Après mon billet sur les community mangers puis sur le buzz, je ne pouvais pas éviter ce nouveau titre provocateur. Il résume une anecdote survenue hier après midi, samedi 19 septembre à 15 heures.

Je reçois un mail fort courtois qui me demande si je connais TED. Réponse oui, une requête sur mon blog aurait indiqué que c’était déjà le cas en 2006. Et TEDx Paris ? Réponse : oui. Et TEDx Alsace ? Réponse : non. Est-ce que j’aimerais y donner une conférence début octobre ? Réponse : pourquoi pas.

Quelques minutes plus tard, un des organisateurs me téléphone et, avec enthousiasme, me vante la manifestation. Il me dit s’intéresser au futur, à ses visages, à ses formes (moi qui crois que le futur est imprévisible). Il me décrit sa vision d’un monde organisé autour de l’économie, où les entrepreneurs et les entreprises jouent un rôle central. J’agite alors le drapeau rouge. Stop. Pour moi, ce n’est qu’un des avenirs possibles et pas celui que je souhaite.

Pas trop grave. Est-ce que je veux être le douzième conférencier de TEDx Alsace ? Bien sûr, j’aime parler en public. Parfait. Tous mes frais seront payés. C’est pour moi une condition nécessaire. Elle est remplie.

Arrive la seconde, condition. J’accepte souvent de parler gratuitement, notamment à Paris, parce que je profite de ma visite pour rencontrer mes amis et enchaîner des rendez-vous. Ailleurs, j’hésite un peu. Le déplacement depuis le Midi me prend plus de temps (et aussi pas mal à Isabelle qui doit assumer seule). Je ne bouge gratuitement que pour mener des combats qui me semblent vitaux, comme à Ouessant (où en plus je retrouve encore des amis).

TED ne rémunère pas les conférenciers. Mince. Je n’ai pas envie d’offrir trois jours pour aller parler en Alsace devant une centaine d’entrepreneurs (je préfère de loin des lycéens). Les ingrédients pour que j’accepte la gratuité ne sont pas remplis.

J’en ai assez des déclinaisons indéfinies de la mode 2.0. C’est un peu comme si après avoir piqué la musique à un groupe, on lui demandait de faire des concerts gratuits. Pourquoi pas avec des amis ou pour une œuvre caritative, mais il ne faut pas pousser trop loin le bouchon, sinon on risque l’étouffement.

En tant qu’auteur, je n’ai rien d’autre à vendre que mes textes. Je les offre presque tous gratuitement sur mon blog. Si, en plus, je dois aussi offrir mon corps, sans rémunération, je me demande de quoi je vais vivre.

Pour un entrepreneur, c’est facile d’accepter un TEDx, même Alsace. Il va réseauter, établir des contacts dans le business, se faire un peu de publicité, il a tout à y gagner. Son activité est ailleurs. Moi, mon activité est tout entière dans ce que je donne. Il n’y a pas d’ailleurs. Si je ne donne pas de conférences payantes de temps à autre, je ne gagne presque plus rien (et donc je dois me poser la question d’écrire à nouveau des livres grand-public). Je crois que les auteurs, comme les musiciens, ne doivent pas se laisser prendre à ce piège, d’autant quand ils luttent contre les DRM et pour la libre circulation des œuvres. Du gratuit oui, mais pas le tout gratuit. Le freemium, c’est beau quand on gagne sur un produit dérivé. Pour nous, auteurs, musiciens, artistes, le produit dérivé est notre corps, cette chose encore difficile à dupliquer.

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27 comments

  1. Les techno-proxénètes !!!!!!! http://j.mp/aHOvfy

  2. Pour nous, auteurs, le pro­duit dérivé est notre corps, cette chose encore dif­fi­cile à dupliquer. #hadopi http://icio.us/z3jggs

  3. Et si l'auteur distribue aussi sa présence gratuitement, que reste-t-il pour gagner sa vie ? Bonne question de @crouzet http://bit.ly/dp95YD

  4. TAB says:

    Les techno-proxénètes http://bit.ly/axUEB0

  5. TEDster à d'onf says:

    Bonjour,
    Je suis une TEDster depuis 5 ans, c’est à dire je consulte le site de TED régulièrement, je suis allée à 2 TED et j’irai à 2 TEDx cette année. L’esprit de TED est ailleurs et c’est vraiment très différent des autres “confs” banales que l ‘on peut faire. Après, déontologiquement, je peux très bien comprendre que le sujet économique proposé ne vous excite pas…

    Etre conférencier à un TED ou à un TEDx bien promotionné fait un énorme buzz pour le speaker… demandez aux organisateurs de vous parler des retombées médiatiques de leurs intervenants.

