L’odeur du papier, sa texture, sa solidité… conneries. Autant d’arguments débiles pour défendre le livre alors qu’il possède de véritables atouts politiques et subversifs par rapport au Web.

Le livre est compact, il se glisse partout, se cache, accueille des commentaires, c’est un objet social… mais surtout, une fois imprimé, un livre échappe à la censure. Un gouvernement peut interdire un livre, rien n’empêche les exemplaires préalablement diffusés de poursuivre leur vie, tant bien même l’éditeur est fermé. Le livre est un média décentralisé.

Un site Web apparaît plus fragile (seul le Web lui-même est décentralisé). Il suffit de couper le serveur d’hébergement pour abattre un site. Le situer dans un pays étranger n’est qu’une mesure de sécurité faible, surtout dans la perspective d’une chasse aux sorcières planétaire. Quant au nuage, il n’a de nuageux que son appellation, en vérité il est hyper localisé dans les locaux de quelques entreprises hyper-centralisées, donc hyper-vulnérables en cas de durcissement politique. Une descente policière dans les data centers de Google ou d’Amazon et vous imaginez la suite.

Nous devons nous inspirer du livre, cet objet autosuffisant, et en même temps ouvert sur l’extérieur, ne serait-ce que par les annotations. Nos contenus numériques ne doivent pas dépendre de la survie de leur source comme c’est le cas avec nos blogs. Une fois un texte propulsé, il doit poursuivre de lui-même sa vie, que l’auteur, l’éditeur ou le gouvernement le veuillent ou non. La vie d’un texte ne doit dépendre que de la volonté de ses lecteurs.

Avec le Web, nous nous sommes mis en position de faiblesse. Notre liberté d’expression émise depuis un point localisé est toute relative. On peut nous faire taire. Pour lutter, pour résister, pour réinventer, nous devons émettre de partout. Tout au moins, nos créations doivent pouvoir se dupliquer de mémoire en mémoire sans que nous puissions traquer leurs différentes instances. Un texte une fois propulsé ne doit plus nous appartenir.

Avec le Web, nous en sommes un peu au temps des textes gravés aux frontons des temples. Il est temps que nous réintégrions l’héritage du livre : mobilité, portabilité, liberté… Voilà encore une raison pour s’intéresser aux ebooks, textes numériques qui se réapproprient les acquis les plus politiquement vitaux du livre.

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27 comments

  1. Non le livre n'est pas mort http://bit.ly/biq8Jw

  2. Un point de vue intéressant, appel à la créativité ! RT @crouzet

    Non le livre n'est pas mort http://bit.ly/biq8Jw

  3. RT @crouzet Non le livre n'est pas mort http://bit.ly/biq8Jw J'aime beaucoup l'image du web gravé dans le marbre !

  4. ownicrew says:

    #OwniCrew N’oublions pas le livre http://bit.ly/cKYQsc

  5. RT @crouzet: Non le livre n'est pas mort http://bit.ly/biq8Jw

  6. J says:

    “Le livre est compact, il se glisse partout, se cache, accueille des commentaires, c’est un objet social… mais surtout, une fois imprimé, un livre échappe à la censure. Un gouvernement peut interdire un livre, rien n’empêche les exemplaires préalablement diffusés de poursuivre leur vie, tant bien même l’éditeur est fermé. Le livre est un média décentralisé.

    Un site Web apparaît plus fragile (seul le Web lui-même est décentralisé). Il suffit de couper le serveur d’hébergement pour abattre un site. Le situer dans un pays étranger n’est qu’une mesure de sécurité faible, surtout dans la perspective d’une chasse aux sorcières planétaire.”

    Je ne crois pas que ce passage tienne la route.

    Il est toujours possible de faire échapper un contenu en ligne à la censure, car le “en ligne” ne se résume pas au web.
    C’est ainsi exactement comme pour le livre papier passé sous le manteau, sauf que là c’est passé via VPN ou newsgroup ou mail ou autre ; et je ne crois pas que même le DPI le plus élaboré puisse empêcher cela.

