compris depuis les années 1960 et 1970. Des formes d’oppression et d’injustice qui étaient à peine reconnues, et encore moins combattues, dans un passé récent, ne sont plus considérées aujourd’hui comme tolérables.

Exemple d’une de ces luttes nouvelles : la bataille pour le revenu de base. Nous avons identifié chez les banquiers une structure d’autorité et de domination que nous devons éradiquer en distribuant leur pouvoir de création monétaire entre les mains de tous (ce n’est pas plus fou qu’abolir l’esclavage).

Internet est en train de nous permettre de distribuer la liberté d’expression entre tous alors que jadis seule une minorité se l’arrogeait. Cette bataille, cette décentralisation, est loin d’être achevée. Elle ne fait même que débuter, mais il s’agit bien d’un projet anarchiste au sens où le définit Chomsky et dans lequel je ne peux que me reconnaître.

Nous ne cessons d’identifier les structures d’autorité et de domination. C’est tout le problème pour les autorités en place. Nous contestons la production d’énergie centralisée, la distribution alimentaire centralisée, l’éducation centralisée, l’expertise centralisée… L’anarchisme n’a jamais été aussi vivant. Il le sera tant que le capitalisme ne sera pas vaincu, le capitalisme étant une structure d’autorité et de domination extraordinaire.

Toutes les contestations ont cela de particulier qu’elles peuvent s’exercer dans le cadre de forces politiques traditionnelles, mais, surtout, à titre individuel. Par le passé, il était difficile de se batte seuls contre les puissants. Quelques riches propriétaires l’ont fait contre l’esclavage, mais avec difficulté. Aujourd’hui, chacun à notre niveau nous pouvons agir parce que les nouvelles technologies démultiplient notre puissance d’action.

Nous commençons également à comprendre que les partis eux-mêmes sont des structures d’autorité et de domination. Alors nous ne pouvons pas nous engager dans ces structures pour lutter contre des structures de même nature. Cela reviendrait à déplacer éternellement le problème sans réellement le régler.

Il ne s’agit pas nécessairement d’agir seul mais de se lier dans des TAZ qui sauront mener un combat de guérilla et se redessiner en fonction des circonstances et des besoins. Ne nous leurrons pas. Depuis toujours les structures de pouvoir et de domination défenbent leurs privilèges jusqu’à la mort. Les forces anarchistes gagnent peu à peu du terrain tout en partant de très loin.

Internet peut apparaître comme une victoire incontestable des forces libres. Le réseau pensé par des hommes libres, tant bien même ils travaillaient pour l’armée américaine, est l’arme la plus fantastique dont n’ont jamais disposé les anarchistes.

Leurs adversaires de toujours ont fini par le comprendre. Au début, ils se sont laissés berner par les possibilités économiques du réseau. Maintenant, ils réagissent. Plus rien ne les arrête. Le Web est aux mains de quelques puissantes entreprises : Google, Facebook… qui ont réussi à recentraliser le réseau pour en phagocyter la créativité.

Les gouvernements, ces centres de domination, peuvent dès lors appliquer un contrôle de plus en plus drastique sur la part du réseau qui se joue hors de ces acteurs « officiels ». Une nouvelle bataille commence. Une nouvelle guerre de Sécession.

Choisissez votre camp. Préparez-vous à passer outre les barrages que plus aucune raison économique n’empêche de dresser maintenant que le Web tend à se structurer comme un pouvoir traditionnel. Et n’oubliez pas que la plus grande structure créée par l’humanité, celle qui lie aujourd’hui 2 milliards d’humains, Internet, est le fruit d’un fantastique processus d’auto-organisation. Quelques règles fécondes, TCP/IP par exemple, ont été adoptées et le réseau a bourgeonné à partir d’une multitude d’initiatives publiques, privées et individuelles. Nous pouvons vivre en minimisant les structures d’autorité et de pouvoir. Et celles qui subsistent sur Internet, comme les serveurs racines, peuvent elles aussi être éradiquées.

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44 comments

  1. zoupic says:

    L’homme est-il un anarchiste pour l’homme?

    J’aime quand tu décris le pouvoir d’Internet et tous les fronts simultanés à défendre pour aplanir les structures de contrôle et de centralisation des pouvoirs.

