Ni l’un ni l’autre Président ! Voici qui pourrait résumer une conversation tardive avec un ami à la fin d’une soirée, pas plus arrosée pour lui, plutôt musulman, que pour moi, ascète quasi intégriste. Mon ami est un patron de gauche. Il reconnait que la privatisation ne résout pas tous les problèmes et qu’elle les aggrave souvent (tout en reconnaissant que beaucoup de gens ont besoin d’un coup de pied au cul pour se le bouger). Il aurait tendance à favoriser l’étatisme, qu’il juge plus équitable (tout en sachant que les fonctionnaires ont aussi besoin de coups de pied au cul). J’ai alors tenté maladroitement de lui expliquer qu’il existait au moins une autre possibilité.

Schématiquement, la droite est plutôt favorable à la privatisation, à l’entreprise individuelle, à la liberté d’entreprendre. La gauche, elle, suppose que l’État doit intervenir dans tous les domaines susceptibles de provoquer des inégalités : éducation, santé, énergie, transport…

Mais comment fonctionnent les entreprises nationalisées ? Exactement de la même façon que les privées : structure hiérarchique, avec même plus de hiérarchie dans le public, et centralisation. On peut bien sûr lister des différences qui toutes me paraissent insignifiantes par rapport à la similitude structurelle.

Pourquoi j’accorde tant d’importance à cette dernière ? Parce qu’elle impose ses pratiques. Mettez des hommes les uns au-dessus des autres et, invariablement, ils se marchent sur la tête. Dans un cas, pour gagner plus, dans l’autre, pour le prestige, dans tous les cas, pour le pouvoir. Et ils finissent par en oublier leur mission première.

Toute structure pyramidale de grande taille finit par devenir une entité quasi autonome qui se moque de l’humanité qui la compose et de l’humanité qu’elle est sensée servir. Autant dire que privatiser et nationaliser, c’est blanc bonnet et bonnet blanc.

On a bien tenté une autre approche : le collectivisme. Le management collégial de la foule des employés. Mais à de rares exceptions le collectivisme est resté pyramidal, parfois même pour le déployer à l’extrême.

Sommes-nous coincés ? Pas le moins du monde. Plutôt que de conférer le pouvoir à une entité privée ou publique, il suffit de le distribuer entre les hommes. Alors, on ne privatise pas, on ne nationalise pas, on émancipe, on libère, on autonomise, on responsabilise… On enlève le pouvoir des mains des patrons comme des mains de l’État. On fait de l’éducation à la finlandaise. Du développement à la mode Internet.

Il me semble que personne à droite ou à gauche ne se reconnaît dans cette position qui sera alors qualifiée d’anarchiste, parce qu’elle est étrangère aux options retenues par la société dominante, la principale étant la toute-puissante des structures pyramidales. Proposer des réformes qui vont à l’encontre de ces structures ne peut qu’attirer les feux de toute part. Il est ainsi pratique de qualifier d’anarchistes tous ceux qu’on ne sait pas ranger dans les cases acceptables.

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22 comments

  1. RT @crouzet: Faut-il privatiser ou nationaliser ? à votre avis ? http://bit.ly/aVddZi

  2. ownicrew says:

    #OwniCrew Faut-il privatiser ou nationaliser ? http://bit.ly/cqmayJ

  3. pler says:

    Frédéric Bascuñana RT @crouzet: Faut-il privatiser ou nationaliser? http://bit.ly/aVddZi //suis en phase avec cet … http://bit.ly/dw2rh3

  4. ancion says:

    Problème de fond : pour que des travailleurs se sentent bien dans cette structure sans hiérarchie, il faut qu’ils aient été éduqués à la finlandaise. On ne peut pas les éduquer dans un sens puis leur demander de travailler dans l’autre, ça ne les rend pas heureux et épanouis, ils réclament la hiérarchie et les ordres !
    Il faut donc d’abord changer l’éducation de fond en comble, remettre l’autonomie, la liberté et l’épanouissement au centre de l’apprentissage. Autant dire qu’en France ce n’est pas gagné du tout. François Taddei a fait un très chouette exposé au TEDx avec des pistes nouvelles pour l’apprentissage à l’ère de l’information surabondante : http://bit.ly/bR7CGL

  5. CedricA says:

    Je perçois une faille dans le raisonnement : pour que cela fonctionne il faut que :
    1) tout le monde soit éduqué selon la même logique et à minima éduqué.
    2) cela nécessite une égalité, voir un égalitarisme, très utopique.

