Partages marchands : un business plan n’est pas une théorie

Laurent Fournier est un virulent critique du commonisme. Ses critiques m’ont souvent poussé ces derniers mois à écrire de nouveaux articles pour lui répondre directement ou indirectement. J’espère qu’il continuera à jouer son rôle stimulant, mais qu’il le fera sans rancœur, sans croire que nous nous sommes ligués pour étouffer sa Merchant Sharing Theory.

Car c’est au nom de cette théorie qu’il critique le commonisme. Il estime avoir trouvé mieux, et nous serions dans l’erreur à rêver d’une société où le don jouerait un rôle bien plus important qu’aujourd’hui. C’est au nom de sa foi que Laurent tape comme un damné sur l’idée de légalisation des échanges non-marchands alors que sa proposition peut très bien coexister avec de nombreux modèles, le don comme le capitalisme le plus extrême.

Je n’ai peut-être rien compris à la proposition de Laurent. Pour moi, ce n’est pas une théorie, mais un business plan. Laurent nous propose un modèle original pour financer la création. Pour résumer, le créateur décide combien il veut gagner. Les premiers acheteurs paient un prix assez élevé pour le bien et le prix baisse peu à peu jusqu’à tendre vers zéro au moment où la somme visée est atteinte et où le bien passe automatiquement dans le domaine public. J’ai oublié de dire que les premiers acheteurs sont peu à peu remboursés de leur investissement initial. C’est un système d’enchère inversé.

Quand le nombre d'acheteurs augmente le revenu plafonne et le prix devient nul.

Quand le nombre d’acheteurs augmente le revenu plafonne et le prix devient nul.

Je pense qu’il serait intéressant de créer une plateforme reposant sur ce mécanisme et de voir si elle a du succès. Cela nous dirait si les créateurs et les acheteurs ont envie de jouer ce jeu. Je suis prêt à fournir un texte en exclusivité pour expérimenter le jour où une plateforme sera opérationnelle.

Maintenant, Laurent, tu ne peux pas sans cesse te plaindre de notre désintérêt pour ton projet. Il te faut monter une équipe et le développer. J’ai écrit J’ai eu l’idée et je sais qu’une idée ne vaut pas grand-chose. Il ne sert rien de répéter que ton système est la panacée, et peut régler les maux du monde numérique, et que toutes les autres approches sont dangereuses pour notre civilisation. Met ton idée en œuvre, prouve son efficacité par la pratique. En attendant, autorise-nous à mettre en œuvres des solutions comme le don, qui nécessitent moins de technologie, ou des technologies déjà opérationnelles comme le crowdsourcing.

En tant que créateur, ta proposition ne me séduit pas totalement.

  1. Le créateur doit indiquer combien il veut gagner. Je ne fonctionne pas comme ça. J’ai quitté le salariat parce que je suis attaché au risque. À la possibilité de jouer, de perdre et de gagner. Je fais un métier scalable. Où le même effort peut rapporter 0, 10, 100, 1 million et potentiellement plus. Ce potentiel est fondamental. Je n’ai rien contre la richesse. Elle ne m’obsède pas, mais je saurais l’accueillir. Dire combien je veux gagner avec une œuvre n’a tout simplement aucun sens pour moi. Ton modèle implique une façon très communiste de voir le monde : plafonner les potentiels, niveler par le haut.

  2. Je peux à la rigueur dire combien au minimum il me faut gagner pour vivre et continuer à créer. C’est pour ça que je défends le revenu de base. Il ne limite pas vers le haut les revenus, mais vers le bas. Il s’attaque à la pauvreté.

  3. Ton système demande aux premiers consommateurs de soutenir une œuvre nouvelle au moment de sa commercialisation. Il convient surtout aux créateurs connus. Il ne résout pas le financement de la création elle-même. Voilà pourquoi je préfère encore le crowdfunding. Les gens s’allient autour d’un projet, d’un rêve. Ils créent des liens forts entre eux.

  4. C’est un modèle consumériste, même s’il a en ligne de mire le domaine public, mais ce domaine public n’est accessible que selon le déplaisant point 1.

  5. Je préfère donc que l’auteur choisisse lui-même de libérer son œuvre et s’autorise à gagner beaucoup d’argent avec, ou d’en faire gagner beaucoup à une cause comme avec Le geste qui sauve.

