Je viens d’essayer de trouver le meilleur prix en France pour un livre autopublié. J’ai fait l’expérience avec le manuscrit de La quatrième théorie en version pour moi finalisée, mais pas encore passée entre les fourches caudines de mes amis du métier, ni par un éditeur.

J’ai monté le texte sur XPress, format A5, environ le standard des romans. Soit au final 478 pages (Adobe Garamond Pro, corps 12 avec 36 lignes par pages) et j’ai dessiné une couverture rapidement, après avoir passé un moment à feuilleter bookcoverarchive.com.

J’ai commencé par thebookedition.com. Le service a refusé mon PDF, pourtant parfaitement calibré à leur format. J’ai tout de même calculé le coût de fabrication : 18,49 €. La livraison classique semble être à 3,02 €. Ce qui en théorie donnerait un prix final lecteur de 21,51 € si je ne prends aucune marge.

Je suis allé ensuite sur Book on Demand. J’ai pas poursuivi très loin. Le livre revient hors frais de port à 29 €. Prohibitif. J’ai fait un tour sur unibook.com, prix de fabrication 22,38 €. Encore trop cher.

J’ai fini sur lulu.com. Chez eux le manuscrit en A5 revient en fabrication à 15,20 € (on ne gagne rien en passant en poche car il faut augmenter le nombre de pages). J’ai choisi pour ce prototype de ne prendre aucune marge, mais j’ai aussi choisi de diffuser sur Amazon, pour que le livre soit disponible sans frais de port. Avec la marge Amazon, le livre se retrouve au prix public de 17,70 €. Comme lulu adopte déjà la logique du prix homothétique, il diffusera aussi le livre à 17,70 € et me reversera 2,5 € à chaque vente réalisée en direct.

Reste à prendre en compte le coût de livraison chez lulu, 4,99 € (5 à 12 jours) ou express 7,99 € (2 à 5 jours). Vous pouvez donc vous payer Croisade livré chez vous pour 22,69 €, soit en gros le même prix qu’un thriller de taille équivalente dans le commence (Résurgences est vendu 22 €). Dès qu’il sera disponible sur Amazon d’ici six à huit semaines, le prix de Croisade tombera à 17,70 € (la livraison sera alors gratuite).

Constat : un auteur peut vendre en direct au même prix qu’un éditeur et gagner plus (exemple: je prends 3 € de marge et je diffuse sur Amazon, le livre est disponible à 20,70 € port compris – jamais un auteur ne touche autant pour un livre à ce prix). Si j’étais aux US, je pourrais encore diviser par deux le prix de fabrication en utilisant du papier de moins bonne qualité et maximiser ma marge ou baisser encore le prix de vente.

Mais la possibilité de diffuser soit même ses livres à un coût compétitif ne résout en fait qu’un petit problème technique. Il faut ensuite réussir à trouver des acheteurs. C’est alors aussi difficile que pour un auteur diffusé à compte d’éditeur, même plus. Agnès Maillard m’a dit avoir vendu via lulu Les Chroniques du Monolecte : Le Syndrome du poisson rouge à 70 exemplaires (mais 30 € avec le port c’est prohibitif… faut rester dans les prix du marché). Seb Musset lui a fait mieux avec ses deux livres, vendus à 300 exemplaires, mais avec des prix beaucoup plus attendus.

Au final, en l’état, nous ne vendons pas mieux nos livres autoédités que nos livres édités mais vendus uniquement de manière électronique. L’audience d’un blogueur ne se convertit pas facilement sur des textes plus longs… qui pourtant, pour nous auteurs, gardent tout leur sens vu qu’ils nous permettent de creuser dans des directions complémentaires à celles du blog. Voilà pourquoi je vais devoir me chercher un éditeur pour Croisade. Difficile de tout faire seul.

PS1 : Je profite de ces tests pour mettre en ligne une version de J’ai eu l’idée. Pour faire des économies, je n’ai pas imprimé une idée par page comme dans la version électronique diffusée par publie.net, mais j’ai adopté le format des Je me souviens de Pérec. Prix public : 8 euros. Vous pouvez donc commander ce texte sur lulu si comme @la_ligne vous tenez au papier pour faire des cadeaux (ce qui va enrager François Bon… mais j’ai pris une petite marge que je pourrais partager avec publie.net).

PS2 : Possibilité de livraison gratuite chez lulu pour mes livres avec le code promotionnel FREEMAILFR305. Offre valable jusqu’au 30 mai (j’y suis pour rien).

36

36 comments

  1. eBouquin says:

    RT @crouzet: Autopublication : arnaque ou pis aller http://bit.ly/cEEbao

  2. breizh2008 says:

    RT @crouzet: Autopublication : arnaque ou pis aller http://bit.ly/cEEbao

  3. ms says:

    Merci pour toutes ces infos, suis de plus en plus tentée de faire le test lulu.com sur un texte pour l’heure en calaméo (qui me fait l’effet d’un cimetière)

  4. Lolo le 13 says:

    Si à un moment vous vous intéressez aux licences Creative Commons ou Licence Art Libre, il existe les éditions InLibroVeritas qui ne sont pas dans votre liste apparemment.

    http://www.inlibroveritas.net

    Pas certain que cela vous convienne, mais ils sont dans la philosophie de la culture pour tous.

