Imaginez que des hommes d’égal niveau d’éducation se retrouvent à bord d’un vaisseau spatial et débarquent sur une nouvelle planète. Quel monde y construiront-ils ? Un monde de liberté, d’égalité, de fraternité ou un monde qui ressemble au nôtre, avec ses hiérarchies, ses inégalités, ses structures d’autorités ?

De nombreux auteurs de science-fiction se sont posé la question, notamment Kim Stanley Robinson avec sa trilogie martienne. Comment savoir ce qui se passerait vraiment ? Faute d’avoir découvert une nouvelle planète à coloniser, nous pouvons considérer Internet comme un nouveau territoire. En étudiant son histoire, on peut en tirer quelques enseignements quant à notre actuelle immaturité politique.

La hiérarchisation des hominidés

Tout d’abord, je voudrais revenir sur l’origine des structures d’autorité. Parmi les peuples premiers, certains sont non hiérarchiques et ne disposent même pas de l’impératif dans leur langage ou de verbes comme « devoir ». Ont-ils perdu les hiérarchies au cours de leur histoire ou les sociétés humaines ont-elles commencé par être non hiérarchiques ?

Les anthropologues penchent vers cette seconde hypothèse. Chez de nombreux mammifères, chez les loups ou les singes, il existe souvent des mâles dominants, mais pas à proprement parler de hiérarchie.

Le mâle dominant ne peut pas être considéré comme le chef de la horde. Il s’approprie les femelles qui l’intéressent, mange en premier, indique quand il est temps de se déplacer… Il manage par l’exemple, sans donner d’ordre à ses congénères. Rien ne les empêche de tenter leur chance en solitaire ou d’aller former une nouvelle horde.

Dans l’histoire humaine, les premières hiérarchies apparaissent, semble-t-il, autour de -75 000 ans. Cet évènement aurait coïncidé avec l’invention des vêtements, qui avaient non pour but de réchauffer ou d’accroître le confort, mais d’affirmer le statut social.

Difficile de faire de l’archéologie ethnographique aussi loin dans le temps. On est sûr d’une chose en revanche : les hiérarchies s’imposent quand les hommes se sédentarisent (le pouvoir hiérarchique devient en quelque sorte juridique).

Les hiérarchies ont pour avantage de réduire les coûts de transaction comme en fit la démonstration Ronald Coase. Des structures d’autorités se forment alors. Ceux qui possèdent la terre, ceux qui possèdent du bétail, bientôt ceux qui possèdent d’autres hommes.

D’un monde primitif relativement horizontal, nous passons à des sociétés de plus en plus verticales. Nous basculons de la décentralisation à la centralisation.

La hiérarchisation de l’évolution

Ce passage de l’horizontalité à la verticalité n’a pas été une première dans l’histoire du vivant. L’évolution biologique n’a pas commencé par être darwinienne, c’est-à-dire verticale, avec des parents qui transmettent leurs gènes à leurs enfants au prix de quelques mutations.

Avant l’existence des parents, il y avait déjà de la vie. Il fallait bien un mécanisme pour transmettre les gènes. Ils circulaient alors horizontalement, d’individu en individu non apparenté, parfois d’espèces différentes.

Des scientifiques comme Carl Woese et Nigel Goldenfeld montrent que la théorie hiérarchique de Darwin est ainsi incapable d’expliquer l’apparition du code génétique lui-même. Elle ne se met en place qu’après plusieurs milliards d’années d’une évolution horizontale, évolution toujours active aujourd’hui, notamment chez les bactéries.

Ainsi la vie aurait, elle aussi, basculé d’une époque dominée par l’horizontalité à une époque dominée par la verticalité, surtout chez les êtres les plus complexes.

La verticalisation, la hiérarchisation, la centralisation sont-elles inévitables et irréversibles ? C’est une question importante. Si tel est le cas, si nous colonisons un nouveau monde, nous y recréerons nécessairement des hiérarchies et des structures de domination. Si nous inventons un nouveau territoire, Internet, nous y reproduirons les pouvoirs millénaires avec tous leurs travers.

La décentralisation

Sommes-nous condamnés à une stagnation politique ? Avons-nous atteint structurellement la fin de l’histoire sociale ? De tout temps, les conservateurs ont pensé ainsi. Pour eux, au XVIIIe siècle, la société ne pouvait fonctionner sans esclaves, les hommes devaient dominer les femmes, les enfants devaient travailler… Il était impensable de remettre en cause les structures d’autorités existantes qui apparaissaient comme des fatalités attribuées à la nature humaine.

