Thierry Crouzet

Je me suis vraiment intéressé à l’ergonomie du vélo en même temps que je me préparais à me lancer dans le bikepacking et des journées de près de 200 km de VTT. Avant mon premier raid, j’avais tant la trouille que j’ai tenté de me blinder des pieds à la tête en passant par les fesses. Après quelques erreurs, je retiens une leçon : le minimalisme.

À l’avenir, tout ce qui n’est pas absolument utile, je le laisserai à la maison. Quand je vois certains cyclos se lancer dans des expéditions avec des vélos surchargés, je sais que ce n’est pas mon truc.

À vélo, j’aime la sensation de liberté. Plus mon vélo est léger, plus je me sens libre. Le bikepacking augmente mon sentiment de liberté tant que je ne me surcharge pas. Bikepacking n’est pas synonyme de cyclotourisme. Le bikepacking, c’est une quête de légèreté à tous les sens du terme. Se délester des contraintes ordinaires (ce qui implique de fuir les routes), aller où d’habitude on ne va pas parce que c’est trop loin, ou trop perdu, ne pas se préoccuper des horaires ou des endroits où dormir, prendre son temps, s’arrêter dès qu’un paysage ou qu’une rencontre l’exige, se faire plaisir sur de beaux singles, potentiellement techniques, qui interdisent la surcharge. Je reste dans l’idée de maximiser les quatre dimensions du cyclisme.

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Je suis encore un débutant, mais je suis conquis. Me voilà prêt pour une seconde virée dans la Floride centrale. Je m’apprête à refaire l’HuRaCan, mais cette fois à l’envers, selon un trajet qui évitera le bain de boue désormais surnommé Swamp Utter (qu’on pourrait traduire par l’ultime marécage).

Dans la perspective d’un plus grand minimalisme, aussi d’une plus grande efficacité, j’ai quelque peu modifié ma configuration de route initiale. Du moins, telle était mon intention. Voici le raisonnement que j’ai suivi.

Côté sacs

Timberjack version light
Timberjack version light

Je n’ai pas beaucoup apprécié le sac de selle Orlieb M 11L. Quand il était mal rempli, sans rien de rigide à l’intérieur, il se pliait et touchait ma roue arrière. Le premier jour, c’était parfait. Mais par la suite, peu à peu, mon rangement est devenu chaotique et le comportement du sac également. Sur un parcours moins accidenté, ce sac aurait été parfait (j’aime notamment la valve qui permet de le purger de son air et de le compacter tout en le rendant parfaitement étanche). Pour des périples plus longs ou gravel, j’y reviendrai, mais, en VTT, je vais m’en passer dans la mesure du possible.

J’ai donc décidé d’une nouvelle répartition de mon matériel. Je range mes fringues et tout ce qui est compressible dans le sac de guidon Apidura Expedition 14L, le reste se retrouve dans le sac de cadre Salsa Exp Series HT 7,7L. Mes outils, soit près d’un kilo, passent du sac de cadre à un Wolf Tooth B-RAD Roll-Top Bag de 1L, attaché sous le cadre, ce qui libère de la place dans le sac de cadre pour ranger ma trousse de toilette et diverses babioles qui avec mes fringues étaient dans le sac de selle (gain de poids : 240 g).

En supprimant le sac de selle (un truc de moins à gérer), je gagne non seulement du poids, mais je réduis aussi la prise au vent, tout me donnant la possibilité d’installer une selle télescopique. Repositionner la surcharge au centre du cadre et vers l’avant ajoute également en stabilité, vu que mon guidon est assez haut pour maximiser le confort, ce qui peut réduire l’adhérence dans certaines cotes.

Par ailleurs, j’ai compris qu’il faut tout ranger dans des sacs individuels, type Frogg Toggs, pour pouvoir les accrocher au guidon au moment de faire le camp ou de chercher quelque chose. Dans ma configuration initiale, mon sac de selle avait tendance à cracher tout mon bazar par terre dès que je l’ouvrais.

Côté outillage

Mes outils
Mes outils

Bien qu’en tubeless, j’étais parti avec deux chambres à air comme l’exigeait l’organisateur de l’HuRaCan, une suffira pour ma seconde participation (210 g de gagnés). Le Wolf Tooth B-RAD Roll-Top Bag se fixe grâce à une platine aux deux vis situées sous le cadre. En leur absence, on peut fixer le sac avec des Voile Straps ou même avec le velcro fourni (trop court pour mon cadre). On peut aussi fixer ce sac sous la selle, et un peu n’importe où d’ailleurs. J’aime le concept (surtout pour le jour où, de retour en France, je tenterai le bikepacking avec mon VTT tout suspendu).

