Thierry Crouzet

Depuis le début du confinement, depuis le décret des 1 km/1 heure, je tourne en rond dans mon quartier. Tous les jours, j’ai de moins en moins envie de sortir, alors je me suis lancé un petit défi, parcourir toutes les rues dans le cercle.

Je le fais à vélo, mais on peut le faire en marchant, en courant, en roller… Tout à coup, j’ai retrouvé le sourire et me suis pris au jeu. J’ai découvert des passages que je n’avais pas pris depuis que j’étais gamin, et d’autres qui n’existaient pas quand j’étais gamin et qui ont poussé dans les nouveaux quartiers.

Le premier jour, j’ai exploré un peu au hasard. Une fois de retour à la maison, j’ai étudier la trace enregistrée par mon GPS et repéré des secteurs oubliés, ce qui m’a donné un objectif pour le lendemain.

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Exploration au feeing
Exploration au feeing

En fait, le surlendemain, parce qu’il a plu entre temps. Durant cette seconde sortie, je n’ai cessé de penser à une de mes œuvres d’art fétiche, Every building on the Sunset Strip. Dans ma tête, j’avais comme les paroles répétitives d’une chanson : Every street in my neighborhood. De retour à la maison, j’ai lancé une requête et découvert que l’ultra-runner Rickey Gates a parcouru toutes les rues de San Francisco en décembre 2018.

Mon périple est plus modeste, mais il m’a redonné la pêche, j’avais l’impression de redécouvrir mon quartier. J’ai rencontré des amis, des connaissances, découvert des points de vue. Comme je roule tous les jours en fin d’après-midi, j’ai pris l’habitude de croiser des promeneurs plus ou moins aux mêmes endroits. Une connivence s’est installée entre nous. Mais le jeu m’empêche de tomber dans la routine, je suis aux aguets, toujours me disant que j’ai oublié un passage. Alors je m’invente un voyage minuscule, une aventure microscopique.

Voyant mon Strava titré The Grid Project, un ami m’a pointé vers Masahiko Mifune, un ancien coureur pro qui a le projet fou de parcourir toutes les rues du Japon, et qui titre alors ses sorties Every Single Street Ride. J’aime savoir que je ne suis pas seul dans mes délires. J’aime aussi les contraintes, surtout en art, elles ont le pouvoir de stimuler la créativité. Et comme le vélo est aussi un art, par certains aspects, ça marche avec lui. Stephen Lund s’amuse à dessiner avec ses traces.

Roadrashyy
Roadrashyy

Pour le troisième jour, j’ai imaginé une variation selon la méthode de la main droite.

  1. Charger la trace du cercle de 1 km autour de chez moi sur mon téléphone/GPS.
  2. Atteindre un point sur ce cercle (comme j’habite au bord de l’eau, je suis virtuellement au bord du cercle). Le voyage commence, le but étant de ne jamais franchir la frontière que constitue le cercle.
  3. Je pars à droite, dès que je peux tourner à droite, je tourne.

  4. Quand j’arrive dans une impasse ou sous le cercle, je fais demi-tour.

  5. Je reprends à l’étape 3 tant que je ne suis pas de retour à mon point de départ.

Cette méthode permet de parcourir l’extérieur du cercle sans rien oublier. Mon exploration m’a pris une heure et j’ai parcouru 17,7 km pour 122 mètres de dénivelé. Rien n’empêche de s’y prendre en plusieurs fois.

La frontière
La frontière

La trace ainsi créée peut remplacer le cercle initial et on peut reprendre la méthode de la main droite en se plaçant sur cette frontière. Peu à peu, cercle concentrique après cercle concentrique, on se rapproche de chez soi ce qui revient à dérouler un algorithme de parcours en profondeur. La méthode peut buguer. On peut créer des poches inaccessibles, dans lesquelles il faut se téléporter pour les explorer. Mais au final, on est sûr de rien manquer.

Maintenant, on peut s’amuser à comparer nos traces, leur longueurs, leur dénivelé…

Presque exhaustif
Presque exhaustif