  5. karl says:

    et le prix du format epub ?

  6. F says:

    mais non, j’enrage pas, eh patate de flux – ça me confirme juste qu’il faut se battre au bon endroit et que c’est pas dans ces directions-là… à part ça, si t’avais lu le contrat publie.net que je t’ai envoyé, tu aurais vu qu’il est basé sur non-exclusivité à tous les étages : il t’est parfaitement légitime de le diffuser en parallèle, et je crois même qu’on a intérêt à multiplier ces points d’accès – après, côté publie.net, à nous d’être les meilleurs (va à la BU de Montpellier ou n’importe quelle de leurs annexes dans l’académie), ou via l’iPad etc…

  7. Dormomuso says:

    Autopublication : arnaque ou pis aller http://j.mp/9377XC

  8. RT @cgenin: RT @crouzet Autopublication : arnaque ou pis aller http://bit.ly/cEEbao

  9. Silvae says:

    Autopublication : arnaque ou pis aller http://ping.fm/Hd4el

  10. Prélude says:

    Merci pour cette expérience.
    Pour ma part, j’ai voulu vendre un roman (une nouvelle je dirais) via “Le Manuscrit”. J’ai stoppé le contrat au bout des 2 années de contrat obligatoires car le prix était trop élevé (on arrivait à 10 euros par ouvrage, frais de port compris).
    J’ai décidé de distribué mon ouvrage gratuitement en PDF. Mais bon, ce n’est pas mon métier et le résultat ne valait pas les 10 euros. Pour un auteur, le plus difficile étant de se faire connaître et ça, ça coûte de l’argent qu’il faut nécessairement prendre sur les gains finaux…

  11. @ms Si ça ne marche pas en ligne, peu de chance que ça marche mieux sur le papier. Il faut trouver des moyens de se faire connaître, et même dans ce cas rien ne garantit la conversion vers les textes longs. 3% de gens lisent des “livres”. Pas lourd.

    @lolo J’ai testé l’année dernière inlibro… prenait pas les PDF, uniquement les open office 🙂 Je maquette mes livres papier, j’ai pas envie de le faire avec open office très limité. Sinon la culture du libre c’est de diffuser directement ses epub http://txt.tcrouzet.com

    @karl Le format epub coûte rien à produire… tu vends au prix que tu veux. Tu donnes même. http://txt.tcrouzet.com

    @Fançois 🙂 J’ai pas lu le contrat mais je savais pour la non exclusivité… clause pour laquelle nous devrions systématiquement nous battre… même si j’estime qu’il faut aujourd’hui deux contrats : contrat d’édition (peut être exclusif) et contrat de distribution (non exclusif).

  12. PhilCyLaw says:

    RT @crouzet: Autopublication : arnaque ou pis aller http://bit.ly/cEEbao

  13. Aldus says:

    Merci pour ce défrichage, on voit que l’on en revient toujours à Amazon!
    La seule expérience d’auto-édition viable est celle choisie par Marc-Edouard Nabe avec un seuil de 500/1000 lecteurs potentiels et un investissement de départ avec un imprimeur. A l’arrivée, le jeu en vaut vraiment la chandelle! Surtout quand il arrive maintenant à 4000 exemplaires vendus!

  14. J’aime pas l’idée de l’impression a priori… c’est le vieux modèle, pas très écolo… Pour moi le standard doit être l’électronique, avec papier en option. Les prix de l’impression à la demande ne cessent de baisser… je vais discuter avec un gros imprimeur spécialisé pour voir jusqu’où il peut descendre.

  15. Aldus says:

    Ecolo? Il ne s’agit pas d’imprimer pour imprimer mais de coller à un objectif de vente réaliste. Je pense au contraire que l’électronique est l’option. Un peu comme si vous faisiez la version poche avant la version en grand format! Je trouve très judicieux ce que font les Editions Dialogues, donner la version électronique avec la version papier (flash-code), puis proposer la version électronique six mois après seule, à prix très réduit. Vous devriez peut-être vous inspirer d’un tel modèle. François sait déjà ce que j’en pense, papier est indispensable car c’est là que les ventes se font. Où en serait Marc-Edouard Nabe avec une version électronique à télécharger!

  16. Objectif de vente… on sait bien ce que deviennent la plupart des livres. Personne ne peut statistiquement tenir des objectifs réalistes (si les éditeurs en étaient capables… déjà).

    Nabe n’est au mieux qu’un contre exemple.

    François et moi travaillons pour les textes de demains… voilà pourquoi pour nous le papier est une option. On se projette demain et on essaie de penser le modèle. Trop de gens continuent à labourer des anciens champs, ça ne m’intéresse pas beaucoup.

