Roland Barthes sur l’édition numérique

Il nous arrive de plus en plus souvent de compiler des textes écrits sur des blogs, sur Twitter, sur Facebook… pour en faire des ebooks ou des livres. Chaque fois, j’ai l’impression que la conversion implique une perte, comme si une qualité propre au web s’évanouissait au cours de l’opération.

Dans un billet de 2011, j’ai défini le livre ou l’ebook comme la projection d’un codex (document hypertexte associé à un code informatique). Ce processus implique une perte d’information, une sorte d’aplatissement, métaphoriquement un passage de la 3D à la 2D. Cette perte expliquerait pourquoi j’éprouve un malaise quand j’ouvre un livre/ebook issu d’une expérience web. Je me demande alors si nous autres auteurs web ne faisons pas fausse route en nous préoccupant « d’édition numérique », si au contraire nous ne devrions pas « augmenter » nos créations plutôt que les aplatir (créer des apps est tout aussi réductionniste).

Mais, avant, il est nécessaire de se demander ce qui est propre à l’écriture web, et même de se demander si cette écriture a quelque chose de propre. Dans La chambre claire, Roland Barthes s’est posé des questions semblables au sujet de la photographie.

J’étais saisi à l’égard de la Photographie d’un désir « ontologique » : je voulais à tout prix savoir ce qu’elle était « en soi », par quel trait essentiel elle se distinguait de la communauté des images. […] je n’étais pas sûr que la Photographie existât, qu’elle dispose d’un « génie » propre.

Quand on se lance dans une telle réflexion, il faut éviter de tomber dans le platonisme (écueil que n’évite pas Barthes). Il faut entendre l’essence comme l’intersection entre des qualités qui peuvent se retrouver ailleurs, mais dont la combinaison est unique et contribue à un « génie » propre.

Par exemple, l’écriture web se joue le plus souvent dans l’immédiateté. On ne conserve pas des années un texte avant de le publier. On l’écrit, le diffuse. Les journalistes ne font pas autrement. Cette qualité « immédiateté » n’est donc pas propre à l’écriture web mais elle y participe très souvent. Et on peut imaginer une écriture web qui en ferait l’économie. Le cocktail des qualités propres n’est pas invariable ni dans sa composition ni dans ses proportions. Ce qui à mon avis n’empêche pas de le reconnaître, presque au premier coup d’œil.

Si je me contentais de republier sur un blog mes carnets des années 1990, je ne pratiquerai pas l’écriture web. On identifie tout aussi bien ce qui n’appartient pas à ce genre. Pourquoi alors aller plus loin dans l’investigation ? Peut-être pour tracer une carte, pour ne pas se perdre, pour ne pas faire marche arrière.

Barthes s’intéresse à la photographie qui est, elle aussi, une projection 3D vers 2D. Je me suis dit que sa réflexion pouvait s’appliquer directement non pas à l’écriture web mais aux livres/ebooks issus de cette écriture. Exemples. Mon thriller : La Quatrième Théorie. Autobiographie des objets de François Bon. Aux îles Kerguelen de Laurent Margantin. Chacun de ces textes est une sorte de photographie d’une expérience web, d’un happening numérique. Barthes nous dit une chose frappante à ce sujet :

Ce que la Photographie reproduit à l’infini n’a eu lieu qu’une fois : elle répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement.

Remplacez « Photographie » par « livre/ebook », vous aboutissez au même constat. Quelque chose s’est joué en ligne qui ne se répétera pas. L’écriture web est dynamique, elle se déploie dans le temps de la vie :

  1. Immédiateté de la publication.
  2. Interaction avec les lecteurs qui commentent éventuellement.
  3. Interaction de l’auteur avec tous les autres textes qu’il lit alors qu’eux-mêmes jaillissent (avant le web on lisait les textes publiés depuis longtemps). L’interaction se glisse entre chaque phrase plutôt qu’entre chaque livre ou lettre.
  4. Interaction semblable du lecteur entre les textes de l’auteur et d’une multitude d’autres qui eut aussi jaillissent dynamiquement, donc avec un lien plus ou moins évident avec le présent.
  5. Lecteurs qui atterrissent souvent sur des morceaux de l’œuvre, qui dans la majorité n’en découvrent que des fragments, et par le plus grand des hasards par la magie du search.
  6. Navigation non linéaire, donc elle aussi dynamique (catégories, tags, search…).
  7. Pour le lecteur, conscience que l’écrivain partage simultanément la même conscience. Synchronicité. Et bientôt cette conscience revient en boomerang à l’auteur, pour peu que le lecteur s’exprime en commentaire. Présentéisme.
  8. Pas de distance entre l’objet produit et l’objet lu. On écrit quasi exactement ce que lecteur lira/verra.
  9. Liens vivants qui bien plus que les notes se traversent.

