L’histoire de mon Grec sort exactement dans un mois. Occasion d’un clin d’œil de plus. Je prépare un supplément pour la version ebook, un journal qui rassemblera des notes puisées au fil de l’écriture et justifiera mes choix historiques.

Quand on écrit sur un personnage dont on sait peu de choses, c’est comme résoudre un système d’équations. Il existe sans doute plusieurs solutions, mais pas une infinité.

Durant des années, je n’ai cessé de me poser des questions ignorées ou négligées par les historiens. Du genre pourquoi Ératosthène devient chef de la bibliothèque d’Alexandrie alors qu’avant il ne vit pas en Égypte, pays de courtisans et d’intrigants ? Pour son mérite intellectuel ? Guère crédible. Et surtout, comment Ératosthène réussit-il par la suite à conserver sa charge durant sa longue vie dans un temps de grands bouleversements ?

Alors le roman, en tant que simulation, a son rôle à jouer. En traçant une vie, il doit adopter une continuité qui résout le système d’équations. Elle implique des passions, des amitiés durables, des inimités éternels. Elle implique de croiser de nombreux destins et de tenter à comprendre ce que pensaient ces gens si loin et si proche de nous.

Exemple. Comparez la carte du monde qui peut être tracée d’après l’histoire d’Hérodote (484 – 420 av. J.-C.), carte qu’il n’a pas tracée a priori, et la carte d’Ératosthène, qu’il a tracée et que les historiens ont reconstituée d’après les citations antiques.

Carte du monde décrit par Hérodote dans ses Histoires

Carte du monde décrit par Hérodote dans ses Histoires

Carte d'Ératosthène

Carte d’Ératosthène

Ératosthène est plus précis, comme le seront ses successeurs, mais surtout il ajoute des longitudes et des latitudes, et connaît l’échelle de l’ensemble. On passe d’un croquis à une carte. C’est une gigantesque transition intellectuelle. Un changement radical dans la représentation du monde, malgré les similitudes graphiques.

Un roman peut aussi parler de cela, de l’histoire intellectuelle d’un homme, de ses idées, de sa philosophie, de son irréductibilité.

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6 comments

  1. Nicolas says:

    Je suis dans les starting blocks pour lire ce bouquin ! C’est si rare, en fin de compte, qu’on parle de la pensée grecque autrement qu’en surface que j’y suis presque obligé.

    Cela dit, et si je puis me permettre, la nomination d’Ératosthène à la tête de la bibliothèque d’Alexandrie s’explique assez clairement. Il a été l’élève et le protégé de Callimaque à Alexandrie avant son départ pour Athènes, puis son maître est devenu lui-même directeur de la bibliothèque, nommé par Ptolémée II. La filiation a dû jouer, Callimaque ayant conseillé son ancien élève auprès du roi. Puis n’oublions pas qu’à Athènes, Ératosthène a acquis une renommée “internationale” si l’on peut dire, largement répercutée jusqu’en Égypte.

  2. Callimaque n’a jamais été directeur de la bibliothèque. C’est une erreur commune de le croire, corrigée depuis par les historiens. Pas de place pour lui dans la chronologie des directeurs.

    Ératosthène n’a jamais été l’élève de Callimaque, autres erreurs communes (Callimaque quitte Cyrène quand Ératosthène n’est qu’un enfant).

    Toutes ces erreurs ont été relevées par Fraser dans les années 1970, mais jamais poussées jusqu’aux encyclopédies.

    La renommée n’est jamais une raison suffisante pour obtenir un poste politiquement d’une grande importance. En plus à cette époque, Athènes n’était plus qu’une bourgade insignifiante.

    C’est bien plus compliqué 🙂

  3. Nicolas says:

    Outch, si Fraser l’a relevé alors je vous crois, mais ça fait énormément d’erreurs à corriger un peu partout ! Car les arguments que j’avance, je les ai entendus à l’Université^^

    À l’inverse, il est faux de croire qu’après Démétrios de Phalère, Athènes n’était plus rien en Grèce. Au moins au IIIe siècle, elle reste un haut lieu de l’esprit grec, à défaut d’être encore un acteur politique d’importance dans la région.

  4. Nicolas says:

    Rendons justice à mes professeurs : effectivement, dans mes notes de la Fac il n’est pas question de Callimaque directeur, mais de sa participation à l’établissement du catalogue. Cela le place tout de même dans l’entourage de Ptolémée II, mais si Ératosthène n’a pas été son élève le lien entre les deux hommes est hypothétique.

  5. Épicurisme, stoïcisme, cynisme, Académie, Lycée… il se passait encore des choses en Athènes, mais rien pour rivaliser avec Alexandrie. Peu d’Athéniens ont été promus dans l’administration des Ptolémées au IIIe… et si Ératosthène l’à été, c’est parce qu’il était cyrénéen (et aussi pas trop nul par ailleurs). C’est surtout du côté de Cyrène qu’il faut chercher des explications… et même ça n’explique pas tout 🙂

  6. alban says:

    je serai ton premier lecteur !

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