Réformer l’État pour changer le monde

Nous voyons tous que le monde tourne pas rond. Même les ultrariches se demandent quand on va finir par leur couper la tête. Mais comment transiter de notre situation pourrie vers une autre qui, sans être parfaite, serait un peu plus harmonieuse ?

Dans mon bilan mi-figue mi-raisin de mes dix dernières années d’activisme, j’ai dit qu’il fallait d’abord et avant tout une prise de conscience, auxquels certains ont vu comme un renoncement au politique. Du coup, j’ai mal dormi et j’ai pensé à un autre scénario, peut-être déjà à l’œuvre depuis l’époque de Marx.

Portrait rapide de l’époque

Nous vivons dans une société dominée par les silos, c’est-à-dire des structures pyramidales monolithiques dont aujourd’hui la principale activité est de commercer. Jadis, les mêmes structures se faisaient la guerre. Comme mieux vaut échanger que tuer et voler, c’est une amélioration.

Dans une petite mesure, le commerce pacifie. Et comme pour commercer efficacement, il faut de la monnaie, la monnaie elle-même pacifie (je n’ai pas dit qu’elle était pacifique). Mais son accumulation facilite la création des silos qui l’accaparent et la raréfient pour la plupart des citoyens (donc pacification très relative).

Le passage par l’État

Si maintenant on estime avoir besoin à la place des silos de structures plus horizontales, parce qu’elles sont plus adaptées à la résolution des problèmes complexes, par nature transversaux, il faut donc réorganiser nos sociétés en abandonnant peu à peu le modèle des silos.

En première analyse, un silo de ne peut pas réformer la structure en silos de la société, ce serait comme demander à un pinceau de se peindre lui-même.

Une révolte armée ne paraît pas plus souhaitable. La violence implique la domination, une des caractéristiques intrinsèques des silos. Toute réaction violente de la société l’enkysterait davantage dans le modèle des silos.

La politique ordinaire passe elle aussi par les silos des partis. Encore une mauvaise piste.

Comment donc changer ? Et quelles seraient les caractéristiques d’un modèle transversal ? Il me semble qu’il implique la coopération. Il est pacifique.

Aujourd’hui, les silos se battent pour la monnaie. Ce transfert de l’art de la guerre à l’art du commerce pose problème parce qu’une société transversale a besoin d’entraide, de coopération, de dons sans l’attente de contre-dons… Autrement dit, une telle société n’a pas un besoin vital de monnaie. Elle échange des qualités plus que des quantités.

Donc, la réforme sociale doit se jouer hors du champ monétaire traditionnel.

Paradoxalement, il existe déjà des silos qui ne se battent pas vraiment sur le plan commercial, ceux des États, par exemple celui de la sécu ou de l’éducation nationale. Des silos déjà tournés vers le service, transversaux dans leur mode opératoire. Certes en compétition pour les budgets, mais sans que cette compétition soit aussi vive que celle commerciale, et surtout sans qu’elle soit propre à leur fonction.

Les silos étatiques sont peut-être alors la clé du changement. Pour peu qu’ils se réorganisent, qu’ils abandonnent le modèle hiérarchique, qu’ils horizontalisent leur structure, ils introduiraient une nouvelle dynamique.

Retour aux vieux idéaux

Le marxisme et le socialisme, en nous poussant vers l’État providence, n’auraient ainsi été qu’une étape vers une société plus juste, plus harmonieuse, surtout mieux adaptée à la complexité croissante. Il me semble que déjà Marx voyait le socialisme comme une étape, oui, une étape dans la réorganisation du monde.

On peut s’amuser à écrire l’Histoire.

  1. Société féodale avec ses roitelets perpétuellement en guerre.
  2. Sociétés des États-nations perpétuellement en guerre.
  3. Sociétés des silos commerciaux perpétuellement en concurrence.
  4. Apparition du socialisme et de l’État providence.
  5. L’État crée ses propres silos transversaux.
  6. L’État métamorphose ses silos en structures transversales.
  7. La transversalité se généralise au monde.

Selon ce scénario, la réforme passerait par la politique. Des élus improbables réformeraient les services de l’État. Malheureusement, pour être élu dans le système des silos, il faut avoir mis à sa botte le silo d’un parti. Ce n’est pas gagné. D’autant que tous les gouvernements semblent suivre une politique contraire en transformant peu à peu leurs services en entreprises comme les autres.

Silos par Doc Searls.

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2 comments

  1. yoananda says:

    La politique pourrait être vu comme un métasilo : un moyen d’agréger les silos. 30 000 lobbyistes en France de mémoire.

    L’horizontalité se fait déjà via les gens et les assos, non ?

    Cependant, si on cherche un monde pacifié, le premier du premier des problèmes, au dela de la structure politique (dont beaucoup pensent qu’elle n’est qu’une conséquence, un peu comme Marx l’expliquait avec son matérialisme historique) :
    la démographie, les ressources : a 7 milliard, bientôt 11, on dévaste tout et, le pétrole venant bientôt à manquer, sans alternative aussi performante, on va avoir des soucis pour nourrir tout le monde. A partir de la, la paix est illusoire.
    Les guerres sont déjà des guerres de contrôle des ressources, depuis bien longtemps.
    Il y a de moins en moins de poissons dans la mer, d’ici moins de 50 ans, la plupart des espèces sauvages auront disparues, les terre arables diminue, les forêts sont rasées, les mines deviennent gigantesques, etc… sans parler de la guerre de l’eau.
    Y en a pas assez pour tout le monde, pas pour vivre comme un européen en tout cas.

    2ème problème, mais 2ème seulement, les inégalités : il y a les inégalités naturelles (on ne naît pas tous avec les même capacités, ni dans les même environnement) et les inégalités “construites” (les seuls sur lesquelles on puisse/doive agir.
    Et ça, ce n’est pas une sinécure.
    Sans parler du fait que la redistribution ne peut se faire que s’il y a une identité, un destin commun.

  2. goofy says:

    “C’est voir. ” ?? (ligne 2 ) c’est à voir / c’est noir / c’est le grand soir ?

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