Qu’est-ce qu’un livre ? Oublions le support papier ou autre, concentrons-nous sur le contenu. C’est un ensemble de textes, souvent liés thématiquement ou narrativement les uns aux autres, à lire du début à la fin.

Il ne vient à l’idée de personne de lire trois pages d’un livre et de dire que l’auteur ne creuse pas assez son sujet. Pour oser une telle affirmation, il faut aller au bout. Il devrait en aller de même avec beaucoup de blogs.

Nous ne développons peut-être pas une histoire ou une pensée thématisée, mais nos textes se répondent les uns aux autres. Déjà parce que nous les lâchons en même temps que nos idées se forment, avec cette possibilité de les compléter, même les contredire, par des billets ultérieurs. Aussi par refus d’être journaliste et de produire des contenus autonomes, indépendants les uns des autres.

Un billet n’a de sens que dans l’ensemble des billets publiés par le blogueur. On ne peut l’accuser de manquer de profondeur ou de ne pas creuser avant d’explorer ce qu’il a déjà publié sur le sujet et qu’il n’éprouve pas le besoin de répéter.

Et si d’aventure, un billet apparaît inconsistant malgré tout, il faut profiter des commentaires pour le dire et surtout le démontrer, ce qui ne peut qu’entraîner de nouveaux billets.

Dans ces circonstances, un blog est un livre d’un seul tenant, surtout pas un recueil d’articles autonomes, avec la particularité d’être toujours inachevé, brouillon, imparfait.

Des lecteurs apprécient cette ouverture de l’atelier, d’autres préfèrent la pensée plus figée, la forme plus soignée qu’on peut encore ranger dans des livres, surtout quand l’idée nous prend de raconter des histoires, qui impliquent pour nous de multiples repentis.

Un blog tend en partie vers le journalisme et les billets intelligibles en eux-mêmes, en partie vers la littérature en devenir et les billets liés dans une grande recherche. Chaque blogueur nous offre un cocktail à sa mesure de ces deux pentes.

La première est plus grand public, la seconde plus intimiste. Et sans doute, attire des lecteurs différents, comme les blogs eux-mêmes attirent des lecteurs différents de ceux des livres, et même souvent des auteurs différents, ou tout au moins dans des états mentaux différents.

Comme j’aime aussi écrire des livres, j’utilise le blog comme un atelier, et peut-être que je devrais le rapprocher plus encore d’une correspondance. Le penser comme une série de lettres ouvertes à quelques amis. Avec tout ce que cela implique de choses non dites puisque dites en face à face, ou même éprouvées en commun.

Quand j’écris un livre, le taux de répétition est généralement inférieur à 5%, souvent à 3% dans Ératosthène. Mon écriture blog est plus répétitive, plus brute.

Quand j’écris un livre, le taux de répétition est généralement inférieur à 5%, souvent à 3% dans Ératosthène. Mon écriture blog est plus répétitive, plus brute.

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5 comments

  1. Rosselin says:

    De même, tu peux dire que l’ensemble de l’oeuvre écrite forme un tout, quel que soit l’auteur. Par exemple qu’un roman de Camus, ou qu’un de ses chapitres, est à relier à ses articles dans la presse ou à sa correspondance. A chacun des éléments de la production écrite d’une vie serait ainsi associé un degré d’autonomie. Plus ce degré est élevé, plus l’élément se suffit à lui-même et plus il a de chance de laisser une trace parce, libre des liens qui l’entravent à l’oeuvre massive, il peut circuler, léger, et s’appréhender plus facilement que les autres. Les contes de Perrault par exemple, ont chacun un degré d’autonomie très élevé. De même les fables de La Fontaine.

  2. De l’autre côté tu as Proust qui crée un corpus compact. Les deux pentes coexistent. On peut est bien concevoir le blog comme un livre ouvert.

  3. Guillaume Narvic says:

    @Rosselin Dans le sens où tu l’utilises, le mot “oeuvre” est masculin (l’oeuvre écrit”). Je dis ça juste pour faire mon malin. 😉

    Sinon, pour apporter ma pierre au débat, on peut introduire aussi l”idée d’oeuvre collective (au féminin, cette fois), une oeuvre qui forme un tout, tout en ayant plusieurs auteurs.

    Pour relier votre débat avec celui oeuvres (n. f.) vs oeuvre (n. m.), certain ont proposé le concept unifiant d’oeuvres en réseau, qui vaut aussi bien pour l’auteur unique que pour l’auteur en collectif…

  4. Olivier Mavré says:

    Je ne suis pas sûr que l’on puisse encore arriver ou même prétendre à une homogénéité stylistique ou thématique, et ce, en grande partie, à cause de l’accélération de notre accès à l’information. Cette rupture modifie en profondeur notre façon de voir le monde, à un rythme qui dépasse celui de l’assimilation. Je pense que nous sommes, à un degré ou un autre, formaté de manière régulière par tout ce qui nous entoure – ceci est normal, mais l’accélération de ce rythme est totalement nouveau.

  5. Pas une raison, pour publier des choses sans profondeurs 🙂 ça c’est pas nouveau

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