L’écriture web tient du geste, elle se rapproche de l’action painting. L’auteur est sur la pelouse, les lecteurs le rejoignent ou restent dans les tribunes. On partage le même instant, la même émotion. Les uns envoient des tomates, les autres des fleurs, d’autres les plus innombrables ne font que passer, mais une clameur monte du stade. Nous sommes sur la scène. L’écriture web est un art de la représentation.

Le passage au livre/ebook détruit cette alchimie. Il en relève une trace. Il est une projection possible, sans réussir à redonner vie. Si l’écriture web était le cinéma, le livre/ebook issu de cette écriture serait une série de photographies extraites du film. Cette série ne donne qu’une idée lointaine du film. Elle n’est pas de même nature.

Pour tuer plus encore le dynamisme propre à l’écriture web, le livre/ebook est un objet fermé, souvent même devenu payant. Cette fermeture empêche l’interaction, la fécondation.

On parle de lecture collective, j’attends encore de voir quelque chose de convaincant émerger (en dehors des blogs bien sûr). Un livre/ebook est par nature mort, terminé. Des fans peuvent gloser sur un livre à succès, mais l’auteur est alors très loin, inaccessible, passé à autre chose, et l’œuvre elle-même n’évolue plus. Elle est entrée au musée.

On aboutit à un résultat inverse par rapport à celui que recherchaient traditionnellement la plupart des écrivains. À partir d’une écriture statique, produite dans la solitude, ils mettaient les mots en mouvement. Dans la tête du lecteur, les armées s’ébranlaient. Des mots à la lecture, quelque chose de plus apparaissait. Le livre impliquait une augmentation, un élargissement du possible, un dépassement de ce qui est dit stricto sensu.

Quand Barthes pense le numérique
Quand Barthes pense le numérique

En tant qu’auteur, quand on pense écriture web, tout un semble de préoccupations anciennes disparaissent à cause de la nature dynamique du média. On devient cinéaste par opposition au photographe qui serait le pendant de l’auteur de livres/ebooks. Ramener un film à quelques photos le laisse exsangue.

Il y a dans toute photographie : le retour à la mort.

Si tout livre/ebook issu d’un texte statique nous amène à la vie, tout livre/ebook issu d’une écriture web nous ramène vers la mort. Dans un cas, quelque chose s’ajoute ; dans l’autre, quelque chose est irrémédiablement arraché.

Encore faut-il que cette chose existe au préalable. Elle le peut, mais elle n’est pas là nécessairement. Je vois beaucoup de textes publiés en ligne qui pourraient l’être directement en livre/ebook sans y perdre, mais qui n’y gagneraient pas nécessairement puisqu’ils n’ont pas été pensés dans l’ancienne logique propre au livre/ebook.

Que le lecteur cesse d’interagir est la qualité « présentéiste » ou « cinématographique » en prend un coup. Reste l’interaction de l’auteur avec les autres auteurs. Mais elle aussi peut, par négligence, se tarir. Publier sur web ne suffit pas à faire de nous des auteurs web. Le numérique possède l’aptitude remarquable d’avaler la plupart des anciens médias. Sur le Net, on peut pratiquer chacun d’eux sans exploiter les « qualités » nouvelles qui émergent.

On dirait que, terrifié, le Photographe doit lutter énormément pour que la Photographie ne soit pas la mort.

Alors on ajoute des vidéos et de la musique aux ebooks. On tente de les augmenter pour réinjecter en eux ce qui a été perdu. Exactement comme le photographe qui « pour faire vivant » impose à ses modèles des mises en scène. À la lecture de Barthes, cette mode de l’augmentation me devient plus claire, et tout à fait veine.

Le nom du noème de la Photographie sera donc : « Ça-a-été » […] il a été là, et tout de suite séparé ; il a été absolument, irrécusablement présent, et cependant déjà différé.