    Internet a ouvert ces fronts, à nous de nous glisser dedans pour les défendre et garder la ligne ouverte coûte que coûte. Des millions d’utilisateurs sont capables de s’unir pour créer quelque chose de moins cher, plus solide et plus humain que ce qu’une concentration d’argent et de pouvoir peut diriger.

    Ce qui est rigolo c’est de voir que certains reconnaissent seulement un front et ne font pas le parallèle entre leur consommation de musique via Internet et leur métier de journaliste. Dans tous les cas, c’est un aplatissement des centres de pouvoirs qui s’opère, jusqu’ici maintenu en pyramides verticales, cristallisées par le lien argent, aujourd’hui tout se liquéfie à l’horizontal.

    Par contre, je pense que ça se fera plus vite que ce que tu dis, peut-être que je rêve.. J’ai l’impression que la pression monte et que beaucoup de verrous sont déjà bloqués, on a vu la brèche et la possibilité d’aplanir tout ça, s’ils cherchent à le bloquer, et commencent à nous retirer le joujou, ça va gueuler. Hadopi, Loppsi etc.. même si on ne dit pas grand chose, j’ai l’impression que ma génération en a déjà plein le cul.. on ne laissera pas passer cette chance. Et selon le climat, les banques, les crises et la mort du pyramidal extrême, je crois que ça peut se retourner assez vite. *espoir*

  2. Ta génération justement ne fait rien encore.

    Utilisation massive des services centralisés.

    Panurgisme chez google et facebook.

    Tout cela n’est pas bon signe.

    Les gens sont-ils conscients que les forces de contrôle essaient de reprendre la main.

    Tous ces gens qui se disent à gauche… ils n’ont pas compris aussi que le front n’était pas là. Que le véritable socialisme, il faut le chercher totalement ailleurs.

  3. OPFA says:

    L’anarchisme est un gros mot qui fait peur à ceux qui ne le connaissent pas ou ne le comprennent pas, tandis qu’un grand nombre de ceux qui s’en revendiquent se complaisent dans un discours pseudo-révolutionnaire passéiste et une imagerie folklorique à base de poings levés, d’étoiles, et de slogans “pochoirisés”…
    Occupons nous d’abord de changer cette image pitoyable qui colle à la peau des idées libertaires, et peut-être ensuite aurons une chance de faire changer les choses.

  4. 000 says:

    En 1968, Lacan, dans une formule célèbre, avait dit aux étudiants qui se prenaient pour des rebelles :

    “ce que vous voulez c’est un maître”.

    Quand tu dis :

    “Les gens sont-ils conscients que les forces de contrôle essaient de reprendre la main”

    Je vois cela autrement. Les gens ont peur de la liberté et de la responsabilité qu’elle implique, ils se cherchent de nouveaux maîtres, qu’ils trouvent dans de nouveaux panurgismes grégaires autour de nouvelles icônes : Apple, Twitter, Facebook…

    Echapper à l’angoisse du choix, faire comme le voisin, dans le cocon de la Marque.

    L’anarchisme est un élitisme, il ne va pas de soi. Il bute justement sur la tendance mimétique.

  5. Lacan, 68, la révolution, le groupe et le maître says:

    En juin 1975 Lacan a développé sa phrase de 1968 (“ce que vous voulez c’est un maître”) :

    “La question est de savoir effectivement comment a fonctionné jusqu’ici ce qu’on appelait une société analytique (…)

    Et c’est très précisément en ceci que je pense que ces sociétés restent trop prudentes, si je puis dire,

    c’est à dire fonctionnent selon les lois ordinaires du groupe où il est en effet absolument nécessaire que, toujours, se manifeste le maître,

    comme j’ai cru pouvoir le dire au moment du grand remue – ménage de mai 68 : (…)

    je leur ai dit : ce que vous voulez c’est un maître.

    Ce qui s’est d’ailleurs tout à fait avéré depuis, la crise de 68 n’ayant eu d’autres conséquences qu’un resserrement maximum, n’est-ce pas de ce que j’avais, Dieu merci, avant mai 68 [décrit] comme “le marché du savoir”

    – je veux dire que le savoir y est réduit à devenir une marchandise…”

  6. zoupic says:

    hmm.. tu touches un endroit bien particulier.

