Faut-il continuer à enrichir Wikipedia si ça profite à Google ?

Durant des années, j’ai milité en faveur des logiciels libres, des œuvres libres, des contenus libres, des licences Creative Commons… mais je m’interroge désormais sur le bien-fondé de mon engagement.

Dans libre, on doit entendre libre d’être utilisé, étudié, modifié, transmis… La liberté d’utiliser et de transmettre implique la possible gratuité (en ce sens qu’une œuvre libre peut être commercialisée, tout en restant accessible gratuitement — c’est le cas de mon Geste qui sauve).

Longtemps, j’ai souhaité que le plus grand nombre possible de contenus soient libres. Mais pourquoi cette volonté, quelle était mes raisons ?

Avoir la liberté d’étudier un code informatique comme nous avons la liberté d’étudier un texte ou un morceau de musique ? Non, ce n’était pas mon obsession, même si c’est fondamental pour s’assurer de l’innocuité d’un code. En revanche, j’étais fermement attaché aux trois autres libertés, qui se résument à la possible gratuité de tous les biens culturels immatériels. Et donc pourquoi ?

Je rêve d’une société plus harmonieuse, une société où nos finances ne limitent pas nos choix culturels. Je rêve que riches ou pauvres puissent être égaux au regard de l’accès à la culture. Ainsi, j’ai toujours défendu le droit au piratage, parce que je veux qu’aucune barrière financière ne réfrène la curiosité. Il existe des médiathèques pour pallier ce problème, j’en suis heureux, mais elles impliquent de se déplacer physiquement le plus souvent, alors que le riche peut rester chez lui, et je veux que le pauvre dispose du même droit numérique, quitte à ce qu’il l’obtienne en piratant.

J’ai donc vu dans la philosophie du libre un fantastique moyen pour atteindre mon objectif d’une société plus égalitaire et plus harmonieuse. Le libre n’a toujours été qu’un moyen. Il n’a jamais été en lui-même un objectif. Et quand ce moyen ne fonctionne pas, ou ne fonctionne pas aussi bien qu’espéré, je me dois de le questionner, et peut-être d’en imaginer d’autres.

Pourquoi le libre marche-t-il mal au regard de mon objectif (dont Richard Stallman se moque bien, je crois) ? Parce que ce n’est pas les plus pauvres qui s’emparent des biens immatériels libérés, mais au contraire, le plus éduqués, les mieux informés, et surtout les plus riches, à commencer par les patrons des plateformes. Les plus pauvres, ils consomment justement les biens traditionnels, traditionnellement marketés avec force dépenses publicitaires. Ils ignorent tout du dernier roman autopublié sous licence Creative Commons, destiné à une élite de happy fews.

Les plus riches, eux, ont compris leur intérêt à ce que les informations circulent librement. C’est l’or numérique, la matière première du capitalisme cognitif, celle qu’on acquière pour presque pas un rond et qu’on revend avec un bénéfice gigantesque.

Au lieu de réduire les inégalités, en apportant à tous la même culture, nous avons participé à un accroissement des inégalités, un accroissement qui profite aux exploiteurs de nos données libérées (quand de moins en moins de personnes disposent d’une part toujours plus grande de la richesse mondiale, c’est le signe d’un accroissement des inégalités, non ?).

En mettant en doute le bien-fondé de la gratuité, de la libre circulation, je ne mets donc pas en doute mes valeurs. Au contraire, je constate que la méthode que nous avons imaginée pour les renforcer ne cesse de les affaiblir, en créant des superpuissances financières (et donc des politiciens corrompus, conséquence inévitable des inégalités croissantes).

Si soudain toutes nos informations devenaient payantes, donc cessaient d’être libres juridiquement et dans la pratique, je dis bien toutes nos informations, depuis les billets de ce blog jusqu’à nos statuts Facebook, les plateformes seraient mécaniquement obligées de redistribuer leurs bénéfices.

Sous quelle forme ? N’oublions pas l’objectif : l’accès pour tous à la culture immatérielle. Il suffit donc de redistribuer à tous cette manne, en faire un revenu de base.

Le libre n’était qu’une fausse bonne idée. Il n’a fait qu’amplifier le Winner-Take-All, un winner toujours égoïste, et qui oublie qu’il est le fruit d’une mécanique des réseaux et non de son génie propre.

Un plan de bataille pourrait être :

  1. Rendre tous les contenus payants.
  2. Les contributeurs se retrouvent rémunérés (pour leur digital labor, notamment).
  3. Ils peuvent payer les ressources qui les intéressent.

