Sans gouvernance Internet devient une dictature

Cette nécessité d’une gouvernance est bien paradoxale pour un réseau construit de point à point, par tissages successifs, par croisements décentralisés, sans contrôle, par horizontalité massive jusqu’à ce qu’il ressemble au modèle imaginé par Paul Baran en 1964 pour résister aux attaques nucléaires.

Personne n’avait anticipé qu’Internet succomberait à une autre attaque, celle du capitalisme, parce que personne n’avait encore trop pensé à la théorie des réseaux. C’était dans les années 1960 le début de cette science.

À Lyon, lors de table ronde BlendWebMix à laquelle j’ai participé, un auditeur m’a demandé d’expliquer la loi winner-take-all, c’est-à-dire pourquoi sur un réseau quelques nœuds prennent systématiquement le dessus sur les autres. Je crois qu’il est fondamental de comprendre ce phénomène si on espère développer une conscience politique des espaces numériques.

J’ai songé après coup à une petite expérience de pensée. Imaginons deux neurones quasiment identiques, l’un doté d’une connexion avec le reste du réseau (Neurone 1), l’autre de deux connexions (Neurone 2). Supposons que chaque jour, les connexions existantes soient capables d’en créer une nouvelle. On constate qu’au bout d’un mois de croissance, le Neurone 2 a pris ses distances (rien de très surprenant). Mais en terme de part de marché, nous sommes toujours à 1/3 des connexions pour le Neurone 1, 2/3 pour le Neurone 2.

Nombre de connexions double chaque jour.

Cette première expérience ignore un fait fondamental : l’espace des connexions disponibles n’est infini qu’en théorie. Chaque jour, le réseau n’accepte qu’un nombre fini de nouvelles connexions. Plus il y a de connexions, plus leur coût/énergie d’acquisition augmente (par exemple de 10 %/jour). La somme d’argent/énergie disponible pour acheter des connexions étant proportionnelle au nombre de connexions déjà crées (en quelque sorte, elles minent des ressources).

Le prix de la connexion augmente de 10 %/jour.

On constate une amplification beaucoup plus grande de la petite différence initiale. Le Neurone 1 ne détient plus que 28 % du marché. Si maintenant les prix augmentent plus vite, l’acteur légèrement avantagé au départ se retrouve maître du monde. Si les prix augmentent de 40 %, le Neurone 1 ne détient plus que 20 % au bout d’un mois. À partir de 60 % d’augmentation, seul l’acteur prédominant à l’origine continue de croître. Le Neurone 1 tombe à 6 % de part de marché.

Plus 40 % par jour.

Plus 60 % par jour.

Pire, si le volume de connexions est limité, le neurone dominant commence à rogner les connexions du neurone inférieur qu’il rachète peu à peu jusqu’à l’avaler. Nous en sommes à ce stade avec Internet. Quelques winners ont raflé la mise et continuent d’engloutir les nouveaux liens tels des trous noirs.

Inflation
Inflation

Je peux risquer une comparaison avec la théorie de l’inflation en physique. Juste après le big bang, une brusque expansion plus rapide que la vitesse de la lumière aurait amplifié les fluctuations quantiques initiales, créant des vides et des pleins dans l’univers, et rendant par la suite possible la formation des structures stellaires sous l’effet de la gravité.

Une minuscule différence se voit brusquement amplifiée. Un moteur de recherche avec un petit avantage devient quasiment le seul moteur de recherche. On peut applaudir ses créateurs, mais pas de trop. Ils ont surtout bénéficié d’un magistral coup de chance, celui d’avoir avancé leur pion au bon moment. Et s’ils n’avaient pas été là, l’acteur juste derrière eux aurait bénéficié du même effet catapulte.

Donc, dans un univers massivement en réseau, inutile de dire qu’on coupera la tête à telle ou telle entreprise. On ferait alors immédiatement apparaître un autre winner. Il faut plutôt contrer la loi de l’inflation.

Contre la gravitation, on a inventé les avions, les planeurs, les parapentes… Contre l’inflation des réseaux, il faut inventer une technologie, peut-être législative et de type antitrust. Elle pourrait prendre la forme d’une taxation exponentielle du nombre de connexions. Google devrait ainsi reverser des milliards de taxes à la communauté.

