Ce n’est pas parce que nous avons une conscience littéraire que nous produisons de la littérature. Il ne suffit pas de se vouloir littéraire pour l’être. Cette conscience a même le don de paralyser nombre d’auteurs, de leur faire regarder leurs phrases jusqu’à ce qu’ils soient incapables d’en produire une de supportable.

Tout peut être littéraire. Écrire un roman populaire peut-être un projet littéraire. La littérature en soi n’existe pas. Un texte devient littéraire après coup. Ce n’est pas l’auteur qui le décide, mais ses successeurs. La littérature ne se limite pas à l’alignement de belles phrases. Qu’est-ce qu’une belle phrase ?

Un auteur est littéraire quand il dit des choses qui lui sont propres d’une façon qui lui est propre (cela implique une esthétique, une politique, une philosophie… bien des champs à définir). C’est tout le contraire d’un journaliste, qui pourtant lui aussi écrit, et qui peut le faire fort bien, prouvant que l’écriture peut être non littéraire.

Se vouloir littéraire, c’est se vouloir dans l’histoire, déjà un personnage historique. Gombrowicz disait que tous les génies se considèrent géniaux. C’est une condition nécessaire, rien de plus. Il ne faut pas la prendre au sérieux, sinon on frôle le ridicule.

Se vouloir littéraire est donc pour moi suspect. On peut en rire avec les amis, je ne m’en prive pas, mais, après, il faut bosser en négligeant tout ce bazar. On oublie les autres écrivains, on le devient soi-même, on porte sa forme, on l’exprime en tous sens… et on accède peut-être à la littérature (en tant qu’antiessentialiste je ne sais pas trop ce que ça peut être).

C’est comme avec le sexe. Plus on parle de littérature, moins on est littéraire. On devient prof de français (c’est parfois un reproche que j’ai pu faire à Gracq en le lisant, même si je l’admire – d’autant qu’il vivait dans un autre siècle). Les écrivains ne sont pas des profs, mais des faiseurs. Toute écriture doit intégrer la littérature des autres pour s’en débarrasser.

Me voilà devenu professeur à mon tour. Je me déteste quand j’écris avec ce ton. En vérité, je cherche à vous raconter mon parcours. J’aurais mieux fait de vous raconter ma vie de scribouillard. La vie parle mieux que la théorie.

J’ai voulu pendant des années faire littéraire. J’ai tenté des expériences en tout sens, d’Équinoxe d’automne en passant par Genius Locus jusqu’à Turista, et bien d’autres textes que je n’ai pas mis à jour. J’ai peu à peu cessé de me regarder écrire, j’ai écrit ce qui me venait, à ma façon, sans chercher ma place par rapport à mes prédécesseurs. C’est ainsi que j’ai abouti au blog, à cette forme libre entre toutes, et j’ai envie de poursuivre cette expérience, sous toutes les formes, même hors du blog.

Quand Isabelle me relit, elle coupe les phrases qui sonnent trop littéraires et qui dissonent chez moi (je devrais vous donner un exemple… mais comment retrouver ce qui a été jeté). Elle me pousse à être davantage moi-même et à moins ressembler aux sculpteurs de phrases qui oublient de démonter leur échafaudage après leurs travaux de rafistolage. Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas travailler son écriture, je dénonce juste le travail qui se voit, les ajouts qui se voient, les substitutions qui se voient. Le repenti trop visible me fait mal. J’aime la métaphore du tennis. Je déteste les écrivains qui ressemblent à Yvan Lendl. Je préfère les John McEnroe.

Pour moi, il n’y a pas de genres inférieurs. Je respecte les auteurs de bestsellers, ne serait-ce que parce que je suis incapable de les imiter. Si leur art est facile, pourquoi ne prendrions-nous pas quelques semaines pour nous y exercer et nous remplir les poches ? Nous consacrerions le reste de notre vie à la littérature.

En vérité, rien n’est simple. Faire du vide avec du vide est un art qui m’échappe et que le public aujourd’hui adore. Je le regrette, mais je ne sais le satisfaire. Je peux maudire ce public, je peux haïr ces écrivains complaisants, mais je suis obligé de leur reconnaître un talent.

Nous devrions nous passionner pour les genres populaires ou datés. Notre but pourrait être d’en faire des genres majeurs. C’est le seul défi devant nous. De toujours renouveler la littérature, là où les dits littéraires d’un temps n’y pensent pas, n’y voient aucune possibilité.

Les phrases sont aussi des histoires, me répond Angkhistrophon sur Twitter.

C’est tout l’objet du Nouveau Roman, faire de l’écriture même le sujet de l’écriture. J’ai joué à ce jeu, dans Genius Locus faisant d’une île l’héroïne de mon écriture, sans doute sous l’influence de Triptyque de Claude Simon. Toujours, les mots en eux-mêmes racontent une histoire, mais croyez-vous que ce soit aujourd’hui suffisant ? Je dis bien aujourd’hui. Nous avons un monde à reconstruire. Nous devons utiliser toutes nos armes, n’en négliger aucune, travailler le fond et la forme, sans nuance.