Mais qu’en est-il de cette nature humaine ? Avons-nous toujours tendu vers plus de hiérarchie ? Si tel était le cas, nous vivrions partout sous des dictatures implacables. Il n’en va pas ainsi parce que des individus qui résultent d’une évolution hiérarchique peuvent néanmoins développer des comportements non hiérarchiques.

Regardons nos villes. Bien que devenues des centres d’autorité, elles ne se sont pas moins développées le plus souvent suivant des principes horizontaux. Parfois elles furent fondées à la règle et à l’équerre, mais, au cours du temps, et cela toujours assez vite, elles adoptèrent des formes plus organiques.

Quand les scientifiques cherchent à reproduire l’évolution de ces villes en simulation, ils constatent que les modèles hiérarchiques n’expliquent pas leur structure. Nous devons imaginer que les hommes respectent une poignée de règles et bâtissent en fonction d’elles. Dès qu’on étudie les villes dans une durée supérieure au siècle, on constate qu’elles résultent avant tout d’un processus d’auto-organisation typiquement non hiérarchique. Et nos villes ne sont-elles pas parmi nos réalisations collectives les plus impressionnantes ?

Les victoires anarchistes

Deux mouvements historiques semblent donc se juxtaposer : l’un pousse à la centralisation et à la création de structures d’autorité, l’autre à la décentralisation et à la destruction des structures d’autorité qui ne font pas leurs preuves.

Noam Chomsky qualifie d’anarchiste cette seconde tendance.L’anarchie, suivant cette définition, n’est pas contre toutes les structures d’autorité, mais contre celles qui ne se justifient pas, ou plus.

Les hommes ont longtemps constitué une structure d’autorité sur les femmes. Des siècles de lutte ont vu quelques progrès, preuve que l’ont peut affaiblir cette structure d’autorité, et sans doute finir par l’éradiquer.

Les esclavagistes constituaient eux aussi une structure d’autorité. Des hommes l’ont abattue. Ils ont inventé le salariat, une forme de dépendance moins dégradante, qui a créé une nouvelle structure d’autorité, celle des patrons.

À leur tour, les socialistes ont rêvé de supprimer cette nouvelle structure d’autorité (je parle des véritables socialistes du XIXe siècle). Ils ont à ce jour échoué, ce n’est pas pour autant qu’ils échoueront toujours.

Bill Joy a montré que le modèle hiérarchique ne réduisait les coûts de transaction que dans un monde faiblement technologique. Quand les coûts de communication s’effondrent, on peut travailler où l’on veut, donc aussi hors des hiérarchies qui ne présentent plus d’avantages en termes de coût, mais uniquement en termes de pouvoir et deviennent de fait des structures d’autorité inutiles.

La guerre éternelle

Existe-t-il une tendance humaine vers la diminution du nombre des structures d’autorité ? Rien n’est moins sûr. Le salariat remplace l’esclavage. Le niveau d’étude remplace le rang des nobles. Les banquiers s’arrogent le pouvoir de créer de l’argent.

Il y aurait plutôt une lutte continuelle entre les autoritaires et les anarchistes, entre les centralisateurs et les décentralisateurs. Ils se livrent une guerre éternelle. Doit-on choisir son camp ? En théorie, on peut être pour la décentralisation dans un domaine et pas dans un autre.

Toutefois, il me semble que nous devons entre les deux tendances nous positionner (et il ne peut sans doute exister plus de deux tendances politiques dominantes). N’oublions pas dans notre réflexion de considérer l’esclavagiste comme un centre pour les esclaves, l’homme comme un centre pour les femmes aliénées, le patron comme un centre pour les salariés… Alors les centres sont-ils nécessaires ? Et quand le sont-ils vraiment ?

Pour ma part, je penche vers l’anarchisme, estimant que le salariat doit être aboli, que le pouvoir de créer l’argent doit être réparti entre tous, que les pouvoirs subsistants doivent être jalousement séparés pour éviter les collusions… Nous devons interroger toutes les structures d’autorité et questionner leur légitimité.

Sans être aussi extrémiste que moi, on peut néanmoins sentir les deux tendances s’opposer dans notre société. Elles réveillent des forces souterraines et cataclysmiques.

Pourquoi cataclysmiques ? Parce que, quand la complexité augmente, la décentralisation devient nécessaire. La raison est toute simple : pour faire face à la complexité, il faut de plus en plus d’intelligence. La seule manière de l’augmenter est de la laisser s’exprimer partout. On ne doit pas attendre l’aval de la hiérarchie avant d’expérimenter (une hiérarchie est moins intelligente et moins informée que sa structure sous-jacente).

