Aux Échecs, la fourchette est le coup rêvé. Attaquer simultanément plusieurs pièces de l’adversaire ce qui lui impose d’en sacrifier au moins une. Le monde de l’édition se trouve dans la même situation. Quelles pièces seront sacrifiées ?

Le livre est mort

Tout d’abord, il faut se mettre dans la tête un fait : le livre ne survivra pas à la révolution numérique. Les gens qui disent qu’il y aura de la place pour différents supports m’agacent parce que je vois bien qu’ils ne veulent pas froisser la susceptibilité des acteurs traditionnels, avec lesquels ils sont souvent partenaires.

Par livre, j’entends cet objet fait de feuilles de papier reliées, surtout pas du texte qui est imprimé sur ces feuilles. Le texte n’est pas mort quand les tablettes d’argiles ont été abandonnées, pas plus après l’abandon des enluminures.

Certains invoquent un pseudo théorème : une nouvelle technologie n’a jamais fait disparaître une technologie plus ancienne. L’imprimerie n’a-t-elle pas fait disparaître l’enluminure ? Que des artistes enluminent encore, je trouve ça merveilleux… mais ne faisons pas de l’enluminure contemporaine un mouvement main stream. Et puis le moteur à explosion n’a-t-il pas fait disparaître les chevaux des villes ? La radio FM n’a-t-elle pas marginalisé les grandes ondes ?

Ce théorème ne tient pas. Il en existe une seconde version : un nouveau média n’a jamais fait disparaître un média plus ancien. Il est vrai que le cinéma ou la radio n’ont pas fait disparaître les livres. Tout au plus, un nouveau média en fait passer d’autres au second plan. Je ne conteste pas.

L’erreur est de croire que le livre est un média. Non, le livre n’est qu’une technologie comme la FM par rapport aux grandes ondes. Le média, c’est le texte. Il s’accroche de préférence à la technologie la plus performante.

Nous y voilà. Alors surgit l’argument selon lequel le papier est une technologie imbattable. Je voudrais enfoncer quelques portes déjà ouvertes. Les écrans tactiles de nouvelle génération offrent des expériences physiques qui surpassent celles du papier. Le touché ne disparaît pas, il devient une méthode de navigation, il est mis au centre de l’interface. Et d’un autre côté, les technologies d’affichages progressent à tel point que nous tendons vers des encres numériques couleur aussi rapides que les écrans.

Les nouvelles liseuses offriront tous les avantages du papier et tous ceux du numérique et elles s’alimenteront en électricité à l’aide de la lumière ambiante. Imbattable. Ces liseuses arrivent, à des prix planché… et plus aucun lecteur n’y échappera. Non seulement à cause de leur attrait, mais aussi parce que le monde de l’édition que nous connaissons n’existera plus.

L’édition est morte

Aujourd’hui, un éditeur ne vit que parce que certains de ses auteurs, un pour dix et encore, vendent assez de livres pour faire vivre les auteurs en devenir. Un auteur de bestsellers m’a confié récemment que, parce que son nouvel opus était en retard, il avait été accusé par les autres auteurs de son éditeur de vouloir couler la baraque.

Un tel système se perpétuera-t-il lorsque le texte aura achevé sa mue numérique ? Non. Si je suis un auteur de livres à succès, je n’ai plus besoin d’un éditeur qui me reverse au mieux 16 % de droit. Il me suffira de diffuser en direct mes textes sur des plateformes comme iTune ou Amazon, et de récupérer 70 % des revenus, voire de les vendre en direct sur mon site personnel, et de récupérer presque 100 %. Mes fans me trouveront pour peu que je maîtrise quelques outils sociaux.

Les grosses pointures basculeront sur ce modèle du direct dès que la base installée de liseuses aura séduit environ 50 % des lecteurs (et les liseuses ne seront ni plus ni moins que des ordinateurs ou des consoles de jeu). À ce moment, même avec un marché potentiel pour les textes électroniques divisé par deux par rapport au papier, avec des prix de vente eux aussi divisés par deux, mais des marges quatre fois supérieures, les auteurs ne seront pas perdants… et l’accroissement du marché ne fera que développer leurs revenus (sans parler de l’indépendance à laquelle les auteurs tiennent particulièrement).