  6. Croyez-vous que tout doit être privatisé ou nationalisé ? Non. Alors pourquoi tout le monde devrait vivre dans des structures libres ? Pour commencer, ceux qui en sont capables y vont (ceux qui ont construit Internet dès les années 1960), puis les autres s’éduquent peu à peu… s’il n’y a pas trop de résistance pour empêcher le mouvement.

    Pour tout changement, il suffit qu’une minorité soit prête à changer. Je n’ai pas parlé de révolution (qui elle ne change jamais rien justement parce que la brutalité interdit l’éducation).

    J’attire juste l’attention : nationalisation et privatisation ne sont, dès aujourd’hui, pas les seules possibilités.

  7. on la construit cette [e]utopie ? RT @crouzet Faut-il privatiser ou nationaliser ? à votre avis ? http://bit.ly/aVddZi

  8. Nessy says:

    Dans “Utopies réalisables”, Yona Friedman donne une définition méthodique et mathématique mais également un mode d’emploi des utopies réalisables. Pour lui :
    1. les utopies naissent d’une insatisfaction collective,
    2. les utopies supposent l’existence d’une technique ou d’une conduite, applicable pour:
    a. soit éliminer la source de cette insatisfaction;
    b. soit réévaluer cette insatisfaction en la considérant comme
    une ouverture vers une meilleure situation.
    3. les utopies ne deviennent réalisables que si elles entraînent un consentement collectif.
    Utopies réalisables, de Yona Friedman ( à lire sur le site ou acheter le bouquin papier en librairie)
    http://www.lyber-eclat.net/lyber/friedman/utopies.html

    [edit] mon avis : l'[e]utopie est réalisable dès lors qu’un nombre suffisant de personnes y adhèrent. Donc il est possible d’imaginer une société telle que tu l’esquisses, sans privatisation ni nationalisation. J’adhère : +1 😉

  9. Morbleu ! says:

    Faut-il privatiser ou nationaliser ? http://yoolink.to/7XJ

  10. RT @nessyduloch: on la construit cette [e]utopie ? RT @crouzet Faut-il privatiser ou nationaliser ? à votre avis ? http://bit.ly/aVddZi

  11. steph says:

    C’est, à quelque part, le principe de “démerdo-cratie” que l’on voit fleurir ici et là parce que les citoyens des classes moyennes essaient de s’en sortir avec les moyens du bord (Et ce, dans tous les pays, y compris aux USA où beaucoup pour ne pas payer des loyers exorbitants quittent leurs domicile pour une location en laissant leurs créanciers se débrouiller).

    Le système D est le moyen de “casser” la pyramide. On court-circuite les hiérarchies, les règles et les principes dominants.
    La bite et le couteau.
    Lorsque ce système D sera généralisé, on parlera peut-être d’évolution.