Si nous ne faisons rien, les trous noirs avaleront Internet, nous serons prisonniers d’entités privées qui nous imposeront leurs règles. Et ça va loin, car plus rien de nous ne leur échappera.

Bien sûr nous pourrions collectivement lâcher l’acteur devenu trop puissant. Mais c’est une hypothèse à laquelle je crois de moins en moins. Cet acteur nous connaît de mieux en mieux, presque trop bien pour que nous puissions le surprendre. Au moindre frémissement, il rachète ceux qui pourraient un jour lui nuire.

Inutile également d’invoquer comme voie de salut la main invisible chère aux libéraux. La situation de monopole sur un réseau devient si flagrante, si universelle, qu’elle ne laisse plus sa chance aux nouveaux acteurs, à moins qu’ils déplacent la bataille sur un réseau émergeant. Est-ce possible quand ce réseau implique toute la sphère numérique ? J’ai quelques doutes, voilà pourquoi une législation s’impose, donc une forme de gouvernance.

Mais attention, ne chassons pas des dictateurs pour en mettre d’autres à leur place et construire un réseau pire que l’actuel. Pour éviter de nous fourvoyer, nous devrions passer la nouvelle structure au crible des trois règles de légitimité d’Olivier Auber.

  1. A ou liberté Tout agent A peut-il accéder ou quitter librement le réseau ? C’est par exemple en gros le cas sur Facebook ou Twitter, et sur Internet en général, mais ce n’est pas le cas dans le réseau monétaire où on nous plonge dès la naissance.
  2. AB ou égalité Tout agent B (présent ou futur, y compris les agents qui conçoivent, développent, administrent et font évoluer le réseau) est-il traité comme l’agent A ? C’est rarement le cas, surtout sur Facebook où Zuckerberg dispose de davantage de droits que nous.

  3. ABC ou fraternité L’appartenance des agents A, B et C (ABC étant le début d’une multitude) à un réseau satisfaisant aux deux premiers critères, suffit-il à ce qu’ils se reconnaissent comme pairs ? C’est pas simple, c’est l’idée que nous pouvons faire communauté en toute harmonie.

Au regard de ce crible, Internet n’est de toute évidence pas légitime. Des acteurs étant mécaniquement propulsés à sa tête par l’inflation, la règle AB est bafouée et la fraternité n’a aucun moyen d’y naître, quels qu’aient été nos espoirs initiaux.

Même le monde du logiciel libre n’est pas légitime, la seconde règle n’étant pas respectée puisque les développeurs ont le privilège de pouvoir modifier le code. Certes, moi simple utilisateur, je peux faire confiance à un informaticien comme le suggère Stallmann, mais avec quel degré de confiance ?

Plus grave, comme Internet englobe toute la sphère marchande et culturelle, on retrouve l’inflation partout, jusque dans la littérature où le premier cancre venu se retrouve propulsé au Panthéon. Ni plus ni moins que par un coup de chance. Voulons-nous d’un monde où nos idoles sont tirées au sort ? Vous comprenez peut-être mieux pourquoi la proposition d’Étienne Chouard d’un tirage au sort de nos constitutionnalistes me fait sourire. Depuis l’avènement d’Internet et des réseaux, tout est tiré au sort et je n’aime guère la tournure des événements.

Ne me dites pas que c’était semblable avant. On avait alors des progressions linéaires, voire géométriques, désormais nous avons passé la vitesse exponentielle de l’inflation. Que faire ? Pas d’autres choix que gouverner, reprendre le pouvoir collectivement, en gardant en tête le crible de légitimité.

Le plus grave serait de nier la loi winner-take-all. Ce serait comme nier la gravitation, arriver au sommet d’une falaise et se jeter dans le vide en se persuadant que tomber est une illusion. C’est une loi naturelle, ne lui cherchez PAS des explications sociopolitiques.

PS1 : Une assemblée constituante tirée au sort ne serait pas légitime. Le A tiré au sort n’est pas traité comme le B qui ne l’est pas. Il peut écrire la constitution alors que B ne le peut pas. Mais oui, ce système est plus légitime que le modèle électif actuel, qui lui ne respecte même pas la première règle.