    Quand tu mets ça, je me sens visé aussi, quelque part. Et j’ai envie de défendre, moi ou ceux de ma génération qui moutonnent.

    Google, facebook, ce n’est pas une question de moutonnisme, c’est une question de loi des réseaux: winner takes all, le premier arrivé dénivelle le terrain et attire tout le liquide a lui, qui ensuite ne fait qu’abonder vers lui.

    Dit autrement: aujourd’hui qu’est-ce que j’ai comme alternative à facebook qui soit aussi fonctionnel? D’un point de vue utilisateur, quel est le problème d’utiliser facebook ou google? à un niveau individuel et local, il n’y a aucun problème avec ça, c’est même le must, et c’est aussi ça qui marche.

    Quel est le prix de la liberté? Mes données personnelles? le risque qu’ils soient evil? Qu’ai-je à cacher? Où est le mal? Quel est le risque? Et que se passe-t-il si un jour ils… ?

    Imagine un instant qu’on nationaliserait facebook? mieux? moins bien? pourquoi? Moralité, quelle est la sécurité de confiance dans la répartition d’un pouvoir? Quel est le choix entre la confiance à des inconnus et le “ne pas être membre” d’un produit clé gratuit super-méga-utile qui simplifie et change la vie?

    Récemment je suis passé chez mac, macbook et iphone. J’avais ubuntu avant. Bien, j’avais ubuntu car je préfère la philosophie, le mode de pensée, le fond, la forme.. beaucoup de choses. dans la réalité, j’aurai préféré réinstaller windows que garder ubuntu car en terme d’user experience, j’étais vraiment bridé sur ubuntu. Pas par ubuntu lui même, mais par son interface, mes piètres connaissances et le temps/prix à payer pour dompter le man. Ce prix n’est pas encore à ma portée, malgré l’amour que j’ai pour la philosophie, aujourd’hui j’ai fait le choix d’être sur mac, parce que c’est simple et propre, parce que ça fait ce que je veux quand je veux et que j’ai pas besoin de rentrer dans le man ni de mettre les mains sous le capot. Ce que je demande à un service, à un outil, c’est qu’il fonctionne selon mes besoins. La philosophie qu’il porte, oui, certes, bien sûr, mais l’user experience avant tout.

    Pour facebook et google, des millions d’utilisateurs y sont car c’est là où il faut être. Le défi: créer des alternatives open sources qui soient aussi pointues et simple à utiliser que ce que font les entreprises capitalistes.

    Là où je parle surtout de brèche pour ma génération, ce n’est pas tant au niveau du choix du moteur de recherche, du plugin de blog ou de facebook, c’est plutôt sur la copie, le partage et l’échange de fichiers mp3, divx, les industries matérielles pyramidales qui se sont fait des couilles en or sur des outils de production et des réseaux de distribution dont elles seules avaient les clés.

  7. 000 says:

    Le problème des systèmes centralisés hégémoniques comme Facebook, c’est que tu es forcé d’adhérer à un règlement, et si tu n’acceptes pas ce règlement, tu es exclu de l’ensemble de la communauté.

    Comme les gens qui sont sur Facebook n’ont plus guère le temps d’aller ailleurs, tu aboutis à un isolement de l’individu récalcitrant.

    Or, si tu lis de près le règlement de Facebook, il est infiniment moins respectueux de la liberté d’expression que la loi française.

    Facebook peut exclure quand il le veut n’importe quel membre, parce que dans la pratique aucun membre peut respecter à la lettre ce règlement aussi contraignant.

    Une telle autorité arbitraire dépasse de loin ce qu’on accepte des Etats.

    Idem pour le fichage de chacun, qui dépasse de loin ce qu’on accepte de l’Etat.

    Et le drame c’est que justement on n’a plus guère le choix : comme tout le monde y est, ou bien on y va, ou bien on se prive de l’essentiel des échanges en ligne.

    Du temps des blogs, il y avait 5 ou 6 systèmes populaires se partageant les hébergements.