L’auteur à succès travaillera son texte en amont en collaboration avec d’autres auteurs (et certains adoptent déjà cette stratégie, tant leurs éditeurs ont renoncé à les aider à perfectionner leurs textes). Ils intégreront dans la boucle en partenaire les graphistes et les correcteurs auxquels ils reverseront un pourcentage des revenus.

Les éditeurs, tels que nous les connaissons, n’auront plus qu’un rôle auprès des jeunes auteurs et de tous ceux qui ne vendent pas assez pour se vendre seuls. En l’absence dans leur écurie de gros vendeurs, ils auront de moins en moins les moyens d’imprimer des livres. Technologie couteuse qui implique une avance financière, une gestion des stocks et du pilonnage… Les éditeurs aussi n’auront d’autres choix que de favoriser le numérique.

Un nouveau modèle, sur le principe de la coopération, ne peut que se mettre en place. L’éditeur est indispensable dans la chaîne, en tant que formateur et spécialiste de la maïeutique littéraire. S’il veut jouer ce rôle, il doit se remettre à bosser avec les auteurs et ne pas tenter de leur imposer des droits numériques à 25 %. Des partenaires partagent. Et si l’éditeur travaille peu avec ses auteurs, il devra se contenter de peu, pas de l’essentiel. Ainsi, l’éditeur sera incubateur de talents et peut-être conservera la reconnaissance des auteurs confirmés.

Notes

  1. Ce scénario a déjà commencé pour la musique et le cinéma… mais la migration est lente parce que les coûts de production sont encore élevés comparativement à ceux du livre, domaine qui est toujours resté artisanal.
  2. Je n’ai pas fait entrer en ligne de compte le piratage inévitable qui s’en suivra… et qui ne sera pas une raison pour rester accrocher au papier, mais, plutôt, pour enfin basculer à l’économie de l’abondance.
  3. Je me prépare à la transition en basculant tous mes textes au format ePub, le format aujourd’hui qui s’impose comme solution multiplateforme.
  4. Je serai jeudi à la Cité des Sciences de Paris pour discuter de tous ces sujets.

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36 comments

  1. Merci Thierry pour cette très bonne contribution.

    Quelques réactions…

    >>Tout d’abord, il faut se mettre dans la tête un fait : le livre ne survivra pas à la révolution numérique.

    Pour ma part je ne crois pas que le livre soit mort (le marché se porte bien et visiblement le “relatif” (j’insiste) succès du numérique ne semble pas du tout lui porter ombrage. Je pense comme toi qu’il va effectivement d’ici 40 ans devenir minoritaire (mais cela va prendre du temps, notamment du fait de notre “culture” du livre). Mais je ne pense pas que la techno va le tuer : comme tu le dis toi-même, les grandes ondes existent encore ;-). Il va devoir se spécifier et se démarquer, se réinventer. Certaines formes vont perdurer (beaux-livres notamment : mais j’ai tendance à croire que même le livre de poche devrait continuer à trouver aussi une part de marché). Ce n’est en tout cas pour moi pas pour ne pas froisser les acteurs traditionnels. Mais à terme, je partage ton avis sur la bascule des pratiques : le numérique va devenir majoritaire. Je suis profondément d’accord avec toi quand tu dis que le texte va s’accrocher à la technologie la plus performante, pour autant qu’il ne soit pas enfermé dans des contraintes (techniques et juridiques). Et le livre numérique homothétique, tel que nous les promettent les liseuses reste tout de même un objet sur le modèle du papier. Dit autrement, nous risquons de devoir porter avec nous longtemps le cadavre du livre.

    >>Les écrans tactiles de nouvelle génération offrent des expériences physiques qui surpassent celles du papier. Le touché ne disparaît pas, il devient une méthode de navigation,

    Oui, mais le toucher n’a jamais été un mode de lecture, il a toujours exprimé un rapport sensible aux objets (l’incunable, le livre de collection…), pas au texte. Je suis pour ma par très sceptique sur l’apport du toucher (en ce qui concerne la lecture) : augmenter la lecture de gestes me semble plutôt nous en détourner, parce qu’elle nous donne envie de toucher : l’ébranlement et la pyrotechnie de certaines applications iPad sont à 1000 lieux de la lecture. Enfin, il ne faut pas croire que le toucher soit l’interface ultime.

