Un fumeur de cannabis a plus de droits qu’un lecteur

En découvrant le billet de Calimaq sur les lock-books, mon énervement n’a cessé de croître. Je ne supporte pas cette volonté gouvernementale de tout légiférer, de trouver systématiquement des boucs émissaires à notre déresponsabilisation généralisée. Une nouvelle loi pour protéger les lecteurs ne fera qu’enfoncer plus profond le clou de leur apathie.

À force de diaboliser Amazon, on va finir par renoncer à notre droit le plus élémentaire : la liberté. Qu’est-ce qui m’empêche de ne pas faire ce qu’Amazon veut que je fasse ? Ou Apple, ou n’importe quel autre acteur du marché. Trop de gens ont tendance à considérer ces entreprises comme des instances législatives en elles-mêmes. Ils confondent la loi et les prétentions commerciales, sous couvert de copyright.

Quand Amazon me dit que je ne peux lire sur son Kindle que les livres vendus par Amazon, c’est faux. Contrairement à ce que déclare Françoise Benhamou, conseillée par un incompétent de plus, l’écosystème Amazon n’est pas un jardin clos. Il vous suffit de regarder dans la marge à côté de ce billet : un petit bouton vous permet d’envoyer le texte sur un Kindle, et pas sur l’appareil, sur le logiciel Kindle qui peut être installé sur toutes les tablettes, téléphone, ordinateur… de toutes les marques.

Est-ce cela la fermeture ? Être partout présent et accepter tous les contenus ? Autoriser leur synchronisation à travers une multitude de plateformes ?

Vous imaginez une loi pour pénaliser Amazon : punir la fermeture. Je viens de vous montrer qu’elle ne pouvait pas s’appliquer à Amazon. Son écosystème n’est pas fermé. En revanche, je crois qu’il existe des enfermements pires, surtout dans certains environnements administratifs et politiques ?

Vous, nos autoprétendues éminences grises, êtes si enfermés dans un espace mental étriqué que vous êtes incapables de comprendre le début du commencement de l’espace numérique. Il est ouvert par nature, ouvert à tous les vents, les portes ne cessent de claquer à cause des courants d’air.

Quand les éditeurs ajoutent des DRM à leurs livres, les hackers distribuent les logiciels pour nous en débarrasser. Quand Apple nous sort un nouvel iOS prétendument fermé, les mêmes hackers s’attachent immédiatement à le jailbreaker. Quand Amazon n’offre que le support des fichiers mobi, Calibre aide à lever cette barrière en un tour de main. Et Amazon n’est pas dupe, qui fournit un logiciel pour convertir les ebooks au format ePub en mobi.

Éminences, vous feriez mieux de promulguer une loi pour dépénaliser le hacking qui ne vise qu’à libérer ce que les industriels tentent de verrouiller. Une loi, qui pour une fois, aurait pour objectif de nous libérer tous. Parce qu’en attendant vous êtes incohérents. Vous ne parlez que de copyrights contraignants et, quand un acteur du marché cherche à contraindre, vous vous insurgez. Ce qui vous fait mal c’est que d’autres vous imitent. Vous feriez mieux d’accorder à chacun de nous le droit à l’autodéfense.

Faites confiance aux lecteurs. Formez-les à la résistance. Donnez-leur les armes pour qu’aucune volonté issue du marché ne s’impose à eux. Et arrêtez de diaboliser telle ou telle entreprise, en nous faisant croire que nous, infâmes larves, ne pouvons plus rien contre son gigantisme. Non, nous sommes tout-puissants. Et ça, vous ne l’aimez pas du tout.

Vis-à-vis des lecteurs, la seule faute d’Amazon est d’utiliser des DRM. Mais, en vérité, c’est les éditeurs qui protègent les livres, pas les distributeurs. C’est eux qui nous forcent à utiliser un hack pour sortir un livre d’une liseuse pour le copier sur une autre. C’est eux qui nous enferment. Attaquer systématiquement Amazon revient à dresser un rideau de fumée devant les vrais problèmes… qui, encore une fois, n’existent que sur le strict plan juridique : dans la pratique le lecteur responsable et émancipé a déjà tous les droits.