  12. Guillaume says:

    Etre taxé d’anarchisme; c’est dommage que ce soit devenu une insulte… Orwell s’est enrôlé au sein des milices anarchistes, lors de la guerre civile espagnole, et Huxley souhaitait un monde “régi selon les principes de Kropotkine”, dont La Morale Anarchiste est une oeuvre majeure et qui fut l’un des grands anarchistes du XIX-XX°( libre sur wikisource: http://fr.wikisource.org/wiki/La_Morale_anarchiste#). Mais n’oublions pas que Gorbatchev a essayé de donner au peuple la propriété de ses entreprises d’Etat, et que c’est en arnaquant ce peuple qu’ont pu émerger une partie des “oligarques”, l’éducation est donc bien La Priorité – et elle est toujours inégalitaire et bien souvent, même dans le cas des meilleurs établissements, échoue à former des citoyens, mais forme des individus, des électrons seuls qui ne peuvent alors pas être dangereux…

  13. La réponse méthodologique est comme toujours le bootstraping.

  14. RT @crouzet Faut-il privatiser ou nationaliser ? http://bit.ly/dDg6bU

  15. Position d'un Libéral pur jus ! RT @stanjourdan: RT @crouzet Faut-il privatiser ou nationaliser ? http://bit.ly/dDg6bU

  16. Tout à fait d’accord pour refuser le distingo ridicule entre “secteur public” et “secteur privé” , distingo auquel s’accroche encore la gauche bêlante que nous avons en France, du PS au NPA… ce genre de débat les occupe bien, pendant que les choses importantes se passent ailleurs.

    C’est que je n’ai pas peur d’être qualifié d’anarchiste, même si je ne me reconnais guère dans le mouvement anarchiste actuel.

    Si l’état était l’ami du peuple, ça se saurait.

    Il faut expérimenter toutes les alternatives à l’étatisme et au capitalisme, sans trop d’illusions tout de même, car même autogérée par des travailleurs associés, une entreprise qui baigne dans un système concurrentiel capitaliste sera bien obligée de fonctionner selon le modèle dominant…

  17. J’aime bien l’idée que la technologie pourrait nous permettre de réaliser les utopies que nos prédécesseurs avaient rêvés mais qu’ils avaient du, faute de moyens, laisser dans les cartons après s’être plus ou moins douloureusement ramassés. Ce qui me laisse perplexe c’est qu’en l’occurrence il faudrait profiter du plus grand nombre d’acquis scientifiques disponibles et poser la question avec le maximum de complexité atteignable.
    Il me semble que dans votre billet vous voyez les humains comme des êtres principalement régis par la raison et susceptibles donc de se comporter de manière « intelligente » dans leurs relations avec la collectivité, métaphore de l’ordinateur, société de microprocesseurs ?
    Mais la métaphore cérébrale ne vous semble-t-elle pas plus pertinente ? Des neurones connectés comme des circuits logiques mais influencés en permanence par la présence d’hormones. Nos comportements ne sont pas, ou peu, rationnels. Rapports de force, possession, violence, intimidation,… ne sont pas des dérèglements de l’intelligence mais des attitudes d’origines biologiques socialement gênantes. L’éducation peut limiter les dégâts mais pas régler le problème. Le primate n’est pas anarchiste.
    Pour que l’appel à la technologie soit complet il faudrait alors aller jusque chez les transhumanistes et ce n’est pas tous les jours facile…

  18. Je ne crois pas que le primate soit pour autant amoureux du totalitarisme. Les structures réticulaires sont capables d’affronter des problèmes complexes, même celui des imperfections de notre humanitude. Il s’agit justement de s’arracher à la logique déterministe qui régit notre société pyramidale.

  19. Faut-il privatiser ou nationaliser ? http://goo.gl/CP18

  20. Alex says:

    Salut,
    Et l’idée que toute société ne puisse vendre plus de 50% de sa valeur à des actionnaires, les 50 autres appartenant toujours au personnel ? Je suppose divers effets de bords et autres types de problèmes, mais cela rêglerait l’énorme problème des actionnaires en voulant toujours plus et augmenterait méchament la motivation de tout employé. J’ai voulu ajouter ” et diminuerait ce nouveau fléau qu’est le stress”, mais je n’en suis pas si sûr. Néanmoins, cela deviendrait un stress plus juste, ou moins injuste suivant du quel coté on voit cela, plus motivant aussi.

    Mais mon post risque de ne pas être lu, vu la date de l’article et des derniers commentaires 🙁
    +++

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