PS2 : L’inflation fabrique des best-sellers et neutralise les autres contenus culturels. Plutôt qu’allonger la traîne comme l’avait supposé Chris Anderson, elle la raccourcit.

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26 comments

  1. goofy says:

    Mai oui > Mais
    Je te lis attentivement mais pas seulement pour l’orthographe hein.

    J’ai un peu de mal à partir du moment où tu parles des règles de légitimité. Je vois à peu près pour A et AB mais pas pour ABC.

  2. goofy says:

    …et par ailleurs “une législation s’impose, donc une forme de gouvernance.” me laisse plus que perplexe, quand toutes les formes de « gouvernance » qui veulent s’imposer reviennent à juguler le net pour qu’il ne soit surtout pas un espace de liberté.
    Dire “oui à la gouvernance/législation *mais* avec des garde-fous solides” (les 3 règles) c’est vouloir oublier que ni le pouvoir des états ni celui du capitalisme marchand n’ont respecté les moindres garde-fous depuis 30 ans.

  3. Olm-e says:

    Il y a à mon sens pas mal de racourcis ici … oui, une “gouvernance” … mais cette gouvernance dois se baser sur un modèle vraiment distribué, et non pas appliqué par les décideurs actuels.
    Par ailleurs, dans la démonstration “mathématique” vous oubliez totalement les effets de retours lors de la prise de part de marché : un élément trop gros ne peut tout avaler, il reste obligatoirement des “minorités” qui ne veulent pas rentrer dans le moule dominant. On peut d’ailleurs le voir avec FB qui maintenant a du mal à étendre son empire et vois sa croissance d’utilisateur stagner. Par contre, les réseaux sociaux décentralisés (Pump.io, GNU Social, Diaspora, Friendica, … ) prennent petit à petit de la vitesse à mesure que leurs fonctionnalités se renforcent (notemment dans les pays d’amérique latine), et s’acheminent actuellement vers une fédération, cad un interfacage entre ces réseaux…
    Ce qu’il faut, c’est faire monter la conscience sociale généralisée du fait que cette centralisation est mortifère, pour permettre aux plus grand nombre de comprendre le problème. Il suffit pour ça de 2 schémas (réseau étoilé ou mesh, centralisé ou distribué) et de quelque exemple pratique :
    Le Bengladesh vient de subir un total blackout du fait de la coupure d’UNE liaison électrique p.ex.
    Enfin, on dois toujours faire confiance à quelqu’un : vous faites confiance à votre médecin lorsqu’il vous propose un traitement, c’est le même problème qu’avec un logiciel : si il y a une relation de confiance réelle, humaine qui peut s’établir, on rêgle le problème. Il s’agit d’un problème de structuration des relations humaines, pas d’un problème technique à proprement parler, et les technologies de l’informations permettent justement de rassembler ceux qui étaient séparé (comme vous le dites dans le billet précédent sur votre coming out… )

    Donc oui, il faut organiser un contre pouvoir aux GAFA’s, mais probablement pas uniquement par des lois, plus surement par une réelle alternative qui ne dépend pas des facteurs économiques (on ne peut racheter pump.io p.ex… )

  4. Feedback ou pas, Winner-take-all sur les réseaux, que le Winner change de temps en temps n’est pas contradictoire et personnellement me fait une belle jambe. Refuser cette loi (qui ne peut pas plus que la gravité être niée), c’est courir à la catastrophe politique.

    Oui il existe des niches, mon graphique à 60 % le montre très clairement. Si nous ne laissons que ça à la “démocratie 2.0”, ça va pas être cool.

    Maintenant j’ai souvent écrit sur la gouvernance. Comme je suis un défenseur de la décentralisation, il est bien évident qu’il s’agit d’une gouvernance en P2P. Mais c’était vraiment pas l’objet de l’article… non ?

    N’oublions jamais que le meilleur des mondes n’existe pas. Nous voyons des bugs, nous les corrigeons. Winner-take-all est un gros bug pour un monde en réseau.

  5. Olm-e says:

    cette lois du “winner takes all” n’est valable que parce que la monnaie est centralisée … ce n’est pas un bug du réseau, mais un bug de l’économie de marché.
    il faut se servir du réseau pour transformer cette économie.