Dans un monde qui se complexifie, les anarchistes devraient donc logiquement s’imposer peu à peu. Toutefois, les centralisateurs défendent leurs privilèges. Même quand la complexité augmente, ils tentent d’imposer la centralisation, ce qui implique inévitablement une réduction de la complexité.

Cette réduction peut prendre de multiples formes. Moins de gens pour interagir (stratégie de réduction de la population). Moins de liberté pour interagir (dictature avec contrôle des déplacements). Moins de technologie pour interagir (jihad Bultérien imaginé par Frank Herbert – avec disparition de la liberté d’expression, crédo politique repris par les islamistes). Cette liste pourrait s’étendre indéfiniment : épuisement des ressources naturelles, crises climatiques, récession économique durable… Nous ne serions capables de résoudre ces problèmes complexes que par la voie de la simplification catastrophique.

Dans ce cas, nous devrions renoncer à ce qui fait la richesse de nos vies. Il ne s’agirait pas de sacrifier des choses accessoires, les gadgets inutiles du consumérisme, mais aussi tout ce qui fait le propre d’un monde complexe, les interactions à grande échelle, aussi bien celles qu’autorisent les voyages que les nouvelles technologies par exemple.

Un monde moins complexe nous pousserait à revenir à un stade antérieur de l’humanité, un stade pas nécessairement plus durable vu dans quel état nous avons mis le monde.

Internet stigmatise les antagonismes

Que se produit-il sur Internet ? Nous avons construit une nouvelle planète où nous avons minimisé les structures de pouvoir. Pendant trente ans, nous nous sommes développés horizontalement, mais, aujourd’hui, les forces centralisatrices, un temps dominées, reviennent sur le champ de bataille. Les loups veulent se repaître du fruit de notre travail collectif.

Pour commencer, les gouvernements tentent de reprendre le contrôle, c’est-à-dire de réintroduire des hiérarchies là où elles n’existaient pas. Ils ne voient pas d’un bon œil que nous puissions échanger en direct des informations entre nous. Sous prétexte que nous pouvons échanger des informations piratées, ils imaginent des solutions de filtrage capables de nous empêcher simplement de communiquer.

Mais n’accablons pas les gouvernements. Ils ne sont pas nos plus dangereux adversaires. Ne cherchons pas d’autres responsables que nous-mêmes. C’est nous qui créons les véritables nouvelles structures d’autorité, des structures transnationales que sont Google ou Facebook par exemple. Nous les créons en plébiscitant les services centralisés de ces entreprises au profit des solutions décentralisées pourtant à l’honneur depuis le début d’Internet.

Quand je dis nous, je m’adresse surtout à ceux qui utilisent ces services en oubliant qu’il en existe d’autres. Quand vous parlez à certaines personnes de ce que vous avez vu sur Internet, ils vous demandent « C’est où sur Facebook ? » Pour une grande majorité d’internautes, Internet se résume à Facebook. Par ailleurs, bientôt la navigation ne s’effectuera plus qu’à travers Google et les liens hypertextes dans les pages ne seront plus utilisés.

Bien sûr ces services proposent aujourd’hui des avantages qu’aucune autre plate-forme ne confère. C’est confortable d’aller chez eux. Mais dites-vous bien que vous êtes en train de vous soumettre à de nouvelles structures d’autorités, des structures qui à ce jour n’existaient pas encore sur Internet… des structures que vous renforcez de jour en jour en même temps que la concurrence agonise.

La dictature est souvent confortable. Vous n’avez plus de question à vous poser. D’autres pensent pour vous et vous disent ce que vous devez faire. Je noircis le tableau, mais n’oublions pas que, quand nous donnons du pouvoir, il y a toujours des hommes pour se l’approprier. Ne leur facilitons pas trop la tâche, nous ne pourrions que nous en mordre les doigts.

Vous pouvez certes estimer qu’un tel monde hiérarchique est préférable à un monde horizontal, en apparence déstructuré, sans ligne claire, sans une direction unique imposée à tous… Vous êtes encore libres d’effectuer ce choix. J’use pour ma part de ma liberté pour travailler à un autre monde, celui que j’ai connu sur Internet quand tout était possible et que les structures d’autorité n’attiraient pas tous les internautes comme des mouches.

Ne croyons pas que le jour venu nous nous détournerons de ces structures avec facilité. Repensons aux esclaves ou aux femmes aliénées. Une fois une structure d’autorité installée, elle se défend jusqu’à la mort.