Mes outils :

  • Ma pompe reste accrochée au cadre (placée à droite, elle empêche le sac de cadre de venir frôler le pédalier).
  • Autour de la pompe, j’ai enroulé du Duck Tape qui permet de tout réparer ou presque, notamment un pneu explosé.
  • Un patch ParkTool TB-2 pour réparer un pneu qui aurait un trou trop grand (en France, je me promenais avec un morceau de pneu — je progresse).
  • Liquide tubeless avec une seringue.

  • Kit de réparation tubeless.

  • Huile.

  • Tissu microfibre.

  • Brosse à dents au manche coupée pour nettoyer la chaîne.

  • Multitools Topeak.

  • Leatherman Squirt PS4 (parce qu’elle a une pince et un couteau).

  • 5 cerflex.

  • 2 attaches rapides.

  • Adaptateur presta/shader utilisable avec les compresseurs des stations-service.

  • Une valve presta.

  • Un démonte-pneu.

  • Une cartouche de CO2 (deux initialement) avec un adaptateur CO2 disposant d’un robinet.

  • Rustines autocollantes.

  • Sifflet pour donner l’alerte (qui était obligatoire lors de l’HuRaCan officielle).

Je n’ai utilisé que l’huile, la brosse à dents, le tissu microfibre et la Leatherman lors de ma première HuRaCan. Je résiste à me délester davantage. Contrairement à mon habitude, je n’ai pas de patte de dérailleur parce que le Salsa a un montage un peu spécial avec une patte surdimensionnée.

Poids du sac rempli et pompe : 0,9 kg.

Côté guidon

Sac de guidon
Sac de guidon

Peu de changement donc, à part que je récupère quelques-unes des affaires qui étaient dans le sac de selle.

J’ai modifié la position de ma lampe Nitcore BR35. Initialement fixée au guidon, elle éclairait surtout mon sac. Je l’ai donc fixée sous le support de mon Garmin 820 avec un adaptateur Go Pro et une attache Go Pro. J’espère qu’elle tiendra (et aussi que nous passerons moins de temps à rouler la nuit, ce que je trouve sans intérêt, puisque je fais du vélo, entre autres, pour le plaisir de voir).

Je laisse à la maison le short que j’avais emporté pour ne pas traverser la rivière nu ainsi que des jambières que j’ai portées alors qu’il faisait plus froid.

Poids du sac rempli : 3,1 kg.

Sur moi

Il fera chaud
Il fera chaud

Je suis en configuration été. Il fera 16°C au plus bas le matin, jusqu’à 30°C l’après-midi. Je porterai mon casque, mes lunettes, mes gants (je préfère les gants longs, me sens plus en sécurité et ils pompent la transpiration, sinon mes mains glissent sur les grips), mes chaussures Giro, des chaussettes Giro Merino Wool Hightower (j’aime leur effet compression, mais je troquerai pour les Swiftwick si j’ai trop chaud), mon cuissard Assos T CENTO, un maillot Specialized.

L’intérêt des chaussettes en laine : elles sèchent vite et ne puent pas même au bout de quatre jours. Certains bikepackers s’habillent tout en laine pour les mêmes raisons.

Dans les trois poches de mon maillot, je range mes manchons, mon coupe vent Mavic (à gauche), mon téléphone lui-même rangé dans une poche étanche avec ma carte de crédit et un tissu pour nettoyer mes lunettes (au centre), un Gu energy gel, un Gu Chews, une barre de céréale (je vais tester les Pro Bar supposées avoir un très bon rapport énergie/poids). Rien de plus sur mon dos. Éventuellement, manchons et coupe-vent finiront dans le sac de guidon.

Côté cadre

Sac de cadre
Sac de cadre

Mon Salsa Exp Series HT 7,7L, dispose de deux poches. L’une peu profonde du côté gauche, l’autre qui occupe le reste du sac sur la droite.

À gauche :

  • Chamois crème (que je tente d’appliquer à chaque arrêt par mesure de prévention).
  • Crème réparatrice pour les fesses (que j’ai fini par placer là parce qu’elle peut-être utilisée en conjonction avec la chamois crème, par exemple lors d’un arrêt ravitaillement).
  • Gel hydroalcoolique (j’ai renoncé à transporter du savon).
  • Ambre solaire pour bébé (parce que le packaging est minuscule).
  • Un paquet de mouchoirs.