  6. Non, non et non. Je n’ai fait aucune hypothèse quant à la nature de la monnaie, je n’en ai même pas parlé.

    La loi winner-take-all est valable dans tous les réseaux décentralisés, notamment dans les différentes zones de notre cerveau. Ne cherchons pas d’excuse à cette loi, nous devons nous y opposer.

    J’ai parlé dans mon expérience d’un coût d’acquisition. C’est un coût énergétique et plus on dispose de connexions, plus on peut récolter d’énergie. C’est tout et ça suffit à expliquer l’inflation.

  7. Olm-e says:

    Si c’est une “loi” comme celle de la gravitation, il n’y a pas moyen de s’y opposer autrement qu’en trouvant d’autres “lois” semblables ayant des effets opposés favorable à la distribution, tout comme on utilise les lois de la thermodynamique pour envoyer une fusée en l’air, ou la loi d’archimède pour maintenir un ballon en altitude… Ce n’est donc pas par le législatif qu’il faut passer… et nous pouvons constater que les pauvres essais actuels dans ce sens sont nuls : les diverses taxes ou obligation de censure faisant pshiit face au lobbying et contournements techniques.

    pour ce qui est du principe “d’énergie” : il est sensiblement économique, puisque c’est l’argent qui est le fluide permettant les transferts. Si Google n’avait pas reçu de capitaux à son départ (provenant tant d’investisseurs privés que de l’état et sa branche armée) il n’aurait jamais eut la masse critique d’énergie disponible (temps de travail, crédit social, relation bien placées, lobbying,… ) pour avoir l’effet actuel.
    De même pour FaceBook, qui loin d’être le premier réseau social a démarré par l’effet d’attraction du capital (tout le monde veut être l’ami des riches) du fait du public d’Harvard…
    De même, on peut argumenter la difficulté de changer ses habitudes comme une question “d’énergie” des connections neuronales … mais là encore, il y a quelque chose d’économique, notamment lié au temps de travail et de “loisir”, à la valeur attribuée aux relations sociales dans le contexte réel, etc…
    On le constate par exemple de manière flagrante dans le contexte du logiciel libre, ou la question économique est critique pour les développeurs : le temps passé au développement, loin d’être “gratuis”, se paye d’une manière ou d’une autre. Sans “énergie” monnétaire, même avec la meilleure volonté du monde, ça se traduis par un abandon ou par … un drame (suicide, divorce, … ). Et ceci conditionee fortement la disponibilité d’alternatives techniques aux GAFA’s …

    enfin, comme toute théorie, on peut se demander jusqu’ou elle est valable. Je constate que le BigBang est critiqué par certains, qu’on cherche toujours une “matière sombre” élusive et fanstastique, que le modèle standard ne l’est pas, et que la gravitation n’est toujours pas comprise … donc les dogmes moi, je les met en doute, contrairement au Pape … 😉

    ceci n’est pas pour contester l’urgence de trouver une solution à cette dynamique, on est bien d’accord.

  8. olm-e dixit un très qui me semble très juste : “Si c’est une “loi” comme celle de la gravitation (Winner-take-all), il n’y a pas moyen de s’y opposer autrement qu’en trouvant d’autres “lois” semblables ayant des effets opposés favorable à la distribution, tout comme on utilise les lois de la thermodynamique pour envoyer une fusée en l’air, ou la loi d’archimède pour maintenir un ballon en altitude… Ce n’est donc pas par le législatif qu’il faut passer…”

    En effet, c’est l’idée que je soutiens dans mon papier -P2P money manifesto) repris par Thierry : le langage a été la Stratégie Evolutionnaire Stable (SES) que nous avons choisie pour survivre à la crise politique provoquée par l’irruption des armes chez les premiers représentants du genre Homo. Il nous appartient de trouver une nouvelle SES pour survivre à la transformation du langage lui-même en armes, telle que nous la vivons actuellement. C’est à mon avis à travers un nouvelle capacité d’évaluation des réseaux et de leurs “perspectives” que nous pourrons nous en sortir. C’est le sens des critères A, AB et ABC qui sont proposés à la discussion. Il ne s’agit pas d’un tirer des “lois” au sens législatif, mais montrer qu’il existe une autre “loi” propre à ces “perspectives” capable d’inspirer une certaine prise de conscience commune et une capacité de jugement de tout-un-chacun.