Cette défense implique un renforcement de la centralisation, une diminution concomitante de la complexité, donc de l’intelligence générale du système. L’innovation n’est plus au rendez-vous. Il n’y a plus de place pour d’autres en dehors. On se retrouve avec des centres de puissance qui ont tendance à entrer en guerre. D’ouvertes, les frontières se referment peu à peu.

Apple a inauguré depuis longtemps ce repli vers les solutions propriétaires. Google et d’autres développent le même travers, notamment dans le domaine de la téléphonie.

Nous qui penchons vers l’anarchisme, allons-nous laisser ce processus se développer ? Allons-nous laisser les structures d’autorité reprendre ce que nous avions un temps réussi à acquérir ? La liberté de publication. Le droit à l’anonymat. La coopération. L’open source. La hackabilité.

Toutes ces victoires, toutes ces structures d’autorité que nous avons dynamitées risquent bientôt de ressurgir. Sommes-nous à l’aube d’un nouveau balancement vers la centralisation ? Parfois même les écologistes appellent un tel revirement au nom de la protection de l’environnement. Les appels à la centralisation se généralisent. Toutes les raisons sont bonnes. Les crises et la nécessité des mesures d’austérité ont bon dos. Si seulement les hiérarques s’appliquaient l’austérité à eux-mêmes pour commencer.

Je n’ai pas envie de vivre dans leur monde. L’anarchisme doit être réhabilité comme la principale force de progrès de nos civilisations. Nous ne devons pas nous contenter de développer de nouvelles technologies, mais diriger ce développement dans un sens qui réduit les structures d’autorité. Nous en avons les moyens. Nous devons nous battre sur ce terrain de bataille politique.

La centralisation catastrophique

Le socialisme n’a jamais été appliqué. Jamais les gens qui s’en revendiquèrent n’ont fait disparaître les structures d’autorité. Ils les ont au mieux remplacées, souvent par des machineries monstrueuses comme en URSS. Le socialisme est devenu une machine centralisatrice. Il a remplacé Dieu par l’État. On est passé d’un opium du peuple à un autre, c’est tout.

Regardez ce qu’est devenu le socialisme dans un pays comme la France. Comment cherche-t-il à secourir les plus défavorisés ? Il ne remet en cause aucune des structures d’autorité qui engendrent les inégalités (ce qui est le propre d’une structure d’autorité puisque certains sont en haut de la pyramide et d’autres en bas).

Les socialistes ne voudraient qu’une seule compagnie ferroviaire, qu’un service postal, qu’un fournisseur d’énergie… Ils voudraient renforcer les structures d’autorité qui n’ont au cours de l’histoire d’autres fins que d’asservir les hommes. Est-ce cela le socialisme ?

Pour installer le revenu de base, nous devons décentraliser la création monétaire. Pour célébrer la dignité humaine, nous devons décentraliser le travail, transformer le salariat en un nouvel artisanat. Pour garantir la liberté d’expression, nous devons continuer à créer des blogs indépendants et ne pas nous enfermer dans des plateformes totalisantes.

Nous devons nous définir comme des anarchistes, intégrants dans nos rangs les déçus du faux socialisme.

Alors nous apprendrons à produire nous-mêmes notre énergie, nos informations, nos infrastructures… Nous cesserons d’être soumis aux structures d’autorité qui n’ont plus aucune raison d’exister dans un monde devenu technologique.

Mais prenons garde. Il ne s’agit pas de détruire aveuglément toutes les structures d’autorité, mais seulement celles qui nous aliènent, celles qui n’ont plus de raison d’être. Je milite pour un anarchisme modéré tel que le définit Chomsky.

Quand les libéraux, ceux qui se prétendent tels, veulent détruire les services publics, ils ne cherchent pas à détruire des structures d’autorité, mais simplement à les déplacer vers le privé, à les ramener dans leur escarcelle. Ils agissent comme les communistes en URSS. Les libéraux n’ont jamais été anarchistes. Ils exigent la liberté de créer librement des structures d’autorité. Nous devons au nom de la liberté nous battre également contre eux.

25
Ne manquez aucun article
Soutenez mon travail en achetant mes livres.

25 comments

  1. 000 says:

    “Rien ne les empêche de tenter leur chance”

    Si : les inégalités naturelles. La nature ne donne pas les mêmes chances à chacun.

    Le socialisme corrige la nature.

    “D’un monde primitif relativement horizontal”

    Toute l’histoire du socialisme, c’est de considérer que le monde naturel n’est justement PAS horizontal mais inégal et opprimant :

    entre le faible et le fort, c’est la loi qui libère, et la liberté qui opprime.