  6. PhilCyLaw says:

    RT @crouzet: Les techno-proxénètes http://bit.ly/dp95YD

  7. Du buzz pour quoi faire ? Explique moi. Si un écrivain qui refuse les DRM ne fait que faire du buzz, tu crois que ça le nourri?

    Vous mélangez tout. Le mec qui a des salades à vendre et celui qui n’a que ses mots et vous lui demandez de donner ses mots. Le buzz ne me sert à rien, je le convertis en rien, sauf si derrière une autre conférence me paye (mais pourquoi donc puisque j’accepte de parler gratuitement).

  8. Mikiane says:

    Salut

    Je parle en tant qu’organisateur de TEDx (paris en l’occurrence). Du point vue de l’oganisateur de TEDx, la conférence est un moment de partage d’idées. En aucun cas elle est organisée pour du business. Une conférence de grande ampleur + 500 personnes dans un thêatre d grande ville avec un cocktail une captation video, des cameraman une transmission live satellite…. ca coute beaucoup beaucoup d’argent. C’est pour cela que les TEDx sont payantes, mais moins de 100 euros! Comparé aux autres conférences du même genre c’est symbolique. En meme temps trés souvent (ca dépend des TEDx) 20% des participants sont invités et ne paient pas leur place. Ce sont des étudiants pour la plupart.6 mois de travail de bénévoles, des talkers qui se déplacent à leur frais parfois, une équipe organisatrice qui ne gagne pas un euro dans l’opération, et même y va de ses propre fonds…

    POURQUOI? Les TEDx sont des moments extraordinaires. Elles créent des relations entre des gens de différents horizons interressés par le partage des idées. C’est une communauté ouverte centrée sur la connaissance, la création, l’innovation. La plupart des participants à TEDx, beaucoup d’intervenants vous diront qu’ils ont passé un moment mémorable de partage, d’émotion, une expérience humaine d’une richesse rare. C’est la seule motivation pour les organisateurs de TEDx : pouvoir vivre des instants uniques avec des personnes remarquables.

    Personne ne peut t’en vouloir de refuser de participer à une conférence bénévolement. Je comprends ton point de vue et le respecte. Mais profiter de ce refus pour salir le travail bénévole d’une communauté dont l’objectif est de partager des idées c’est pas cool…

    J’adore te lire, tu es un analyste brillant, mais là je ne comprends pas la charge!

    M

  9. J’ai rien contre les TEdx et encore moins contre TED. Si tu m’invites à un TEDx Paris, j’irai car je cumulerai cette rencontre avec d’autres. J’irai même en Tunisie ou ailleurs. Le problème c’est quand en même temps ça interfère avec ma vie de famille et qu’au final ça me coûte du temps, et toujours de l’argent (car chaque fois que je sorts de chez moi pour une conférence gratuite ça me coûte). Le problème c’est que, moi, je ne suis pas bénévole quand je parle en public ou quand j’écris, même sur mon blog. Je vais m’expliquer.

    Pour commencer, j’accepte souvent de donner des conférences gratuites (80 %). Mais j’en ai assez du buzz pour le buzz dont tout le monde nous rabâche.

    J’en fais quoi de ce buzz moi ? Je vais être invité à d’autres conférences, avoir encore plus de buzz et alors ? J’ouvre une épicerie en ligne pour convertir ce buzz ?

    Car le buzz ne fait pas vendre de livres. Je l’ai souvent constaté. Les gens croient que tu leur as livré toutes tes idées et ils en restent là. Ce buzz sert peu à un auteur, voilà pourquoi je dois me faire payer, alors je fixe des limites.

    Il y a des bénévoles qui organisent les conférences, mais cela signifient que par ailleurs ils gagnent de l’argent (comme toi). Moi je ne suis pas bénévole quand j’écris ou quand je donne une conférence. Je n’ai aucune autre activité. Et je ne suis pas le seul. C’est vrai pour tous ceux qui ont choisi la liberté. Et je pense que vous en avez besoin de cette liberté, pour entendre d’autres voix. Sinon tout est faussé.