  9. Le législatif est une technologie sociale addaptée au réseau… comme le langage… Vous avez une conception étroite de la technologie.

    Vous proposez quoi pour empêche le Winner-take-all.

  10. Olm-e says:

    oui, le législatif est une sorte de technologie (voir “code is law” de Laurence Lessig, ou même la GPL) le problème c’est que les lois, comme dans la videos ci dessus, sont très lentes à mettre en place, et sont en plus actuellement contrôlées par une élite centralisatrice soumise au lobbying (la France est une oligarchie déguisée en démocratie, titre Mediapart ces jours ci … )

    Ce qu’il faut c’est la fédération, reconstruire un/des réseau(x) sur base de protocoles et pas de plateformes.
    la discussion dans ce sens est animée chez les développeurs des systèmes de réseaux sociaux libres : ex : https://pump.saz.im/sazius/image/YVKoSAesRQq38-AAj2aRPw

    On peut imaginer peut-etre aussi de la part des acteurs conscients du danger un boycott des GAFAM’s (robot.txt ? ) et des licences d’utilisation de contenu adéquates, interdisant la privatisation, à l’instar de la GPL ou de la CC-SA, mais empêchant plutôt l’enfermement en silo.

    Je crois fermement aussi qu’un minimum d’investissement des états dans les systèmes libres serait un levier important, permettant par ex. à des communautés “locales” d’avoir les outils nécessaires. l’initiative “dégooglisons internet” de Framasoft va dans ce sens, mais manque de moyens d’envergure suffisante pour enrayer la machine.
    Il est probablement plus facile, au niveau des états, de pousser à investir dans ces outils libérateurs que de façonner de nouvelles législations, toujours fort difficiles à balancer.

    (et puis Thierry, vous vous contredisez, vous parlez bien de monnaie en citant Oliver Aubert, ainsi que dans la conférence vous mettez l’accent sur cette force économique des geants du web… )

  11. Faut pas tout mélanger, la monnaie est un problème… mais dans cette histoire de winner-take-all, ça serait la même chose avec une monnaie libre et symétrique.

    Donc je renouvelle ma question : que fait-on contre cette loi? Parce que si c’était Framasoft qui devenait le leader ça ne serait pas mieux selon moi.

    J’ai proposé un modèle de feedback tout simple, faire payer exponentiellement les liens pour que ça devienne de plus en plus difficile de grossir. Fixer une vitesse limite c, exactement comme dans le monde physique. C’est juste une idée, je n’en vois juste pas d’autres pour le moment.

  12. Olm-e says:

    je ne mélange pas tout :

    dans un système à monnaies libres et symétriques, les actionnaires n’auraient pas le même pouvoir, et la forme de l’économie serait bien différente il me semble. (sinon quel intéret…? )

    et Framasoft ne cherche pas à devenir un nouveau centre, mais a développer des outils décentralisables, en commençant par une masse critique permettant de rassembler les moyens de ce développement. L’idée est de permettre l’autohébergement de ces outils libres, au moins pour les associations et communautés, qui en sont réellement demandeurs. Ces outils manquent dans la pratique, et il ne sert à rien de critiquer les Grands Méchants tant qu’on a pas d’alternative à proposer (critique souvent renvoyée aux militants … )

    si on prends l’exemple de pump.io, anciennement status.net: il s’agissait d’une alternative libre et décentralisée à Twitter au départ. A un certain point du développement, le développeur et mainteneur de identi.ca Evan Prodromou a décidé de changer l’application de base pour quelque chose de plus souple et extensible. Il a fait passer le noeud qu’il gérait sur ce nouveau système, en imposant aux nouveaux venus de s’inscrire sur d’autres noeuds compatibles, pour forcer la distribution à l’encontre de la centralisation naturelle qui se produisait avec identi.ca, qui était devenu synonyme de status.net (site!=protocole) (on retrouve le winner-takes-all ici … )
    Il y a plusieurs raisons à ça, et notamment le cout de connexion. En effet, ça coute d’héberger un tel site, surtout si toute la planète s’y inscrit.
    Actuellement ce réseau social fonctionne de manière distribuée, comme d’autres cités précédemment.