    On va vers une perte des alternatives : maintenant, un ou deux systèmes dominent tout.

    Ces forces monopolistiques sans concurrence sont dangereuses.

    Je ne suis plus libre de dire merde à Facebook, sauf à me priver de l’essentiel de mes contacts, qui ne sont plus présents ailleurs.

    Quand on ne peut plus dire merde à une entreprise, qu’on devient dépendant d’elle et d’elle seule, qu’on est forcé d’accepter son règlement arbitraire, qu’il n’y a plus d’alternative, c’est très mauvais.

  8. zoupic says:

    Je vois bien ce que tu critiques. L’alternative existe dans l’ombre, il y en a plusieurs qui ne sont pas aussi bien que le numéro uno, mais qui permettent d’être connectés.

    Wikipedia, facebook, google, si l’un de ces monstres devient un jour méchant, tout le monde se tire. Le prix à payer devient trop fort. Les alternatives existent et peuvent être utilisées, elles le seront si le navire principal perd la tête. C’est aussi ça le liquide, ça se forme et ça se déforme et ça se reforme à vitesse grand V. Si google s’est fait en 10 ans, il peut couler en 1 mois et être techniquement remplacé en 2 jours. Comme pour Hadopi et les libertés en général, il y a comme un étau qui se resserrent en permanence et cherche à faire de nous des bons captifs. Je donne ma liberté contre l’intégrité de la boîte. Je leur donne ma confiance, jusqu’au moment où.

  9. Kissingear says:

    Il faut juste faire passer un kit: un mode d’emploi très simple qui prendrait très peu de place, téléchargeable de partout, et qui expliquerait the bases, pour avoir le permis d’autonomie de pilotage technique du net et comment se créer son blog easy, etc, être son propre serveur etc mais aussi vraiment en expliquant les quelques règles “fécondes” pour développer l’esprit de recherche (parce que souvent les gens subissent même le technologie et croient qu’ils ne peuvent pas apprendre) etc et avec un programme additionnel pour connecter les blogs les uns aux autres en entrant le nom du blog cible sur sa source, afin de créer une sorte de méta navigation totalement open, qui à la fois contournerait et rentrerait dans les agglomérations à son gré; et non? Je n’y connais absolument rien de ce côté là,(à part monter du pc) Mais c’est faisable ça? Pulser de l’autonomie de cette manière?
    Quand au moteurs de recherche c’est encore une autre histoire, je ne m’y connais vraiment pas assez mais…
    PS: un vrai bonheur de te lire comme d’hab. : ))

  10. @000 On peut sans doute remplacer le maître par les liens, par l’interdépendance… chacun des autres devient un peu le maître sans qu’il ait une capacité autocratique mais néanmoins un effet leader…

    @Zoupic Le chef, facebook, Apple, est tellement mieux qu’il faut le suivre. C’est exactement ce qu’a dit 000. Vous créez une nouvelle force de domination sans vous en rendre compte. Vous vous en mordrez les doigts. Facebook est contrôlable. Vous créez une super puissance. Il sera bientôt impossible de lui dire merde. C’est ça le problème. Wikipedia aucun rapport. Je vais écrire un article sur le sujet.

    @Kissingear Oui c’est quelque chose comme ça qu’il faudrait faire… ça travaille narvic en ce moment 🙂

  11. charlie says:

    @ Thierry : la journée commence bizarre : je suis d’accord avec toi 😉
    (on sort en mai un livre sur l’autogestion, avec une petite partie théorique, mais surtout une sorte de dictionnaire des expériences autogestionnaires présentes et passées dans le monde. Je te l’enverrai)

    J’ajouterai deux réflexions à ton billet :

    – “Internet est en train de nous permettre de distribuer la liberté d’expression entre tous alors que jadis seule une minorité se l’arrogeait.” Oui, mais ça ne suffit pas : si on regarde l’histoire de l’imprimerie, je crois qu’on peut faire des comparaison assez fécondes. La co-existence entre la reproduction à la main et l’imprimerie et les résistances à l’imprimerie (perte du “monopole” des copistes et donc de l’Eglise) ressemble un peu à ce qui se passe : nous sommes au début, dans une phase de transition. Le progrès technique va plus vite, on devrait gagner quelques siècles 😉 Mais l’imprimerie ne sert à la diffusion que progressivement. Il y a des modèles économiques qui se mettent en place peu à peu (cf. la presse et les innovations de Girardin au 19ème siècle en France) et surtout, il y a le taux d’alphabétisation. Autrement dit, l’accès dépend aussi de l’éducation et là, il nous manque encore la révolution de l’école obligatoire.