    Pour nous, il n’y a pas d’ailleurs. Je suis bénévole quand j’aide des amis à créer un site par exemple, quand j’offre un plugin sur WordPress… Je donne beaucoup, mais je peux pas aussi être bénévole dans ce qui est mon gagne pain, en tous cas pas toujours.

    On me dit qu’il faut diffuser la connaissance. Merde, je ne fais que ça à longueur de journée. Et on me demande en plus de le faire toujours gratuitement. Explique-moi comment nous devons vivre ?

  10. Mikiane says:

    Mais TEDx n’a jamais prétendu te faire vivre… 🙂 Au mieux rencontrer des personnes intéressantes, faire éventuellement parler de toi mais tu n’en n’as pas besoin. De toute façon c’est pas le sujet…
    Pas de souci de refuser si ca te prend du temps et que tu n’en n’as pas. Ton post est juste une charge contre un projet organisé par des bénévoles un peu idéalistes… Mais bon.

  11. Alexis says:

    @crouzet je pense que tu confonds les speechs promotionnels pour vendre des bouquins, des produits… et l’esprit de #ted qui est en effet dans le partage…
    l’objectif est de t’accompagner pour faire le meilleur speech de ta vie et c’est véritablement autre chose…
    Ton article au titre provocateur aura réussi à faire parler de toi en utilisant @mikiane comme relais malgré lui et faire du buzz dont tu parles si bien…
    décevant

  12. Tu as déjà assisté à une de mes conférences? Je ne parle jamais de mes livres. Jamais je ne fais la moindre promotion de quoi que ce soit quand je suis invité. Bien au contraire. Je n’ai pas peur de dire ce que je pense quand je le pense.

    Le meilleur speech de ma vie, c’est quoi ce gag? Chacun de mes speeches est pour moi le plus important, même si je dois parler devant des enfants.

    Et arrêtez de parler tous d’argent… c’est pas le problème. Vous construisez un système où toute activité créatrice doit s’effectuer à côté d’une autre. ça je ne l’accepte pas.

  13. Il est peut être temps de changer de business model ?
    Et d’arrêter de croire à ce blabla sur le partage de la connaissance.
    At the end “money rules”.
    Amicalement votre

  14. C’est justement pour défendre le partage des connaissances qu’il faut faire payer, de temps à autre, les manifestations publiques et physiques, celles qui sont difficiles à partager entre tous.

  15. 000 says:

    “”l’objectif est de t’accompagner pour faire le meilleur speech de ta vie”

    Enorme !

    Rien n’a changé depuis les comices agricoles de Yonville-l’Abbaye.

  16. Je te suis complètement sur ce point, Thierry. Pour ma part, je gagne ma vie en partie en donnant des conférences pour lesquelles je suis payée. Régulièrement, on me demande de venir offrir gratuitement mes services.

    C’est alors tout un travail d’équilibriste qui se met en branle dans ma tête, parce qu’effectivement, en tant qu’orateur, on se retrouve dans la situation où ce que l’on fait est souvent fait pour (indirectement) promouvoir une autre source de revenu. Pour moi, bloguer joue le même role.

    Donner une conférence gratuite peut être un bon calcul si les répercussions seront du travail payé ailleurs mais… si ça ne mène qu’à d’autres propositions de conférences non payées, ça ne rime à rien.

    On me demande souvent d’intervenir dans des contextes où les orateurs ne sont pas rétribués (colloques plus ou moins académiques, etc.) — mais la différence c’est que la plupart de ces orateurs ont une source de revenu (souvent salariée!) autre que leur prestation d’orateur. Moi, même si j’ai d’autres sources de revenu, parler en public en fait partie, ce n’est pas juste mon “budget-temps marketing pour autre chose”.

    Alors après, ça dépend de la situation, comme tu le décris — et cette situation sera différente pour chacun. En ce qui me concerne, je vais plus volontiers parler gratuitement à l’étranger dans les conférences “du milieu”, parce que je sais que les contacts que j’y nouerai vont être précieux pour mon travail de consulting, par exemple. Si c’est un événement auquel j’ai envie d’assister, double bingo.

    Mais même là, il y a des limites: passé un certain stade, on investit tellement de temps dans ces activités “qui ne rapportent bien mais qui sont super pour la promo/le profil” qu’on n’a pas de temps pour ce qui nous rapporte effectivement de l’argent.