Voilà ce que j’éprouve à la lecture de ces livres/ebooks engendrés à partir d’une écriture web. « Ça-a-été », je l’ai vécu, je ne le revivrai jamais ni moi ni personne.

Quoique. Pour ne pas cantonner l’écriture web au happening, « Si je n’y étais pas, j’ai tout raté. », j’imagine qu’il faudra créer des machines à remonter dans le temps numérique (il est partiellement réversible). Offrir la lecture d’un blog ponctué de pop-ups avec les articles, les livres, les statuts sociaux que l’auteur et les lecteurs ont probablement lus en même temps. Et alors rejouer, refaire vivre, animer ce qui ne peut plus être.

Comme le monde réel, le monde filmique est soutenu par la présomption « que l’expérience continuera constamment à s’écouler dans le même style constitutif » ; mais la Photographie, elle, rompt « le style constitutif » (c’est là son étonnement) ; elle est sans avenir (c’est là son pathétique, sa mélancolie) ; en elle, aucune protension, alors que le cinéma, lui, est protensif (qu’est-il donc, alors ? – Eh bien, il nous tout simplement « normal », comme la vie).

Cette différence entre Photographie et Cinéma se retrouve entre livre/ebook et web. Nous sommes face à deux arts différents, deux arts qui ne sont pas convertibles l’un en l’autre sans une perte ou sans une augmentation arbitraire à l’aide addons, autant de verrues sur un beau visage.

En me donnant le passé absolu de la pose (aoriste), la photographie me dit la mort au futur. Ce qui me point, c’est la découverte de cette équivalence. Devant la photo de ma mère enfant, je me dis : elle va mourir : je frémis […] d’une catastrophe qui a déjà eu lieu. Que le sujet en soit déjà mort ou non, toute photographie est cette catastrophe.

Mon malaise m’apparaît alors évident. Dans les livres/ebooks, je découvre les cadavres d’objets littéraires que j’ai aimés, avec lesquels j’ai entretenu une passion charnelle et non simplement intellectuelle.

Barthes a été critiqué pour sa théorie. À vouloir rechercher une essence, on passe à côté de la réalité qui est complexe, multimodale, enchevêtrement de qualités. Il a néanmoins saisi l’une d’entre elles qui me paraît presque systématiquement active dans toute photographie, c’est-à-dire projection mécanique d’un objet de dimension n vers une dimension n-1.

Dans ce paysage schématique, reste à définir sa place en tant qu’auteur :

  1. Adopter la posture classique, produire un texte qui sera transformé en livre/ebook, avec le souci qu’à la lecture la vie s’éveille.
  2. Se positionner en tant qu’auteur web, non pas avec le souci ultérieur d’une réduction en livre/ebook, mais avec l’espoir d’accéder à une dimension n+1, une cinématique super-chargée, une superfluidité.
  3. Et il existe, peut-être, une troisième possibilité. Écrire en même temps le livre/ebook et le site, plutôt que déduire le premier du second par copier-coller. C’est ce que j’ai fait avec Le cinquième pouvoir en 2006, sans y penser. Créer deux œuvres parentes mais différentes, sans que l’une soit une projection réductive de l’autre.

Tout cela n’étant bien sûr possible que s’il existe un cocktail de qualités propre à l’écriture web, des qualités qui peut-être ont été opérantes et le sont moins, suite au développement exponentiel du web. Reste alors à les réactiver, les cultiver, les penser, les développer. Écrire sur le web, c’est monter sur la scène et improviser.

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17 comments

  1. La publication de mon second roman est repoussée depuis un an par François Bon qui m’écrivait il y a peu :
    “si au début nous pensions que les possibilités de lecture “enrichie” offertes par les tablettes en général et l’iPad en particulier seraient une chance pour inventer de nouvelles formes de lecture, il nous faut aujourd’hui déchanter, je m’en suis plusieurs fois exprimé dans billets récents : la seule diffusion du livre numérique se fait sous les formes les plus traditionnelles, au point que les moteurs de rendu des différents fabricants imposent eux-mêmes des contraintes régressives…”

    L’écriture de “La corde à linge”, fiction qui intègre photographies et fichiers son, plus des liens hypertexte maladroits en ce qu’ils obligent à sortir de l’application iBooks, avait été dictée par l’improvisation au jour le jour, chapitre après chapitre, phrase après phrase. Le suspense du feuilleton était d’abord celui de l’auteur. La photo inspirait le texte qui à son tour générait le texte suivant. Le son est complémentaire et surtout pas illustratif.