    – “L’anarchisme n’a jamais été aussi vivant. Il le sera tant que le capitalisme ne sera pas vaincu, le capitalisme étant une structure d’autorité et de domination extraordinaire.”
    Il le sera après aussi, j’espère car le capitalisme n’est pas la seule structure de domination. Ne soyons pas marxistes à la place des marxistes 😉

    @ 000 : tu n’as pas trouvé la structure politique idéale pour militer car la Gauche Prolétarienne n’existe plus 😉
    René Girard au service du maoïsme, hé hé, s’il savait, le pauvre…
    C’est quand même un peu totalisant à force, comme mode de pensé. Girard a du batailler contre un système universitaire français qui le rejetait par dogmatisme (en sciences sociales, on se méfie comme de la peste du fait social total). A force de se justifier de livre en livre, il s’est à mon sens enfermé complètement dans sa théorie, transformant une intuition de génie en système explicatif univoque et en “forçant” l’empirique à rentrer dans le théorique.
    (houlala, ne te fâche pas, hein, je l’ai lu et j’aime, mais je n’adhère pas sans réserves, loin de là).

    (si on parle de Lacan et de la psychanalyse, par contre, on risque de se fâcher pour de vrai 😉

  12. Google Adsense et ses châtiments à vie says:

    Autre aspect dangereux quand une société est sans rivale :

    Google adsense.

    Google domine aujourd’hui le marché de la pub en ligne.

    Or, Google peut bannir un membre à vie, s’il a par exemple fauté un jour (si un associé a cliqué sur ses propres annonces, par exemple).

    Le banni n’a plus guère d’alternative. Il est donc, à vie, banni du principal marché de la pub en ligne. Ce qu’il trouve à côté est dérisoire, car Google a tout absorbé.

    Aucun procès, aucune rédemption, c’est un châtiment à vie, décidé unilatéralement par Google, pour la faute d’un jour.

    Si on n’est pas là face à un despotisme totalitaire…

    Google fait ce qu’il veut, si on n’est pas content, on va ailleurs … mais il n’y a plus d’ailleurs, puisque Google a tué tous les concurrents !

    Quand il n’y a plus d’ailleurs, on est dans un système totalitaire inacceptable.

  13. Vient de publier un billet où je développe un peu cette idée…

  14. 000 says:

    “il s’est à mon sens enfermé complètement dans sa théorie”

    Charlie, tu dis cela par mimétisme universitaire grégaire.

    Solidarité mimétique avec un système universitaire français dont tu es une fleur, qui rejetait Girard par dogmatisme (au prétexte qu’en sciences sociales, on se méfie comme de la peste du fait social total).

    🙂

    Non, bien sûr, j’avais moi-même dit à Thierry que Girard n’avait qu’un vrai bon livre, son premier : “Mensonge romantique”, où il donne son intuition.

    Ensuite il s’enferme dans le système, et en plus dans la pensée chrétienne.

    En général, quand j’insiste sur une idée, comme le mimétisme, ce n’est pas pour en faire un système totalitaire, mais parce qu’elle est négligée dans une conversation.

    Simple focalisation.

    Face à un girardien systématique, j’aurais une autre focalisation, plus critique du système girardien.

    N’empêche que le mimétisme me semble un concept plus important en sciences sociales que le concept de lutte des classes, beaucoup trop limité à la surface structurelle des choses.

    La pensée politique s’est trop enfermée dans une discussion sur les structures, les organisations, les systèmes de pouvoir.
    Elle échoue quand elle ne pose pas le problème humain, celui qui subsiste quand on a changé toutes les structures de pouvoir.

  15. 000 says:

    @ Charlie

    On fera un séminaire sur Lacan après le séminaire sur “l’amour et les bordels”, où tu es attendue.

