Je m’étais promis de ne plus trop publier, de laisser passer tranquillement l’été, remettant en forme de vieux manuscrits avant d’aller me baigner avec les enfants. Et puis François Bon s’attaque au prix unique du livre numérique, et il réveille une vieille rengaine chez moi, et une bouffée d’énervement me traverse. Alors j’écris, vite, pour me débarrasser de tout ça avant de retourner à mes manuscrits et à ma plage.

Quelle est cette mascarade de prix unique du livre ? Qui ose encore ainsi justifier cette loi censée protéger les petites librairies face aux grosses librairies ? Croyez-vous que les petites librairies soient à égalité avec les grosses et avec les chaînes d’hypermarchés ? Que nenni.

Si le prix du livre est bien unique, les remises accordées aux libraires varient du simple au double. C’est-à-dire que quand vous achetez un livre chez Carrefour, Carrefour gagne deux fois plus que si vous achetez ce même livre dans votre librairie préférée où vous allez en même temps boire l’apéro. Je me demande d’ailleurs de quoi vivraient les petits libraires s’ils ne préparaient pas de bonnes tapas ?

Le prix unique n’a pas pour vertu de protéger les petits libraires, mais d’augmenter la marge des gros. Vous allez dire que ça protège au moins les éditeurs et les auteurs, car, les prix étant plus élevés, ils touchent plus de dividendes. Faux. La distribution a le don de pressuriser les éditeurs et de les saigner. Seule la distribution profite de cette loi.

Et on voudrait l’imposer au numérique. Ça vous surprend ? Pas difficile de savoir qui a tout à y gagner : la distribution. Pour nous auteurs, ça ne fait aucun sens, pas plus que pour les librairies qui j’espère seront de plus en plus nombreuses à vendre des livres numériques.

En plus, la loi est inapplicable. Un prix unique a un sens avec un objet unique. Déjà, un poche n’est pas au même prix qu’un livre relié. Avec l’impression à la demande, on peut déjà créer un livre sur mesure par acheteur, proposer une multitude de formats, de couvertures, de préfaces, de postfaces… La notion d’objet unique n’existe plus, pas plus que celle de prix unique.

Allez, circulez, retournez à la plage.

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14 comments

  1. RT @crouzet: Hypocrisie du prix unique du livre – on se fiche de nous encore http://bit.ly/at9VPU

  2. ownicrew says:

    #OwniCrew Hypocrisie du prix unique du livre http://bit.ly/a3YWfI

  3. Fredox says:

    Hypocrisie du prix unique du livre – on se fiche de nous encore http://bit.ly/at9VPU via @crouzet

  4. Hypocrisie du prix unique du livre http://ow.ly/2j5eZ chez @crouzet

  5. Kevin Gil says:

    Hypocrisie du prix unique du livre http://ping.fm/NkMgj

  6. Valoche says:

    Je suis d’accord sur les marges et effectivement les gros se font plus de thunes que les petits.

    Maintenant compte le nombre de libraires encore en activité (avec ou sans tapas) et compte par exemple le nombre de disquaires (avant la crise du disque).

    Hypocrisie ou pas le prix unique du livre a sauvé pas mal de libraires. En permettant aux gros de s’en mettre encore plus dans les fouilles certes mais quand même.

    Qu’il faille adapter la loi pour le numérique pourquoi pas mais c’est un autre débat à mon avis.

  7. Xavier Cazin says:

    Vous faites erreur sur la raison de l’existence d’un prix unique pour le livre (papier donc) : ce qui a sauvé les libraires dans leur diversité, ce n’est pas le fait qu’ils touchent plus ou moins de remise, c’est le fait que le prix soit le même qu’on l’achète chez un gros ou chez un petit. Donc excellente loi, qui comme toutes les lois est censée protéger les plus faibles pour que la concurrence ait lieu sur un autre terrain que la force ou le pouvoir. Avec pour excellent résultat d’avoir maintenu le réseau de 10000 détaillants nécessaires à la survie de la filière. Nécessaires parce qu’avec 150 millions de francophones, le seul moyen de vendre vos livres papiers à suffisamment d’amateurs consiste à leur mettre sous le nez, où qu’ils soient.

    Le problème est que tout cela ne peut pas se transposer à l’édition numérique, sauf à croire que la production numérique ne dépasse jamais le livre dit “homothétique”. Au contraire, le numérique appelle des offres personnalisables. Autrement dit, si les libraires acceptent de s’en emparer et que les éditeurs suivent, ils pourront bientôt proposer autant de points de vue qu’ils ont de lecteurs : si chaque offre est unique, comme le numérique nous y invite, le principe de fixer un prix devient effectivement ridicule.

  8. lOurs says:

    Le problème c’est qu’Amazon a contourné le prix unique en proposant la livraison gratuite et va donc chercher le client encore plus prêt que le petit libraire de quartier, chez lui. Le procès lancé en France par les libraires est bloqué par un appel suspensif (le jugement était en faveur des libraires) Amazon continue donc à livrer gratuitement en attendant le procès en appel.

    J’imagine (sans trop d’effort) que le but non avoué d’Amazon est de faire couler un maximum de libraires histoire de nettoyer le territoire, ensuite il y a des chances que les conditions évoluent pour les clients… Il paraît qu’actuellement Amazon États-Unis propose aux écrivains de squizzer les éditeurs et leur offre 70% de droits d’auteurs, quand ils auront tué tous les libraires et tous les éditeurs je n’ose même pas imaginer ce qu’ils imposeront aux lecteurs et aux écrivains.

    Il est donc urgent d’installer des réseaux parallèles et de faire sans les “grands” de ce monde (politiques, marchands, censeurs, empêcheurs d’installer ce que nous souhaitons sur nos machines…).

  9. Morbleu ! says:

    Hypocrisie du prix unique du livre http://yoolink.to/aTa

  10. Hypocrisie du prix unique du livre http://goo.gl/GEMN

  11. Hypocrisie du prix unique du livre http://liten.be//tAUHN

  12. Hypocrisie du prix unique du livre (via Thierry #Crouzet) http://bit.ly/9Lz8Ph

  13. Prix unique du livre: un point de vue français : http://t.co/IYWS4HUm

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