    >>Sur l’autoédition/diffusion… Il y a autant d’exemples que de contre-exemples. Quels sont les auteurs qui sauront tout faire : le marketing, la technique, la distribution (sur les bonnes platesformes), le commercial, etc. Pas sûr que ce soit non plus le cas de tous les auteurs de bestsellers. La puissance des mass-médias, même en ligne, n’a pas totalement disparu. J’ai tout de même l’impression qu’aujourd’hui, les éditeurs sont surtout meilleurs pour imposer des bestsellers que des petits auteurs. L’éditeur de Dan Brown ou de Mary Higgins Clark les accompagne bien mieux (et sur tout type de supports) que des auteurs moins importants. Depuis 20 ans, n’est-ce pas le contraire qui se passe ? La Fin des éditeurs dont parlait Schifrin (c’est-à-dire l’industrialisation du secteur) avantage plutôt les énormes machineries industrielles qu’autre chose.

    Je suis entièrement d’accord pour dire que l’éditeur est indispensable et que son travail va être de plus en plus capital pour aider des auteurs à se démarquer. Mais je ne crois pas que son travail pour les petits auteurs soit plus important que pour les gros. Le marketing éditorial est tout de même passé par là.

  2. Qui écoute les grandes ondes à part des gens perdus sur des îles perdues ? Le livre va devenir comme les grandes ondes… quelques choses de rares…

    Il a fallu 50 ans pour que l’imprimerie supplante les scribes… C’est peut-être cette année que nous serons en l’an 1 de la révolution. Nous pourrons proclamer cette date le jour où nous aurons le lecteur dont je parle.
    Ma brève expérience avec l’iPad m’a révélé le potentiel du touché… je ne vois pas en quoi ça gène… je touche mon PRS et ça ne me distrait pas… ce qui m’énerve c’est justement les boutons et autres babioles.

    Il me semble que la révolution ne prendra pas 50 ans cette fois, mais une dizaine d’années tout au plus. On verra bien. 50 ans à une époque exponentielle ça ne signifie tout simplement rien.

    Pour les éditeurs… oui ils savent amplifier les succès… mais les auteurs vont être en mesure de négocier toujours plus de droit sous peine de faire cavaliers seuls. Si tu es Dan Brown, c’est facile. L’auto-édition est inutile pour les inconnus, pas pour les stars. Ils vont le comprendre.

    Du coup les éditeurs tradi auront de moins en moins de tunes pour les jeunes et une spirale infernale va s’enclencher. Les jeunes s’autoéditeront en coopérative, les stars menaceront de le faire… va plus rester beaucoup d’espace… ce qui poussera les lecteurs à eux-mêmes basculer.

  3. Voici les propos d’Arnaud Nourry, pdg d’Hachette dans un article de mars 2010 des Echos :

    “Pour le livre, le numérique est une opportunité. Car, contrairement à la presse, par exemple, nous proposons des contenus exclusifs qui ne sont pas menacés par une offre gratuite. D’ici cinq à sept ans, le numérique pourrait donc peser de 10 à 15 % du marché. Et ce marché sera sans doute réparti dans chacun des principaux pays entre cinq ou six acteurs comme Apple, Google, Amazon et des distributeurs nationaux. Nous ne devrions pas être face à un seul acteur totalement dominant capable d’imposer ses conditions. En termes de rentabilité, cela ne devrait pas avoir d’impact significatif pour les éditeurs. En France, il faudra impérativement transposer le prix unique du livre au numérique, sans quoi c’est tout l’écosystème – de l’auteur au libraire -qui s’effondrera sous l’effet de pratiques tarifaires intenables. Nous misons sur le fait que l’extension large des terminaux de lecture, grâce à des outils comme l’iPad, conjuguée à la baisse du prix des livres dans le monde numérique se traduiront par une croissance du marché du livre. ”

    Assez incroyable de voir l’optimisme affiché ! Important aussi me semble-t-il de sortir du débat franco-français sur le prix unique du livre, et réaliser qu’il s’agit là d’acteurs multinationaux dans lesquels la france et son livre homothétique sont une miette. C’est un groupe Allemand, bertelsman qui possède Random House très présent aux USA et le français Lagardère Hachette qui possèdent à eux deux la majorité du secteur éditorial aujourd’hui. Ils ne pèsent rien pourtant face à google, amazon ou apple… c’est bien une lutte sanglante qui s’annonce loin de l’optimisme affiché !