Je n’aime que les écrivains de combat. Proust se bat pour une vision de l’art, pour l’acceptation des préférences sexuelles, pour la disparition du temps, pour un art de vivre. Il m’a changé. Les écrivains de science-fiction que j’aime dénoncent et proposent (des écrivains trop peu lus par les littéraires français – sauf Houellebecq, est-ce un hasard ?). Puis il y a tous les autres, qui ne souhaitent que divertir ces lecteurs qui ne cherchent qu’à s’évader. Stop. Je lis pour me changer, j’écris pour me changer… et peut-être changer un bout du monde. Tel est pour moi le but de la littérature, peu importe les formes employées pour l’atteindre.

Privilégier le style, la structure, les idées, la psychologie, la philosophie, la politique, n’a aucun sens pour moi. Nous devons nous déployer dans toutes les directions. Écrire mieux que mal est nécessaire, ce n’est qu’une des conditions pour devenir écrivain. Trop des nôtres voudraient se contenter d’exceller dans une catégorie. Je préfère toucher à toutes, car toutes ont été définies par le passé, et celles qui compteront demain restent à façonner.

Notes

  1. François Bon a inspiré le titre de ce billet.
  2. Je devrais trouver des échafaudages trop visibles chez mes contemporains. Mais on peut les retrouver chez des écrivains presque canonisés, même chez ces Nouveaux Romanciers que j’ai pourtant beaucoup lus et que je ne renie pas.
  3. Je vous parle de ma position, de ce qu’est pour moi un écrivain littéraire aujourd’hui. Je ne renonce pas à la littérature, mais j’estime que nous pouvons en déplacer le champ. C’est ce que nous faisons tous les jours avec le blog.
  4. Je n’ai rien contre le lyrisme, j’aime parfois m’envoler.
  5. Mon blog est-il littéraire ? Croyez-vous que je me sois un jour posé la question ? Je me fiche de la réponse. J’écris, je combats, j’expérimente, je vis et ne me repens pas.
  6. Je lis ce matin une réponse de Pierre Ménard. D’une certaine façon, concernant les ateliers d’écriture, j’ai déjà répondu avec La stratégie du Cyborg. Comme toujours, il n’existe pas une façon de faire, une technique indépassable, de nouvelles voies se révèlent sans cesse.
  7. Un écrivain doit s’essayer à tous les genres, c’est le meilleur atelier d’écriture que je connaisse. Plus des genres sont méprisés, plus il est de notre devoir de les élever à la hauteur du grand art. Les littéraires pour moi sont ceux qui méprisent et qui classent les livres en genres supérieurs ou mineurs. Pour cette raison, je ne veux pas me définir comme littéraire. Je me bats contre toutes les classifications, contre toutes les hiérarchies, dans la littérature comme ailleurs. Je suis pour faire exploser ce fatras au profit de structures réticulaires, où c’est l’interdépendance entre les possibles qui domine. Chaque œuvre est alors un chemin dans le réseau, un chant des pistes.
  8. J’ai déjà écrit sur la fonction prescriptive de la littérature dans Le peuple des connecteurs. J’y montre comme les auteurs cyberpunk ont inspiré les créateurs du Web. Est-ce une littérature insignifiante ? Je ne le pense pas. Proust a autant changé ma vie que Gibson. Je ne dispose d’aucun autre critère d’évaluation d’un auteur que son influence sur moi. Il n’existe aucun référent absolu. La littérature, c’est ma littérature. C’est pour ça que je peux en parler.

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40 comments

  1. nessy says:

    Ce qui compte ce sont tes idées, non ? Celles que tu développes dans ” L’alternative nomade” et “Propulseurs dans le flux”. Alors qu’elles sortent sous forme de thriller twitté comme dans “Croisade” en recueil de poèmes ou en roman de gare, peu importe, amuses-toi, teste différentes formes. A priori puisque c’est ce qui n’existe pas encore qui te motive, pourquoi vouloir faire dans des modèles existants, sinon pour diffuser tes idées au plus grand nombre ?

  2. 000 says:

    Ton opposition est trop binaire entre le style littéraire (conçu péjorativement : la jolie phrase à la manière de…, ampoulée), et son rejet par les auteurs anglo-saxons dont le seul but est la STORY.

    Le caractère de grand auteur de Proust ne tient ni aux jolies phrases, ni à la Story.

    C’est d’abord affaire de puissance de perception, puis de composition.

    Tu prends le salon Verdurin, tu réunis dix écrivains. Pas un sur les dix n’aura la puissance de perception de Proust, qui voit des choses que les autres ne voient pas.

    Il ne suffit pas de dire les choses de façon personnelle. Il faut que cette perception personnelle soit forte.

    On a déjà évoqué cette “maladie de la perception” qui fait le grand écrivain, l’artiste.