    Le critère centralisé ou non pour parler du contenu sur papier versus contenu numérique me semble une erreur.
    Mais c’est vrai que tu jauge tout au travers de cette grille, toujours et à jamais 😉

  7. steph says:

    Quid du livre en tant qu’objet d’art ?
    Une belle couverture qu’on a plaisir à regarder sur son étagère et qui invite au voyage, à s’en saisir et le parcourir ?
    Est-ce qu’un ebook est capable de lancer un tel appel aux lecteurs, de donner envie de se l’approprier ?
    Un ebook est-il capable d’exprimer une certaines forme d’onirisme ?
    Peut-il véhiculer un affect ?

  8. @J Je parle de site web avec un URL. Tu ne peux pas faire échapper… Mais bien sûr qu’on peut faire échapper des fichiers… P2P 🙂 c’est tout mon propos… ou recopier les sites… ou les encapsuler en html zippé… J’ai dit le contraire ? Et pourquoi je crée des ePub, parce que cette logique n’a rien à voir avec celle du Web. Toi tu confonds, Internet et le Web dans ta réponse.

    @Steph c’est pas mon propos… il y a encore des frontons gravés…

  9. J says:

    Add on suite au post de steph.

    Il faut cesser de considérer les ebooks actuels comme un aboutissement et comme représentant ce qu’est le livre numérique, cela biaise complètement les raisonnements concernant livre papier et ”livre” numérique.

    Si tu aimes la SF, lis l’age de diamant de stephenson, il y a un genre d’ebook qui enterre définitivement le livre papier, à tous les points de vue (fonctionnalités, affectivité, et le reste).

    Je ne sais pas quels seront les livres numériques de demain. Mais je sais deux choses :
    1. les ebooks actuels sont sans avenir ;
    2. le livre papier est sans avenir.

    @thierry
    Non, c’est toi qui a confondu Internet et le web dans ce que tu as écris (suffit de lire ce que tu as écris).
    Mais c’est pas grave 🙂
    Le truc concernant centralisation ou non est plus gênant…

  10. C’est sûr pour un centralisateur et un défenseur de l’interventionnisme, c’est gênant.

  11. J says:

    ?
    Ridicule raccourci simplificateur tc ; geste rhétorique ou limitation cognitive, je sais pas.

    Mais bon, c’est bien ton problème après tout de juger tout ce qui n’est pas aussi extrêmiste que toi comme devant être centralisateur, ou interventionniste, voire capitaliste neofaciste.

    Sacré anar va 🙂
    Dangereux en théorie mais heureusement sans effet en pratique, car in the cloud 🙂

  12. Anar 0 says:

    Sacré J !

    Dès qu’on sort des clous cybionagoravoxiens, où la “révolution” s’arrête à la critique des médias et de quelques pingouins,

    on est un dangereux anar ou un suppôt de Besancenot.

    Cybion est inscrit au registre des fournisseurs du Ministère de la Défense, en passant.

    L’armée pour qui le terme “anar” est l’insulte suprême, la déviance absolue, l’électron libre qui menace les fondamentaux…

    C’est sûr que ce n’est pas avec vous qu’on va changer grand chose aux fondamentaux.
    On désigne quelques boucs émissaires comme Fink pour éviter de poser les questions essentielles.

  13. J says:

    Et bien entendu l’ampoulé sans lumière qui rapplique avec ses tirades récitatives… Atterrant! 🙂

    Te concernant, il y une seule question qui me semble essentielle, comme tu dis : comment a t’on pu côtoyer autant la culture et rester aussi primaire à deux concepts clés? 😉

    Question qui au passage renvoie à ton ami Fink, qui a fréquenté les grands livres, et pourtant est capable d’énoncer sentencieusement les pires platitudes ou inepties : tiens, sa dernière de fatitude, les amateurs de connerie d’illogismes et de lieux communs apprécieront :

    “Oui, et il ira en s’accentuant du fait d’Internet?! Car les médias traditionnels tendent à s’aligner sur la violence de la Toile. Plus ça cogne, plus ça marche?! La critique argumentée de Freud n’intéresse personne. Le portrait du fondateur de la psychanalyse en monstre et en escroc excite tout le monde. Si c’est cela la modernité, je m’enorgueillis de réaliser avec «?Répliques?» une émission anachronique, voire rétrograde. Ce qui aggrave encore les choses, c’est le déferlement de la dérision sur toute forme d’autorité ou d’éminence. Les hommes politiques en font les frais. Mais aussi, dans leurs classes, les pauvres professeurs. Le rire contemporain ne relève plus de l’humour. Il est, entre l’injure et le crachat, une forme d’incivilité.”
    — j’adore dans cette tirade, coincé entre diverses lubies énoncées pompeusement, le ”les media trad qui s’alignent sur la violence de la toile” : on retrouve là toute la qualité intellectuelle de fink, le top quality du raisonnement logique et du jugement social et philosophique…

