Pour moi un livre n’est jamais terminé. Depuis quelques jours, je prépare une nouvelle version de L’alternative nomade et j’ajoute des chapitres imaginaires à J’ai débranché. Exemple. Nous sommes en mars 2011.


La veille de ma déconnexion, Isa me surprend en train de râler devant le PC qui nous sert de serveur domestique.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu prends un dernier shoot ?

— Je viens de télécharger Wikipedia, juste au cas où. Mais je ne réussis pas à l’installer sur cette foutue machine. La décompression dure des plombes, ça finit chaque fois par planter.

Isa me regarde, atterrée.

— Tu es fou ou quoi ? Tu as peur d’être en manque. C’est comme si un alcoolo annonçait qu’il cessait d’acheter de l’alcool et qu’il remplissait d’abord sa cave.

— Six mois, c’est long.

— Tu es déjà en train de tricher.

— Je ne vois pas le rapport !

— Tu es incohérent. D’ailleurs, ton projet de livre est incohérent. Tu te plaignais de raconter ta vie sur les réseaux sociaux plutôt que de la vivre. Tu vas réussir à continuer tout en étant déconnecté.

— Sur les réseaux, je dois être toujours présent. Réagir à toutes les sollicitations. Plus j’en reçois, plus j’éprouve de plaisir. Alors il me faut augmenter la dose, en demander plus. Tout cela prend de plus en plus de temps, c’est un travail de tous les instants qui a fini par me consumer. En février, j’ai été victime d’un burn-out. À vouloir être toujours en ligne, j’ai explosé en plein vol.

— OK, tu as besoin de te reposer. Mais pourquoi écrire un livre ?

— Parce que je suis auteur.

— Ce n’est pas une bonne raison.

— Je ne grimperai jamais au sommet de l’Everest, c’est pour ça que j’aime lire des livres sur l’alpinisme. Pour vivre quelque chose qui aurait pu me tenter, mais que je ne ferai pas. La plupart des gens ont un travail qui leur interdit la déconnexion. Par rapport à eux, je suis une sorte d’alpiniste. Je peux tenter une expérience qu’ils ne vivront jamais. J’essaierai de leur faire partager la mienne. Ce sera un récit initiatique vers plus de bonheur. Un machin plutôt littéraire. Il me faudra entrer dans les détails les plus anodins, les plus intimes. Affronter les silences, les vides, les désarrois. J’ai toujours aimé dans les romans la possibilité de traduire les hésitations. J’écarterai les idées théoriques, je me concentrerai sur les petits aléas quotidiens, je ne tricherai pas.

— On t’accusera d’être narcissique.

— Comment parler de mon expérience sans parler de moi ? Si j’étais psychologue, j’aurais pris des dizaines de cobayes et j’aurais comparé leurs réactions avec objectivité. Ce n’est pas le cas. Je n’ai que moi comme témoin. Tout ce que je dirai ne vaudra que pour moi, mais peut-être que quelques lecteurs se reconnaîtront par moment.

— C’est bien ce que je disais, tu seras déconnecté, mais rien ne changera, tu continueras à te raconter.

— Oui, mais je n’aurai plus de retours immédiats des lecteurs. Leurs réponses ne seront plus là pour me procurer du plaisir. Je n’imiterai plus le fumeur qui allume cigarette sur cigarette. Je ne m’enfermerai plus dans un processus de type addictif. Je changerai de rythme existentiel.

— Tu vas avoir du boulot pour m’en persuader.

PS : Ce chapitre est aussi une sorte de réponse à ceux qui me reprochent d’avoir trop parlé de moi ou de ne pas avoir avancé de nouvelles idées, ce n’était pas le but (j’ai coupé près de 100 pages trop théoriques et qui ne s’inscrivaient pas dans le projet).

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13 comments

  1. Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/OYb4K7aK

  2. Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/iGtrQapI

  3. FlorentC says:

    Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/OYb4K7aK

  4. nodotzero says:

    Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/iGtrQapI

  5. Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/iGtrQapI

  6. Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/iGtrQapI

  7. Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/rLvawsum

  8. RT @Thierry @Crouzet Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/mmgRalIg

  9. j aime ce bouquin, il est humain:) RT @crouzet: Pourquoi j’ai écrit J’ai débranché http://t.co/Deo29h3Z

  10. Hérésie says:

    J’ai beaucoup ri lorsque la présence de Thierry Crouzet au JT de 20h sur France2 a servi de caution aux déclarations finales du docteur officiel de France Télévisions, Jean-Daniel Flaysakier:

    “Internet c’est bien pour payer ses impôts en ligne ou pour réserver un billet SNCF, mais si l’on commence à aller discuter sur les forums cela devient grave et il faut consulter”.

    Tout cela pour en arriver là! Quelle rigolade!

    Et quel fantastique néant que toute cette méga-exposition médiatique, où jamais aucun journaliste ne s’intéresse à ce que vous avez écrit d’original avant ce livre, où vous n’êtes invité que comme un malade mental qui sort d’une cure de désintoxication, dans la rubrique santé, jamais en tant qu’auteur de concepts originaux dont il faudrait discuter…

  11. C’est déprimant ! Mais ce livre parle encore une fois de mes sujets, de manière discrète, moins militante, mais tout y est. Pour moi, c’est ça qui compte. 😉

  12. Montigné says:

    Pourquoi ne pas inventer une journée mondiale sans internet par exemple le 1° avril et que ce ne soit pas une blague ni un rejet absolu d’internet, qui a son utilité et ses bienfaits aussi, mais comme une recherche de sens, une refléxion intime sur ce qu’on en fait et aussi un partage avec tous ceux qui rejoindraient le mouvement … je crois avoir lu dans Midi Libre que vous avez la notoriété pour lancer cette petite idée si vous y adhérez bien sûr … M ! M !

  13. winx says:

    Bonjour à tous,

    j’aime me plonger ( j’aime bien le mot 😉 ) dans ton livre, comme j’aime me donner le temps de déguster une tasse de thé…
    J’ai été comme toi vraiment ” accro” à cet entité qu’est le Net.
    Je n’ai pas fini la lecture….je ne lis pas d’un coup !
    Mais première bonne nouvelle ( pour moi ) il me fait redécouvrir “la lecture papier”. Je comprend, maintenant le pourquoi du rythme de ce livre, et j’aime bien le fait, que l’on peut venir à bout d’un chapitre, sans tomber endormis !
    Je ne fais pas de commentaire maintenant sur “ta” façon de voir les choses ( ta façon d’être, ça…ça te regarde ! ) que tu exprimes à travers ton livre…pour le moment, j’apprécie ton écrit, il me relaxe et m’intéresse positivement….je repasserai, quand j’aurai fini ce bouquin, pour éventuellement, écrire un autre petit commentaire…en tous cas, je ne regrette pas de t’avoir rencontré à travers un livre…
    cordialement
    claude alias winx.

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