  4. 10 à 15 ans… Sur quoi baser ces chiffres. La liseuse qui va tout faire basculer n’existe pas et le jour où elle arrivera ça peut aller très vite. Personne n’en sait rien. De toute façon, les libraires sont morts. Je n’ai aucun espoir… d’ailleurs, il ne subsiste déjà plus que des supermarchés du livre (et je ne regretterai pas leur disparition… contrairement à celle des librairies de quartier qui agonisent).

    Nourry oublie le piratage… et il oublie les auteurs dans son beau modèle… tout cela va exploser.

  5. callimaque says:

    Euh… Il faut garder un peu à l’esprit que si les livres peuvent être anéantis par le feu, Dieu merci, il en subsiste (en général, enfin depuis la Seconde Guerre mondiale, c’est indéniable pour les ouvrages publiés depuis lors) plusieurs exemplaires de par le monde.

    Les données numériques ne peuvent – contrairement au livre (et là, j’intègre même le papier acide du XIXème siècle) se conserver ad vitam aeternam…

    Par conséquent, l’objet livre a encore de très long siècle devant lui. Quand bien même on réussira un jour à palier cet inconvénient majeur de la sauvegarde des données numériques, je gage que le plaisir de tenir un livre en main se perpétuera des siècles durant.

    Naturellement, les Marc Kevy ou autres Guillaume Musso, on espère de tout coeur qu’ils s’engouffrent dans cette brèche des nouveaux livres (sic) numériques pour qu’au final il ne subsiste à l’avenir plus aucune trace de leurs niaiseries… lol!!

  6. Ta remarque en rappelle d’identiques effectuées au moment de l’invention de l’imprimerie (textes imprimés se conservant moins longtemps que ceux des scribes… eux-mêmes moins longtemps que les tablettes gravées…).

    On utilise une technologie pour ses avantages présents pas pour sa pérennité.

    Le plaisir : on invente des plaisirs supérieurs. Personne ne lira de livres dans 50 ans sinon quelques illuminés.

  7. Powanono says:

    Prenez Robinson, seul sur son île, donnez lui une bible de Gutemberg et il aura de la lecture pour quatre ans. Donnez lui un Ipad, il en aura pour 6 heures.

    Le problème c’est que vous avez une idée du livre très économique et urbaine. On ne lit pas tous sur nos écrans, et peut être, la sur-consomation des technophiles leur font oublier qu’il y’a les autres qui ne répondent pas aux mêmes règles sociales.

    Pour avoir manipuler un Ipad ou même un Kindle, je ne trouve pas que ce soit le meilleur moyen pour lire dans les transport publics. De même je me suis jamais fait agresser pour un exemplaire de Bukowski, pour un Ipad pas sur.

    Et puis un livre ce n’est rien, c’est pas grave si je le perd. Je peux le laisser trainer sur la plage dans le sable (de 30 cts à 10 euros grand max)… un objet électronique pas sur.

    Oui le papier, ça brûle. Mais faire reposer notre culture sur une ressource énergétique : l’électricité, quand il n’y a plus de ressource, il n’y a plus de culture. Alors que bon, cela fait 2000 ans que les bibliothèques brûlent… et pourtant.

    Vous mélangez un peu tout dans votre article. Oui, évidemment, la musique et le cinéma se sont prêtés à la numérisation mais la musique numérisée ne change pas réellement de support (nous l’écoutons toujours sur des baladeurs) de même pour le cinéma qui se voit toujours à l’aide d’un écran. Or la lecture numérique est bien différente. L’incorporation de l’écriture numérique qu’est l’hypertexte change le texte et parfois sa sémantique ( voir les travaux de Jeanneret).

    Enfin si on doit prendre le contrepied réducteur d’une position déjà réductrice : La stratégie des télécoms et de certains acteurs du web est elle aussi contestable. Pourquoi? Offensive face aux offreurs de contenu, elle veut que tout contenu deviennent gratuit pour alimenter sa base de donnée client sans prendre en compte l’importance de la financiarisation du contenu, sa qualité ou encore son besoin d’être subventionné (l’Arcep ne dira pas le contraire).

    Bref, une réaction un peu mic-mac pour un article que je trouve trop dans l’air du temps avec les termes “colaboratifs”, “mort de l’édition”, “la toute puissance du numérique” alors que la situation est sans doute bien plus complexe à saisir …

    Et pour finir sur une note positive, je dois être franchement un grincheux car je suis quand même un fidèle lecteur de ce blog 😉

  8. powanono says:

    Et pour finir mon petit troll
    “On utilise une technologie pour ses avantages présents pas pour sa pérennité.”
    Et que dire de l’objectif de l’homme de toujours vouloir laisser une trace à l’aide la technologie justement : la pierre de Rosette, Les manuscrits de la mer morte etc.

