Nouveau métier : imprimeur d’ePub

Depuis quelques mois, je joue avec le format ePub, un format dérivé d’HTML pour mettre en forme les textes électroniques et les diffuser sur toutes les liseuses, même l’iPad. J’ai ouvert des centaines de fichiers créés par d’autres. Presque chaque fois, j’ai été horrifié.

C’est une réaction habituelle chez moi. Quand je regarde le code d’un site Web dont les pages ont été composées avec Dreamweaver, je constate le même amateurisme. Les pros, ils codent à la main, en direct. Si vous étiez écrivain, est-ce que vous dicteriez vos textes à un étranger qui parle mal votre langue et qui retranscrirait votre texte dans sa langue à lui ? A priori, non. C’est pourtant ce que font la plupart de ceux qui créent des fichiers ePub, souvent avec InDesign.

Leurs mises en page, non contrôlées, non maîtrisées, sont loin de la qualité optimale que permet le format, et que nous devons atteindre si nous voulons rivaliser avec les livres papier. J’ai alors commencé à mettre en ePub tous mes livres. J’ai testé tous les logiciels. Comme aucun ne me satisfaisait, j’ai créé pour mon usage une application PHP qui convertit mes fichiers Word en ePub (publique, mais développée pour mon usage). Si j’ai un texte propre en entrée, automatiquement j’obtiens un ePub qui approche ce qui se fait de mieux aujourd’hui.

Ainsi armé, j’ai proposé d’aider quelques amis (même Giono). Chaque fois que j’ai vu leurs documents arriver, j’ai mis les mains sur la tête. Les feuilles de styles n’ont pas été inventées pour les chiens. Je savais que les éditeurs ne pipaient rien à la technique, mais c’est un comble que les écrivains n’aient pas intégré une innovation qui date du milieu des années 1980. J’ai du mal à comprendre.

Comment peut-on écrire aujourd’hui sans styler son texte ? Titre 1, titre 2, titre 3… paragraphe normal… La plupart des écrivains travaillent devant leur écran comme leurs ancêtres devant une machine à écrire. Pire : les maquettistes qui composent leurs textes ne font pas mieux. Ils ont vraiment du temps à perdre (et j’en ai vu des fichiers Xpress).

En veux-tu des sauts de lignes, des tabulations, et autres techniques d’alignement hasardeuses. Je passe les mises en forme des titres et autres babioles, effectuées chaque fois en dur sur le texte. C’est un peu comme si avec un stylo vous étiez incapables de tirer un trait droit. Peut-on écrire des choses de son temps quand on ne sait pas utiliser les outils de son temps ? Je n’ose répondre, mais vous imaginez ce que je pense. Ce n’est pas une condition suffisante, mais peut-être nécessaire. En tous cas, vous comprenez pourquoi le passage au livre électronique n’est pas de la tarte pour les éditeurs.

Bon sang, vous autres auteurs, apprenez à styler vos textes… si vous voulez qu’ils tiennent la route lors d’une conversion en ePub ou tout autre format. C’est une façon de séparer le fond de la forme, de faire en sorte que la forme soit reconfigurable en quelques secondes. Si vous formatez en dur, il faut se palucher tout le document pour propager une variation. C’est absurde… et aucun automate ne pourra se charger de cette tâche.

Utiliser des styles, c’est accorder autant d’importance au fond qu’à la forme. Je crois que c’est plus d’actualité que jamais pour tous les auteurs, nos textes étant destinés à s’incarner simultanément d’une multitude de façons.

C’est ainsi qu’au fil de mes expériences j’ai pensé à un nouveau métier : metteur en page d’ePub. L’auteur qui sait utiliser son traitement de texte envoie un fichier dument stylé au metteur en page qui fabrique un ePub impeccable et qui intègre les derniers raffinements à la mode.

Je ne vais pas me lancer dans ce métier de manière industrielle, mais je trouve intéressant aujourd’hui d’aider les livres à gagner le monde numérique. On ne peut pas demander à tous les éditeurs de maîtriser cet art nouveau, pas plus qu’à tous les maquettistes qui travaillent chez les éditeurs, il y a donc de la place pour une nouvelle profession.