    D’Aristote à Nietzsche, tous sont d’accord que c’est d’abord une forme de folie qui fait l’artiste : il faut voir le monde autrement, et avec plus de puissance.

    Ensuite il faut être capable de rendre cette perception, et en avoir la volonté. (Tous n’ont pas envie d’écrire. Ecrire est un travail. On peut rester avec sa perception, sans motivation pour la transmettre.)

    L’homme du commun a une perception étroite et conventionnelle des choses. Il peut ajouter du style littéraire, il restera pauvre.

    En face d’un homme, il ne voit pas grand chose de lui. Il est sec.

    Une oeuvre collective risque d’être une collection de vues plates des choses.

    Des dix hommes que tu vas réunir, aucun ne va “voir” le docteur Cottard. Ils ne voient en lui qu’un truc superficiel. Proust est génial car il voit Cottard avec génie. Ensuite c’est un grand écrivain car il décide de rendre cette perception, et s’en donne les moyens formels. Mais tout commence avec la perception, pas avec le style.

    « Le style pour l’écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de techniques mais de vision »

    Ce qui manquera le plus à tes collaborateurs, c’est une puissance de vision.
    Ils voient platement les choses.

    Une oeuvre, ce n’est pas un article de Wikipedia qui juxtapose des informations objectives.

    La phrase n’est qu’une façon de rendre la perception. Spitzer a montré l’usage du subjonctif par Proust pour exprimer les mouvements de l’âme.
    Plus la phrase est maîtrisée, mieux la perception sera rendue.

    (Même s’il y a aussi une musique de l’écriture, sonorités, rythmes… Mais ce n’est pas la base de la littérature, sinon autant être musicien.)

    Une mauvaise jolie phrase, c’est quand il n’y a qu’un assemblage de mots sans force originale de perception. C’est l’académisme.

    Personne a défendu ces mauvaises jolies phrases.

    Rejeter les jolies phrases vides, n’implique pas le rejet du style, de la composition, de la puissance de perception, tout ce qui distingue un très grand roman d’un roman de gare.

    Dans “Proust et le roman”, de Tadié, on voit bien que la puissance littéraire de Proust, au-delà de la puissante vision initiale, n’a rien à voir avec des “jolies phrases”, c’est avant tout la construction d’une architecture.

    Il est facile de distinguer l’architecture d’une cathédrale, de la construction d’un Prisunic, le roman de gare de l’architecture.
    Tout ne se vaut pas.

    Ce n’est pas la loterie de l’Histoire, qui dit après coup que la cathédrale est une oeuvre d’art, et non le Prisunic.

    Après, on peut très bien écrire des oeuvres mineures, comme les films de genre au cinéma. Mais qu’on ne dise pas que tout se vaut.
    “Retour vers le futur” ce n’est pas “Barry Lyndon”.

    Quand tu as envie de quelque chose, tu as tendance à vouloir rabaisser le reste.

    Tu veux écrire un roman de gare à succès, et tu as tendance à vouloir démontrer que la littérature de grand style n’est qu’une vieille convention sans réalité, qu’il faut bazarder le style, …

    Non, il y a une grande littérature dont on peut démontrer qu’elle est très au-dessus d’un roman de gare.

    La place de Proust dans l’histoire littéraire est méritée et démontrable. Personne n’a vu le monde aussi finement, a composé une telle somme, aussi fine, sur le monde, maîtrisant parfaitement les moyens de transmission de sa vision, transformant tout cela en architecture complexe et fascinante.

    ça ne t’empêche pas d’écrire un roman de gare. Sa différence avec Proust ne sera pas qu’une question de jolies phrases.

  3. MarieC says:

    On trouve dans la littérature “de genre” ou “de gare” parfois ce qu’il y a de plus vivant dans la littérature. Pour moi, par exemple, les meilleurs auteurs italiens contemporains sont les auteurs de polar, Marcello Fois, par exemple, et de façon générale, presque tout le “groupe des 13”. Il disait quoi, déjà, Chesterton ? Ah oui : “la littérature est un luxe, la fiction est une nécessité”…

  4. cjeanney says:

    Toujours gênée par “je dénonce juste le tra­vail qui se voit, les ajouts qui se voient, les sub­sti­tu­tions qui se voient” que je n’arrive pas à délimiter concrètement.
    Un problème qui touche l’individuel, là, et que tu présentes comme un accord commun à tous, oui, nous verrions tous ce que tu vois (ajouts visibles et besogneux, esthétisme qui sent la sueur, etc.). Et ça efface le rapport à la phrase comme interaction unique. Quand je lis, je ne vois pas ce que tu vois, et inversement. Après on peut trouver des points de jonction où sur le même texte, on aura ressenti une émotion similaire (encore que, le détecteur à sensations qui détectent les similitudes, pas encore inventé, émotion a peu près similaire donc). Une fois ça acquis, on pourra partager/élaborer un raisonnement sur un courant et ce qui le constitue. Mais tu ne peux pas partir du principe que ton rapport à la phrase est le bon, le seul, l’évident commun à tous, sans que ça installe une hiérarchie, un classement (ce que tu dénonces d’ailleurs venant de ceux qui considèrent la littérature de gare comme sous-littérature. En fait, tu remplaces une hiérarchie établie par d’autres, ressentie comme violente ou sclérosante, par ta propre hiérarchie).
    C’est comme ce qui tu mets derrière “Se vou­loir lit­té­raire”, et qui pourrait être décliné/désigné autrement.
    Juste mon sentiment, hein.