Une étrange idée me vient. Un livre libéré de ses DRM par un hack est un livre interdit. Une sorte de substance illégale. Alors j’en déduis qu’un lecteur pirate a moins de droits qu’un consommateur de cannabis. Il est moins protégé que lui. Moins bien accepté dans la société. Ça buguerait pas un peu ? Je demande l’égalité dans l’illégalité.

À l'échelle européenne, le cannabis est bien mieux accepté que le hacking qui ne nulle part
À l'échelle européenne, le cannabis est bien mieux accepté que le hacking qui ne nulle part

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14 comments

  1. Richard says:

    Bonjour,

    autant je vous rejoins largement sur les DRM, Amazon et tutti quanti, autant je trouve l’analogie avec les fumeurs de cannabis plus que douteuse.
    En quoi ont-ils plus de droit ? Il y a des milliers de consommateurs condamnés à de la prison ferme chaque année, je doute que quiconque ait été condamné à la même peine pour avoir briser un DRM.
    En quoi les pirates sont-ils moins bien acceptés ? Au contraire, beaucoup de personnes se déclarent pirate, là où les fumeurs sont obligés de se cacher. Le simple fait d’en parler de manière positive est condamnable, alors que rien n’interdit de discuter des DRM sous l’angle que l’on souhaite.

    Vraiment dommage, parcequ’avec un titre accrocheur qui risque ramener du clic (et oui, même vos lecteurs peuvent être fumeurs, on me chuchotte que ça arrive même aux geeks, voire même aux archeo-geeks …), on se retrouve avec une analogie qui n’exprime finalement que votre méconnaissance du sujet, alors même que celui-ci mériterait justement un peu plus de jugeotte.

  2. J’ai un avis tout à fait différent sur la question, que j’ai mis à plat dans n billet http://numerique.actualitte.com/du-changement-du-cote-des-drms/ , mais vais quand même résumer ici:
    l’avantage de cette proposition (outre l’aspect politique qui permettra de sortir le “dialogue” sur la TVA de son impasse), c’est qu’il va forcer l’ensemble de la chaîne du livre à rendre compte à l’éditeur (et à l’auteur) de la mise en place ou non de DRMs. Rendre compte, ça veut dire aussi qu’ils vont devoir mettre en place les paramétrages fins qui manquent aujourd’hui, au livre par livre (et non plus éditeur par éditeur), et pourquoi pas avec le niveau intermédiaire du Watermark (controversé, c’est vrai).

    Paramétrages fins, ça veut dire que personne ne pourra plus se cacher devant une volonté “des autres” en groupe, et donc qu’au lieu d’être un énorme bloc monolithique, le changement deviendra possible, livre par livre, auteur par auteur, éditeur par éditeur … là où pour l’instant c’est “DRMs!”

  3. @richard Les fumeurs se cachent… je trouve pas, ou on doit pas fréquenter les même lieux. On ne débat pas du cannabis publiquement, heu!!!!

    Plus de gens se battent pour la légalisation du cannabis que celle du hacking. Le cannabis est dépénalisé dans beaucoup plus de pays que le hacking, qui me paraît une liberté tout aussi fondamentale (bien plus fondamentale en vérité).

    Et tu crois que personnes n’a de problème pour cause de hacking? Peut-être pas pour avoir fait sauter le DRM d’un livre, quoi que en cherchant bien du côté de la Team Alexandriz…

  4. @TheSF J’avais lu ton commentaire avant d’écrire. Je n’aime pas les approches top down en général. C’est rarement la bonne solution. Chercher à régler les problèmes par le haut me paraît absurde quand il existe des possibilités au niveau des individus.

    Je suis pour l’application maximale du principe de subsidiarité.

    Cette proposition va dans le sens contraire. Encore une fois, elle déresponsabiliserait le lecteur. Elle n’est intéressante que si on en reste au vieux paradigme top down, un paradigme antinomique avec l’univers numérique.

  5. Calimaq says:

    Bonjour,

    Je pense que tu te méprends dans l’interprétation de cette proposition. Isabelle Attard a justement précisé qu’elle ne voulait pas justement d’une Lex Amazon, qui ciblerait un seul acteur, comme c’est le cas avec le projet actuel qui ne cherche qu’à interdire la gratuité des frais de port.