Après L’homme qui plantait des arbres de Giono, j’ai digéré Les Philopyges d’Antoine Barral, mon compatriote de l’autre bout de l’étang. J’ai récupéré l’Xpress de son éditeur, je l’ai exporté dans Word, j’ai stylé, j’ai donné à manger à ma moulinette, et hop, un ePub que j’ai immédiatement soumis à iBooks Store. En attendant, j’ai barbouillé un PDF que j’ai chargé sur Scribd.

En juin, on avait improvisé un podcast avec Antoine, c’est aussi l’occasion de le diffuser.

44
Ne manquez aucun article
Soutenez mon travail en achetant mes livres.

44 comments

  1. jeanloub says:

    Hello Thierry,
    Ben moi je relève le défi avec feuilles de style sous inDesign que je prétends maîtriser, après 30 ans de PAO…
    Et bien mieux que sous Word, quand même avec retraits de paragraphes, sauts de pages, approches aux petits oignons, espace avant, espace après, typo étroitisée, expansée, ital, ital gras et tout le toutim, si t’as besoin, je prends, on teste avant si besoin mais ça le fait pour moi !(juste un peu après le numér’île parce que là, sur Ouessant, submergé pour vous conconter des rencontres de malade…)
    Tu as raison, c’est indamissible, ça tue le numérique et ça permet aux détracteurs d’en remettre une couche sur la médiocrité de la qualité des livrels.
    Faut se bouger et encore une fois sensibiliser. Je propulse…

  2. J’ai pas dit que InDesign savait pas gérer le styles 🙂 Mais que les ePub générés étaient pas top (même quand on style bien). InDesign, c’est fait pour le print.

    Il faut voir édition comme un process. Source exportable pour le print, epub, pdf… C’est sur la source qu’il faut travailler un max pour travailler un min sur les différentes incarnations.

    On débarque bientôt… 🙂

  3. Rubin says:

    Votre énervement (justifié) contre les gens qui utilisent encore un traitement de texte “comme une machine à écrire” me donne envie de vous demander si vous connaissez Ulysses, un logiciel pour Mac décrit par ses développeurs comme un “éditeur de texte sémantique”, conçu précisément pour les écrivains et auteurs de textes longs et/ou destinés à la publication.

    Si vous ne connaissez pas, jetez-y un coup d’oeil : ça devrait vous intéresser.

  4. Excellent ! RT @crouzet: Un nouveau métier : imprimeur d’ePub http://bit.ly/czCf2A

  5. RT @gillesherman: Excellent ! RT @crouzet: Un nouveau métier : imprimeur d’ePub http://bit.ly/czCf2A

  6. RT @gillesherman: Excellent ! RT @crouzet: Un nouveau métier : imprimeur d’ePub http://bit.ly/czCf2A

  7. Je n’utilise plus depuis 1985 les machines du diable Steve Jobs 🙂

    Mais à l’occasion je regarderai par dessus une épaule amicale.

  8. jeanloub says:

    @Thierry
    Tu m’obliges à écourter mon séjour sur la lande ouessantine pour réponse 🙂
    J’ai pas dit que t’avais dit que inDesign ne savait gérer les feuilles de style !
    Juste que je voulais apporter mon aide à mes semblables… parce qu’il existe des zozos comme moi qui saisissent dans inDesign (je sais, je suis chtarbé). Bon ben si maintenant faut saisir dans Word, que dalle… Et m’en fout, écris pas des livres 🙂
    Parce que Word c’est quand un paquet de crans en dessous de inDesign question
    styles, quand même ; et, oui, je sais que c’est fait pour du print : 30 années dans le print …

    A propos du diable, dans le Peuple des connecteurs que je lis actuellement, tu m’as l’air plutôt assez SJ dans les coups d’encensoirs, quand même. Certes, l’iPad, c’est de la daube… même si t’en as touché un avant moi… mais 80% de mon activité web se fait depuis l’outil du diable…

    T’as vu la nouveauté du SNE : les droits d’auteurs vont être sollicitéspour financer les investissements des éditeurs : ça va bien donner questions échanges d’ici le 22 !