  5. 000 says:

    “”On trouve dans la littérature “de genre” ou “de gare” parfois ce qu’il y a de plus vivant dans la littérature”.

    C’est sa caractéristique. La littérature de genre pullule à toutes les époques, elle ne manque jamais, n’a pas besoin d’être défendue.

    La concurrence étant forte, le succès n’est pas assuré pour un auteur de polar ou de SF, mais le succès du genre est assuré.

    Cette littérature de genre est toute biologique, universelle : elle utilise les mécanismes du cerveau reptilien, conçus pour la chasse.

    Une proie s’est échappée, il faut la retrouver. Un espace inconnu est à découvrir. Des odeurs étrangères sont à identifier. Il faut sauver le monde d’une catastrophe.

    Tout ce qui n’est pas Story est éliminé du genre, pour ne pas éloigner une partie du public sur des critères culturels (niveau de langage, …)

    (Tandis que dans la grande oeuvre littéraire, l’histoire et la dramaturgie comptent moins que la richesse du détail. Cette richesse de détail étouffe le lecteur moyen.)

    La littérature de genre est impersonnelle, peut être traduite ou adaptée au cinéma sans perte majeure, contrairement à la grande oeuvre littéraire, qui est rare et unique, difficile d’accès car éloignée du seul niveau reptilien, ajoutant plusieurs couches corticales.

  6. MarieC says:

    “Tout ce qui n’est pas Story est éliminé du genre, pour ne pas éloi­gner une par­tie du public sur des cri­tères cultu­rels (niveau de langage, …)”
    Ah ouais ? C’est pas du tout l’impression que laisse la lecture de l’excellent “mémoire du vide” de Fois, par exemple (c’est le premier qui me vient à l’esprit, mais on peut en trouver beaucoup d’autres) On est pas obligé de faire chiant pour faire de la littérature. Enfin, je crois. Et je ne vois pas pourquoi la “puis­sance de per­cep­tion, puis de composition” ne pourraient pas appartenir aussi à la littérature populaire, “de genre” ou “de gare”.

  7. Iza says:

    “Et je ne vois pas pour­quoi la “puis­sance de per­cep­tion, puis de com­po­si­tion” ne pour­raient pas appar­te­nir aussi à la lit­té­ra­ture popu­laire, “de genre” ou “de gare”.”

    Mais voyons ma chère, c’est pourtant simple, parce que :

    “L’homme du com­mun a une per­cep­tion étroite et conven­tion­nelle des choses”
    “Ils voient pla­te­ment les choses.”

    (muleta encore, mais bon)

    mépris, et re-mépris. 000, tu n’est vraiment qu’une banane à moitié pelée. ça ne t’est jamais venu à l’esprit qu’il ne manque peut-être à l’homme du commun (à certains, ok) que “les moyens formels de rendre cette perception”. Avec peut-être une perception géniale aussi. Patate.

  8. MarieC says:

    Bon sang, mais c’est bien sûr ! Suis-je bête. Tout s’explique…

    Je propose donc de jeter Sciascia avec l’eau du bain. (Désolée, mais je très axée littérature italienne, ce sont souvent les premiers exemples qui me viennent, surtout pour le policier)

  9. 000 says:

    “”On est pas obligé de faire chiant pour faire de la littérature”

    “”Chiant” c’est relatif.

    Les gros effets spectaculaires qui sautent à la gorge, qu’on trouve par exemple dans votre polar en construction, sur votre blog, on peut aussi trouver cela chiant : le cadavre, la drogue, les flics, le vomi, le cul…

    Tous ces effets qui remplacent l’écriture, à haute dose, à chaque ligne.

    Ce n’est pas le vomi qui rend un texte vivant.

    Les séries télé qui enchaînent ces gros effets, je trouve cela d’un ennui effroyable.

    Il y a des fans de McDo, tellement habitués au salé et au sucré, qu’ils trouvent insipide la gastronomie fine d’un restaurant 3 étoiles.

    Ce n’est pas Proust qui est chiant. C’est le lecteur qui n’est pas fait pour lui. Qui a besoin de gros effets et de phrases courtes.

    Le 3 étoiles se mérite. Il y a un apprentissage, une initiation.

    Tout ne se goûte pas en un instant, il faut du temps et de la formation pour apprécier ce qui est fin.