Désormais, nous sommes tous des contributeurs. Pendant longtemps, nous autres blogueurs, écrivains, développeurs… avons offert gratuitement nos contributions en toute conscience. Pendant ce temps, insidieusement, tous les autres internautes se sont vus dépossédés de leurs données. Ils ont contribué sans le savoir. En libérant mes textes, j’ai en quelque sorte légitimé le vol des données par les plateformes. J’ai fait croire que c’était normal. « Puisque ces blogueurs donnent, vous aussi, internautes, donnez. C’est la règle. »

Quand on joue au jeu de la corbeille, on constate que les sociétés sans monnaies sont moins prospères que celles avec des monnaies. Le troc n’est tout simplement pas efficace. Donc libérer les œuvres, les donner, dans l’espoir d’un contre-don, c’est rêver d’une société prémonétaire, c’est aller à contresens de l’histoire. Au contraire, il faut injecter plus de monnaie dans la société, faire en sorte qu’elle soit moins rare, pour que tout le monde puisse couvrir ses besoins, et notamment ses besoins culturels.

Il ne faut pas rendre abondants les contenus gratuits qui alimentent le capitalisme cognitif, mais rendre abondante la monnaie pour que les gens puissent vivre dignement.

Pourquoi croyez-vous que les partisans du libre développent des monnaies libres ? Parce que, tout simplement, ils savent que la monnaie est nécessaire à une société avancée. C’est en soi l’aveu que le principe du libre, l’implicite gratuité, ne peut pas être universalisé.

La gratuité peut concerner quelques objets, quelques services, mais pas l’ensemble des activités de la société. Il ne s’agit donc pas de tendre vers une société sans monnaie, ou vers une société du tout gratuit qui ne tiendrait que par le contre-don, mais vers une société plus fluide huilée par des monnaies elles-mêmes adaptées à nos besoins d’aujourd’hui, notamment ce besoin élémentaire de vivre dans un monde plus juste et plus harmonieux.

Que faire durant la transition ?

Je crois que nous devons réfléchir jusqu’où doit s’étendre notre sphère du don sans contre-don.

À ma famille, à mes amis, pourquoi pas à des associations… Dois-je l’étendre jusqu’à mes billets de blogs ? À des collaborations sur des Wikis ? Dois-je l’étendre à mes photos Instagram ? À certains de mes livres ? Alors lesquels ?

Il n’est pas simple de positionner le curseur, mais j’ai la conviction qu’il doit l’être avec fermeté. Parce que les plateformes ont tout intérêt à le pousser à l’extrême dans le sens qui les arrange.

Pour le moment, je choisis au temps passé. Un billet de blog me demande rarement plus d’une paire d’heures, je peux bien le donner. Un livre me demande des mois, un plein temps, si je le donne, je me fais l’esclave du capitalisme cognitif.

Notes

  1. Ce n’est pas parce que je publie Résistants chez Bragelonne que je me pose ces questions. Depuis 1997, je publie avec des éditeurs. Donc, rien de nouveau sur le plan éditorial pour moi.
  2. Comme je l’ai dit plus haut, jouer la carte du libre c’est souvent ne s’adresser qu’à une petite coterie, le contraire de ce dont je voulais pour Résistants, dont le message doit porter le plus loin possible.
  3. En théorie, libérer une œuvre revenait à ce que plusieurs éditeurs puissent la commercialiser, donc se partagent le marché plutôt que se le disputer (j’ai parlé d’économie de paix). Ça marche dans certains cas, comme je l’ai montré pour le gel hydro-alcoolique dans Le geste qui sauve. Dans beaucoup d’autres cas, surtout dans le domaine numérique, nous n’assistons pas à un partage des revenus, mais à leur phagocytage par les plateformes.
  4. Entrevoir les limites du libre ne me fait pas me détourner du libre. Ce blog reste sous licence Creative Commons (pour le moment). Et le mettre sous copyright ne changerait rien. En fait, sa licence n’a aucune importance. Pour lutter contre le capitalisme cognitif, mes choix sont soit de rendre le blog payant, soit d’en interdire l’accès aux moteurs de recherche. La bonne solution serait d’avoir des moteurs de recherche éthiquement respectueux.
  5. Alors faut-il continuer de contribuer à Wikipédia comme me l’a demandé Neil Jomunsi ? Oui, tant que nous n’avons pas transité, mais pas éternellement, parce que contribuer, c’est se faire déposséder par les plateformes (et aussi entretenir les hiérarchies internes à Wikipédia, pas très belles à voir, mais c’est un autre problème bien que lié au précédent, pouvoir et argent faisant bon ménage).
  6. Un adversaire énergique du capitalisme cognitif devrait arrêter de donner ses contenus… mais je connais bien des écologistes adeptes du bio qui, par ailleurs, fument et picolent, ce qui suffit à ruiner tous leurs efforts. Nous ne sommes que contradictions.
  7. Souvent, on entend dire que donner un contenu, c’est le dévaloriser. Les plateformes nous ont démontré que tous les contenus, absolument tous les contenus, avaient une immense valeur. Faire payer n’a donc pas pour but de valoriser symboliquement un contenu, mais d’empêcher qu’il soit pillé par les plateformes (qui le pilleront de toute façon en l’exploitant sous forme d’extraits).
  8. Je serais donc enclin à être contre la gratuité et pour le revenu de base…
  9. Ça pose de sacrées questions au regard des biens communs, par principe libres. Doit-on laisser les plateformes les exploiter ? Il me semble que l’usage commercial des biens communs devrait automatiquement impliquer une contribution communautaire.