    Merci pour ton épaule amicale.

  9. Il va falloir organiser des stages 😉

    Je m’inscris !

  10. Karl-Groucho Divan says:

    Bonjour. Désolé, mais la bonne volonté ne fait pas tout. Je viens de feuilleter « L’Homme qui plantait des arbres ». Outre le malheureux choix de police, quelle abomination, tant au niveau lisibilité qu’au niveau règles typo — qui sont censées être là pour la lisibilité, justement !). « Césure » en bas de belle page (et dans du nom propre), dernières lignes de § d’un mot (voire d’un phonème après « césure » !) ou deux, blancs (petit fond, grand fond) absolument insuffisants, etc.

    Pourtant, ouvrir les yeux et les en croire devrait suffire !

    Mais pour commencer, que le livre soit papier ou pas, on n’est jamais dispensé de connaître et de chercher quelques tracés régulateurs (qui déterminent la grille, qui, si elle est correctement « trouvée », donne et le corps, et l’interlignage, etc.)…

    Bref, avant de tenter de donner des leçons, essayez d’être « juste » dans votre comportement et dans vos tentatives avec les métiers qui ne sont pas le vôtre.

  11. Allan Berger says:

    Alors moi docteur, j’aimerais beaucoup savoir comment vous gérez les marges haut et bas de la boite de lecture epub ; je trouve ça déprimant de lire des paragraphes qui commencent à trois poils de moustache juste au-dessous de la feuille, et qui finissent au ras du bas, alors même que n’importe quel pdf, format tristement propriétaire, fait mieux. Existe-t-il une option de classe qui puisse forcer tout lecteur à donner de l’air au texte ? Moi j’ai point trouvé pour l’instant de trucs qui marchent. Et vous ?

  12. @Karl La typo, la césure, les marges… tout cela dépend de la liseuse ePub… c’est pas le metteur en page qui gère. Un peu comme avec un navigateur Web.

    @Allan et @Karl d’ailleurs Le texte affiché sous Scribd n’est pas un ePub… mais un PDF rapidement monté pour feuilleter (un brouillon quoi). Pour voir les epub, faut les télécharger et les donner à manger à une liseuse.

    cf glossaire :
    http://blog.tcrouzet.com/glossary/scribd/
    http://blog.tcrouzet.com/glossary/epub/

  13. RT @crouzet: Un nouveau métier : imprimeur d’ePub http://bit.ly/czCf2A

  14. Nouveau métier : imprimeur d’ePub http://j.mp/b8Ukiy

  15. YvesL says:

    Je ne parle pas des documents étants passés entre les mains d’éditeurs professionnels mais l’auteur lambda qui utilise Word 2003 (est il encore majoritaire?) aurait bien du mal à produire un texte stylé correctement. Ce logiciel est une horreur à manier pour qui veut utiliser les styles. Je ne sais pas si les versions ultérieures font mieux.

  16. Silvae says:

    Nouveau métier : imprimeur d’ePub http://ping.fm/Y78aT

  17. Marsattac says:

    RT @Silvae: Nouveau métier : imprimeur d’ePub http://ping.fm/Y78aT

  18. RT @Silvae: Nouveau métier : imprimeur d’ePub http://ping.fm/Y78aT

  19. Salaber says:

    Il existe une autre solution.
    Faire ses textes sous Openoffice (pourquoi word ?), exporter en pdf puis mettre en epub avec Calibre.

    Ensuite, il est très facile de le retravailler avec Sigil, projet open source :
    Présentation en français :
    -> http://www.ebouquin.fr/2009/08/10/sigil-lediteur-epub/

    Site officiel en Anglais :
    -> http://code.google.com/p/sigil/

    Le résultat est excellent.

    Il n’est d’ailleurs pas indispensable de passer par Calibre sauf lorsque l’on est un noob comme moi.

