Tout ce que j’ai pu dire des ebooks, j’aurais pu le dire des livres imprimés à la demande (POD). D’ailleurs, je me suis mis à publier en ebook à peu près en même temps qu’en POD, à partir de 2009 en gros (au préalable, j’utilisais la POD seulement pour imprimer mes épreuves).

Sous l’appellation édition/publication électronique, on peut regrouper au moins quatre modes de diffusion des textes :

  1. Le Net (sites, blogs, apps, newsletter…).
  2. Les ebooks.
  3. Les livres en POD.
  4. Les livres audio/vidéo.

C’est la publication/création électronique qui m’a toujours intéressé, et si demain de nouvelles modalités techniques apparaissent elles me passionneront autant que les plus anciennes.

Mes deux priorités :

  1. Maximiser ma liberté d’auteur (publier ce que je veux quand je veux à la vitesse que je veux, être mon seul censeur, ne pas limiter mon imagination à ce qui est commercialement acceptable).
  2. Maximiser ma liberté de lecteur (lire sur le support de mon choix dans les conditions de mon choix, sans que mes choix ne soient bridés par des contraintes commerciales — je veux aussi pouvoir lire des œuvres difficiles ou expérimentales).

Le passage à travers l’électronique maximise ces deux libertés.

Tout cela pour dire que je moque que mes lecteurs lisent mes textes sur papier, liseuse, ou même qu’ils les écoutent (si j’avais le talent de Neil Jomunsi, je ferais moi-même mes versions audio). Cela ne change rien à mon engagement numérique, celui de transformer mon ordi connecté au Net en atelier de création, de diffusion et d’interaction.

Un point fondamental à préciser : dans ce processus, le plus souvent, aucun tiers humain n’intervient (ce qui n’est le cas dans l’édition traditionnelle). On touche là peut-être à quelque chose de central dans l’édition électronique : la distance entre l’auteur et le lecteur est minimisée. Personne ne vient altérer, corriger, édulcorer. L’auteur est vrai, fragile, sans bouclier. J’aime ça. C’est un retour aux sources épistolaires de la littérature.

Le Net a sur les autres modalités électroniques un intérêt supplémentaire : il travaille la proximité au corps. En plus d’éviter les intermédiaires, il rapproche auteurs et lecteurs dans le temps, j’écris, je publie, et dans l’espace social, je peux te parler, te répondre, discuter.

Il est difficile de maximiser toutes les libertés en même temps. Par exemple, avoir l’interactivité et le papier, ça ne le fait pas. C’est pourquoi nous devons multiplier les canaux de diffusions, sans pour autant renoncer à notre présence en ligne. J’avoue que cette dernière option me tente de plus en plus souvent, mais je renonce à cette fuite, parce que je me priverai alors d’une des spécificités centrales du numérique.

Autre paradoxe : une œuvre numérique peut être papier, parce que le lecteur choisit de la découvrir sur ce format, quitte à en perdre quelques-unes de ses spécificités. Par opposition, même si je lisais le dernier Goncourt sur mon écran (ce qui est improbable), je n’en ferai pas pour autant une œuvre électronique.

Pas simple toutes ces histoires, peut-être pas très intéressantes, mais les artistes se les posent toujours, je pense à Tarkovski qui voulait avec le cinéma dire ce que seul le cinéma pouvait dire. C’est un parti pris que j’aime. Sinon se contenter de parler de littérature, mais à force de trop généraliser, on risque de tout dire et alors ne plus rien dire.

Si on y regarde de près, un ebook ou un livre en POD sont grandement équivalents :

  1. Ils impliquent le plus souvent une mise en circulation à travers une plateforme de distribution (ce qui entraîne un éloignement temporel entre l’auteur et le lecteur, parce qu’il faut un peu de temps pour tout ça).
  2. Ils ne permettent pas l’interaction.
  3. En revanche, ils maximisent également la liberté de publier et celle de lire des œuvres qui sinon seraient inaccessibles.

Le Net, lui, réunit tous ces mondes :

  1. Publication immédiate (le Send).
  2. Interactivité.
  3. Liberté de publication et de lecture puisque le lecteur peut lire avec un navigateur, un agrégateur ou une liseuse (c’est d’autant plus facile maintenant que toutes les options de Instapaper sont gratuites).

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2 comments

  1. Parti prix ou parti pris ? 🙂
    La référence que tu fais à Tarkovski est vraiment stimulante, et pourtant, combien d’auteurs, présents en ligne, utilisent les possibilités offertes pour créer quelque chose de novateur ? Une poignée peut-être. Trop souvent, le net est perçu un pis-aller, une vitrine dont on espère qu’elle fera sortir du lot celui qui l’utilise, et qui le plus souvent ne maitrise même pas les outils à sa disposition. Dans le meilleur des cas, on proposera un livre interactif, un gadget qui n’intéresse déjà plus personne (tu en as précédemment parlé sur ton blog).
    Tu dis être parfois sur le point de renoncer à ta présence en ligne : c’est quelque chose qui m’interpelle. Il me semble que beaucoup de personnes comme toi, justement très impliquées et depuis longtemps sur le net sont de plus en plus découragées par la transformation qui s’opère ici depuis quelques années. Ce qui était un espace de liberté et de découverte, un continent vierge en quelque sorte, a été colonisé et dévoyé par le développement des réseaux sociaux. L’espace d’échanges est devenu le lieu de l’entre-soi et du politiquement correct. Chacun sa chapelle, enfermé dans sa page Facebook, avec ses amis (dont on ne connait réellement qu’une maigre proportion). C’est désormais la dictature du Like, qui a peu à peu colonisé toutes les plateformes, jusqu’aux blogs. Dans ces conditions, la tentation du repli est grande. Sans supprimer totalement sa présence en ligne, je pense qu’il est sans doute temps de prendre le maquis, instaurer une sorte de résistance qui agirait en sous-marin pour préserver ce qui peut encore l’être de la belle promesse qu’offrait le web des débuts. Rappeler qu’Internet n’est pas juste un outil marketing au service d’entreprises commerciales, qu’il est d’abord un enjeu de société.

  2. Suis bien d’accord avec toi… Prendre le maquis c’est ce que fait en ce moment Narvic, il s’installe dans les Cévennes 🙂

    Et la Piscine, c’est aussi une façon de s’arracher à ce qui est devenu trop marketing, se sortir du flux, c’est tentant… Ne plus bloguer qu’en POD. Pourquoi pas ?

    PS : c’était beau parti prix 🙂

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