Thierry Crouzet

Un ton lugubre, un corps flasque, un maquillage exagère, j’avais l’impression qu’une marionnette malade me parlait. Je voyais sa bouche bouger, j’entendais ses mots, mais ils ne me parlaient pas comme si je les avais entendus cent fois, comme si un prêtre me récitait le Notre Père sans y croire. J’ai eu l’impression de me retrouver à l’église comme quand collégien j’étais en école privée et que je n’avais pas le choix.

Tout d’abord la structure du discours (que je n’ai pas pris la peine de réécouter avant d’écrire — je fais une analyse à chaud sous le coup de l’énervement). Je ne sais pas qui est le ghost writer de notre Président, sans doute le même que celui du Premier ministre, à moins qu’ils se relisent l’un l’autre, parce qu’ils structurent toutes leurs interventions de la même manière. On passe la moitié du temps à remercier la France entière, on glisse une annonce, on parle de ce qu’on fera après la crise, puis on remercie encore une fois pour ne fâcher personne.

Cette narration systématique m’exaspère. Il n’y a même pas de créativité dans l’écriture. On suit un canevas, on ne s’en écarte pas. Il n’y a pas d’envolée, de perspective, de souffle, ce qui m’a fait dire pour plaisanter sur Facebook que Macron était positif, voire mourant. Rien l’anime, il avance battue et ne transmet aucune énergie. Il n’a rien à dire, c’est dramatique.

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Pourquoi un déconfinement le 11 mai ? C’est arbitraire et révèle l’état de panique du gouvernement comme je m’y attendais. On ne peut déconfiner qu’au regard des courbes. On ne peut pas annoncer à l’avance un déconfinement, sauf à se fier à des modèles par nature hypothétiques. Voilà pourquoi je pensais qu’il était raisonnable de prolonger de 15 jours, et peut-être encore une fois de quinze jours, et ainsi de suite, sauf si on est certains ne pas pouvoir offrir aux Français les outils de déconfinement, ce qui semble donc être le cas. Macron se donne un peu d’air, il repousse l’échéance.

Il nous fait l’aveu de son impuissance, annonçant une livraison de masques pour dans trois semaines, sans nous dire combien de masques, ni à qui il les a commandés. Mon avis est que tout cela est pour le moins incertain. Il suffirait que la pandémie reparte chez notre fournisseur pour que les masques ne nous arrivent jamais, ou qu’un pays plus malin les intercepte, ou pire que ces masques soient de piètre qualité comme cela est arrivé dans d’autres pays. Mais quelle idée d’encore se fier à l’économie de marché mondialisée quand elle s’est écroulée comme un château de cartes. Si on veut des masques, nous devons les produire nous-mêmes. Il nous faut des milliards de masques, le plus vite possible.

Il y a en France plus d’un million de soignants. Il leur faut au moins quatre ou cinq masques par jour, ça veut dire déjà environ 5 millions de masques/jour. Disons une centaine de millions pour tenir un mois. Et, nous autres, ils ne nous faut pas autant, mais des brouettes parce que nous sommes 66 millions, et pas des masques folkloriques en tissus, que des connards s’amusent déjà à brander mode. Pire, les masques sont un détail, parce qu’il nous faut des litres et des litres de gel hydro-alcoolique. Je le répète, les masques ne servent à rien si on ne pratique pas avant et après l’hygiène des mains. C’est l’hygiène des mains la principale protection, et rien ne prouve encore que les masques soient nécessaires pour la population générale. J’ai même entendu Didier Pittet dire que porter des masques avec une mauvaise hygiène des mains pouvait être pire que de ne pas en porter.

Au passage, Macron renvoie nos gamins à l’école pour qu’ils reviennent chez nous porteur du virus, parce qu’il est évident qu’ils seront incapables de respecter la distanciation sociale. L’économie reprend ses droits sur la santé. Voilà une décision explicite, une constante retrouvée.

Macron finit par parler des tests, presque à regret. Tout ça pour annoncer qu’on ne testerait que les gens malades, les gens qui de fait peuvent rester chez eux et attendre d’aller mieux, sans qu’un test soit nécessaire, sinon pour nos statistiques. De ce côté, là aussi, nous ne sommes pas prêts et nous cherchons à gagner du temps.

Mais pourquoi il ne nous le dit pas ? Pourquoi il n’est pas franc ? J’imagine que d’après lui beaucoup de gens ne lisent pas entre les lignes. Je ne vois pas d’autres explications. Alors il prend pour des cons ceux qui savent lire, et je crois qu’on est beaucoup plus nombreux qu’il ne le suppose.

J’avoue qu’après il a joué une petite musique agréable à mes oreilles, il a chanté « on va changer le monde », mais j’ai du mal à y croire, du mal à croire qu’il a chargé un nouveau logiciel, une nouvelle perspective, une nouvelle philosophie, rien dans son discours ne le laisse croire, parce que son discours ressemble à tous les autres, il ne montre aucun changement, le changement est donc une promesse veine, ou la compréhension qu’il faut changer, mais sans qu’elle se traduise en actes, et à commencer en mots.

Voilà, j’étais de plus en plus triste pour lui, j’avais presque de la pitié. Je me disais qu’il ne devait pas être bien dans ses baskets. Je ne vois pas quoi rajouter, sinon que je continuerai à regarder les courbes et que quand je les verrai en bas je saurai que c’est le moment de déconfiner. Alors je le dirai, peut-être ce sera dans deux semaines, ou trois semaines, ou mêmes dans quatre, voire plus tard.

Aujourd’hui, on pouvait annoncer un plan de déconfinement, mais pas une date. Macron nous a offert un petit bonbon pour calmer notre anxiété. Il nous le fera recracher si nécessaire.

Dire que ces derniers jours on m’a traité de connard de macroniste.

J’avais dit que je n’écrirai pas, et j’ai écrit.