Je suis à Ouessant depuis quelques jours. Comme souvent, je trouve toujours le moyen de mettre les pieds dans le plat. Hier, au cours de ma conférence avec Ayerdhal, j’ai affirmé que les « Community managers étaient les putes d’aujourd’hui. », je sens que je vais devoir écrire un article pour m’expliquer dans les jours qui arrivent.

J’ai aussi affirmé que tous les auteurs qui n’étaient pas avec nous dans la salle dans laquelle nous discutions de l’édition numérique n’étaient pas des auteurs (et que nous ne pouvions pas être des créateurs contemporains sans user des outils de notre temps). J’ai alors vu deux personnes se lever immédiatement et fuir (mince, il y avait deux curieux sur les 80 auteurs invités). Mais, bon sang, il fallait me rentrer dans le lard et lancer le débat. Moi, je ne me prétends ni écrivain ni artiste, mais je suis un provocateur.

Et puis, j’en ai mare qu’on qualifie Yal (c’est le petit nom d’Ayerdhal) d’auteur de science-fiction. En 1991, lorsque nos écrivains médiatisés parlaient de leurs dérangements amoureux et plongeaient dans l’auto-fiction, remarquez que c’est toujours un genre dominant en France, il publiait Demain une Oasis. Dans ce roman lumineux, il traite de toutes les questions de la crise climatique et de ses conséquences, il anticipe ce que nous commençons à vivre. Yal n’est pas un auteur de science-fiction, mais un auteur politique. Et un auteur qui ne serait pas politique au cours d’une époque de transition comme la nôtre ne peut prétendre être auteur (pas plus que celui qui ignore les innovations de cette époque).

Suivre la suite de no blabla à Ouessant…

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23 comments

  1. Woodi says:

    RT @crouzet: Petit point NRV #numerile http://bit.ly/ddfFRN

  2. Nessy Lupino says:

    @crouzet à Ouessant, nrv s'explique #Numerile http://blog.tcrouzet.com/?p=18569

  3. Carole_Fabre says:

    RT @nessyduloch: @crouzet à Ouessant, nrv s'explique #Numerile http://blog.tcrouzet.com/?p=18569

  4. @crouzet auteur de science-fiction n'est pas une insulte ! #numerile http://bit.ly/ddfFRN

  5. Keff says:

    RT @cgenin: @crouzet auteur de science-fiction n'est pas une insulte ! #numerile http://bit.ly/ddfFRN

  6. Erion says:

    Ouais, enfin, Ayerdahl est AUSSI un auteur de Science-Fiction. Ce n’est pas un genre sale et indigne.

  7. jeanloub says:

    Pas de problème, Thierry, suis avec toi.

    Question stratégie, suis OK également
    après, c’est vrai, c’est quelque part vécu comme “blessure ”
    [avec les guillemets pour faire plaisir à Yal :)]

    les propulseurs avancent , c’est l’objectif, on y est encore plus profond…. continue !!!

  8. Eric says:

    L’affirmation selon laquelle “nous ne pou­vions pas être des créa­teurs contem­po­rains sans user des outils de notre temps” doit sans doute réjouir des personnes comme Steve Jobs.

    Bien sûr que les auteurs modernes doivent connaître l’existence de tous ces outils merveilleux, mais je ne pense pas que l’iPad, l’iphone ou même Internet apportent quoi que ce soit de nouveau à la compréhension de l’humain. Rien de nouveau depuis que Pascal a parlé de divertissement.

  9. 000 says:

    “”Dans les années 1870, Mark Twain est l’un des premiers écrivains à soumettre à son éditeur ses œuvres écrites avec une machine à écrire”

    Mais en 1915, 45 ans plus tard, Proust écrit encore sans machine à écrire, sur des petits bouts de papier…

    En 1970, cent ans plus tard, Montherlant écrit toujours sans machine à écrire.

    Pas sûr que les plus grands écrivains soient les plus rapides à utiliser les outils techniques de leur temps.

    La longue descente en soi qu’est l’écriture ne laisse pas tellement de temps ni de goût pour le passer à suivre les dernières modes technologiques.

    Je reste persuadé que le plus grand livre à venir dans les 20 à 50 ans ne sera pas écrit avec les derniers gadgets technos. Il aura des années de retard sur la technique, mais il aura des années d’avance sur le plan humain.

  10. @Eric « je ne pense pas que l’iPad, l’iphone ou même Inter­net apportent quoi que ce soit de nou­veau à la com­pré­hen­sion de l’humain »

    Comme dans toute langue, il importe d’examiner ce qu’un média contraint à dire (plus que ce qu’il empêcherait) et apporte de spécifique à notre rapport au monde et aux autres, en écoute, en présence ou en représentation.

    Les modifications de ce que François Bon appelle “extension de portée” (http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2226 ) altèrent sans aucun doute pour moi une “compréhension de l’humain”.

    Portée inédite, dans l’espace et le temps, du réseau Internet, intrusion dans la sphère extrêmement individuelle des dispositifs mobiles comme l’iPhone, socialisation domestique de l’iPad…

  11. 000 says:

    Les pages que Proust consacre au téléphone et à l’automobile à moteur sont amusantes, mais n’apportent rien d’essentiel à l’oeuvre.

    Idem pour ce qu’il dit de l’affaire Dreyfus, la grande affaire politique de son temps.

    Le travail principal de l’écrivain, c’est faire taire les bruits ambiants pour arriver à l’essentiel.

    Sinon il est journaliste, pas auteur créateur.

    On peut parler des dernières inventions, on peut parler de la politique, mais tout cela est accessoire, sert de toile de fond, l’essentiel se joue loin des inventions et de la politique, sur une plage ou derrière un buisson d’aubépines.