    http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505216/la-corde-a-linge

    Pour mon second roman, “USA 1968, tour détour deux enfants” (qui verra probablement le jour sous forme d’appli séparée chez un autre éditeur, à force de quiproquos et de changement de politique éditoriale liée au coût de programmation des romans augmentés pour publie.net), je suis parti de 250 diapos pour reconstituer la mémoire d’une aventure extraordinaire, j’ai monté 12 courts métrages, sorte de road-movie qui fait la navette entre deux voyages à 32 ans de distance, imaginé des entrées variées, ressources que mon blog ne peut offrir. Le feuilleton, publié sur Mediapart, a ses qualités propres à la lecture par épisodes, mais la publication sur appli a

  2. Jean-Jacques Birgé says:

    mais la publication sur appli, avec une mise en pages appropriée, des index intelligents, la carte du périple, les films, 75 minutes de musique originale, d’ambiances et de son, constitue un nouvel objet qui ne ressemble à rien d’autre et ouvre des voies pour l’imagination…

    Très cordialement,
    Jean-Jacques Birgé

  3. Autre raison :
    l’encapsulage sur iBooks ou en appli autonome est liée au modèle économique “offert” par les tablettes.
    On n’a jamais réussi à faire payer le lecteur sur le Web. Le modèle contributif ne fonctionne pas.
    Ce n’est hélas qu’une question d’habitude des consommateurs.
    Le support a des répercutions évidentes sur une œuvre, et d’autres parfois absurdes.

  4. Qu’on n’arrive pas à faire payer sur le web, ou très mal, n’est pas une bonne raison de renoncer pour un artiste. Seuls les romans hall de gare gagnent de l’argent, est-ce que nous avons renoncé à toute autre forme? Non.

    Ce que tu veux faire, c’est du Web. Ne cherche pas à la mettre en boîte dans un app qui n’est qu’un stupide avatar du mercantilisme.

  5. Je comprends mal ton propos exclusif.

    La difficulté de toucher nos lecteurs potentiels justifie toutes les tentatives tant que l’œuvre reste intacte.

    Et parfois, chez moi souvent, les inventions technologiques, les perversités du Capital, ont produit de nouvelles formes. Les outils ne sont pas aimables, mais il faut apprendre à s’en servir pour les retourner contre ceux qui les ont inventés.
    Ne faut-il pas utiliser le système pour le dynamiter de l’intérieur ?
    C’est en infiltrant ces réseaux que j’ai parfois trouvé des solutions marginales.
    Alors que le Web fut longtemps un lieu de création, il est aujourd’hui devenu un lieu de services et de commerce. Il faut comprendre et assimiler les changements d’habitude des utilisateurs.

    Ajouter du son ou de la vidéo dans un projet Web implique souvent que le lecteur aille chercher des plug-ins ou qu’il ait recours à des plateformes mercantiles pour qui l’auteur n’a aucune sympathie.

  6. Je suis bien d’accord… j’utilise systématiquement la technique du judoka… les réseaux sociaux même si je dénonce leur forme actuelle, par exemple.

    Mais là je répondais sur ton problème particulier de vouloir faire une app pour diffuser un objet qui par essence me paraît Web (html 5 tout au moins).

    Une app n’est qu’une projection réductive de ce que tu peux faire sur le Web… Elle n’a alors de sens, il me semble, que si tu as d’abord le site.

    Bien sûr on peut concevoir les apps autrement, comme des programmes, des jeux vidéos… Mais c’est une autre histoire. On n’est plus dans la projection réductive.

  7. Je comprends mieux,
    comme je n’ai jamais réduit, mais toujours augmenté autant que possible, chaque fois qu’un nouvel espace de liberté et de création s’ouvrait 😉

  8. Il y a peu de temps, me suis servi de Barthes pour analyser les représentations médiatiques dominantes relatives à deux fractions de la jeunesse données à voir comme antagonistes :

    http://pierrecendrin.blogspot.fr/2013/04/roulez-jeunesses.html

  9. Et puis le Web se consulte obligatoirement en ligne, alors que les applis ou les eBooks peuvent se lire offline…
    Et encore, l’écran tactile est tout de même plus sensuel que la souris et le trackpad…
    Franchement, ça mérite d’y réfléchir…

  10. On a toujours eu besoin d’énergie pour lire… la lumière, aujourd’hui on ajoute un peu de jus, un peu de réseau… Et le web sur tablette ça se consulte parfaitement. HTML5 a été imaginé pour offrir toute l’interactivité possible au web.