    Le monde naturel est dominé par des inégalités naturelles, et c’est pour les aplatir et tendre vers l’égalité des chances que le socialiste en appelle à la société organisée.

    Tu considères qu’un monde est horizontal quand il n’y a que les inégalités naturelles.

    Un socialiste considère que ce monde est hiérarchisé selon les inégalités naturelles, et que la vocation de la société est de l’horizontaliser par la répartition.

    Dans le monde naturel, l’aveugle est abandonné par la meute, il n’a aucune chance. Dans le socialisme, on lui permet la survie, on l’épaule.

  2. 000 says:

    “En étudiant son histoire”

    Attention parce qu’Internet n’est pas un territoire autonome.

    Il fonctionne comme un cocon à l’intérieur du monde politique réel.

    Par exemple : rien dans l’organisation d’Internet assure la sécurité physique de chacun. C’est encore au système police/justice que chacun doit de pouvoir tranquillement surfer sur Internet.

    Dans le Far West, meilleur exemple de construction d’un territoire neuf et autonome, la sécurité physique de chacun était le premier problème.

    Cela a généré : le sheriff, puis les administrations policières de plus en plus élaborées.

  3. Ouvrez c'est la police says:

    Il y a un film qui montre le passage de la société sans loi du Far West, dominée par les plus forts naturels, à l’instauration de la Loi pour établir l’égalité des chances :

    “The Far Country”
    (“Je suis un aventurier” dans la version française),

    film d’Anthony Mann, 1955

    “Anthony Mann montre l’instant historique de l’instauration de la Loi, le moment où le droit du plus fort doit cesser pour laisser la civilisation avancer. Les habitants de Dawson, ville de chercheurs d’or, ne veulent qu’une chose : construire une église, une école, un tribunal : bref, une cité. Gannon, tyranneau local, et ses hommes les en empêchent. Pour faire régner l’ordre, il faut un héros qui s’affirme en bras armé de la loi. Mais encore faut-il qu’il soit solidaire des autres. C’est tout le dilemne du personnage joué par James Stewart, individualiste jusqu’à l’égoisme.”

  4. C’est pour ça que je dis au début « imaginez des hommes égaux… » Bien sûr les hommes ne sont jamais égaux.

    Dans la nature, les hommes ne quittent pas la horde pour bénéficier des autres membres de la horde. On a un groupe organisé horizontalement, avec éventuellement quelques dominants qui en tirent profit sans lui nuire suffisamment pour que ce soit un désavantage. La structure hiérarchique n’est pas encore là.

    Inégalité ne veut pas dire structure hiérarchique. Ce n’est pas parce que je suis plus petit que quelqu’un que je suis sous sa responsabilité hiérarchique.

    Je ne suis pas sûr que les hiérarchies soient apparues pour bénéficier aux faibles… c’est plutôt le contraire.

    Le socialisme cherche lui en effet à compenser ce défaut propre aux hiérarchies, mais sans justement remettre en cause la hiérarchie, en tout cas il l’a oublié.

    Internet n’est pas une nouvelle planète, mais ce qui s’en approche le plus aujourd’hui. Il n’est pas une véritable société, mais nous montre déjà comment les choses peuvent partir en vrille.

    Pour la sécurité, si on n’a pas trouvé de structure horizontale pour la gérer, on garde la structure verticale. C’est ce que j’aime dans cette façon de définir l’anarchisme.

  5. ridoo says:

    RT @crouzet: La réinvention du socialisme – mon programme http://bit.ly/bvfnuE

  6. typy says:

    Que veux tu dire précisément par “la création monétaire à la portée de tous” ? le retour du troc ? une grosse machine à billet où tout le monde pourrait imprimer les billets dont il a besoin en augmentant tous les jours l’inflation ? Est-ce que tu peux m’expliquer, s’il te plait ?

  7. Henri A says:

    OOO
    Tu utilises des exemples pseudo historiques. Le far west imaginé par Hollywood est un mythe.

    “Dans le Far West, meilleur exemple de construction d’un territoire neuf et autonome, la sécurité physique de chacun était le premier problème.

    Cela a généré : le sheriff, puis les administrations policières de plus en plus élaborées.”
    Ceci est une piperie.

  8. 000 says:

    L’étude du Far West est intéressante.

    On a bien des hommes qui ont quitté l’Europe pour mener une vie libre.

    Sur un terrain presque vierge et immense, ils ont buté sur les problèmes de la liberté et de la violence mimétique.