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16 comments

  1. Alias says:

    La question est légitime, mais je me demande s’il n’y a pas dessous un problème commun à beaucoup de thématiques contemporaines, problème que j’appellerais “la mystique de l’abus”.

    Techniquement, les communs profitent à tous – par définition. Le fait que certains des acteurs qui profitent de ces communs les monétisent et utilisent une position dominante pour en abuser, c’est – là encore, par définition – un abus. Donc une anomalie.

    Le problème, ce n’est pas le libre et les communs, c’est l’abus qu’en font les GAFAM. Du coup, en rendant ces ressources non libres, on ne fait que justifier à posteriori ces GAFAM, qui en plus auront déjà leur position dominante sur laquelle s’asseoir.

  2. Tu penses en idéaliste, l’idéalisme est dangereux… Tu peux dire la même chose du communisme… Dans la pratique, ça marche pas, c’est tout.

    Personne a jamais démontré que le libre ce serait bien pour tous… c’est juste une idéologie de plus, et les idéologies doivent être confrontées à la réalité du terrain…

    PS: je suis sur Genève en gros du 28/4 au 2/5… serai notamment au salon du livre…

  3. Alias says:

    J’espère bien que l’idéalisme est dangereux, sinon ça ne servirait à rien. 😉

    Plus sérieusement, quand tu dis que le libre ne fonctionne pas aussi bien qu’espéré, la réponse ne doit pas seulement être “il faut donc changer de moyen”, mais aussi – et avant – “que faut-il faire pour qu’il fonctionne mieux?”

    Sinon, pour Genève, faudra voir; je pars en conférence le 5 pour le boulot et j’ai une tonne de boulot à finaliser d’ici là, donc ça risque d’être serré, mais ça reste faisable.

  4. Avec cette position, tu t’accroches au moyen, pas à l’objectif. On se fiche du moyen, c’est du jetable. C’est ce qu’oublient les partisans du libre, il me semble. Ils ont transformé un moyen en objectif.

    Mais oui, on peut tenter de réviser le moyen, en introduisant la notion de réciprocité dans le libre.

    Je reviens à Genève vers la mi-juin 🙂

  5. Merci pour ce papier, c’est bon de réfléchir, de se poser des questions; et c’est assez rare sur un blog. Cependant je me permettrai quelques remarques.

    L’idéalisme est dangereux, comme l’est le communisme, comme tout autant le capitalisme (Deux guerres mondiales à son actif, la colonisation, le dérèglement climatique…) et pour pousser on pourrait aussi dire que des nombreuses baies qu’on trouve dans les forêts sont dangereuses elles aussi. Étrangement on ne parle pas de les détruire, mais l’idéalisme et les idées progressistes de rupture, si. Je pense que c’est un erreur. Dans une certaine mesure, il n’y a que la vie elle même qui n’est pas dangereuse, puisque nous savons tous qu’elle se finit par la mort.

    Autant il est facile de voir les conséquences des actions menées par quantité de personne de bonne foi; autant n’oublions pas que nous ignorons ce qu’il se serait passé si rien n’avait été entrepris. (L’idéalisme des chrétiens romains face au paganisme, des révolutionnaires face à la monarchie, des Syriens face à Bachar…).

    Le libre, “c’est pas parfait”? Oui, c’est vrai. Mais pourquoi jeter le bébé avec l’eau du bain?

    Enfin, et surtout: je ne crois pas à la monétisation comme explicitation de tout les relation et donc des dettes. Je ne souhaite pas rembourser mes parents de la dette que je leur dois (elle est énorme…), pour la raison qu’y a des dettes qui ne se monétisent pas, mais permette de maintenir la relation…

    Par exemple; si demain mon père me présentais la facture, et si je la payait quelles en serait les conséquences? C’est simple: que lui est moi n’avons plus rien à nous dire.