    Non, décidément, il n’y aucun déterminisme entre la fréquentation de la culture et la génèse de l’intelligence critique 😉

  14. Agoravox fait la promo des jeux payants en ligne says:

    Il y a loin de la qualité d’une émission comme “Répliques”, à toutes les conneries qui font la Une d’Agoravox.

    Dans la série : “j’encule le peuple tout en prétendant le défendre”,

    il y a en ce moment à la Une d’Agoravox des publicités pour les jeux en ligne, ces attrape-couillons qui ruinent le pouvoir d’achat des plus pauvres.

    Ensuite Agoravox pourra nous ressortir ses publicités pour Cofidis avec ses crédits usuriers à 20%.

    “Endettez-vous à 20% d’intérêts, pour tout perdre en jouant à la belote en ligne” :

    voilà comment ton copain Carlo Revelli fait son beurre.

    Il n’y a aucune différence entre Carlo Revelli et Berlusconi. C’est le même système.

    Sur le site qui fait sa pub sur Agoravox :

    “Frais d´entrée : en participant à un duel ou un tournoi (« duel »), le joueur mandate GameDuell de manière irrévocable, pour prélever de son compte joueur la somme définie au début du duel (« frais d´entrée du duel » ou « frais d´entrée ») ainsi que les frais de gestion décrits infra, et les gains du duel au(x) gagnant(s) du duel”

  15. J says:

    Oh Dieu qu’il est con dans ses pseudo principes et intellectuellement limité dans ses jugements à valeurs binaires… 🙂

    Parfois je me dis qu’il joue un rôle, mais non, c’est sa nature.

    Sans parler de cette adoration pour les ampoulés intellectuellement stériles genre Fink juste parce qu’ils invitent des gens parfois intéressants et citent les grands hommes à donner la nausée tant ils le font ; triple 0, cette adoration pour la culture de salon qui insulte la Culture te dévoile parfaitement.

    M’étonne pas d’avoir trouvé ce que j’ai trouvé te concernant sur le web…

  16. Agoravox - Bertelsmann says:

    Allez, va miser à la belote sur Agoravox / GameDuell, et tu me diras combien tu as gagné, citoyen !

    Ta première partie est gratuite et dix euro offerts pour te rendre accro avant la chute.

    GameDuell est fondé par des anciens du Boston Consulting Group et de Bertelsmann.

    D’Agoravox à Bertelsmann, la boucle de l’hypocrisie citoyenne est bouclée.
    Les affaires continuent tranquillement, sur le dos des frayeurs plébéiennes.

    Ciao

  17. Henri A says:

    J got a woman.
    Triple sens.

    Ceci dit,
    “Un site Web apparaît plus fragile (seul le Web lui-même est décentralisé). Il suffit de couper le serveur d’hébergement pour abattre un site. Le situer dans un pays étranger n’est qu’une mesure de sécurité faible, surtout dans la perspective d’une chasse aux sorcières planétaire.”

    C’est extrêmement vrai. Un argument, un vrai, là contre ?

  18. J says:

    TripleO, “ciao” oui, comme tu dis!
    Que par miracle tes références saaaaaaaavantes vécues de manière ampoulée t’apportent subtilités et lumières 🙂 😉 Oups

    ——–

    Oui Henri cette phrase est “vraie”.
    Mais dans le contexte où elle se trouve, et dans le cadre de ce qu’elle veut démontrer, c’est un argument erroné.

    Contexte, voir ci dessus billet plus ma remarque en commentaire1 : parallèle avec livre comme support d’info, laïus sur décentralisation du livre a contrario de centralisation en ligne (??? – “site web” ou “support numérique”).
    Etc.