    Un écrivain n’a pas pour objectif forcé d’être aimé immédiatement. Il peut se mériter, après un long parcours.

    On ne grimpe pas l’Everest sans préparation. L’Everest est un aboutissement, pour un alpiniste.

    Proust n’est pas chiant, mais c’est un aboutissement, un Everest, un 3 étoiles, pas un McDo qu’on déguste à la va-vite.

  10. MarieC says:

    Je n’ai pas la prétention de faire de la grande littérature, je vous rassure. Je m’amuse, ça amuse certains, ça n’a pas d’autre but.
    Mais considérer que du moment que c’est du “genre”, c’est mauvais, je trouve ça un peu facile, et très réducteur. Je ne dois pas être assez fine et préparée.

  11. MarieC says:

    Et je n’ai pas le souvenir d’avoir dit que Proust était chiant (étant peu fine et préparée, je ne l’ai d’ailleurs certainement jamais lu. Mais qui est ce Proust ? Il joue dans quelle équipe ?)
    C’est le raisonnement qui veut que la littérature soit forcément dépouillées des oripeaux qui parlent à notre “cerveau reptilien” qui me dérange.

  12. 000 says:

    @ Marie

    Il n’y a pas de problème à faire du “genre”.

    Ce qui est pénible, c’est d’entendre le discours sur la littérature classique qui serait “chiante”.

    Non, elle n’est pas chiante, mais elle ne se consomme pas immédiatement. Elle demande une formation, du temps.

    A 14 ans, Racine me semblait insupportable, je ne comprenais pas qu’on nous l’impose à l’école.

    C’est dix ou vingt ans plus tard qu’on apprécie Racine, Bossuet, Proust…

    A 15 ans on aime U2,
    ensuite on découvre Monteverdi ou Bach.

    S’il n’y avait que du rock, on s’ennuierait.

    C’est comme au ski : il faut des pistes de différents niveaux. Permettre une progression.

    Heureusement qu’il y a des textes qui résistent à la consommation immédiate, qui ne sont pas lus dans le temps d’un voyage en train.

  13. MarieC says:

    Il faudrait alors songer à s’exprimer plus clairement.
    “Cette lit­té­ra­ture de genre est toute bio­lo­gique, uni­ver­selle : elle uti­lise les méca­nismes du cer­veau rep­ti­lien, conçus pour la chasse.”
    C’est sur ce point-là que je ne suis pas d’accord du tout. Certains très grands auteurs peuvent s’exprimer hors de la littérature classique, et même dans la littérature “populaire” (pouah!).
    Mais si je ne peux pas remettre cela en cause sans me faire taxer d’illettrée qui ne sait pas de quoi elle parle toute occupée qu’elle est à manger des McDo devant ses séries américaines préférées, je ne vois pas l’intérêt de poursuivre cet échange (appelons-le ainsi).

  14. Nico says:

    Un tel mépris de l’intelligence de ses contemporains me donne la nausée. Toutefois, je vous félicite pour cette superbe démonstration de masturbation intellectuelle.

    Je vous tire mon chapeau. A vous et à votre ego.

  15. Iza says:

    Bienvenue chez nous MarieC, tu as passé le baptême du feu, enragé devant les provocs (avec un petit fond bien assumé de certitudes) de 000.

    Pour le reste, tu peux continuer à causer, il se reprend généralement au bout d’un moment, il … “songe à s’exprimer plus clairement” une fois la pique envoyée…

    Et puis un homme qui écrit “Ce n’est pas le vomi qui rend un texte vivant” … ne peut pas être complètement mauvais. Ce soupçon de second degré, à la longue, si si, le rend supportable. Enfin, pas à “J”, mais à Henri A et moi tout au moins.

    @000 :
    “Elle demande une for­ma­tion, du temps.”
    Je suis bonne fille, je prends ça comme un signe de bonne volonté de ta part.

  16. @MarieC 000 est tombé dans la marmite de Proust quand il était tout petit… il a oublié d’être enfant! Ce qui est un grand manque pour un adulte. Tu imagines pour un écrivain.

    @cjeanney J’ai terminé par parler de relativisme. Il ne peut exister que de littérature relative à un lecteur. Donc je donne ma vision, je ne cherche pas à définir la littérature, ce truc qui pour moi n’existe pas. Bien sûr, je parle de ce que je vois, de ce qui me déplait. Je ne peux que proposer des lectures croisées, comme François Bon le propose aussi, des lectures aussi peu complaisantes que possible… c’est important de comprendre la vision des autres, après on en fait ce qu’on veut. Je suis volontaire.

  17. @Nessy J’essaie dans tous les sens, et partout, je ne ferme aucune porte… J’ai assez essayé la “littérature” pour essayer “une autre littérature”. En plus j’ai rien décidé, je ne sais pas ce que je vais écrire dans les mois qui arrivent, comme toujours je lance des tests ici. Et comme j’aime provoqué, les réaction, me donne envie d’aller dans le sens du populaire plus que de m’en éloigner.