    Le passage des camps de mineurs chercheurs d’or (anarchisants) à la société organisée :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ouest_am%C3%A9ricain

    Au final, c’est la construction du chemin de fer qui conduira à l’appel au gouvernement fédéral.

    Les difficultés techniques dépassant les possibilités d’auto-organisation locale.

    On note aussi l’importance de l’alcool comme facteur de désintégration sociale et de violences.

    Les femmes poussent à l’organisation de structures pour lutter contre la violence de l’homme libre livré à l’alccol : Eglise, Ecoles…

    “Les camps de mineurs se transforment rapidement en bourgades : ils se dotent de saloons, d’une ou plusieurs épiceries et de banques pour déposer l’or ou l’argent. En 1879, Leadville dans le Colorado possède 120 saloons, 188 salles de jeux pour seulement quatre églises.

    Elles deviennent un univers essentiellement masculin où la violence est endémique à cause du banditisme, des vols, de la prostitution, des jeux d’argent et de l’alcoolisme.

    Le shérif et le marshal sont les garants de l’ordre.

    Les villes de l’ouest sont présentées par les journalistes et les écrivains comme des repaires de bandits. Des missionnaires protestants partent vers ces contrées pour y chasser le vice. Leur action est relayée par les femmes qui tentent d’imposer la morale victorienne.

    Un effort est mené pour l’alphabétisation, avec la construction d’écoles et d’universités, dans les plus grandes agglomérations, à la fin du XIXe siècle. En Californie, on lève une taxe spéciale pour l’éducation.

    Les armes à feu contribuent à la violence meurtrière qui sévit dans l’Ouest, malgré les interdictions dans certaines villes.

    Face aux homicides qui ont lieu en général lorsque les hommes sont en état d’ébriété, les jurys populaires prononcent peu de peines de mort.

    Les prostituées et les minorités (Chinois, Mexicains) sont aussi les victimes de cette violence armée.

    Dans plusieurs localités, les citoyens créent des comités de vigilance, dont les membres sont appelés « les vigilantes ».

    Face aux carences de la force publique et à l’indulgence des jurys, ils se font justice eux-mêmes.

    Au milieu du XIXe siècle, l’est des États-Unis possède déjà un réseau de chemin de fer relativement dense. Le développement de ce moyen de transport vers l’ouest apparaît de plus en plus comme une nécessité urgente.

    Les Californiens le réclament pour cesser de dépendre de la voie maritime pour son approvisionnement. Le train permettrait d’acheminer les marchandises et les biens manufacturés de la côte est ; il permettrait aux colons et aux voyageurs de gagner plus rapidement la côte Pacifique.

    Les obstacles semblent pourtant importants : le transcontinental devrait traverser les Grandes Plaines, menacés par les tribus amérindiennes. Surtout, il serait amené à franchir les Montagnes Rocheuses, hautes de 4000 mètres et les déserts du Grand Bassin.

    L’entreprise semblait impossible sans des investissements fédéraux.

    Le gouvernement américain s’intéresse au projet. Le gouvernement fédéral propose des subventions et des terres pour construire le chemin de fer.”

  9. J says:

    Il y a des trucs “sympa” dans ce texte je trouve.
    Je n’aborderai pas les trucs qui me gênent et me semblent reposer parfois sur des inférences logiques erronées, ou sur des numéros d’équilibriste sémantique comme par exemple avec dominance et héirarchie.

    Mais une remarque : pourquoi donc argumentant en face de l’ordre “ancien” tiens tu tant à employer le terme d’anarchie, même avec mille précautions et en n’en conservant que cette maigre portion de sens venant de Chomsky (portion qui fait l’impasse sur des aspects essentiels de l’anarchisme)?
    Ne vois tu pas qu’ainsi tu constitues une arme de choix au service de cet ordre ancien que tu dénonces, leur facilitant la vie en quelque sorte?
    N’as tu pas remarqué que Stallman avait évolué ces dernières années, et bien que fidèle à ses principe avait intégré des réalités et des méthodes qui le rendent plus puissant et plus efficace?