    “Le plaisir : on invente des plaisirs supérieurs. Personne ne lira de livres dans 50 ans sinon quelques illuminés.”
    Faites tomber un livre et un Ipad du sixième étage, on verra qui gagne ;).
    Vous saviez que de nombreuses personnes avait prédit la fin du cinéma dès les années 20 puis en 50 aussi pour les 10 ans à venir.

    Non un livre n’est pas un media, c’est vrai. C’est un support de l’écriture très culturé, au même titre que la radio est le support de la voix et le cinéma le support de l’image.

  9. Un capteur solaire intégré suffira à alimenter la liseuse de Robinson et il aura avec lui plus de textes qu’il ne pourra en lire jusqu’à sa mort.

    Tu ne lis pas un texte parce qu’il est imprimé sur un objet solide ou pas cher… mais parce que tu as envie de lire le texte… les gens liront sur le support qui sera le plus confortable et qui réduira le coût des textes. Tout autre argument n’a aucun sens il me semble.

  10. J says:

    Bien entendu que Thierry a raison.
    L’objet livre est condamné.

    Ce n’est qu’en abandonnant tout affectif pour ne laisser la place qu’à la raison que cette évidence logique peut être admise.

    Mais bon, bien peu sont capables de ça : la raison, que la raison, pour juger de ces choses.

  11. powanono says:

    “Un capteur solaire intégré suffira à alimenter la liseuse de Robinson et il aura avec lui plus de textes qu’il ne pourra en lire jusqu’à sa mort.”
    J’aimerai bien voir un capteur solaire en action? quid des temps de pluie et de soleil. Mais il est vrai laissons du temps au développement à la technique. Mais soit dit-en passant, les technologies les plus récentes ne sont pas très durable : le nombre de joujou ultra techno qui nous clamse entre les doigts (ordinateur au disque dur mort, playstation 2 etc.)

    “Tu ne lis pas un texte parce qu’il est imprimé sur un objet solide ou pas cher… mais parce que tu as envie de lire le texte… ”
    C’est étrange de dire cela lorsque l’on vante la baisse des coûts de production engendrée par la numérisation du livre ;). Justement, pour l’instant, le plus pratique reste encore le livre à mes yeux. Que ce soit dans sa manipulation, dans sa conservation ou tout simplement par la valeur sociale et symbolique que nombre de nos contemporains lui accordent.

    “L’objet livre est condamné.
    Ce n’est qu’en abandonnant tout affectif pour ne laisser la place qu’à la raison que cette évidence logique peut être admise.
    Mais bon, bien peu sont capables de ça : la raison, que la raison, pour juger de ces choses.”
    L’objet livre n’est pas condamné mais “complémentarisé”. De plus, la numérisation de l’écrit concerne beaucoup plus les journaux (bien entendu) et les ouvrages scientifiques que les ouvrages mainstream (c’est à dire toucher le plus grand nombre avec l’objet le plus facile à manipuler pour l’usager. N’oublions que le public équipé n’est pas l’ensemble de la planète. Et même si le taux d’équipement est très fort dans certains pays, quid l’utilisation?

    Le reste du commentaire est très amusant par contre 😉

  12. ls01 says:

    À lire, avec les commentaires… RT @stanjourdan: Édition: la fourchette fatale http://bit.ly/b4oeXj par @crouzet

  13. steph says:

    “L’auteur à succès travaillera son texte en amont en collaboration avec d’autres auteurs (et certains adoptent déjà cette stratégie, tant leurs éditeurs ont renoncé à les aider à perfectionner leurs textes).”

    C’est exactement ce que je fais en ce moment même. Un collectif se penche sur la première version de mon premier roman (SF), après sélection et étude d’un extrait- et m’aide l’améliorer, le faire évoluer (je suis débutant en matière d’écriture).
    Chose qu’aucun éditeur ne propose de faire.