    Et je suis avec toi, il y a une différence fondamentale entre l’orateur dont la source de revenu n’est pas son travail d’orateur, et celui pour qui ça l’est.

    Cela dit, je trouve très bien TEDx, mais il faut être lucide, si on n’a pas de budget pour payer ses orateurs (comme c’est le cas pour beaucoup de conférences d’ailleurs!) il faudra se limiter à ceux qui peuvent se permettre de venir gratuitement. Même si c’est une conférence non-commerciale, fondée sur un esprit de partage et de découverte.

    Après, c’est une question de “profil” de la conférence. Les orateurs, c’est comme pour tout animal, il faut les attirer. Soit en les payant, soit en leur offrant quelque chose qu’ils désirent — la possibilité de nouer des contacts qui leur seront utiles, par exemple — et qui compensera leur investissement.

    Mais ce sont les orateurs qui sont seuls habilités à déterminer s’ils s’y retrouvent ou non.

    En relation, deux petits coups de gueule, un sur les opérations médiatiques (http://climbtothestars.org/archives/2007/10/30/operations-mediatiques-marre/) et le consulting gratuit (http://climbtothestars.org/archives/2009/11/16/about-free-consulting/) — je commence à digresser, mais on reste dans l’état d’esprit. Mes excuses pour ce long commentaire moyennement bien ficelé!

  17. #TEDx Heureusement que l'on ne compte pas sur cette "pute" racoleuse de @crouzet pr faire de l'intelligence collective http://bit.ly/afmQ45

  18. @justepourdire je ne connais pas le perso mais le débat est intéressant/important pour ts ceux qui vivent "de leur art" http://bit.ly/afmQ45

  19. Bonjour à tous,

    Je vais me permettre une petite réaction sur cette discussion fort intéressante ! Tout d’abord, je vous précise que je n’ai rien à vendre et que les (petites) conférences auxquelles je participe, c’est à titre bénévole puisque j’ai un “vrai” travail (<= c'est de l'humour!)

    Thierry est excessif dans ses propos, mais pour ceux qui lisent son blog c'est son style non ? Il a le mérite de poser une question intéressante de la rémunération des "travailleur de la pensée" qui vendent uniquement de l'immatériel. Je suis confronté à cette question à ma toute petite échelle de Dijon où j'organise des ateliers de sensibilisation au numérique pour le PME. Je n'ai pas moyen de rémunérer des intervenants alors je fais appel à leur motivation et j'essaye dans la mesure de mes moyens de leur faciliter des "retombées" sans être certain de rien.

    La notion de motivation dans ces cas là est importante, il faut avoir envie de donner, tout simplement. Le buzz n'est pas tout. C'est certainement pour cela que les barcamps ont pas mal de succès. Tout le monde donne, tout le monde reçoit. Ce n'est pas une vision naïve c'est la réalité.

    Et pour terminer, parce que je regarde régulièrement les TED (x ou pas) bravo à l'équipe qui rend cela possible !

    Grégory

  20. narvic says:

    ” Le football est un jeu qui se joue à onze. Et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. ” 😉

  21. #Talents Thierry Crouzet poil-à-gratter esprit indépendant suggestion de lecture "Les techno-proxénètes" http://bit.ly/aAlADF #LongDimanche

  22. Morty The Reaper says:

    Le plus simple pour les organisateurs de TedX ne serait-il pas d’être transparents et de diffuser : le budget final ainsi on verrait
    si des speakers sont rémunérés ou pas,
    comment les organisateurs paient l’utilisation de la marque TED;
    comment vivent les bénévoles (temps financés par leur boîte leur indemnité chômage don …) ;
    proposer une vue objectif des retombées du buzz écume promotionnelle afin de mieux convaincre les éventuels invités ;

    Enfin il faudra bien parler un jour de certaines manifestations qui relèvent plus du “diner de cons” avec bcp de gentils participants payants (un billets donnant du temps gratuits) alors qu’un petit noyau orchestrant eux sont bel et bien payés…(salarié, freelance..) et implorent certains “invités” de ne pas se faire payer au nom du bénévolat (règle 2 : optimise tes marges réduis les coûts) mais paient les copains ou les “super vip hyper utiles pour un futur proche”
    Les pieds dans le plat, pourquoi pas ! au Moins TC a le mérite de dire tout haut ce qui se pense tout bas 😉

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