    J’ai rien contre le papier… mais c’est une option (donc à la demande), et ça le deviendra de plus en plus pour de plus en plus de gens. Par ailleurs, dans la logique économique défendue dans l’alternative nomade, je suis contre toute forme d’investissement. Imprimer 1000 livres, c’est investir.

  17. Aldus says:

    Bonne chance dans votre recherche d’éditeur.

  18. C’est de l’ironie ? Un éditeur aussi est une option…

  19. Autopublication : arnaque ou pis aller [@tcrouzet] http://bit.ly/aT79sD

  20. Jeanne says:

    RT @tempsfuturs: Autopublication : arnaque ou pis aller [@tcrouzet] http://bit.ly/aT79sD

  21. Béranger says:

    Thierry, cela doit être moins cher sur https://www.createspace.com/ — diffusion sur Amazon !

    Les estimations en ligne : https://www.createspace.com/Products/Book/

  22. Je vais tester… faut voir livraison.

  23. Aldus says:

    Non, non, c’est sincère. Le rôle de l’éditeur garde tout son sens! Pour moi, l’expérience Publienet, qui joue bien le rôle d’éditeur, ne va pas jusqu’au bout. Beaucoup de livres initiés par Publienet sont repris d’ailleurs dans l’édition traditionnelle, frustrant non? Publienet se rapproche plus en cela de l’expérience de repérage de Léo Scheer par exemple.

  24. Il n’existe pas de liseuse satisfaisante aujourd’hui… publie.net et les autres robert ne veut pas lire sont tous dans la même situation. Il ne peut en aller autrement pour l’instant mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de défricher… même si en l’absence de vente, donc de revenu, il est difficile d’investir sur les l’auteur sans se détruire la santé.

  25. Aldus says:

    Pour reprendre le titre du livre d’Umberto Eco, n’espérez pas vous débarrasser des livres! :))

  26. Ce qui m’importe c’est que des gens lisent… je pense juste que le papier n’est plus le support idéal.

  27. ??f says:

    Autopublication : arnaque ou pis aller http://bit.ly/cU0ZJn via @crouzet

  28. Opinions / Autopublication : arnaque ou pis-aller >> http://ow.ly/1LU2q

  29. Amotsdelies says:

    Avec l’impression numérique, il est possible d’imprimer à de très faibles tirages et pour des coûts raisonnables. Il y a toujours le risque de ne pas tout écouler, évidemment, mais quand on a tiré 20 exemplaires, ce n’est pas trop un problème 😉
    C’est une solution que j’utilise pour les récits de vie que je produis. En général, les clients veulent les distribuer à leur famille, soit 10 à 30 exemplaires en moyenne. J’envoie le PDF à l’imprimeur et il m’expédie les livres. Bien sûr, le contexte est différent puisqu’il ne s’agit pas de vendre.
    Cela dit, je fonctionne de la même manière pour mes propres écrits.

  30. Gary Gaignon says:

    Moi aussi, monsieur Crouzet, je fais affaires avec Lulu, mais à partir de Montréal.

    J’ai choisi néanmoins le format de 23 cm – et non pas le format Digest avec papier économique moitié prix – parce que d’une part il est plus beau avec son papier ivoire et les Européens qui m’en commandent paient moins cher de toute façon, le livre est imprimé là-bas (pour le moment en Angleterre), et ils économisent sur les frais de change!

    De plus, j’ai ma propre série ISBN comme autoéditeur. J’effectue mes dépôts légaux dans nos deux bibliothèques nationales.

    Pour être commandable sur Amazon, il faut acheter la distribution anglaise de Lulu, mais qui ne fonctionne pas avec le livre français. Qui en effet aurait l’idée d’y chercher nos livres écrits en français?

    Cela devrait changer lorsque Lulu en aura fini avec le rodage de sa nouvelle entente avec l’imprimeur français Jouve. Dans ces conditions, ils pourront enfin offrir une vraie distribution française.

  31. Mediter says:

    Un vieil article sur l'auto édition mais pas dénué d'intérêt http://j.mp/mY8tjQ

  32. Lisa says:

    Bonjour

    Il faut envisager une autoédition a court tirage – entre 30 et 100 exemplaires.

    Vous avez de super tarif et des coûts unitaire / livre assez raisonnable.

    En tous cas de quoi gagner un peu sa vie (ce n’est pas le nirvana non plus).

    Voici un lieu : l’intérêt est que vous avez un calculateur en ligne – livraison comprise.

    Au moins pas de surprise :
    http://autres-talents.fr/autoedition/Forfaits/impression-de-livres–3,83.html
    pour les livres en noir et blanc

    http://autres-talents.fr/autoedition/Forfaits/impression-livres-couleur–3,94.html
    et pour les livres couleurs

    Lisa

  33. Le Monolecte says:

    D’un autre côté, 4 ans après, j’en vends encore…

Comments are closed.