  20. Je parle de Word parce que j’utilise Word (et parce que c’est word qui historiquement a introduit les feuilles de styles si je me souviens bien). Peu importe le traitement de texte (et j’aime pas l’open source quand il se contente de mimer les produits commerciaux).

    La conversion via Calibre passe pour rendre des PDF lisible en ePub, rien de plus. On ne maîtrise pas grand chose avec cette opération.

  21. virgile says:

    Nouveau métier : imprimeur d’ePub http://j.mp/cOgUlY

  22. Ben Bois says:

    Je vous rejoins sur l’idée de l'”imprimeur d’ePub”, votre article en démontre d’ailleurs la nécessité !

    Votre “moulinette” PHP semble fort intéressante, prévoyez-vous de rendre le code publique et pourquoi Open Source ?

  23. La version WordPress est déjà publique:
    http://blog.tcrouzet.com/wp2epub/

    L’autre est en accès libre (et le code pas assez propre pour diffusion).

  24. Ben Bois says:

    Merci pour votre réponse.
    Un travail “collaboratif” permettrait de le nettoyer et peut-être de l’améliorer !
    Ceci est une idée autant qu’une proposition.

  25. Pourquoi pas. Je donne pas toujours mon temps en conférence, mais presque toujours mon code 🙂

  26. Ben Bois says:

    Si vous décidez de publier votre code, n’hésitez pas à me contacter.

  27. Si ça te dit je peux t’envoyer la version actuelle et tu peux la regarder et éventuellement créer quelque part un projet!

  28. Ben Bois says:

    Volontiers, je regarde et nous en reparlons ensuite.
    As-tu accès à mon email via ces commentaires ?

  29. Viens de t’envoyer un RAR du code PHP.

  30. Ben Bois says:

    Merci Thierry !

  31. Téhel says:

    Ne pas mettre tous les maquettistes dans le même panier… Vous semblez détenir la “vérité”, grand bien vous fasse…

  32. Bonsoir Thiery,
    Le monde entier vous remercie de votre découverte de nouveau métier imprimeur d’i PUB. Avez-vous pensé de crée un lieu de formation ?

  33. Désolé… mais j’ai pas prévu de monter ça 🙂 Doit bien avoir quelques imposteurs qui proposent ça sur le marché (alors qu’il suffit de lire les doc du format et de décortiquer des fichiers).

  34. Quel nom pour les nouveaux métiers du livre numérique ? Il y a un an, T. Crouzet lance le terme "imprimeur d'ePUB" http://t.co/CfTZk84f

  35. RT @Vincent_Gros Quel nom pour les nouveaux métiers du livre numérique ? Il y a… http://t.co/H6Z173Xr

  36. Mon métier ? Metteur en page d'Epub http://t.co/10uTpy1Y par @crouzet (RT @292Contents) du code pour toi @Lecteurencolere 😉

  37. Mon métier ? Metteur en page d'Epub http://t.co/10uTpy1Y par @crouzet (RT @292Contents) du code pour toi @Lecteurencolere 😉

  38. Nouveau métier : imprimeur d’ePub http://t.co/JcsaWWsO [lien]

  39. Pierre says:

    Bonjour,
    Beaucoup de professionnels codent avec dreamweaver… C’est pratique, rapide et il est très aisé d’entrer dans le code pour écrire exactement ce que l’on souhaite et placer chaque élément avec précision. Je me suis arrêter de lire votre article au deuxième paragraphe devant l’aberrance de vos propos.

  40. Canovi says:

    Bonjour,

    je serais intéressée par vos services pour mettre au format epub un gros livre (mis en page avec des styles, en open office) – avec pour but de le mettre en vente sur google play. Pouvez-vous m’écrire sur mon mail : [email protected] pour me dire vos tarifs, les détails ?

  41. J’ai juste remarqué qu’un métier émergeait, je le pratique que pour mes amis proche et pour moi-même. Contactez par exemple https://twitter.com/GwenCatala

Comments are closed.