    Au delà des couts techniques, déjà existants, je ne vois pas comment, pratiquement, imposer législativement un cout aux liens, de manière exponentielle, tout en garantissant une liberté à tous.

    maintenant, je suis pour taxer lourdement Google and co pour leurs datacentres, polluants et pourvoyeurs de peu de richesse, comme ici à Mons en Belgique, mais ça reste de l’hypothétique tant qu’on reste soumis aux politiques actuelles… (Elio DiRupo, bourgmestre de Mons, président du PS belge et pour un temps premier ministre, est bien fier de cette présence dans son fief… )

    Si déjà on fermait les “loopholes” fiscaux leur permettant d’évacuer toute taxe, ça serait une avancée (ça commence doucement avec le sandwich Irlandais… mais on est pas rendu… )

    donc pour moi, ton idée de cout/limite du nombre de connexion est déjà un fait, mais certains trichent en utilisant les ressorts du capitalisme et les limites de la démocratie représentative.

  13. 1/ Tu me dis qu’il faut une loi physique et tu proposes des lois législatives. ça me rassure. 🙂

    2/ Tu as des neurones Winners dans ton cerveau. Quel que soit le système monétaire, on aura des Winners. C’est une propriété des réseaux (pas de quelque chose qui est hors d’eux). Si tu les laisses se développer sans contrainte directe sur leur topologie, des Winners apparaissent.

    3/ Tu proposes comme moi une contrainte financière, mais elle ne règle pas le problème des géants actuels. Il faut une règle qui casse les entités trop connectées. Une loi antitrust.

  14. Olm-e says:

    1/ non, je propose de se concentrer sur le développement des systèmes réellement distribués qui seront une alternative à la centralisation, tout en rendant confiance aux acteurs locaux (à l’instar de la permaculture contre monsento)

    2/ dans mon cerveau, il y a une dynamique de renforcement de certains neurones, mais une logique contraire est à l’oeuvre, sinon un neurone les contrôlerait tous … quelle est-elle ?

    3/ je ne crois plus aux politiques dans le système actuel, une loi antitrust à mon sens serait vite contournée par une galaxie de succursales interdépendantes contrôlée par derrière, tout comme d’ailleurs actuellement la majeure partie des entreprises multinationales se possèdent mutuellement pour éviter les lois antitrust existantes… Il faut trouver autre-chose, de plus organique et résilient. (autopoietique)

  15. Olm-e says:

    pour compléter la réflection sur la construction d’outils fédérés et distribués : Sazius et la Fédération : http://sjoberg.fi/blog/join-the-federation.html

    on y parle de “l’effet de réseau” et de la construction de pont entre les systèmes existants. Il y a une dynamique organique, qui tient compte de la rêgle “winner-takes-all” (actuellement Diaspora) mais ménage les autres options.

    Il me semblerait difficile d’appliquer des lois antitrust pour empêcher que tel ou tel protocole ne prenne le dessus… mais au moins, l’ouverture des frontières permet d’avoir le choix : ici, Mats Sojberg penses que Pump.io est mieux, mais Diaspora étant dominant, il faut se fédérer avec. Donc, il va chercher à modifier diaspora pour qu’il parle pump.io … (pas l’inverse, ce serait une régression technique d’après lui)
    l’avenir nous dira ce qu’il en retourne. (Et l’économie n’est pas absente ici non plus, Diaspora ayant été le plus financé également… )

  16. Olm-e says:

    bon après ça j’arrete, mais je vois apparaitre ici justement l’apparition du phénomène “naturel” que je cherchait : la saturation des gros noeuds demande plus de petits noeuds, ici dans le réseau Diaspora : les “winners brake all” …

    https://joindiaspora.com/posts/5093902

  17. La saturation finit toujours par se produire, mais elle n’implique pas une perte rapide de domination. Cet effondrement est inévitable, mais peut prendre des décennies. C’est tout le problème. Qu’est-ce qu’on fait en attendant avec nos blogs et nos réseaux sociaux décentralisés ? Détenir 10 % du monde, c’est gigantesque. Mais si les 90 % pendant ce temps détruisent le monde, c’est inutile.