    Sa proposition aurait un impact sur Amazon, mais aussi sur Apple ou Google, et elle toucherait aussi bien sûr les éditeur français qui continuent à jouer la carte DRM.

    Par ailleurs, l’objectif de cette proposition n’est pas seulement deviser les écosystèmes fermés, mais de dénoncer ce qui constitue sans doute une des régressions les plus graves occasionnées par l’environnement numérique : le passage d’un droit plein et entier de possession de nos supports à de simples licences d’utilisation. Ce problème ne concerne pas Amazon, ni même seulement le livre, il touche tous les types de contenus : http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/09/26/mp3-ebooks-verifie-ils-ne-vous-appartiennent-pas-235508

    Je te trouve bien naïf par ailleurs lorsque tu dis que l’écosystème d’Amazon est ouvert simplement parce qu’ils ont mis en place des applications Kindle. Ce n’est pas ça l’ouverture et tu sais bien que par ses applications Amazon capte quand même des fluxs de données très importants pour son écosystème. Il faut voir les choses dans leur ensemble.

    L’argument “Les DRM ne sont pas un problème, il est facile de les faire sauter” ne tient pas non plus, parce que même si techniquement, c’est assez simple, cela reste accompli par un petit nombre de personnes avancées dans leur pratique du numérique. Trop faible en tout cas pour inverser la tendance à la fermeture.

    Après sur le fond, oui je pense aussi que le plus bénéfique serait de légaliser le contournement de DRM, mais pour ça, il faut changer une directive européenne et même changer un traité de l’OMPI… Pas sûr de voir ça de mon vivant !!! Logiquement, ce que tu proposes est justifié, mais stratégiquement, ça conduit droit dans l’impasse (ça te rappelle personne ? 😉

    Enfin, la comparaison finale avec le cannabis ne tient pas. Ou plutôt le cannabis et les fichiers hackés sont exactement dans la même situation. La possession simple de cannabis est punie en France. Le fait de cracker des fichiers aussi.

    Apr_s par contre, ça fait un titre sympa qui doit attirer pas mal de lecteurs sur ton blog. Et c’est un peu aussi ce que je te reprocherais sur le coup : c’est cool de s’afficher comme celui qui a plus compris que les autres comment ça marche ; ça génère sûrement du trafic. Mais là sur le coup, ça plombe une des rares propositions intéressantes que j’ai pu voir passer ces derniers mois.

    Après chacun ces priorités, mais je pense que ce genre de billets ne rend in fine service à personne.

    Surtout qu’au fond, on est d’accord.

    Calimaq

  6. L’argument personne ne hacke est inacceptable.

    Tout le monde devrait être formé. Et si personne ne l’est, on ne peut pas s’asseoir là dessus et parler après de droits numériques. Comment avoir des droits dans un univers dont la plupart des gens ne savent pas respirer l’air? Tu es esclave dès le départ. C’est pas de la naïveté. Il faut s’attaquer à la première chaîne. Si tout le monde devenait capable de la briser, le paysage serait très différent.

    Il faut se battre sur l’éducation, la conscience, par sur la législation.

    Pour le cannabis, j’ai déjà répondu dans un autre commentaire. Dans une dimension extra française, ce que je dis est juste.

    Et cette proposition de TVA n’a pas plus de chance de passer qu’une autre tant que la plupart des acteurs du livre seront pour les DRM, et pour commencer les lobbyistes derrières nos élus.

    PS : pour le titre ne me cherche pas des plans machiavéliques. J’ai écrit le billet vite et le titre tout aussi vite.

  7. calimaq says:

    Donc tu fais très régulièrement des ateliers pour montrer à Madame Michu comment utiliser Calibre ?

    C’est quand la date du prochain ?

  8. Misterpamp says:

    Thierry, je vous sens un peu agité, vous devriez vous faire un petit spliff, en plus c’est le week-end y a prescription.

    En tout cas, moi je vois pas de litige : une attitude raisonnable pourrait être d’assumer simultanément :
    – l’éducation des masses (puisque ça semble être votre cheval de bataille) à manipuler avec intelligence (c’est-à-dire finasserie, en la circonstance) ces nouveaux supports,
    – un contrôle et une législation citoyenne sur les entrepreneurs de ces supports
    Pourquoi faire l’un ou l’autre ? Faisons les deux nan ? Vu qu’au final ça va dans le même sens : une appropriation démocratique et profitable à tous de ces merdes de supports numériques.