    Les éditeurs reçoivent plein de textes, la plupart du temps, ils ne les lisent pas. Ils les empilent.
    Ils se concentrent sur la distribution de leurs auteurs phares.
    Les éditeurs sont le goulée d’étranglement de toute la production littéraire, ils ne savent pas faire face à l’afflux de textes, leur sélection, leur amélioration et les diriger ensuite dans le circuit de distribution.

    Ce qui se passe, c’est que des collectifs d’auteurs, lecteurs, alpha-lecteurs, bêtas-lecteurs et correcteurs prennent en charge le boulot que les éditeurs ne font presque plus ou ne veulent plus faire.

    L’éditeur est donc pris en tenaille :
    – Par le bas, par les collectifs de plus en plus nombreux (de plus en plus sérieux aussi : certains collectifs passent des accords de partenariat avec des éditeurs débordés…)
    – Par le haut : par la transition numérique (Thierry à raison, nous sommes à l’année zéro), les liseuses, le bouleversement de la chaine de distribution.

    Que va-t-il rester aux éditeurs ?
    Les séances de dédicaces ?

  14. Serge Meunier says:

    Bonjour,

    Parcourir ces points de vue tranchés – et peut-être bien en noir et blanc – me fait réagir. Je n’ai envie de céder ni à la croyance des uns percutant l’enthousiasme des autres, ni aux vérités ici s’opposant aux justifications ailleurs. Finalement, ce que je vois venir pour ma part c’est, bien sûr, la montée en puissance des technologies en direction du livre électronique, ET, bien sûr aussi, l’évidence (ou la nécessité, ou que le plaisir dure, comme on voudra) de ce qu’a de bon le papier.

    Je ne suis pourtant pas un adepte de l’eau tiède mais ce qui me “parle” dans tout ça, c’est que nous risquons de vivre dans le brouillard, le “bruit”, l’entre-deux (comme c’est le cas déjà dans de nombreux secteurs de nos existences) ; bref Babel !
    Je crains que ce qui en souffre – outre nos yeux et nos oreilles, c’est ce que sont censés transmettre les médias : texte en tant que parole, pensée et émotion humaines.

    Pour résumer j’ai l’intuition que, sauf simplisme et autoroutes toutes faites, cela va “pinailler” et nous atomiser encore. Aldous Huxley aurait-il vu venir la chose ?..

  15. Peretz says:

    Toute cette diatribe me fait penser à mes débuts en informatique. On nous a dit de façon péremptoire que l’ordinateur ferait disparaître le papier dans les bureaux. Or on en a de plus en plus. En fait, pour le livre, on n’en sait rien. Mais si le support change de tout au tout, il prendra une place, mais pas forcément la place de l’autre. D’autre part il faut tenir compte de la fragilité de ce support : faites tomber un livre, même dans l’eau, vous le récupérez. Et je me demande s’il n’y a pas également une différence psychologique, qui n’est pas seulement culturelle : le toucher et la vision n’ont pas le même impact. En conclusion, je crois que l’ipad entraînera probablement à la lecture une nouvelle clientèle, mais, sauf au début, ne fera pas baisser sensiblement les ventes du livre papier.

  16. eBouquin says:

    a enfin trouvé le temps de lire la fourchette fatale de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – D'accord avec ses conclusions !

  17. eBouquin says:

    a enfin trouvé le temps de lire la fourchette fatale de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – D'accord avec ses conclusions !

  18. RT @ebouquin: a enfin trouvé le temps de lire la fourchette fatale de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – D'accord avec ses conclusions !

  19. RT @ebouquin: a enfin trouvé le temps de lire la fourchette fatale de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – D'accord avec ses conclusions !

  20. eBouquin says:

    a enfin trouvé le temps de lire la fourchette fatale de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – je viens d'en conserver la totalité dans le "nuage"

  21. eBouquin says:

    a enfin trouvé le temps de lire la fourchette fatale de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – je viens d'en conserver la totalité dans le "nuage"

  22. RT @ebouquin: a enfin trouvé le temps de lire la fourchette fatale de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – je viens d'en conserver la totalité dans le "nuage"

  23. RT @ebouquin: a enfin trouvé le temps de lire la fourchette fatale de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – je viens d'en conserver la totalité dans le "nuage"

  24. ch says:

    Mâchonne la #fourchettecaudine de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz

  25. ch says:

    Mâchonne la #fourchettecaudine de @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz

  26. Belle analyse de l'avenir du numérique et des éditeurs RT @ebouquin @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – D'accord avec ses conclusions !