  18. Ce n’est pas parce qu’un réseau s’impose selon un processus “winner-takes-all” qu’il n’est pas “légitime”. Par exemple, Linux définit un réseau constitué des serveurs (et de leur admins) sur lequel il est installé, c’est-à-dire une grande partie des serveurs de l’internet. Linux est donc un “winner” !
    La “perspective numérique” ainsi définie, dont Linux est “code de fuite” a certains caractères de légitimité, et d’autres le sont sans doute un peu moins. De fait, la communauté concernée par cette perspective, agit sur elle, dans un sens et dans l’autre. L’idée de la proposition de critères “A, AB, et ABC” est de tenter d’objectiver cela chez les agents du réseau afin qu’ils puissent orienter son évolution autopoïétique dans un sens plus légitime et donc plus durable. C’est une bataille qui n’est jamais achevée.

  19. @Olivier Je suis d’accord avec toi… je pense pas avoir dit le contraire. Le problème de l’inflation, c’est que ça peut amener au premier plan des réseaux pas légitimes. Nous y sommes pour le Web.

  20. L’exemple de Linux montre que cette inflation peut aussi amener au premier plan des réseaux qui le sont 😉
    Dans le domaine des crypto-monnaies, il est probable que Bitcoin soit à moyen terme le “winner”, mais si sa légitimité n’évolue pas, ce dont je doute car elle est codée en dur, une alternative plus légitime lui damera le pion.

  21. Comme dit Francis Heylighen (Global Brain Institute):

    “What modern theories of consciousness (such as the one of Dehaene) have taught us is that our feeling of being a coherent self is mostly an illusion, born of the fact that a host of incoherent, as yet subconscious thoughts jostle for access to the global neuronal workspace, but that the winner-takes-it-all dynamics only lets a single one emerge into consciousness. That makes it look as if this single thought is actually our true self being in control of what happens in the brain. But we typically ignore all the other subconscious impulses acting in parallel that are ready to push it out and take its place…”

    A toutes les échelles, dont celle de la conscience, l’effet “winner-takes-all” semble s’exprimer. Cependant, les structures émergentes produites par le phénomène sont temporaires : quelques millisecondes à l’échelle de la conscience, quelques minutes à l’échelle d’une conversation (on voit cela très bien dans les expériences du générateur poïétique), quelques décennies pour les organisation humaines de taille moyenne, au plus quelques siècles pour les empires.

    Le phénomène qui va contre celui du “winner-takes-all”, est celui de la reprise d’autonomie des agents, qui semble d’autant plus brutal que l’ordre précédent massif et rigide.

  22. Galuel says:

    Winner-take-all … Que reste-t-il de Pharaon ? De César ? De Louis XIV ? Que restera-t-il de ces illusions présentes dans 80 ans, dans 160 ans ?

    Quel observateur serait là et observerait expérimentalement et directement entre deux dates distantes de 160 ans ?

    Ces discussions ont toutes pour point commun d’ignorer le sens que constitue la distance entre la naissance et la mort de tout individu – observateur.

    Sans comprendre le sens de cette dimension finie et irréductible tel ou tel individu se perd en conjecture sur la nature d’une réalité illusoire qu’il estime exister par elle-même, indépendamment de l’observateur.

    Comment s’assurer d’une perspective symétrique entre individus et observateurs dont la seule objectivisation commune de quoi que ce soit est la naissance, la vie et la mort ?

    Croire que s’assurer d’une perspective symétrique assurerait ensuite que tout observateur s’y plierait sans avoir la pleine possibilité d’une perspective parfaitement asymétrique, c’est ne pas avoir encore réalisé le sens plein et entier du tétralemme qui dépasse la notion même de concept.

    En établissant son propre esprit dans le non-conceptuel toute perspective est abolie par l’observateur.

    S’attacher enfin au non-conceptuel c’est ne pas savoir où aller.

    Ceux qui ont décidé de là où ils veulent aller se mettent en route sans attendre.

  23. Olm-e says:

    inspiration/expiration, contraction/expansion, amour/haine, naissance/mort, peur/joie, contrainte/liberté , … un mouvement parcours ce qui est vivant, cyclique mais changeant, toujours local mais intégré dans un global.
    Les mécanistes n’y comprennent rien, aveuglés par leurs rois…

    Ayons quelque chose à proposer quand le prochain géant tombera, les liens lilliputiens de la loi ne sont guère solides face à l’évolution organique de la technologie.