    Plus que le téléphone, l’automobile ou l’affaire Dreyfus, ce qui, de son temps, a vraiment influencé Proust, c’est par exemple l’impressionnisme. C’est-à-dire une création artistique, pas une invention technique.

    Et ce n’est pas le courant artistique le plus récent qui l’a influencé, c’est un courant qui existait déjà dans sa jeunesse.
    Les grandes oeuvres impressionnistes datent de la naissance de Proust.

    Il a donc du retard sur son temps.

    Son travail d’auteur est de digérer lentement, avec un long retard, son époque, ou plutôt l’époque de sa naissance.

    De même, Nietzsche est surtout marqué par Schopenhauer, dont la grande oeuvre est achevée à la naissance de Nietzsche.

    Le grand auteur réagit avec beaucoup de retard. Il ne colle pas aux dernières trouvailles. Il est dans un monde plus ancien que celui de ses contemporains. Il digère.

  12. Deux réponses…

    1/ J’ai une “petite” collection de SF à la maison… Ce qui connaissent ma bibliothèque comprendrons mieux.

    2/ Je n’ai pas dit que les auteurs devaient nécessairement parler dans leurs œuvres des technologies contemporaines, mais qu’ils vivaient avec elles, qu’ils avaient la curiosité de les utiliser. Et j’ai manqué justement donner l’exemple de Proust, non pour la présence de quelques artefacts dans La recherche, mais parce que Proust a été par exemple un des premiers a avoir le téléphone et à s’abonner au retransmission en direct de l’opéra.

  13. Cyrz says:

    les « Community managers étaient les putes d’aujourd’hui. » humm ça va plaire ! http://tinyurl.com/3yk45jz [email protected]

  14. 000 says:

    “un des premiers a avoir le téléphone et à s’abonner au retransmission en direct de l’opéra”

    C’est très différent d’écrire un roman par téléphone ou par télégramme, par exemple. Qui aurait été une expérience d’écriture comparable au roman sur Twitter.

    Il y a une grande différence entre utiliser une nouvelle technique pour ce qu’elle apporte d’essentiel (téléphoner avec un téléphone), et la détourner pour en faire une expérience marketing d’écriture (premier roman téléphonique, premier roman en langage télégramme, premier roman sur twitter…), en croyant que l’écriture doit d’emblée utiliser les nouveaux moyens de transmission.

    Proust utilise le téléphone pour téléphoner, mais quand il s’agit d’écrire une oeuvre il ne cherche pas la nouveauté dans le mode technique de transmission.

    J’imagine qu’on a eu des tentatives de romans façon télégrammes, avec la contrainte de phrases courtes entrecoupées de STOP, il n’en reste pas de traces aujourd’hui.

    Quand Proust insère trois ou quatre télégrammes dans les 3000 pages de la Recherche, il a fait le tour de ce mode d’écriture.

    Le télégramme est présent dans la Recherche pour son usage propre, pas sous forme de manifeste pour une nouvelle forme révolutionnaire d’écriture.

    Pourtant on aurait pu théoriser toute la magie de la contrainte stylistique du télégramme.

    Voir ce texte qui explore les caractéristiques du télégramme:

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lfr_0023-8368_1977_num_35_1_4832

  15. 000 says:

    (J’imagine très bien la force que peuvent avoir quelques messages style Twitter dans un roman, par exemple.

    Ce qui est très différent d’un roman entièrement écrit sur Twitter, qui tourne à la monotonie stylistique.

    Les quelques télégrammes d’Albertine, de Saint-Loup ou d’Aimé, dans la Recherche, sont puissants.

    Toute la Recherche écrite en télégrammes, ça aurait été n’importe quoi.

    Le tout est toujours de laisser à la nouveauté sa juste place. De ne pas faire de la nouveauté un veau d’or.
    Twitter a une (petite) place dans l’écriture, Twitter ne suffit pas à l’écriture.)

  16. 000 says:

    “”J’ai aussi affirmé que tous les auteurs qui n’étaient pas avec nous dans la salle dans laquelle nous discutions de l’édition numérique n’étaient pas des auteurs”

    Il y a un sacré paradoxe à défendre l’outil numérique tout en affirmant qu’il faut être dans un lieu physique unique du globe à un instant unique pour être un auteur numérique digne de ce nom…
    🙂

    Le Web nous a heureusement libéré des réunions obligées et autres colloques mondains, “où il faut être”.

    C’est un peu du Balzac 2.0 là.
    Le salon obligé où il faut être vu pour exister.

    Le Web nous libère aussi de l’objet livre (numérique ou pas).
    Un auteur n’a plus besoin d’un objet fermé.

    Avec votre salon des auteurs de livres, ce n’est pas l’avant-gardisme, mais le retour en force du XIXe siècle. 🙂

  17. Saragne says:

    J’étais présente lors du débat, et je sais que lorsque Thierry C parle d’Ayerdhal, il oublie seulement un “que” : Ayerdhal n’est pas qu’un auteur de science fiction, et que ce n’est pas pour insulter la SF mais pour ouvrir le débat, la réaction du lecteur… Et parce que lors du salon Ayerdhal n’était présenté que comme “auteur de science fiction”, ni comme auteur de thrillers ni comme auteur politique. Aucune raison de s’énerver, juste une légère maladresse de la part d’un provocateur qui s’assume 😉

  18. GBertrand says:

    Il est vrai que si Proust avait connu l’informatique, les murs de la chambre du 44 rue Hamelin auraient fait moins…désordre.
    http://www.gerard-bertrand.net/PRO_rue-hamelin.html

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