    Bise à l’ancienne,
    Mp

  9. @Calimaq Je fais pas d’atelier mais j’ai expliqué à des centaines de personnes en one to one comment utiliser Calibre et tout ce bazar, sans parler des billets et des confs. Et je continuerai parce que c’est la seule approche qui fonctionne.

    @Misterpamp Les deux approches sont compatibles mais la seconde nie le bien que la première pourrait apporter. C’est contre l’idée de fermeture que je me suis surtout énervé, pas contre l’idée de TVA.

  10. Fenn says:

    Il y a dans ce texte quelque chose qui me gêne énormément, c’est la vision du hacker qu’il véhicule.
    Non, les hackers ne sont pas des gentils robins des bois qui brisent les protections techniques pour le bénéfice de la communauté et dont il faudrait “dépénaliser” toutes les actions.
    L’essence du hacking, c’est de dire “je ne laisserai aucun obstacle se dresser entre moi et ma curiosité, entre moi et la connaissance”. Mais tout hacker doit être prêt à faire face aux conséquences de ses actes s’il devait être attrapé. C’est le jeu.
    Ce credo, c’est le point commun entre les hackers. Tout le reste n’est que variation individuelle. Certains agissent pour le bien commun, d’autres pour leur enrichissement personnel. On trouve des anarchistes comme des légalistes. Des “hacktivistes” et des chasseurs de trophées. Des “citoyens du monde” et des patriotes.
    Alors non, le hacking ne vise pas à “libérer ce que les industriels essaient de verrouiller”, ce n’est là qu’un simple effet secondaire. Quel est l’intérêt de voir quelqu’un utiliser un logiciel clef en main pour faire sauter un DRM ou jailbreaker un téléphone, sans rien comprendre au fonctionnement technique ou aux implications à la fois légales et philosophiques derrière l’acte ?
    Car ne nous leurrons pas, la plupart de ceux qui exécutent ces manipulations n’en ont rien à faire des histoires de liberté, ils ont un contenu, ils veulent le consommer, et ne réfléchissent pas plus loin que ça.
    En résumé, le hacking, c’est “cracker pour apprendre”, or là on parle plus d'”utiliser un crack développé par quelqu’un d’autre dans le seul but de consommer”.
    Ceux qui agissent ainsi ne se libèrent pas, au contraire, ils se soumettent par leur manque de curiosité intellectuelle à un nouvel élément technique tiers qui pourrait bien être dangereux si le gentil hacker qui le met à disposition n’était pas si gentil que ça et y avait glissé un petit cadeau.
    En revanche, que le législateur lui-même vienne remettre en cause la légitimité de la protection technique, c’est une avancée, sur laquelle je trouve dommage de cracher. La proposition n’est pas parfaite, et peut-être qu’elle n’ira pas plus loin que ça, mais elle a le mérite d’exister, ce qui signifie qu’il est possible de fédérer autour.
    J’ai lu dans les commentaires que vous étiez pour l’éducation avant tout, je trouve alors dommage que dans ce billet vous affirmiez que l’écosystème Amazon n’est pas fermé parce qu’on peut le cracker. S’il était ouvert, il n’y aurait justement pas besoin de crack. Pour moi, ce n’est pas rendre service à quelqu’un que lui montrer de prime abord comment faire sauter la protection, mieux vaut lui expliquer l’importance de l’interopérabilité et l’inciter en conséquence à acheter là où elle se trouve. Donner de l’argent au système pour ensuite aller retirer le DRM n’avance à rien, c’est marcher sur la tête. Certes, le pourvoyeur de fichier DRMisé ne sera pas heureux, mais il aura perçu sa dîme.
    N’oublions pas que l’utilisateur d’Amazon souscrit à des conditions d’utilisation, souscrire pour ensuite se dédire sous couvert de “droits”, c’est en partie de l’hypocrisie. Et il y a bien suffisamment de contenu culturel disponible sans DRM pour ne pas être “obligé” d’en passer par là, car non, “consommer numériquement le dernier texte à la mode” n’est pas un besoin.
    Ensuite, pour les cas où effectivement la protection serait illégitime car empêchant l’accès à une connaissance utile ou une œuvre du domaine public, apprendre le crack fait sens.
    C’est là un autre point sur lequel la proposition d’Isabelle Attard est intéressante: si le DRM en vient à coûter plus cher, le client sera plus enclin à aller voir ailleurs.
    Au final, et aussi triste que ce soit, le cœur de tous les maillons de la chaîne, c’est le porte-monnaie.

