J’aime les titres à la con, juste fait pour provoquer. Roberto Casati vient d’en trouver un de très bon dans cette catégorie : Contre le colonialisme numérique ; manifeste pour continuer à lire.

Vous imaginez que mon sang bouillonne. Je ne vais pas dépenser un centime pour m’attaquer à la critique de ce livre (qu’Albin Michel m’envoie un service presse), dont je ne conteste pas la prémisse « la colonisation numérique ».

Dans ce cadre, être critique, oui, être contre, non. Nous laissons derrière-nous un siècle rempli de noirceurs, ça vaut bien la penne d’essayer de nouvelles formes de colonisation, sans renoncer à la vigilance. Quant à l’idée sous-entendue que nous cesserions de lire, elle a déjà été évoquée en d’autres temps à l’arrivée de l’imprimerie, de la radio, du cinéma, de la TV… Je crois même que nous pouvons affirmer que nous n’avons collectivement jamais autant lu que depuis l’avènement du numérique (sans présupposés élitistes de ce qui est bon ou mauvaise lecture).

Je ne vais pas critiquer plus avant un texte dont je ne sais rien sinon qu’il réussit par son titre à m’interpeller. Il intéressera par son accroche les rétrogrades de tout bord. Sans pour autant amoindrir le colonialisme numérique auquel il participe. La moindre des choses aurait été de ne pas publier ce texte en numérique, ni d’en faire la publicité sur le réseau. Cette histoire m’en rappelle une autre en date de 1492 quand Johannes Trithemius fit imprimer sa diatribe contre l’imprimerie. Après tout, être rétrograde permet aussi d’entrer dans l’Histoire.

Je peux même proposer un pari à Casati. Réussir à lire son livre en numérique et en faire une véritable critique.

Casati
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12 comments

  1. Globunar says:

    Les auteurs ont-ils le choix de publier ou non leur livre en version numérique ?

  2. Les auteurs ont peu de choix 🙂

    Mais suffit de ne pas signer l’avenant numérique, dans ce cas ça se justifiait peut-être. Et l’éditeur aurait très bien compris. Même possibilité de la jouer coup de pub.

  3. Damien Fayolle says:

    Comme en France, l’italie est en retard sur le livre numérique, retard qui ne peut que s’accroître avec ce genre de débilité. Casati aurait il pu écrire cela chez fayard ou au Seuil, c’est la question que je me pose?

  4. Merci du message. Le livre n’est pas du tout contre le numérique. (J’aime l’Espagne, je fais des vacances en Espagne; j’écris un livre contre le colonialisme espagnol. Il n’y a pas de contradiction, il me semble?). Le titre me paraît approrié: ce n’est pas “contre le numérique” (absurde), mais “contre le colonialisme numérique”. Le cololonialisme numérique est une idéologie, je la décris dans le livre.

  5. @ Roberto Casati Penser une seule minute que la liseuse s’oppose au support papier voilà qui est absurde. Le caractère connecté de la tablette n’est en rien préjudiciable à la lecture et encore moins au livre, votre propos est populiste. Je lis pour ma part presque exclusivement sur iPad, un corpus long comme un corpus court sans aucune distinction. vous prétendez défendre le livre alors que l’avenir du livre est déjà avec les liseuses. le Livre n’a certainement pas besoin de vous et mon conseil bibliophilique c’est déjà d’arrêter avec l’offset…

  6. mlepoivre says:

    Serait il interdit d’émettre le moindre avis critique ou du moins sceptique à l’égard de la vogue-vague actuelle du numérique. C’est d’autant plus curieux que le livre de Thierry Crouzet J’ai débranché me paraît être la critique la plus radicale qu’on ai pu écrire sur le numérique (plus radicale encore que ce livre de M. Casati), comme technologie d’aliénation et d’addiction. Plus encore, le colonialisme numérique, c’est bien ce dont parle le livre de Crouzet, à savoir une technologie qui envahit tout le temps de la vie jusqu’à se substituer au vécu…

  7. C’est pour cela qu’il faut une ascèse numérique, être exigeant dans nos comportements et prendre soin de cet essor incomparable.

  8. @Roberto N’est-ce pas plutôt: Je suis un conquistador Espagnol (puisque je publie en numérique) et j’écris contre les conquistadors? C’est ce que j’ai compris. C’est un peu contradictoire. Les conquistadors qui ont dénoncé la conquête sont d’abord rentrés en Espagne ou ont rejoint les Indiens.

    Le colonialisme numérique est inévitable, comme a été inévitable le colonialisme de l’écrit. Nous vivons une révolution de même nature. L’apparition d’une nouvelle écriture.

    Avec des dérives, que je dénonce souvent. La dictature du temps réel, contradictoire avec la lecture de textes longs. Mais la lecture en général est-elle vraiment en danger? Je crois qu’on peut parler du contraire.

    Pour aller plus loin, il me faudrait te lire. 🙂

  9. Damien Fayolle says:

    Ne pourrait-on pas éviter d’utiliser de manière grotesque dans ce contexte le terme de colonialisme?

  10. NT says:

    Oui en effet, il faut le lire pour aller plus loin. Je le fais d’ailleurs, tiens, et le bouquin est bon.

  11. Briansz says:

    Voilà comment la dépendance numérique fonctionne en banalisant, en méprisant et en dénigrant la connaissance approfondie par le cynisme par le biais des “pushers” de gadgets numériques prétendant comme dans la chanson “d’être dans le vent et dans son temps”. Quel subterfuge! Voilà l’émergeance d’une culture qui s’amuse jusqu’à la mort comme des petits robots avec des gadgets dont prédisait Neil Postman ou le “dumbing down” ou trollisation de la planète en commençant par l’Occident. Et on s’est débarrassé de la religion pour le remplacer par une autre. Et ensuite on décrit haut et fort la laïcité?
    Dans ce vidéo et à sa façon, Benjamin Bratton http://www.youtube.com/watch?v=Yo5cKRmJaf0 ou http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/dec/30/we-need-to-talk-about-ted dénonce le réseau TED de répandre le scientisme comme forme de divertissement public ou ce que Roberto Casati appelle le “Colonialisme numérique” http://www.youtube.com/watch?v=pRdeoWF7cbA qui empêche les humains modernes de l’enfance à l’adulte d’approfondir la connaissance en le rendant numériquement pour amusement http://www.clionautes.org/spip.php?article3054.

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