Il m’a suffi de quelques tweets où je disais lire Piketty pour attirer vers moi une meute de rentiers affamés. Je ne vais donc pas me gêner pour évoquer ma lecture du Le capital du XXIe siècle, lecture peu exaltante, mais passionnément descriptive.

J’aime Piketty quand il bouscule les économistes qui piétinent l’histoire, qui construisent des modèles idéalistes juste séduits par leur beauté mathématique. Je l’aime surtout pour ses graphiques que personne n’a réfutés à ce jour.

Piketty
Piketty

Voici comment un libéral interprète Piketty :

Si R représente la rentabilité du capital investi et si G est le taux de croissance de l’économie, comme R>G , les profits croîtront plus vite que les autres revenus, ce qui veut dire que les riches deviendront plus riches et donc les pauvres plus pauvres. […] voila qui est idiot. Ce n’est pas parce que les riches deviennent plus riches que les pauvres deviennent plus pauvres.

Si, justement. La pauvreté est relative. Elle se vit, se ressent, s’éprouve. Sortir de la pauvreté ne se résume pas à manger à sa faim et à posséder un portable. Les libéraux se satisfont d’une définition de la pauvreté à minima totalement inacceptable, et ils s’en gargarisent parce qu’elle les confirme dans leur opulence. Que les pauvres aient une espérance de vie inférieure à la leur, ce qui s’aggravera avec les progrès technologiques, ne les dérange pas le moins du monde.

Si Piketty commet une erreur, c’est de ne pas prendre en compte la monnaie, ses mécanismes de création. Pour lui la monnaie est juste un étalon du capital et des revenus. Il écrit :

Revenu national = revenus du capital + revenus du travail

Où range-t-il la création monétaire ? Ce revenu de la fausse monnaie qui n’est ni un revenu du capital ni du travail. Je sens le bug (et je ne suis pas économiste, juste un intuitif de ces choses). De même :

Revenu mondial = production mondiale

Non, il faut ajouter la monnaie créée au revenu mondial. La production n’est pas tout. Piketty lit l’économie d’aujourd’hui avec les indices d’hier, PIB par exemple. Il devrait adopter le point de vue relativiste. Ses courbes seraient corroborées et amplifiées. Quand le pouvoir d’achat diminue constamment, les pauvres ne s’enrichissent pas. Et ses solutions seraient bien évidemment toutes autres, et bien plus novatrices que suggérer des augmentations d’impôts. Il est temps de dépasser le socialisme, avec le revenu de base par exemple.

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4 comments

  1. Brian Jacob says:

    De quels libéraux parles-tu ? Des libéraux français ? Tu en connais beaucoup ? Je crois être plutôt renseigné sur la question, et en France des libéraux je n’en vois pas beaucoup. Bref. Je ne vais pas hurler au raz le bol, mais il serait bon de se renseigner avant de parler, de ne pas tout confondre, et de ne pas tendre les bras au libéralisme qu’on te vend dans les média. Hormis de l’antilibéralisme en France, je ne vois que ça. Pas de libéraux à l’horizon. Je trouve cela assez déplorable de ta part toi qui n’a pas l’air con d’utiliser un mot sans le comprendre, finalement, comme tout le monde. Sache que le revenu de base, appelé dividende universelle, ce sont des libéraux qui l’ont théorisé, défendu, et structuré.

  2. Dans ce billet, j’utilise libéraux comme tout le monde au sens “défenseurs du lébéralisme économique” et qui croient naïvement à la main invisible.

    Mais il m’arrive aussi de viser ceux qui s’appellent eux-mêmes vraix libéraux, et mettent la liberté au-dessus de tout… cf : http://blog.tcrouzet.com/2013/10/18/quest-ce-que-la-liberte/

    C’est parce que j’accordre beaucoup d’importance à la liberté que je n’aime pas ceux qui en font une position de principe.

  3. Brian Jacob says:

    Excuse-moi pour l’arrogance de mon message, c’est juste que j’en ai marre d’entendre cet amalgame à toutes les sauces. En France, ni l’UMP, ni le FN, ni le PS ne défendent des idées libérales. Au contraire, je crois qu’il serait bon de distinguer ce que j’appelle le libéralisme des affaires, des affaires, et des affaires, comme dans le poème de Prévert, du libéralisme politique. De plus, à la lecture de ton billet, tu aurais remplacé libéraux par capitalistes, la question ne se serait pas posée. Les nantis, les rentiers, ce sont des capitalistes favorables à l’accumulation des capitaux, or de nombreux libéraux — politologues, philosophes, historiens — ont longtemps mis en garde l’État contre l’accumulation de capitaux. Autre fait notable, tous les libéraux ne sont pas de droite et ne partagent pas la définition de la pauvreté de la Banque Mondiale 😉

  4. Je sais… mais c’est parce que les libéraux purs me rangent souvent dans leur camps qu’ils me tappent aussi souvent deçu… parce que je critique aussi les dérive de la pensée libérale et de toute pensée en général.

    J’ai par exemple compris que l’autoréguation pure était insuffisante… Tout libérer peut conduire à moins de liberté.

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