  11. Il y a des hackers gray hat, white hat, black hat… Il y a autant de sorte de hackers que d’individus. On ne peut pas tous les condamner sous prétexte que certains sont des criminels… pas plus qu’on ne peut condamner les politiques.

    Selon votre perspective, il est tout aussi indécent de faire l’éloge des politiciens… OK, certains sont des crapules.

    J’ai une toute autre vision du hacking que vous. Si j’achète un objet technologique, j’en suis le propriétaire et j’en fais ce que je veux. Je veux qu’il en soit ainsi pour un livre aussi bien qu’un téléphone. Je ne fais aucune différence entre les deux (sur ce point). Que je développe moi-même le hack ou l’emprunte ne change rien. J’ai bien le droit de gribouiller les pages d’un livre.

    Quand on parle de loi, on fait bien en ce domaine ce qu’on veut. Une forme de hacking pour soi pourrait être et devrait être encouragé. Plutôt que contraindre les industriels par le haut, on pourrait libérer les gens par le bas.

    Pour Amazon, pas besoin de hack pour ouvrir l’écosystème. C’est pour enlever les DRM qu’il faut un hack. C’est un peu différent.

    Si l’éditeur garde les DRM, avec TVA plus haute, le client ne pourra pas aller voir ailleurs. Ce sera partout pareil. Résultat je paierai mes livres plus chers.

    Le livre a toujours été un objet technique, il a toujours été hackés et il le sera toujours.

  12. Fenn says:

    Je n’aime pas trop procéder ainsi, mais comme plusieurs notions viennent se mélanger je vais répondre point par point, ce sera plus simple:

    “On ne peut pas tous les condamner sous prétexte que certains sont des criminels…”
    Je n’ai jamais dit le contraire. Si le hack reste dans le cadre légal, il n’y a rien à condamner. Mais s’il en sort, au hacker d’être informé des risques et d’assumer ensuite. Et si quelqu’un est assigné en justice pour des actes illégaux mais moralement défendables, alors il sera temps de lever les boucliers.

    “Si j’achète un objet technologique, j’en suis le propriétaire et j’en fais ce que je veux. Je veux qu’il en soit ainsi pour un livre aussi bien qu’un téléphone.”
    Justement, c’est bien là qu’est le souci avec le livre numérique: on se retrouve à acheter un droit d’utilisation plus qu’un livre, dans le cas d’un format non-interopérable et/ou d’une MTP. En êtes-vous réellement propriétaire ou non ? Cela dépend des conditions d’utilisation. Que vous acceptez lors de l’achat.
    La proposition a le mérite de donner une réponse à cette question qui ne dépende pas de trouzmille interprétations.

    “Que je développe moi-même le hack ou l’emprunte ne change rien. J’ai bien le droit de gribouiller les pages d’un livre.”
    Désolé, mais “utiliser un appareil automatisé qui réalise le hack à ma place” n’est pas “emprunter le hack”. Emprunter le hack, ce serait reproduire par soi-même la technique à partir d’un guide de façon à se l’approprier.
    Et oui, vous avez le droit de gribouiller les pages d’un livre (quoique cela puisse faire grincer des dents), mais pas de n’importe lequel: de celui qui vous appartient. On en revient au même problème.
    Ceci dit, comparer un hack avec un gribouillage me semble tout à fait inapproprié, ce sont des actes tout à fait différents.

    “Une forme de hacking pour soi pourrait être et devrait être encouragé.”
    Je ne dis pas le contraire. Il n’y a d’ailleurs rien d’illégal dans les activités des fab labs ou des hackerspaces.