  6. Selon ton modèle, une œuvre qui ne trouve pas ses premiers acheteurs n’a aucune chance de gagner le domaine public (et les devises se font rares dans un système financier cannibalisé par l’oligarchie). En tant que créateur, je préfère être lu et ne rien gagner.

  7. Ton modèle n’est pas démocratique puisque le pauvre ne peut accéder à l’œuvre que quand elle arrive dans le domaine public, ce qui ne sera jamais le cas pour la plupart des œuvres. Le pauvre doit attendre le bon vouloir des riches, ce n’est pas ma conception du monde.

  8. Le commonisme a pour ambition la gestion harmonieuse des ressources rares et abondantes, c’est une philosophie, pas une plateforme d’échange sur Internet.

J’imagine que tu as des réponses à la plupart de mes arguments, mais je crois que tu te méprises, pour commencer, sur la psychologie du créateur. Je peux donner mes œuvres sans renoncer à faire fortune avec elles. C’est mon opposition la plus franche à ta proposition.

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5 comments

  1. Christian says:

    Effectivement c’est un model de financement. Il est même plutôt intéressant. Ca peut tout à fait fonctionner avec des dons. Chacun fait sont don du montant qu’il veut et une fois la somme collectée, on redistribue l’eventuel surplus en fonction du prorata de chacun. D’ailleurs on l’utilise souvent pour faire un cadeau à quelqu’un. On fait le prix diviser par le nombre de participants. Et s’il y a des participants qui participe après l’achat, on rembourse en partie les premiers. Par contre le remboursement c’est un peu compliquer puisque ça bouge tout le temps. C’est ça le problème.

  2. Bon, il y a des erreurs et incompréhensions, mais je te reconnais le mérite d’avoir regardé. Non ce n’est pas un business plan, car il n’y a aucune stratégie d’une organisation privée à faire de l’argent derrière. ou alors, c’est un business plan d’une société entière, nuance. Rien n’avoir avec les enchères inversée !
    1 Pourquoi un créateur artistique aimerai plus jouer à la loterie qu’un citoyen lambda ?
    2 Revenu de base pour les artistes, je pense qu’ils méritent mieux
    3 Faux, on peut suivre un projet comme pour le crowdfunding et sur le lien as tu lu http://cupfoundation.wordpress.com/2013/03/27/le-%E2%8A%94store/
    4 C’est consumériste si tu veux mais + difficile de frimer avec un livre lu qu’avec une voiture de sport
    5 et la transparence des revenus ?
    6 sans paywall, ce pb n’est pas existant,
    7 la démocratie n’est pas l’utopie de rendre les gens égaux, mais donner la possibilité à un enfant de faire un autre métier que celui de ses parents
    8 une philosophie qui prône la zéro-croissance numérique, donc compensée par plus de ressources prélevées sur la Nature, en un mot anti-écologique!

    Ta psychologie du créateur cache un a-priori tenace que les artistes doivent en baver pour vivre, faire la manche et croire qu’ils peuvent devenir des stars.

  3. Tu es très fort. Explique les erreurs et réponds aux objections, plutôt que de me traiter de débile. Je suis créateur, au moins autant que toi, permets moi de dire ce que je sais de la psychologie du créateur, qui ne voudra jamais de ton usine à gaz.

    Le revenu de base n’est pas pour les artistes, mais pour tout le monde. Mais j’ai l’impression que le sort de tes semblables, surtout les plus démunis, t’importe peu.

    Bon, écoute, accepte d’enregistrer un truc, je t’ai déjà proposé 100 fois, tu es de trop mauvaise foi pour continuer par écrit.

    Et arrête STP de poster des com si tu refuses cette porte ouverte. Et crie à la censure tant que tu veux. Les cartes sont dans ton camp.

  4. Désolé Thierry, mais je ne veux absolument pas me défausser, mais je n’ai pas compris ta proposition !!…tu veux faire un Skype ?
    Qu’est ce qui te fait dire que je te prendrais pour un débile ?
    Enfin, relis ce que j’écris. Quand je souhaite plus qu’un revenu de base pour les artistes, cela n’implique pas que ce revenu soit destiné seulement aux artistes. Bien évidemment que le RDB est inconditionnel. As tu bien compris la TRM ?
    T’inquiètes pas, je ne crierai pas à la censure…et je n’hésite pas à m’exprimer sur mon blog cupfoundation.wordpress.com
    Note que je suis en vacances semaine prochaine

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