  10. Arlès says:

    La réinvention du socialisme http://bit.ly/9rLmuF [T.Crouzet]

  11. marcvasseur says:

    RT @olivierarles: La réinvention du socialisme http://bit.ly/9rLmuF [T.Crouzet]

  12. RT @marcvasseur: RT @olivierarles: La réinvention du socialisme http://bit.ly/9rLmuF [T.Crouzet]

  13. Ponce says:

    Jésus est déjà de retour de sa méditation dans le désert.
    Hallelujah

  14. RT @Galuel: C'est très très bon à lire absolument ! http://bit.ly/cakFV1

  15. flessard says:

    Djuvara dans un essai passé inaperçu il y a 40 ans sur une theorie des cycles de civilisation, présente l’inexorable destin des organisations humaines. En gros, un civilisation est un amalgame de peuples aux cultures similaires (mais en compétition) qui se battent pour l’hégémonie. Éventuellement sur un horizon de 1000-2500 ans (le cycle des civilisation de Djuvara), un seul pays s’abroge le pouvoir, et domine. Et se désagrègera car le centralisme de l’autorité tue d’une certaine façon l’innovation et se sclérosera pour laisser place à une nouvelle civilisation très différente.
    Ce que je recoupe de cet essai fascinant et de votre article, c’est que la complexité d’une civilisation qui se cristallise autour d’un culture hégémonique apporte la standardisation. Et qu’avant que ne se forme l’hégémonie définitive, donc à l’époque des affrontements culturel, politique et scientifique, la compétition apportait une floppée d’innovations et d’idées (qui stigmatiseront les traits de la civilisation en marche).
    Vous parliez que la complexité tue la complexité (à cause de la standardisation) et que l’anarchie est la survie (la compétition innove).
    Je crois pas que vous vouliez que l’anarchie (dans le sens proposé par Chomsky) soit l’unique vainqueur mais qu’il y ait une saine émulation entre la standardisation (la sécurité) et la compétition (l’innovation). Et dans cette approche, je vois votre raisonnement.

  16. Harry Seldon says:

    Simplicité vs complexité en politique "quand la complexité augmente, la décentralisation s’impose" http://bit.ly/9zdOux par @crouzet

  17. phyrezo says:

    RT @fractalharry: Simplicité vs complexité en politique "quand la complexité augmente, la décentralisation s’impose" http://bit.ly/9zdOux par @crouzet

  18. Albert Einstein says:

    Pourquoi le socialisme ?
    (Albert Einstein mai 1949, article paru pour le numéro un de la revue Monthly Review) extraits:

    L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon sens, la source réelle du mal. Nous avons devant nous une grande communauté de producteurs dont les membres s’efforcent sans cesse de se priver les uns les autres du fruit de leur travail collectif, non pas par la force, mais tout simplement en se conformant fidèlement aux règles établies par la loi. De ce fait, il est important de se rendre compte que les moyens de production (c’est-à-dire l’intégralité de la capacité de production nécessaire pour produire à la fois les biens de consommation et les moyens de production additionnels) peuvent être légalement la propriété privée d’individus, et ils le sont dans leur grande majorité.

    Pour faire simple et bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’usage commun du terme, j’appellerai « travailleurs », dans la discussion qui suit, tous ceux qui n’ont pas leur part dans la propriété des moyens de production.
    Le propriétaire des moyens de production est dans la position d’acheter la force de travail des travailleurs. C’est en utilisant ces moyens de production que le travailleur produit de nouvelles marchandises qui deviennent la propriété du capitaliste. L’élément essentiel dans ce processus est la relation entre ce que le travailleur produit et ce qu’il est payé, tous deux mesurés en terme de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est « libre », ce que le travailleur reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des marchandises qu’il produit, mais par ses besoins minimum et par les besoins des capitalistes en force de travail en liaison avec le nombre de travailleurs disponibles sur le marché. Il est donc important de comprendre que, même en théorie, la paie du travailleur n’est pas déterminée par la valeur de ce qu’il produit.

    Le capital privé tend à se concentrer entre quelques mains, en partie à cause de la compétition entre capitalistes et en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation d’unités de production plus grandes au détriment des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capital privé dont le pouvoir exorbitant ne peut effectivement pas être contrôlé même par une société dont le système politique est démocratique.

    Cela est d’autant plus vrai que les membres des corps législatifs sont choisis par des partis politiques largement financés et influencés d’une manière ou d’une autre par des capitalistes privés qui, en pratique, éloignent les électeurs du corps législatif. En conséquence, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment, dans les faits, les intérêts des secteurs les moins privilégiés de la population.

    En plus, dans les conditions existantes, des capitalistes privé contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est alors extrêmement difficile et même, dans la plupart des cas, tout à fait impossible pour le citoyen individuel de parvenir à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

    La situation qui prévaut dans une économie fondée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes essentiels :
    premièrement, les moyens de production (le capital) sont propriété privée et leurs propriétaires en disposent comme bon leur semble ;
    deuxièmement, le contrat de travail est libre.
    Bien sûr, une société capitaliste « pure », cela n’existe pas. En particulier, on doit noter que les travailleurs, au travers de leurs luttes politiques longues et âpres, ont réussi à imposer une forme quelque peu améliorée du « contrat de travail libre » pour certaines catégories de travailleurs. Mais, pris dans son ensemble, l’économie contemporaine ne se distingue pas beaucoup du capitalisme « pur ».