  18. 000 says:

    @ Marie

    Mishima a écrit, pour gagner de l’argent, des récits de gare, qui ne sont pas inclus dans son corpus de grand auteur littéraire.
    Il considérait cela comme une activité alimentaire.

    Son argent gagné avec les romans de gare, il se consacrait ensuite à la littérature.

    Ce qu’on appelle littérature de gare, c’est un récit qui se dévore à toute vitesse, qui repose essentiellement sur le suspens, les gros effets sentimentaux ou dramatiques, ou le dépaysement (polar, SF, arlequin), et qui ratisse large, tout public.

    L’auteur d’un roman de gare pense au lecteur : il faut le passionner, qu’il veuille tourner la page et connaître la suite.

    L’auteur littéraire cherche davantage un objectif artistique.
    Il ne pense pas à séduire des lecteurs, il pense à construire une oeuvre, qui corresponde à ses propres exigences intérieures.

    C’est la différence entre la série TV et le film d’auteur.

    Lorsqu’un grand auteur construit un récit qui ne repose pas sur cette mécanique, qui est plus dense et plus riche, alors ce n’est plus de la littérature de gare.

    Tolkien ce n’est plus de la littérature de gare. Ou plus seulement. C’est aussi autre chose.

    Dans certains cas, la distinction est difficile.

    Certains romans de Balzac, écrits pour une publication dans des journaux, sont de la littérature de gare.

    Leur rassemblement dans une vaste composition sous forme de Comédie Humaine est le coup de génie qui élève une production de qualité moyenne en quelque chose de plus grand.

  19. Henri A says:

    Aux filles :
    Il n’a pas souvent tout le temps tort malgré son handicap ; voir en noir et blanc et n’entendre que les aigus.

  20. Marguerite Yourcenar says:

    Marguerite Yourcenar évoque les deux styles de production de Mishima, ses récits de gare et ses grandes oeuvres:

    “”chaque jour, sur le coup de minuit au plus tard, (Mishima consacrait) deux heures à ses textes de fabrication courante.

    Ce qui restait de la nuit et les heures du petit jour étaient ensuite consacrés à “ses livres” [les oeuvres littéraires].

    aucune des oeuvres prévues pour la consommation courante n’ayant jamais été traduite, nous ne pouvons chercher dans ce fatras des thèmes mieux traités ailleurs, une image éclatante ou nette, un épisode chaud de vérité qui pourrait y être tombé comme par hasard et était fait pour demeurer dans les “vraies oeuvres”.”

    (Yourcenar, Mishima ou la vision du vide)

  21. Playboy litteraire says:

    “Madame Bovary” s’effeuille dans le Playboy américain
    (AFP) – Il y a 4 heures

    WASHINGTON — L’édition américaine de Playboy publie dans son édition de septembre un extrait d’une nouvelle traduction anglaise de “Madame Bovary”, le chef d’oeuvre de Flaubert que le magazine qualifie en “Une” de “roman le plus scandaleux de tous les temps”.

    Playboy Magazine, d’ordinaire peu connu pour ses articles littéraires, publie un chapitre de la nouvelle traduction signée Lydia Davis, auteur américaine de nouvelles et spécialiste de la littérature française qui a déjà à son actif des traductions de Proust, Foucault ou Leiris.
    Entre deux photos de jeunes femmes peu vêtues, les lecteurs du magazine apprendront donc que l’héroïne de Gustave Flaubert (1821-1880) “est l’une des pécheresses les plus célèbres de la littérature”.
    “Mais elle a d’abord été tentée”, ajoute Playboy, qui voit dans la métamorphose de la petite bourgeoise normande en enthousiaste femme adultère “le scandale que peut être le simple fait d’être humain”.
    Lors de la publication du roman en 1857, Flaubert avait été poursuivi pour “outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes moeurs”, avant d’être acquitté.
    Le chapitre choisi par Playboy est celui où Emma Bovary se donne à son amant, Rodolphe, à la faveur d’une promenade à cheval.
    Dans sa nouvelle traduction, qui sort aux Etats-Unis le 23 septembre chez Penguin Classics, Lydia Davis s’est efforcée de rester fidèle à l’original tout en évitant les tournures lourdes de certaines adaptations antérieures.
    Dans un entretien accordé au Times de Londres, Mme Davis, qui est chevalier des Arts et des lettres et a été mariée au romancier Paul Auster, confie toutefois qu’elle n’aime pas “Madame Bovary”.
    “On m’a demandé de traduire Flaubert et il est difficile de dire non à un grand livre, enfin à un soi-disant grand livre”, explique-t-elle. ”
    “Ce n’est pas un livre qui m’enthousiasme”, ajoute la traductrice, qui rappelle que Flaubert “méprisait tous les personnages du livre ainsi que leur mode de vie et avait souffert énormément en l’écrivant”. “J’aime les héroïnes qui réfléchissent et ressentent les choses. Je ne trouve Emma Bovary ni admirable ni digne d’affection. Mais c’était également le cas de Flaubert”.