  11. Erreur de citadin.
    J’insiste, car je me fais mal comprendre.
    Je suis une partie de l’année dans des lieux où le réseau est inexistant, ni wi-fi, ni 3G, ni Edge, et parfois même pas d’électricité, eh oui, ça existe heureusement encore, même en France, et dans ces coins éloignés de la civilisation il est préférable d’emporter une tablette plutôt que vingt bouquins bien lourds !
    Lire dans un hamac, en montagne, sur la plage, dans les bois, sans autre lumière que le jour, rien de plus pratique qu’une tablette, non ?
    Le Web n’étend pas encore sa toile d’ondes sur toute la planète. Et c’est justement loin de la perfusion du Net qu’il est possible et agréable de se plonger dans la lecture.

  12. On parlait pas des livres homothétiques, il me semblait. Qui eux peuvent se lire sur tablette. Mais d’oeuvres encore à penser qui partiraient du web et iraient au-delà. Cf le schéma. Et là tu auras besoin du réseau.

  13. Je ne vais pas continuer à développer mes arguments pour expliquer que chaque support, chaque utilisation, voire chaque créateur ou chaque utilisateur peuvent justifier d’une pratique différente. J’apprécie le Web pour certaines de ses qualités, les tablettes en ont d’autres. Pourquoi se priver des uns ou des autres ?

    Quelques exemples personnels :

    Le site http://www.drame.org offre une radio aléatoire avec 100 heures d’inédits en écoute gratuite, des liens vers des dizaines de vidéos, etc. : je ne pourrai pas faire cela offline of course…

    L’appli http://davincireve.surletoit.com est conçue pour iPad, ayant recours au multitouch, à l’accéléromètre et agréable à manipuler où que l’on soit, pour ses qualités artistiques contemplatives : je ne pourrai pas faire cela sur le Web.

    Mes romans intègrent en plus du texte quantité de fichiers son et de films qu’il me semble agréable de pouvoir lire, regarder et écouter loin du tumulte de la Toile…

    En conclusion :
    ce que je fais avec le Web je ne le faisais avec les vinyles puis les CD que j’ai produits. J’ai réalisé quantité de CD-Roms inventifs que la Toile aurait interdits. J’ai fait de même avec des dizaines d’œuvres interactives sur Internet qui se sont propagées facilement World Wide, mais mes installations immersives possèdent encore d’autres qualités. Après huit ans de blog quotidien et plus de 2500 articles, j’apprécie ce que le Web apporte. Mais je comprends mal ton rejet spéculatif sur ce qui pourrait exister. Cela peut être ton choix, mais pourquoi généraliser et exclure d’autres directions que la tienne ?

  14. Je rejette rien du tout… tout est bon à expérimenter.

    Tu parles de choses qui n’ont guère de rapport avec le sujet de l’article, c’est pour ça qu’on se comprend pas.

    Si tu crées une oeuvre pour un mode de lecture donné c’est très bien. Je suis parti d’un tout autre point. D’oeuvres crées sur le Web, pour le Web, puis ramenées au format ebook. // avec la photographie. Et là je dis, stop, on fait sans doute fausse route.

    Si tu crées des oeuvres directement pour tablettes sans passer par la case Web, c’est autre chose. Je demande à voir (et j’avoue que rien ne m’a encore réellement intéressé dans ce domaine). Mais je dis pas que c’est impossible (si, ça s’appelle selon moi des jeux vidéo, et là il existe des choses sublimes).

    Comme je l’ai dit dans d’autres billets, je crois pas au texte augmenté en tant qu’expérience esthétique… dès que la vidéo et l’interaction débarquent le texte est avalé. Mais encore une fois, je demande à voir.

    Je n’ai pas un jugement définitif.