À droite :

  • Poche à eaux Camel Bak de 3L (que je remplis rarement à fond).
  • Trois ou quatre barres de céréale (je refais le plain à la moindre occasion, parfois contraint de me rabattre sur des Clif Bar dont je suis un peu dégoûté contrairement aux Larabar que j’adore).
  • Trois Gu energy gel, trois Gu Chews, 1 tube de GU drinks tabs.
  • Une trousse de toilette (purificateur d’eau, ibuprofen, pommade ibuprofen, pommade contre les piqûres d’insectes, bombe antimoustiques, brosse à dents, dentifrice, collyre).
  • Sac électronique (Batterie de secours Anker sur laquelle je peux recharger mon GPS tout en roulant, chargeur et câbles — j’avais emporté un clavier bluetooth dans l’espoir d’écrire, je n’en ai pas eu la force et je ne vois pas pourquoi ça serait différent cette fois — 196 g gagnées).
  • Une bouteille pliable de 0,5 L pour seulement 22 g qui en prime s’adapte sur le purificateur d’eau (j’utiliserai la nuit pour l’eau pure — quand elle sera plaine je l’accrocherai aux sangles situées au sommet du sac de cadre — cette bouteille remplace une gourde vélo classique, 50 g gagnées).
  • Lingettes biodégradables.
  • Étui à lunettes (avec mes lunettes de vue, plus les différents filtres de mes lunettes vélo).
  • Antivol (j’ai troqué un antivol standard de 150 g contre deux Hiplok Z Lok qui ne pèsent au total que 40 g — je n’ai pas utilisé l’antivol la première fois).

Poids du sac rempli (sans eau) : 2,3 kg.

Dernière chose. J’avais mal protégé mon cadre lors de mon premier raid et les velcros ont pas mal attaqué la peinture (pas très résistante d’ailleurs). Mon Timberjack n’a pas deux mois et on dirait qu’il a dix ans. J’espère être plus rigoureux cette fois.

La pratique

L'avant
L'avant

Tout cela était la théorie, j’avais gagné plus d’un kilo, mon vélo avait une apparence épurée, mais, dès que j’ai commencé à pédaler, j’ai senti que je n’aimais pas la surcharge au niveau du guidon. J’étais en train de découvrir que passer d’un sac avant de 2 kg à 3 kg fait une énorme différence en maniabilité. Sur route ou piste, sans doute pas de problèmes, mais en VTT c’était rédhibitoire. J’ai donc allégé le sac avant (le faisant tomber à 1,9 kg) et j’ai réinstallé mon sac de selle (2,4 kg), qui de fait rendait inutile le sac Wolf Tooth sous le cadre. Pour ramener mes outils dans le sac de cadre, j’ai dû transférer dans le sac de guidon mes réserves énergétiques, mes lunettes et ma trousse de toilette.

En suite, j’ai fait une sortie nocturne pour tester mon système d’éclairage. Ça ne marchait pas mieux. La lampe cognait dans le sac de guidon et éclairait encore moins la route que quand elle était fixée au guidon. J’ai donc opté pour une autre solution : j’ai fabriqué des entretoises en mousse, consolidées avec du Duck Tape, pour tenir éloigné mon sac du guidon, ce qui donne un peu de champ à la lampe. Ce n’est pas parfait, mais comme je pars demain, je manque de temps pour expérimenter (tous les sacs de guidon devraient être vendus avec des entretoises — sur un VTT, sinon, le sac cogne contre les manettes de frein et les câbles).

Avec plus de temps, j’aurais commandé un Apidura Expedition Top Tube Pack, où j’aurais rangé mon électronique, mes céréales, mes lunettes, de quoi alléger mon sac de guidon sans avoir besoin d’un sac de selle. Pour éviter que ce sac se plie, j’y ai glissé les piquets de la tente ainsi que me chaussures d’eau. Le sac de guidon se retrouve dans sa configuration minimale. Il pourrait tenir entre les cocottes de mon gravel (de fait, je découvre qu’un sac ce guidon de 9 L est amplement suffisant pour qui cherche la légèreté).

Je me retrouve dans la même configuration que lors de ma première HuRaCan. Je suis moins lourd d’un kilo, car j’ai laissé des choses à la maison et troqué un guidon en aluminium contre un guidon en carbone.

Mon vélo nu pèse 13,4 kg (vivement que je retrouve mon Epic tout suspendu à moins de 11 kg). Équipé : 20,7 kg. Pour passer sous les 20 kg, j’aurais dû troquer la tente pour un bivy à 150 g.

HuRaCan 2 ready