L’alternative nomade revisitée

Je ne l’ai pas caché, L’alternative nomade dans sa forme actuelle, plus que dans les idées que j’y exprime, ne me convient pas. Il me semble que le début devrait aller au milieu, que certaines choses n’ont rien à faire dans le texte, l’encombrent, détournent des arguments centraux.

Dans la version actuelle de l’alternative, le flux apparaît presque a priori, comme une entité mystique. Il me semble plus judicieux de montrer comment il apparaît, comment il se lie à notre tradition culturelle, comment effectivement il pourrait inaugurer une nouvelle époque de l’humanité… Je dois réordonner le livre dans une perspective évolutive qui se déroule en trois étapes.

Au commencement, nous avons des gens plutôt seuls, surtout devant leur télévision, qui travaillent dans des structures pyramidales, qui parfois militent dans des partis pyramidaux pour élire des représentants perchés au sommet de la pyramide. Ils sont sédentaires et souffrent de l’antipathie. Leur échappatoire : la consommation.

Ce modèle ne peut perdurer tant pour des raisons écologiques que psychologiques. Pour que nous sortions de ce piège, nous devons aller vers une autre société plus sexy que celle d’aujourd’hui. Aucun plan de rigueur ne nous poussera à nous bouger le cul, sinon à nous révolter… et nous savons que la révolution ne mène à rien.

Grâce à de nombreuses technologies de fluidification (Internet, mobile, transports…), il devient plus facile pour nous d’établir des liens de qualité avec nos semblables. Nous complexifions la structure sociale, brisant les hiérarchies par des liaisons transversales. Nous avons enclenché un processus qui augmente nos libertés, mais Nous sommes encore dans une situation statique. Nous passons du cristal, le réseau ordonné, à un réseau plus chaotique qui pourrait évoquer un corail.

Sur les liens que nous avons créés, nous poussons des informations, des idées, des émotions, nous engendrons un flux. Et alors ? Ressentir ce flux nous procure du bonheur, de l’empathie par opposition à l’antipathie, et nous incite à y participer d’avantage… ainsi nous créons de nouveaux liens, propulsons de nouvelles informations, idées, émotions. Avec le flux que nous animons, entrainé par lui, nous nous mettons en mouvement. Nous quittons notre état de sédentaire pour devenir des nomades dans le flux même. Plus nous allons dans ce sens, plus nous complexifions le monde, plus nous nous libérons tout en nous liant toujours plus avec les autres (processus qui s’amplifie lui-même et pousse de plus en plus au nomadisme). Plus nous sommes libres, plus nous sommes nomades. Récompense : nous nous individuons, éprouvons la vie avec plus de puissance.

Au passage, notre activité de propulseur nous éloigne du consumérisme, puisqu’elle se joue dans le domaine des informations, des idées, des émotions… le domaine culturel si vous voulez… et nous provoquons en nous une véritable révolution psychologique… qui, si nous sommes de plus en plus nombreux, se transformera en révolution sociale. Et nous devrions effectivement être de plus en plus nombreux pour la simple raison que nous apparaitrons aux autres plus heureux, en même temps que plus respectueux de notre environnement.

Les soucis écologiques ne sont pas à l’origine de cette démarche. Ils apparaissent comme corolaire.

Les technologies autorisent la démarche mais ne suffisent pas à la provoquer, d’où la nécessité d’en parler, de s’y initier pour que d’autres à leur tour puissent la pratiquer.

Mon projet me paraît plus clair. Je pars d’une situation pour aller vers une autre. Je raconte d’une certaine façon mon propre parcours. Sachant qu’il s’agit bien sûr d’une possibilité historique, amorcée à mon avis, mais qui n’ira pas nécessairement à son terme (elle n’arrange pas tout le monde). Si elle mène à un plus grand niveau d’individuation, elle nous protègera en partie de notre désir mimétique, notamment cette propension à nous abandonner au consumérisme matérialiste. Ainsi nous créerons alors une société durable et plus agréable à vivre.

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17 comments

  1. comment nous passons de l'individualisme au flux http://bit.ly/cdn1gO

  2. Open Your Mind avec @Crouzet 🙂 ! RT @crouzet: comment nous passons de l'individualisme au flux http://bit.ly/cdn1gO

  3. ownicrew says:

    #OwniCrew L’alternative nomade revisitée http://bit.ly/9CAgEK

  4. Dormomuso says:

    RT @Galuel: Open Your Mind avec @Crouzet 🙂 ! RT @crouzet: comment nous passons de l'individualisme au flux http://bit.ly/cdn1gO

  5. ICRA informe: L’alternative nomade revisitée http://ow.ly/17ra5z

  6. L'alternative nomade : inter-connexions entre les gens. Simple et court. http://bit.ly/as9ebY

  7. ??f says:

    RT @crouzet: comment nous passons de l'individualisme au flux http://bit.ly/cdn1gO

  8. sofileo says:

    RT @_arf_: RT @crouzet: comment nous passons de l'individualisme au flux http://bit.ly/cdn1gO