  27. Belle analyse de l'avenir du numérique et des éditeurs RT @ebouquin @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz – D'accord avec ses conclusions !

  28. Le livre est mort, l'édition est morte : "La fourchette fatale", par @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz. A rencontrer ce jeudi cité des sciences

  29. Le livre est mort, l'édition est morte : "La fourchette fatale", par @crouzet http://bit.ly/cq7Sxz. A rencontrer ce jeudi cité des sciences

  30. Opinions / La fourchette fatale…le livre et l'édition sont morts >> http://ow.ly/1I4yu

  31. Opinions / La fourchette fatale…le livre et l'édition sont morts >> http://ow.ly/1I4yu

  32. Je ne suis pas du tout convaincu par la thèse de la disparition du livre papier. La numérisation a un effet évident sur le processus de fabrication et sur la manière de vendre les livres, mais le livre se porte toujours bien et il reste un support très commode (contrairement au CD).

    Adepte des nouvelles technologies depuis longtemps, je n’ai pas de réticence nostalgique à l’encontre du livre électronique ; mais le livre papier, la revue papier, le magazine papier gardent toujours plusieurs avantages : ces supports sont très solides, ils peuvent de perdre et se racheter à moindre coût, ils sont aisé à annoter, on peut même les consulter dans sa baignoire.

    Enfin, le support papier présente un autre avantage : c’est un dispositif qui a une cohérence spatiale fixe. Même en étant plus limité dans sa complexité qu’un dispositif numérique, le livre est en réalité plus commode à manipuler physiquement et d’une certaine manière intellectuellement aussi. C’est un corps en 3 dimensions, contrairement à nos écrans plats.

    Tant que le numérique restera limité à un écran, tant que l’espace du numérique sera seulement virtuel, le livre-objet-réel conservera toujours une dimension de plus. Le livre papier ne sera vraiment en voie de disparition que lorsque l’information numérique sera libérée de l’écran terriblement couteux et limité en taille, cet écran d’une monstrueuse platitude qui reste son principal handicap.

  33. Édition: la fourchette fatale http://bit.ly/cjQHDD

  34. arthur says:

    Je pense que c’est une erreur de croire que les éditeurs n’auront plus leur rôle à jouer, et qu’ils cesseront d’être les “promoteurs” d’auteurs à succès. Il faut beaucoup de pub et de comm pour devenir un Dan Brown ou un Marc Lévy, même si ce que l’on écrit est excellent (ou grand public, à vous de juger…); et pour faire cette pub il faut derrière une très grosse force de frappe, donc un éditeur qui a les moyens de vous soutenir; par ailleurs je ne crois pas que les outils sociaux seuls suffisent à se hisser à un tel degré de notoriété; non seulement parce qu’ils ne remplacent pas les supports de publicité traditionnels, et sont simplement un instrument de plus, mais encore car ils peuvent être utilisés eux aussi, et avec plus d’efficacité, par les éditeurs chargés de faire la communication et le renom de leurs auteurs.
    Non, les éditeurs profiteront bel et bien du numérique, même s’il y aura un temps d’adaptation, un bouleversement évident et l’émergence de nouveaux acteurs, qui pourront prendre de grosses parts de gâteau à la barbe des anciens géants, si ces derniers ne réagissent pas assez vite.
    En revanche, le reste est vrai : la cohabitation des deux supports ne sera pas éternel, l’un l’emportera sur l’autre et ce sera probablement le numérique.
    Merci pour votre article.

  35. Peretz says:

    Effectivement je ne crois pas que les éditeurs sur support papier ont quelque chose à craindre du support électronique. Ils récupéreront probablement celui-ci. Bien qu’ à mon avis d’homme d’image, l’écran ne vaut pas le papier : l’écrit disparaît dans la boite de l’infiniment petit dès qu’on l’éteint alors qu’il reste toujours visible sur le papier. Aspect éphémère inhérent au système.Psychologiquement la vision est définitivement liée au toucher : le bébé attrape ses pieds en même temps qu’il commence à les voir. Donc à long terme chaque support aura sa clientèle, car il vrai que le numérique a aussi des avantages.

  36. Peretz says:

    @Steph : petite erreur on dit soit “goulot d’étranglement” et non goulée, soit “goulet” tout seul. Et tout-à-fait d’accord avec ton texte : le temps n’a pas le même sens pour un éditeur que pour nous. Amicalement

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