  22. RT @_chsanchez: Vers une écriture sans littérature ? http://bit.ly/97Jg5y

  23. RT @crouzet: Vers une écriture sans littérature ? http://bit.ly/a5IVMH Des vagues après #numerile

  24. RT @crouzet: Vers une écri ture sans lit té ra ture ? http://bit.ly/a5IVMH Des vagues après #numerile [remettre pendules à l'heure]

  25. RT @jeanloub: RT @crouzet: Vers une écri ture sans lit té ra ture ? http://bit.ly/a5IVMH Des vagues après #numerile [remettre pendules à …

  26. RT @crouzet: Vers une écriture sans littérature ? http://bit.ly/a5IVMH Des vagues après #numerile [remettre pendules à l'heure]

  27. RT @crouzet: Vers une écriture sans littérature ? http://bit.ly/a5IVMH Des vagues après #numerile

  28. [veille] Vers une écriture sans littérature ? http://dlvr.it/4KJwK

  29. Adil Salhi says:

    RT @lioneldujol: [veille] Vers une écriture sans littérature ? http://dlvr.it/4KJwK

  30. “@crouzet: Vers une écriture sans littérature ? http://bit.ly/a5IVMH Des vagues après #numerile” Matière à réflexions, à suivre

  31. RT @fbon: Gracq est d'un autre siècle, nous dit @crouzet : oui,le prochain http://bit.ly/aaBUug

  32. nessy says:

    Génial, faut que tu soit lu surtout, accessible, donc populaire oui et forcément de qualité, mais ça ne veut pas dire simple à faire, du moment qu’on ne voit plus les echafaudages.

  33. Erion says:

    @000.

    Je trouve un peu gonflé de sortir le nom de Tolkien pour parler de ce qui ne serait pas une littérature de gare.

    En fait, le terme “littérature de gare” est particulièrement mal choisi. Cela recouvre une telle diversité.

    Je rejoins l’attitude de Thierry Crouzet de ne PAS vouloir écrire de la littérature. Il y a le texte, ce qu’on veut faire avec l’écriture, mais la littérature en tant que tel, cela échappe à l’auteur.

    Après, certains auteurs reconstruisent le processus et se gargarisent du mot, mais Hugo pissait de la poésie chaque matin, comme on fait du jogging. Ca n’était pas moins ou pas plus de la littérature.

    Ce qui compte, c’est le résultat.

    Je fais partie des auteurs qui considèrent que l’écriture est un échange, un dialogue avec le lecteur. On peut dialoguer de milles manières, mais l’oeuvre sacrée, comme une statue du commandeur, très peu pour moi. On ne devrait pas lire Hugo, Zola, Camus, parce que c’est de la littérature, mais parce qu’ils nous parlent, parce que leur texte résonne toujours avec nous, encore maintenant.

    Déterminer ce qui ressort ou pas de la littérature, c’est le boulot des bibliothécaires et des universitaires, c’est eux qui font le travail de tri et de sédimentation, même si c’est parfois injuste (voyez par exemple, le purgatoire actuel d’Aragon ; ou la disparition absolue d’une des figures majeures de la littérature du début XXe : Anatole France).

    Après, la littérature de genre a ses règles et ses principes, comme au cinéma. Regardez le cinéma de John Ford, un cinéaste qu’Orson Welles considérait comme l’un des plus grands. Il a réalisé des westerns classiques, mais avec une écriture d’une grande beauté. C’est parce qu’il connaissait à fond les codes du genre qu’il était libre, à mon avis.

  34. 000 says:

    Le problème est que Thierry emploie l’expression “littérature de gare”, tout en l’appliquant à des oeuvres qu’il juge importantes.

    Il dresse une caricature de la littérature “pure”, présentée comme une sorte de verbiage artificiel et pompeux.

    Il oppose binairement la littérature de gare, qui serait la véritable écriture sans artifices.

    (Alors que ce qu’on appelle littérature de gare, c’est le livre jetable, collection de recettes faciles à visée divertissante : Arlequin, San Antonio, etc. Ces récits se dévorent parce qu’ils prennent la place de l’instinct animal pourchassant une proie.)

    Le style serait selon Thierry une couche superficielle ajoutée au récit, encombrante et pénible.

    Seul compterait le récit, ou plutôt son objet, l’histoire racontée.

    Plus qu’à la littérature de gare, Thierry pense en réalité au modèle anglo-saxon.

    Il y a une tradition anglo-saxonne de la “story”, où ce qui compte principalement c’est la matière, et très peu la forme.

    Une sorte d’utilitarisme de l’écriture. Avec phrases courtes obligatoires, rejet des effets de style.

    L’oeuvre ainsi conçue peut prétendre à être importante. Et n’est plus de la littérature de gare, sans être de la littérature de style.