    A+

  19. Club Med citoyen says:

    En tout cas, l’été sera calme et sans révolution :

    sur Agoravox, le peuple citoyen est invité à partir au Club Med :

    “à partir de 780 euro au lieu de 930”, nous dit “la réclame” citoyenne.

    🙂 ils sont mignons nos Sans-culottes à la mode Revelli, entre leur belote en ligne et leur Club Med financés par Cofidis.

    Le peuple est bien tenu, ça va, Sarkozy peut dormir tranquille,

    le Club Med remplace le club des Jacobins, et le reste de l’année le peuple travaille pour rembourser Cofidis.

  20. Morbleu ! says:

    N’oublions pas le livre http://yoolink.to/92b

  21. J says:

    Alors Henri?

  22. Henri A says:

    J et ben quoi ?
    Il ne faudrait pas confondre une information au sens de Shannon, son véhicule et la route par ou il passe.
    Câblages, routeurs, fai, adresses ip, web, dns.
    Une analogie avec des gens dans une bagnole sur une route :
    On peut déguiser la bagnole en buisson qui n’est pas obligée de rouler à la vitesse normale, déguiser les gens en fruits géants.

  23. J says:

    Oui, ça ne fait aucun doute…

    En passant un bout de viande jeté comme ça 🙂
    http://www.lesechos.fr/info/comm/020561603144.htm

  24. zoupic says:

    Pour l’histoire de la source et des répliques, c’est ce que certains agrégateurs font très bien.

    J’ai déjà retrouvé certains de mes billets sur des sites absolument inconnus. Grâce à la licence, ils copient le texte et ainsi apparaît un début de décentralisation.

    Après 2 ou 3 exemplaires d’un texte n’en font pas pour autant un objet décentralisé, mais là je pense qu’apparaît une espèce de lutte entre la volonté de contrôle et la volonté de se libérer.

    Copier coller un texte important se fait en deux secondes. Ce qui veut être libre trouve son chemin via le p2p, les réseaux underground, on le constate assez facilement.

    Il me semble que plus la volonté de contrôle augmente, plus le besoin de libérer peut se faire ressentir.

    Je dis bien peut se faire ressentir, car il faut l’alimenter par un besoin d’être libre, une envie de vivre. Ca n’a rien d’automatique.

    Copier coller mes textes ou les décentraliser ne me semble pas ma plus grande priorité dans la situation actuelle, mais je comprends ta réflexion et la différence de degrés de liberté que cela introduit dans leurs propriétés.

    Je crois qu’il y a aussi une question de choix: on n’aura pas les mêmes caractéristiques si on choisit d’aller sur du décentralisé plutôt que sur une version centralisée. La résilience sera plus grande pour du décentralisé, mais la mise à jour plus difficile. S’il y a un lien entre les copies, j’imagine que ce sera possible de les faire sauter une par une..

    Donc comme pour les films, les mp3s et compagnie, j’imagine plutôt un mix entre les deux, du centralisé à certains points clés pour les besoins du centralisé, et du décentralisé pour la résilience, le “au cas ou” et le besoin de liberté!

  25. La mise a jour d’objets décentralisés, on sait faire. Les serveurs torrents et magnet maintenant. C’est pas un problème.

    Quand la centralisation ne s’impose pas, il faut s’en libérer. C’est exactement comme avec les structures de pouvoir inutiles.

    C’est pour ça que je continue à bricoler les epubs… même si tout cela sera plus sexy en HTML5… et qu’il faut penser la socialisation des bidules.

  26. Powanono says:

    Très bon billet (evidemment je le dis car il va dans mon sens…).

    Je crois que les usages pratiques, bien que vous semblez les renier, sont une part importante pour cerner ce qu’est le livre dans sa globalité. Mais bien que vous renier les usages pratiques, vous cernez le côté subversif, son aspect culturel et intelectuel propre. Le texte numérique doit prendre conscience de ces limites pour les surpasser. Certes celui-ci posséde des aspects bien différents d’un livre papier mais il doit fortement s’en inspirer pour évoluer (et c’est ce qui est en train de se produire).

    Beau billet que je met direct en mémoire 😉 (remarque j’ai mis les autres aussi mais pour d’autres raisons : avoir une vision globale du raisonement)

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