    J se charge de l’intendance pour organiser tout cela.

  16. Henri A says:

    Voir la vidéo “Le piège de l’argent”, chez :
    http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/
    Pas mal pour réfléchir ( ce qui n’empêche pas de critiquer la vidéo sur quelques détails ).
    Un truc qui résume pas mal de choses.

    Pour le séminaire Lacan, je suis votre homme, mais je viendrais armé.

  17. Majid says:

    nos essais d’auto organisation sur le web ne doivent pas ramener à un enfermement, notre rôle est de chercher, de participer aux formes constructive des tendances conséquentes pour combattre l’influence et les méthodes de propagande ce ces géants et leurs opposer d’autres modes.

  18. Pifou says:

    RT: @Perepeinard: RT @nessyduloch: Anarchisme : la force d’émancipation sociale http://ow.ly/17svN par @crouzet

  19. RT @Florian_elam: Anarchisme : la force d’émancipation sociale http://icio.us/3zzj5c

  20. Wikinade says:

    RT @manhack: N'oubliez pas qu'internet, la + gde structure créée par l'humanité, est le fruit de l'anarchie http://j.mp/bxNIO5 via @crouzet

  21. Anarchisme : la force d’émancipation sociale http://ow.ly/17yah

  22. RT @Georglob: Anarchisme : la force d’émancipation sociale http://ow.ly/17yah

  23. Nicolas B says:

    RT @Georglob Anarchisme : la f
    orce d’émancipation sociale http://ow.ly/17yah

  24. Benoit Mio says:

    RT @Georglob: Anarchisme : la force d’émancipation sociale http://ow.ly/17yah

  25. RT @Georglob: Anarchisme : la force d’émancipation sociale http://ow.ly/17yah

  26. "Internet peut apparaître comme une victoire des forces libres, l’arme la plus fantastique des anarchistes." http://ow.ly/17Cd8

  27. Charlie est de droite says:

    Charlie : “si on parle de Lacan et de la psychanalyse, par contre, on risque de se fâcher pour de vrai”

    Montherlant : “Il avait horreur de la psychanalyse, parce qu’il était de droite. Et il était de droite parce qu’il était dans les affaires;
    s’il avait été dans rien, comme Celestino, il eût peut-être été anarchiste, comme Celestino.”
    (Le chaos et la nuit)

  28. Clochix says:

    Internet, outil d'émancipation sociale http://bit.ly/chucHw j'aimerais bien y croire encore

  29. RT @crouzet: Anarchisme : la force d’émancipation sociale http://bit.ly/ddwRL5 Comme on en parlait hier soir, voici le billet qui ressurgit

  30. RT @nicolasancion: RT @crouzet: Anarchisme : la force d’émancipation sociale http://bit.ly/ddwRL5 Comme on en parlait hier soir, voici l …

  31. narvic says:

    On s’est un peu trop arrêté, en France, à la réflexion d’Hakim Bey sur les TAZ, zones d’autonomie temporaires. La réflexion du bonhomme, que je ne sais plus qui situait dans la famille des “anarchistes poétiques”, se poursuit pourtant de manière très féconde.

    Aujourd’hui, selon lui, il est temps de passer aux PAZ, aux zones d’autonomie permanentes! (1993)

    http://endehors.net/news/zones-autonomes-permanentes-par-hakim-bey

    Il faut fonder des PAZ, partout où c’est possible, au cœur du “système” comme dans ses périphéries, et dans tous les interstices. Milles “modèles” sont possibles, et en fait de modèle, ce seront toutes de prototypes: lieux d’expérimentation pour créer, dès aujourd’hui, sans attendre (et en réalité, c’est déjà commencé) une “économie réellement alternative”.

    Des PAZ comme “nœuds vivants entre les TAZ”, points de ralliement et refuges (quand la grande décomposition sera si avancée que des refuges seront de plus en plus nécessaires!)

    Mais il faut le faire “sans publicité”! En en parlant (par exemple) dans de vieux fils de commentaires discrets, mais pas éteints;-)

  32. Moi j’en suis au TIZ! Depuis que j’ai compris que l’autonomie était dangereuse 🙂

  33. Temporary Interdependent Zone

    C’est où me mène la critique du A de TAZ à la fin de la première partie de l’alternative.