  9. “Au passage, notre activité de propulseur nous éloigne du consumérisme, puisqu’elle se joue dans le domaine des informations, des idées, des émotions… le domaine culturel si vous voulez…”
    Il y a une logique que je ne saisis pas : le consumérisme est-il forcément mercantile ? Ne poursuit-on pas le même besoin de consommation effrénée en sublimant simplement l’objet désiré (pour jargonner comme un psychanalyste bourré), on remplace l’acte d’achat par l’acte d’autres actes quantifiables (on retwitte, on commente, on like et ainsi de suite). Propulser, c’est encore consommer, non ? D’autant plus que culturel ne veut pas dire gratuit. Pour propulser à toute heure, on a besoin d’un smartphone et d’un accès 3G, on veut un iPad et plein d’autres appareils qu’on est très heureux de posséder sous prétexte de simplement rester dans le flux 😉 Je me fais l’avocat du diable mais il me semble qu’il y a tout de même un raccourci dans ton raisonnement qu’il faudrait expliquer…

  10. J says:

    Ah la page d’accueil de Google aujourd’hui, pacmanisée.

    Je me demande ce qu’en penserait Finklefat, enfin, je veux dire, ce qu’il énoncerait d’un ton aussi largement péremptoire que la profondeur de sa fatuité ampoulée et stérile 🙂

    http://www.google.fr

  11. pacman, un personnage en forme de rond jaune doté d'une bouche says:

    “pacmanisée”

    Pacman est un jeu subliminal / lavage de cerveau, inventé pour pousser l’enfant à la consommation : il faut se gaver au maximum en un minimum de temps, et sans trop réfléchir : on est là pour bouffer et rien d’autre.

    Le résultat c’est le développement de l’obésité, qui permet ensuite de vendre des médicaments en nombre.

    “un personnage en forme de rond jaune doté d’une bouche”

    Tout est dit : l’homme réduit à un ventre et une bouche : rien d’autre à faire que tout bouffer. Sodomisé par la société de consommation.

    “Puck Man, dérivé du japonais ‘paku paku’ qui indique l’action d’ouvrir et refermer la bouche, par extension il s’agit de l’action de manger avec gloutonnerie”.

    On sait que la mafia de la consommation a utilisé le cinéma pour vendre des cigarettes, elle utilise de même le jeu vidéo pour conditionner les enfants à des modes de vie.

    L’idéal du publicitaire : l’homme réduit à être “un personnage en forme de rond jaune doté d’une bouche”.

  12. Google = Pacman says:

    L’adulation de Google pour Pacman symbolise bien la propre gloutonnerie de Google, qui cherche à bouffer la totalité du Web et la totalité du marché publicitaire, sans aucune limite que l’extension infinie :

    Larry Page, Google :

    “Notre ambition est d’organiser toute l’information du monde, pas juste une partie.

    C’est tout simple : nous voulons gagner encore plus d’argent !”

    http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/05/21/larry-page-president-de-google-notre-ambition-est-d-organiser-toute-l-information-du-monde-pas-juste-une-partie_1361024_651865.html

  13. Psychanalyse de Google says:

    (Sur le divan d’Onfray, on apprendra peut-être un jour que toute l’histoire de Google est née d’une passion de ses fondateurs pour Pacman.

    Le but de la vie : tout bouffer, tout absorber, ne rien laisser qui échappe à sa bouche gloutonne.)

  14. L’alternative nomade revisitée: Highlights and Sticky Notes:L’alternative nomade revisitéele flux apparaît presque… http://bit.ly/aSCIjn

  15. Silvae says:

    L’alternative nomade revisitée http://ping.fm/qRHsH

  16. @Nicolas… c’est parce que le livre est déjà là que je raccourcis… il s’agit en fait plutôt d’un déplacement du désir mercantile vers l’immatériel et l’empathie.

  17. Les deux consumérismes says:

    “Ne poursuit-on pas le même besoin de consommation effrénée en sublimant simplement”

    Il y a deux aspects dans le consumérisme.

    1 : Un aspect moral, métaphysique, pascalien.

    2 Et un aspect écologique : la consommation matérielle qui pollue et épuise les ressources.

    On peut ajouter un aspect économique et social : la rivalité pour des objets matériels limités n’a pas les mêmes conséquences sociales que la rivalité pour des objets immatériels illimités.

    Sur ce blog on est plutôt dans une sensibilité écolo responsable, donc l’aspect matériel de la consommation gagne à être remplacé par une consommation immatérielle (encore qu’il faut résoudre la consommation énergétique des objets virtuels).

    Après, il reste le problème métaphysique de l’attitude consumériste, même déplacée écologiquement dans l’immatériel.

    On pourrait dire que c’est secondaire, et qu’ici chacun mène sa vie comme il l’entend, avec sa propre philosophie du bonheur et de l’accomplissement.

    Avec toutefois l’éventuel problème politique d’une insatisfaction métaphysique : la violence sociale peut perdurer, si l’attitude consumériste, même immatérielle, ne rassasie jamais l’homme et le pousse dans une surenchère de violence avec le voisin.

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