    Mais il y a une ambivalence chez Thierry, car un récit comme “Croisade” mêlange les techniques grossières de la littérature de gare (écriture à toute vitesse, antagonismes spectaculaire, marketing de masse : twitter, etc), et la prétention d’être porteur d’un message politico-historique important, de ne pas être un simple divertissement : croisade pour sauver la planète (perçue sérieusement).

    En réalité, il n’a pas encore fait la part des choses entre son désir d’un succès populaire rapide, et son désir de laisser son nom dans l’histoire.

    Le désir d’un succès populaire rapide, le pousse vers le récit de gare.

    Le désir de laisser son nom dans l’histoire, le pousse vers la conception d’une nouvelle théorie globale sur le monde.

    Mélanger les deux : utiliser le marketing du roman de gare pour faire passer une théorie, n’est pas simple. (Problème de crédibilité, car le roman de gare use de grosses ficelles.)

  35. 000 says:

    Le rejet du “beau style” était déjà revendiqué par Stendhal contre les périodes rhétoriques de Chateaubriand.

    Stendhal réclamait le droit d’écrire comme le Code civil. Sec et vif.

    Je trouve la démarche un peu adolescente.

    Stendhal, on le dévore à 16 ans, mais plus vieux il nourrit peu.

    A l’inverse, Chateaubriand ennuie quand on est jeune, mais on le goûte, plus âgé, il est plus vaste que Stendhal, sa phrase comme sa matière nourrissent davantage.

    Thierry lutte contre le style car il croit encore à l’action.

    Quand on ne croit plus à l’action, on redécouvre la beauté de la littérature pour la littérature.

    Les grands stylistes ne croient plus au monde.

    Chateaubriand, Bossuet, Céline, Proust, Flaubert, sont des retranchés de la Comédie humaine. Ils vivent dans un monde éternel qui ne peut pas varier sinon en mal et en ridicule. Ils ont l’éternité voulue pour écrire une phrase. Ils ne sont pas pressés de la livrer au public.

  36. Peut-être ne connaissez vous pas Georges Haldas, homme qui écrit, superbement ignoré… 2 petites phrases jetées comme on jète les cordages pour accoster ou pour s’éloigner des vilaines côtes :

    1. “Assez d’autocritique et de lamentation. Faire ce qu’on fait. Être ce qu’on est. L’autre jugera”

    2. “Le grand style est celui qui découle d’une recherche de vérité vivante, où tout l’être est engagé : Pascal, Baudelaire, Nietzsche etc. Le beau style, lui, est le pur souci de l’effet. Son signe : l’élégance, Aragon. Le premier seul est innocent. Le second fleure toujours l’imposture”

    Georges Haldas. Les Minutes Heureuses ( Éditions l’Âge d’Homme).

  37. Myriam Rubis says:

    Merci de m’aider à avoir moins honte d’oser toucher un stylo alors que les si grands, les si doués, si profs de français, si surentraînés…. Me font baisser la tête.

  38. 000 says:

    @ Myriam

    Le problème n’est pas d’avoir honte d’écrire modestement.

    Tout le monde cuisine, personne n’est forcé de cuisiner comme un 3 étoiles Michelin.

    Sur Internet, tout le monde devient auteur ou journaliste, à la façon dont chacun sait se préparer des oeufs au plat.

    Toute la question est de ne pas inverser la chose, de ne pas prétendre que Proust est surfait, que n’importe quel récit de gare creux vaut autant que la grande littérature.

  39. Tout cela me conforte dans ma vocation de non écrivain. C’est déjà assez frustrant et fatigant et chronophage de lire. J’avais déjà lu le billet mais les commentaires s’empilent donc on y revient et on relit. Remarque en passant, ce n’est pas l’auteur à mon sens qui décide ni ses successeurs, autres littérateurs, mais les lecteurs. Ce sont eux qui décident s’ils achètent, volent, téléchargent, puis qui donnent, jettent, empilent, effacent. Paf, le bouquin!
    J’aime le théâtre parce que le texte est dit, parce qu’il n’est pas seul, qu’il y a de l’humain, des corps, du mouvement, des décors, du son, des costumes, du public. Et le texte est prédateur, il peut tuer tout le reste. Il y a risque, danger, émotion. On est dans l’illusion et l’éphémère.
    Le texte littéraire est une affaire de solitaires qui ne se croisent pas.
    Le blog permet le risque: se faire, incendier, insulter, aduler, rectifier, c’est nettement plus amusant.
    mon prof de français préféré était passionnée de grammaire et s’emmerdait en classe. Je lui dois beaucoup, on lisait ce qu’on voulait. Hors programme. Et ce que j’ai retenu de la grammaire m’a été archi utile pour apprendre d’autres langues, ce qui me permet de lire peu en français. C’est une chance immense: il me manque tjrs des mots, je retourne à l’enfance, quand je ne comprenais pas tout.

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