    La monnaie n’est pas une manière civiliser de vivre; c’est même le contraire. La civilisation ne se mesure pas à la quantité de gadget accumulé.

  6. Tu as une conception datée de la monnaie 🙂

    Les partisans des monnaies libres comme Stéphane Laborde imaginent des monnaies sans dette 🙂 et reposant sur un revenu de base.

    PS : je jète rien du tout, puisque je continue à diffuser des contenus libres. Je pense tout haut, c’est tout.

  7. Monsieub says:

    Encore une personne qui confond liberté et gratuité !
    Comment proposer de rendre tout payant pour qu’un maximum de monde accedent à la culture.
    Humm .. revoir sa copie, changer d’objectifs ?

  8. Tu as lu cet article avant de le commenter ?
    C’est quoi le revenu de base ?
    C’est quoi pratiquement les quatre libertés associées aux logiciels libres ?

  9. Medrogan says:

    Article intéressant. Mais je pense qu’il s’agit là d’un faux combat. Le problème viens du modèle sociétal et non pas des tentatives de libération de la culture. L’alphabétisation et l’émancipation partielle de la population ont été rendues possibles grâce à des initiatives comme Wikipedia (le prix d’une encyclopédie complète étant relativement élevé pour le quidam). De plus, cette masse de connaissances disponibles nous est profitable en tant qu’espèce car elle permet à la science et à l’art d’en être les bénéficiaires immédiats (suite à l’absence de frein économique et juridique à leur développement). Internet et le web (qui sont des technologies libres) ont considérablement contribué à ce mouvement sans lequel il vous serait impossible de partager aussi aisément votre opinion au public.

    Le système monétaire actuel n’est pas une fatalité, il semble exister une multitude d’alternatives collectivistes (qui ne sont pas du communisme) pouvant le supplanter. La tendance actuelle est au nihilisme, mais il ne faut pas faiblir. Les véritables ennemis sont les dogmes aliénants comme le capitalisme ! Je vous remercie donc d’avoir apporté votre pierre à l’édifice.

  10. s4mdf0o1 says:

    Bonjour,
    petit coquille Note 5 : “pourvoir et argent faisant bon ménage”

    J’ai eu le malheur de te critiquer bêtement en voyant la vidéo youtube de promotion de #Résistances… (preuve humaine de la quête intègre de Vérité, se traduisant par une véhémence, liée à l’apprentissage par l’erreur)
    Me voici donc, pour discuter un peu de ce qui est analysé ici (et ailleurs sur ce blog) -en essayant d’être succinct-
    Plusieurs petites remarques :
    Personnellement, étant bien d’accord avec ton analyse des tenants et aboutissants, autant du Libre, de la gratuité, que des dérives des GAFAM se faisant, il me semble qu’il y a justement un dénominateur commun, pour le coup, omis.
    La nouveauté intrinsèque de l’existence de l’Internet, une forme de liberté “totale”, donc horizontale, dans un Monde particulièrement vertical.
    (Ce rapport “horizontal vs vertical”, tout autant débattu avec l’avènement de l’IA.)
    Erreur de l’appréciation communiste “c’est la faute aux autres”, comme lu sur un autre billet ?
    Ou erreur culturelle de fond, de la société dite capitaliste (cognitive ou pas) ?
    Personnellement, j’y vois un virage raté, de la pleine appréhension de quelque-chose de bien trop nouveau.
    Voilà pourquoi, -pour reboucler-, j’y vois le Libre, comme étant nécessaire, mais la gratuité aussi.
    Si les GAFAM, s’en gavent, j’y vois le manque culturel de l’appréhension du Net (par les politiques, qui font figure de papy-boomers pour le coup), donc : l’horizontalité voudrait que nous soyons tous hébergeurs de nous-mêmes, et reprenions le pouvoir sur les réseaux eux-mêmes (Cloudflare et autres serveurs détourneurs de HTTPS : à shunter)

    Par ailleurs “l’argent, libérant les peuples au sein de la civilisation”, -pour tenter de raccourcir ce que j’en traduit de tes écrits-, me pose problème, alors même que la Réalité en justifie les fondements (autant historiques, statistiques, qu’analytiques).
    Car cette réalité, montre également sa propre situation d’essoufflement global. (les gens de la Silicon Valley, se font des bunkers survivalistes)

    Quant au Revenu de Base, bien sûr ! Mais ce n’est que remonter la composante continue des niveaux de vie(s), donc de la Consommation, donc de l’Énergie, de la Croissance en somme. Est-ce souhaitable, lorsque l’Anthropocène bat son plein ?
    NB: je sais : nous ne retournerons pas chasseur-cueilleurs de si tôt…

    Dans ces conditions, ne nous reste que la citation de Sitting Bull (“…l’argent ne se mange pas”), bien risible, vue la situation, mais n’ayant pas pris une ride…
    Alors, garder le cap de cet usage Libre (et gratuit) du Net, est à mes yeux un “mal” nécessaire, l’avenir nous dira si les citoyens du Monde sauront se délester des excès verticaux.