  24. Que devient le Tétralemme en Logique Linéaire, qui semble bien être celle qui règle nos sous-structures à notre insu ? Peut-être, le Tétralemme est-il lui-même une a-structure logique émergente ? Et quand sous la coupe du Tétralemme, tout devient indécidable, en attendant, César règne !
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Logique_linéaire

  25. Galuel says:

    “Peut-être, le Tétralemme est-il lui-même une a-structure logique émergente ?”

    Non. Il s’agirait plutôt d’un “véhicule” pour “réaliser” le non-conceptuel (ce que je viens de dire ne saurait en aucun cas conceptualiser le non-conceptuel.

    La réalisation du non-conceptuel élimine tout concept, et donc aussi toute logique.

    “en attendant, César règne !” est un point de vue conceptuel relatif. Là où Jésus explique parfaitement bien que l’on peut très bien rendre à César ce qui lui appartient et à Dieu ce qui lui appartient, non-A implique l’existence contraposée de A.

    Le tétralemme veut mettre en évidence non-pas que A ou non-A soit vrai ou faux, que le choix même de conceptualiser A implique celui de conceptualiser non-A, mais que ni l’un ni l’autre ne sauraient qualifier la réalité, ni en différer.

    Autrement dit, en terme de processus, réaliser le non-conceptuel consiste en la compréhension de la relativité des concepts, et plus encore, que c’est l’attachement à des concepts qui implique l’individu dans ses actes, mais cela ne signifie ni adéquation ni non-adéquation des concepts avec l’expérience.

    Autrement dit le Bramajalasutra ou l’échec relatif de Russel de fonder les mathématiques avec les Principiae Mathematica, convergent vers le tetralemme et le théorème d’incomplétude de Gödel.

    Autrement dit ceci, est un choix, que celui qui a réalisé le non-conceptuel peut établir de façon parfaitement consciente.

    Tout autant que son opposé, ou que toute autre choix, y compris ceux qui les ignorent.

  26. Bigben says:

    Bonjour,

    Quelques remarques et questions (sans doute trop tardives, comme souvent avec moi)
    1. La loi du “winner takes all” parait juste. Mon propre crble eest de voir si elle s’applicque aux réseaux sociaux non numériques (non ou peu régulés).
    Exemple, en immobilier, les premiers arrivés sur une zone balnéaire déserte en 1900 ont tout gagné (ou en tout cas beaucoup).
    Idem pour, par exemple, l’idée de faire une campagne virale avec le “ice bucket challenge” en termes de notoriété

    2. Après, est-ce si grave ?
    Je dirais “oui, parfois” si tout est centralisé.
    Je trouve ça “peu grave” pour google : eux ont réussi à s’imposer via leur moteur de recherche mais, pour le reste, la plupart des trucs sont gratuits (et sont souvent bien utiles).
    Le fait qu’ils aient trouvé un moyen de gagner de l’argent (sans en demander aux utilisateurs) ne me pose pas de problème : avec leurs recherches sur des nouveaux trucs, ils en rendent une partie à la société.
    Le fait qu’ils gagnent de l’argent grâce au infos personnelles des utilisateurs ne me gène pas trop non plus vu que la plupart n’en ont rien à f….
    C’est un peu comme si on reprochait à qqn de s’enrichir grâce aux ordures et aux décharges …

    Ca pose problème sur Facebook parce que, du coup, l’administrateur du site central va forcément privilégier ses opinions (ex : la vie privée n’existe pas).
    (Attention, cela n’enlève rien au produit : si facebook a eu du succès, c’est qu’il est utile : je ne connais pas d’autres trucs pratiques pour, à la fois, échanger des messages, envoyer des photos à plusieurs personnes simplement, “bloguer”, commenter, etc ….)

    3. La solution, ça me parait délicat pour que ce soit une loi (trop long, trop de juridictions différentes) ou même une régulation (elle-même centralisée ?)

    4. La solution peut être entre :
    – le libre
    – le décentralisé
    – le peer-to-peer
    En effet, si une fonctionnalité cool mais discutable apparaît, il sera rapide qu’un “fork” moins discutable voit le jour.
    (On peut facilement imaginer un facebook en P2P, par exemple)

    La régulation qu’il faut, c’est en fait de la sensibilisation à ces aspects.
    a+
    Bigben

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