    “Plutôt que contraindre les industriels par le haut, on pourrait libérer les gens par le bas.”
    Et pourquoi ne pas faire les deux ?
    De plus, je maintiens qu’on ne libère pas quelqu’un en lui montrant comment appliquer bêtement un crack sans comprendre ce qui se passe et quels sont les enjeux et répercussions légales autour de l’acte.

    “Pour Amazon, pas besoin de hack pour ouvrir l’écosystème. C’est pour enlever les DRM qu’il faut un hack. C’est un peu différent.”
    Désolé, mais c’est faux. Le format kindle est propriétaire (je parle ici du format azw, fourni lorsque l’on achète pour kindle) et son export vers d’autres formats n’est pas autorisé par les conditions d’Amazon. Réaliser cette conversion, et donc sortir un achat kindle de chez Amazon, c’est un crack obligatoire. En revanche d’autres formats tel que l’epub peuvent être convertis vers un .mobi et lus par le kindle. Comme la plupart des systèmes de “walled garden”, les flux entrants sont facilités pour que l’utilisateur puisse migrer depuis un existant tandis que les flux sortants sont bloqués.
    cf conditions d’utilisation d’Amazon Kindle.

    “Si l’éditeur garde les DRM, avec TVA plus haute, le client ne pourra pas aller voir ailleurs. Ce sera partout pareil. Résultat je paierai mes livres plus chers.”
    Non, il suffit d’aller voir chez un autre éditeur qui vend moins cher et sans MTP. Personnellement j’ai une Kobo, et j’achète tous mes livres dématérialisés chez des éditeurs qui me proposent de l’epub sans DRM. Je peux vous assurer que je ne manque pas de lecture. Bien sûr je n’ai pas le dernier auteur à la mode, mais ça n’a rien d’un besoin fondamental. C’est de cette façon que l’utilisateur peut se libérer: ne pas céder à la facilité en allant acheter chez ceux qui veulent l’enfermer, et faire comprendre que DRM/format proprio = no way.

    “Le livre a toujours été un objet technique, il a toujours été hackés et il le sera toujours.”
    J’aimerais bien que vous me donniez un exemple de “hack” sur un livre qui ne soit pas un livre numérique, ou que vous clarifiiez cette phrase, parce que je ne vois pas ce que vous voulez dire.

    Au final:
    “J’ai une toute autre vision du hacking que vous.”
    Ça me paraît plutôt évident. Désolé si je parais un peu rude, mais pour moi votre vision du hacking est bien pauvre si elle exclut l’obligation de comprendre ce qu’on fait.

  13. Pouhiou says:

    @Calimaq : des ateliers Calibre, c’est une très bonne idée ! J’en parlerai à Framasoft pour qu’on en propose 😉

    Je ne comprends pas pourquoi on doit opposer éducation populaire et la facilité d’accès : il y a (visiblement dans ces commentaires) des énergies pour faire les deux. Aucune priorité n’est plus importante que l’autre (si ce n’est dans des morales toutes personnelles).

    Obliger les gens à devenir hacker n’est pas une solution. Il y là la question d’un vrai droit à la futilité (qui est attaqué de toutes parts). Je veux pouvoir faire confiance à des outils. Je veux pouvoir savoir facilement que j’ai un ebook ou un lock-book.
    Parce que j’ai expliqué Calibre à ma soeur qui, jusqu’à l’an dernier, utilisait encore le navigateur/mailer/pourriciel AOL. J’ai appris Calibre à mon père de 65 dont l’ordi est, chaque mois et malgré mes nettoyages et indications, infesté de toolbars.
    Et bien ce n’est pas facile. Ce n’est pas évident. Et si l’on n’est pas clair dans les mots, les notions, etc… ils seront pour sûr les dindons de la farce où nous surnageons si aisément.

    Cette loi obligerait à la distinction de la manière la plus comptable qui soit…

    Le fait d’informer, d’étiqueter, de distinguer les pratiques vertueuses des vicieuses… n’est-ce pas là la base de l’éducation ?

  14. @Pouhiou On est tous d’accord sur former et faciliter l’accès… on se cherche sur la méthode pour atteindre ces objectifs. Petit différent politique en fait. CF billet suivant

    http://blog.tcrouzet.com/2013/09/23/hacker-un-livre-cest-naturel/

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