  11. Le seul problème, c’est que désormais le Web est hypercentralisé… et qu’il est peut-être trop tard pour revenir au rêve de l’horizontalité…

    Pour l’éloge de l’horizontalité, il faut lire Le peuple des connecteurs, 2006 🙂

  12. Je ne comprends pas bien l’inquiétude en fait. Si je reprends l’exemple du contenu Wikipédia enrichissant Google, le point important est la clause SA de la licence. N’importe qui, y compris Google, peut réutiliser le contenu et s’en mettre plein les fouilles si il y arrive (et Google y arrive, avec le Knowledge Graph). Mais du point de vue de WP, ou du point de vue du libre, la viralité de la licence est activée, donc c’est UNE bonne chose pour ce qui est de l’expansion du libre. En quoi serait il mauvais que tous les GAFAM du monde importent du “SA” dans leurs produits? C’est justement le but recherché (et toute la différence entre GPL et LGPL).

    (En pratique, encore faut il que le droit dans la licence soit respecté, ce que Google ne fait pas vraiment, mais là c’est un problème de jusristes et d’avocats, pas de philosophie du libre)

  13. Je n’ai jamais dit qu’il y avait un problème juridique, mais éthique 🙂 Qu’uniquement quelques acteurs du Net concentrent tous les revenus, donc creusent les inégalités… Le libre n’était pas censé participer à ce mouvement.

  14. cgeek says:

    « La liberté d’utiliser et de transmettre implique la possible gratuité »

    Oui, mais un logiciel n’a besoin d’être « libre » dès sa sortie. On constate déjà de nombreux logiciels réalisés dans l’ombre et dont le code n’est libéré qu’à sa sortie ou même bien après.

    D’ailleurs, je peux très bien proposer un logiciel propriétaire et accepter de le libérer moyennant finance. Ce que les utilisateurs payeraient alors (dans leur ensemble, par exemple à travers un crowdfunding) ce serait la libération du code. C’est le financement d’un commun, que quelques-uns auraient libéré au profit de tous les autres.

    Ce mode de financement peut parfaitement fonctionner, toutefois on le pratique très peu aujourd’hui. La monnaie-crédit me paraît largement responsable de cela.

    D’ailleurs ceux ayant joué à ?economicus (version modifiée de la Corbeille permettant de simuler la monnaie libre et sur plusieurs générations) peuvent facilement noter la plus grande propension des personnes à donner ou aider. Cela se confirme aujourd’hui avec ?1, où l’on peut très régulièrement voir des dons en ?1 de producteurs de cette monnaie à ceux qui maintiennent le logiciel, ceux faisant tourner le réseau, ou encore pour accueillir un nouveau venu.

    Il me semble donc qu’il n’y a aucun lien fatal entre liberté et gratuité, il suffit simplement de passer du continu en fréquence et constater qu’on peut produire « propriétaire » avant de « libérer ».

    D’ailleurs par définition, quand le logiciel est encore à l’état de conception mentale, il est propriétaire et c’est finalement son développeur qui le libère (cela s’appliquant à toute production humaine, pas seulement le logiciel).

  15. User says:

    « Entrevoir les limites du libre ne me fait pas me détourner du libre. Ce blog reste sous licence Creative Commons »
    Sauf que le CC-BY-NC n’est pas libre et le libre n’est pas anticapitaliste … En fait vous venez tout juste de comprendre ce qu’est le libre. Et vous ne l’aimez pas.

  16. « Les partisans des monnaies libres comme Stéphane Laborde imaginent des monnaies sans dette ???? et reposant sur un revenu de base. »

    La dette, c’est de la monnaie. Quand une banque prête de l’argent, c’est comme si elle émettait un billet imprimé pour l’occasion. C’est ce qui fait que le système s’est planté la tronche en 2008 quand les américains pouvaient contracter des prêts pour rembourser des prêts que personne ne pouvait payer. Les banques ont bu la tasse parce que leurs titres de dettes ne valaient plus rien, comme une monnaie dévaluée.

    Sinon l’extrapolation du graphe du Figaro est une immondice mathématique. On sort une tendance linéaire pour les 6 prochaines années à partir de la dérivée des 5 dernières… WTF ?

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