  15. Je persiste et signe.

    “La corde à linge” a d’abord été publié en feuilleton/blog sur Internet.
    Il y avait pour chaque épisode un titre, une image et un texte, plus des liens hypertexte.
    Totalement adapté au Web, j’improvisais chaque phrase sans idée préconçue sur où cela me mènerait. Et je m’amusais à me coller dans la merde en ne prévoyant pas la suite du suspense que je créais en fin d’épisode.Comme les 43 épisodes s’étaient étalés sur un an et demi, j’ai pensé que ce serait chouette de le publier en une seule fois, comme les gens qui regardent les séries d’un coup au lieu de patienter chaque semaine.
    Là-dessus, François Bon m’a suggéré d’ajouter du son et de la musique puisque l’une de mes spécialités est la relation qu’entretiennent son et image.
    L’expérience complète est définitivement sur iPad et n’exige pas que l’on soit connecté pour en jouir.
    http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505216/la-corde-a-linge
    Là je pense que cela répond parfaitement à ce que tu critiques, non ?

    Pour mon second roman qui paraîtra à l’automne, j’ai d’emblée imaginé le son dans l’écriture et pensé aux vidéos. Mais je ne les ai pas incorporé à la version feuilleton publiée sur mon site et dans une édition Médiapart, et ce pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles, la moins glorieuse, est économique. Je vis depuis 40 ans de mes créations brintzingues à condition d’avoir un temps soit peu les pieds sur terre. Depuis 1997 je produis des œuvres sur Internet qui ne me rapporte pas un sou, sauf rares subventions institutionnelles. Avec les usages qu’initia Apple et son iPhone, un modèle économique s’est enfin dégagé. J’ai considéré que la version online et gratuite était un work in progress comprenant le texte, toutes les photos et des liens. Pour la publication définitive et complète, j’ai viré les liens hypertexte qui obligent à sortir de l’application, mais j’ai intégré 75 minutes de son et 30 minutes de vidéo réparties sur les chapitres et correspondant parfaitement avec le sujet puisqu’il s’agit du voyage initiatique de deux enfants livrés à eux-mêmes dans les États Unis de 1968….

    On peut aussi critiquer la valeur ajoutée de certaines œuvres, car c’est souvent plaqué, mais par exemple le CD-Rom Maus d’Art Spiegelman fut un modèle d’intelligence et une plongée dans l’œuvre incomparable et passionnante. Pour “USA 1968, tour détour deux enfants” la question ne se pose pas, la version définitive sera sur tablette. Quitte à critiquer les reproductions réductrices, attaquons plutôt l’écoute exclusive de musique compressée (mp3 par exemple) ou les films sur petit écran lorsqu’ils ont été conçus pour des grands, mais quel artiste peut se passer de ces modes de diffusion pour lesquels les usages ont dicté leurs lois ?

    Je me souviens avoir refait le montage de mon film “Le sniper” lorsqu’il est passé du petit écran au 35mm sur écran géant. On ne fait pas la même chose en fonction des conditions de diffusion.

    La question ne concerne donc pas le support, mais la qualité artistique, le style de l’auteur.
    Une mauvaise adaptation est toujours condamnable.
    Mais il existe des œuvres qui s’épanouissent dans le passage d’un support à un autre,
    à condition d’y réfléchir et de savoir saisir les qualités de chacun.

  16. ce que tu dis rejoints la fin du billet, la posture 3, ou on pense une création pour plusieurs supports simultanément, en tentant d’adopter le spécifique de chacun.

    J’ai pas ouvert la corde à linge… je vais le faire. J’ai jamais rien vu qui m’a intéressé dans ce domaine, à ce stade. Tu me feras peut-être changé d’avis.

    Mais qu’on puisse faire des choses ne signifient pas qu’elles présentent un quelconque intérêt. C’est aussi ça que je veux dire. Beaucoup de gens s’amusent à faire du cross-media. Seuls les créateurs de jeux vidéo y parviennent parce qu’ils maîtrisent le codage… sans cette compétence, je doute qu’on puisse aller bien loin.

  17. Sauf que la plupart des jeux vidéo sont basés sur des scénarios rabâchés par le cinéma hollywoodien avec comme cible les ados de 15 ans dont on fait tout pour qu’ils ne dépassent pas cet âge mental 😉
    Je pense que la technique n’est jamais à l’origine des vraies réussites, mais les mondes intérieurs des auteurs et des rêveurs. Comme disait Jean Renoir, la technique est nécessaire pour pouvoir l’oublier.
    Quant au cross-média je partage tes doutes sur le rafistolage. Comme le Webdoc. Peu justifient l’appellation, mais il en suffit d’un de réussi pour que cela prenne un sens. Comme disait Brecht, peu importe une forme nouvelle ou ancienne tant qu’elle est appropriée 😉

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