    La production est réalisée pour le profit, pas pour son utilité. Il n’y a aucune assurance que ceux qui sont capables et désireux de travailler seront toujours en position de trouver du travail ; il existe presque toujours « une armée de chômeurs ». Le travailleur craint en permanence de perdre son emploi. Comme les travailleurs sans emploi ou faiblement payés ne constituent pas un marché lucratif, la production de biens de consommation s’en trouve réduite et il en résulte de grandes difficultés. Il est fréquent que le progrès technologique conduise à plus de chômage plutôt qu’à un allégement pour tous de la charge de travail.

    La soif du profit, ajoutée à la concurrence que se livrent les capitalistes, est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital qui conduit à des dépressions de plus en plus graves. La compétition sans limites génère un énorme gaspillage de travail et cette paralysie de la conscience sociale des individus que j’ai mentionnée plus haut.

    Je considère la paralysie des individus comme la pire malfaisance du capitalisme. Notre système éducatif tout entier souffre de ce mal. Une attitude exagérée de compétition est inculquée à l’étudiant qui, en guise de préparation à sa carrière future, est formé à vouer un culte à sa réussite dans l’âpreté au gain.

    Je suis convaincu qu’il n’y a qu’une seule façon d’éliminer ces maux dangereux, à savoir par la mise en place d’une économie socialiste, accompagnée d’un système éducatif tourné vers des objectifs sociaux.

    article integral:

    http://www.peuples.net/post/Albert-Einstein%3A-pourquoi-le-socialisme

  19. espérance says:

    Bonjour Thierry,

    La Liberté avec comme point de mire des bienfaits pour notre humanité est à réaliser dans le monde de demain: c’est-à-dire Tous sur le même pied d’égalité. Une émulsion des cerveaux pour le bien de Tous est à rechercher afin d’élargir les horizons pour notre humanité. Le partage des ressources et des richesses est une reconnaissance comme quoi tout cerveau est un trésor au service des populations de notre globe.

    L’autorité autocratique conduit à la domination. Or, la domination est néfaste au développement, car elle nous met sous la coupe réglée des Etats qui cherchent à imposer une vision pour notre monde selon des intérêts hégémoniques ni plus ni moins. L’évolution des intelligences s’en retrouve ainsi freinée.

    Quant au mot anarchiste, il est trop fort, car il ne s’agit pas de refuser tout. En effet, l’autorité des guides qui peuvent jalonner notre parcours de vie nous offrent leurs éclairages afin de faciliter notre évolution ou notre apprentissage. Ils sont proches de nous si bien que leur autoritée se fait de façon naturelle. Ainsi, nous leur sommes reconnaissants pour avoir été là quand il le fallait. Ils nous ouvrent notre intelligence sans pour autant ôter notre indépendance d’esprit. Ainsi, chaque culture est à préserver, car elles répondent à une besoin de diversité pour enrichir nos réflexions.

    A+

  20. Iza says:

    “Il est alors extrêmement difficile et même, dans la plupart des cas, tout à fait impossible pour le citoyen individuel de parvenir à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.”

    C’était quand même un sacré petit malin le gars Einstein.

  21. La réinvention du socialisme http://bit.ly/9kwvWc

  22. Dd says:

    Ouep ! Révolution ^^ !

    Cet article est vraiment bien fait, mais pendant une grande majorité du texte on a l’impression que vous être contre toute forme de hiérarchie, alors qu’à la fin on voit que vous n’êtes que contre les hiérarchies aliénantes.

    (Vous avez réfléchi en même temps d’écrire le texte, pourtant vous avez l’air sûr de vous quand vous écrivez et on pourrais croire que tout cela est déjà mûrement réfléchi 😉 ).

    Encore bravo, quand je vois le socialisme actuel, ca fait bizarre : ils se battent pour le pouvoir (il n’ont que ce mot en tête), et ne font que dire ce que les gens veulent entendre, et non, comme vous, ce que les gens devraient comprendre.

    Vous vous êtes engagé en politique ? Parce que vous m’avez l’air d’un bon : le parti pirate français vous correspondrais sûrement 😉

  23. Très bon billet de Thierry Crouzet : "La réinvention du socialisme" http://ow.ly/17Pqr par @crouzet

Comments are closed.