    Une PAZ devient une PIZ… et elle a plus de chance de durer ainsi.

  34. narvic says:

    Note que dès 1993 Hakim Bey parlait bien de ses PAZ comme “nœuds vivants entre les TAZ”: c’est une vision de l’autonomie qui se rapproche de ton interdépendance. Et tout ça, c’est bien du réseau. 😉

  35. On est en train de découvrir que de plus en plus de colonie de bactéries vivent en réseau… je ne sais pas comment on pourrait y échapper 🙂

  36. narvic says:

    D’autant que l’humain reste un animal social, comme les abeilles ou les loups. :-))

  37. 000 says:

    “D’autant que l’humain reste un animal social, comme les abeilles ou les loups.”

    pas complètement.

    Paul Valéry notait que l’humain tenait à la fois du tigre, animal solitaire, et de l’abeille, animal social.

    Il est entre-deux.

    Il n’est pas aussi complètement et instinctivement social que l’abeille.

    C’est toute l’ambiguïté de l’histoire humaine, et l’infinie complexité de la construction de la cité politique.

    “L’homme est comme en oscillations entre le type social “abeille-fourmi”, et le type solitaire “tigre”, grand carnassier.”

    (Paul Valéry, Pléiade, Cahiers II page 1524)

  38. narvic says:

    Salut 000 😉

    Bienvenue dans notre petit espace public de conversation discrète. 😉 (je me demandais qui en trouverait la trace le premier…)

    Voilà un débat TRÈS intéressant.

    Sauf toute l’admiration que j’ai pour Paul Valéry (Isabelle m’a emmené sur sa tombe cet été), je ne le suis pas sur ce coup.

    L’anthropomorphisme a ses limites. Sinon, évoquons le faux-bourdons, ce mâle que perd ses organes sexuels dans l’accouplement et en trépasse, ou cette punaise femelle qui n’a pas d’organes sexuels externes et doit être perforée par le mâle pour être fécondée, ce dont elle meure (et sa progéniture se nourrit du propre corps de sa mère pourrissant)… La nature est parfois brutale, et jamais romantique !

    Pour l’humain, c’est vrai, on peut rapprocher son comportement à n’importe quelle espèce, selon le point de vue et la circonstance. Mais ça ne fonctionne pas toujours. L’humain reste un animal social. Il existe fort peu d’exemples ou d’analogies convaincantes concernant des humains solitaires…

  39. 000 says:

    Salut narvic

    (en passant, excellent ton article de fin décembre, “une autre histoire d’internet”.
    Avec un ton posé et en prenant le temps de l’analyse rigoureuse tu exprimes très bien mes accès d’énervement contre le vrai-faux nouveau monde qui se construit en ligne depuis quelques années.)

    “L’humain reste un animal social. Il existe fort peu d’exemples ou d’analogies convaincantes concernant des humains solitaires…”

    Valéry dit : “…en oscillations entre…”

    Il n’y a pas de type solitaire pur, mais ce n’est pas non plus un type social pur.

    Rien à voir avec la stabilité de l’abeille.

    L’humain est un animal oscillant, qu’on a beaucoup de mal à cerner et immobiliser dans une conduite, qui s’échappe toujours du cadre.

    François Ier n’est pas allé au bout : “Souvent humain varie, bien fol qui s’y fie”.

    L’humain est en permanence sujet à des mouvements de rejet de son environnement social.

    Cela concerne non seulement la vie sociale, mais aussi la vie de couple et la famille.

    C’est au nom d’un objectif individuel qu’il rejette son cadre social, par accès.

    Dès qu’on croit avoir fourni à l’homme un environnement adapté, il s’ennuie, rejette ce cadre, part en chasse d’autre chose, et au besoin cet autre chose c’est un mouvement de destruction.

    (Le succès d’Internet vient d’ailleurs de ce qu’il est à la fois un cadre social, et un cadre propice aux tigres qui passent d’une tannière à une autre en rompant régulièrement toute attache et toute fidélité antérieure. La sociabilité sur Internet n’est pas stable, on a beaucoup de mal à construire quelque chose sur la durée.)

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