Thierry Crouzet

Le masque symbole d’une dérive carnavalesque

Je n’ai plus blogué sur le covid depuis avril, parce que je viens de passer plusieurs mois à écrire un livre sur la question en collaboration avec Didier Pittet, à paraître le 22 octobre, mais j’ai du mal à rester calme quand je vois comment le masque devient un enjeu politique.

Parce que soyons clair, il y a longtemps que cette affaire de masque n’est plus une question de santé publique. Je voudrais juste rappeler une évidence médicale : jusqu’à preuve du contraire, le covid se transmet par contact et par gouttelettes, qui tombent très vite par terre, et quasiment pas par aérosol, sauf dans quelques situations particulières comme lors de certains gestes médicaux.

Beaucoup d’articles ont défendu une transmission par aérosol, mais tous ont été réfutés, leur but principal étant de faire mousser leurs auteurs. Les politiques utilisent ces voix fautives pour justifier leurs mesures fautives et on bascule dans l’irrationnel.

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Depuis le tout début de l’épidémie, dès fin janvier, Didier Pittet et beaucoup d’épidémiologistes ont compris que ce virus ne se transmettait pas ou très faiblement par aérosol. Pourquoi, parce que les virus transmissibles principalement par aérosol, comme la rougeole, ont des R0 supérieurs à 10, alors que ceux transmissibles par gouttelettes ont des R0 inférieurs à 10, ce qui est le cas du covid.

Si ce virus se transmettait par aérosol, s’il pouvait rester de longues minutes en suspension, il aurait contaminé beaucoup plus vite beaucoup plus de gens, et son R0 serait bien supérieur.

Contre le covid, comme contre la grippe, il faut donc appliquer trois règles :

  1. Respecter la distanciation physique.
  2. Pratiquer la friction hydroalcoolique autant que nécessaire.
  3. Porter un masque quand il est impossible de respecter la distanciation physique (dans les transports, dans certains commerces…), sachant qu’il faut se frictionner les mains avant de mettre un masque et après l’avoir enlevé.

Toutes les autres mesures sont inutiles, voire dangereuses pour de nombreuses raisons. Je n’en évoque que deux.

  1. Quand on porte un masque, on se sent en sécurité alors qu’on ne l’est pas et on commet de nombreuses erreurs du côté de l’hygiène des mains, les mains restant le principal vecteur de contamination pour un virus transmissible par contact et gouttelettes.
  2. Quand on nous impose une mesure disproportionnée, on a tendance à réagir négativement, à ne plus adhérer à la mesure, à faire preuve de mauvaise volonté… alors que pour lutter contre une épidémie il faut l’adhésion de tous, ce qui implique de la modération de la part du législateur.

En France, nous assistons à un grand delirium autour des masques, les politiques croyant se protéger eux-mêmes en ordonnant le port du masque qui ne protège pas leurs concitoyens, d’autant qu’on oublie de parler d’hygiène des mains, là où la partie se gagne et se perd.

Que le masque soit imposé dans certaines situations qui l’exigent fait sens, qu’il soit conseillé dans d’autres aussi, mais qu’il soit imposé partout, tout le temps, et même à vélo, ça n’a plus aucun sens. On bascule soudain dans un état policier où les mesures deviennent arbitraires, et face à l’arbitraire on ne peut que faire monter les récriminations, alors que le but devrait être de fédérer autour d’objectifs communs, raisonnables et raisonnés.

La tentation du petit chef a été prégnante durant tout le confinement, montrant combien certains élus se prenaient pour des dictateurs en herbe. Je n’aime pas assister à cette montée en puissance du totalitarisme, un totalitarisme qui n’a rien de sanitaire, et ne fait qu’exprimer une frustration autoritaire inassouvie.

Autant je suis pour la décentralisation, autant quand elle est conduite par des irresponsables, il me semble que le gouvernement doit reprendre le contrôle de la situation et remettre de l’ordre dans la maison France. Ce dont nous avons besoin, c’est de pédagogie, pas d’une dictature policière sous prétexte sanitaire.

Pour mémoire, les pays qui ont le mieux géré la crise covid : la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche… n’ont jamais imposé un confinement drastique à la française. On ne gagne pas par la force contre une épidémie, mais en étant rapide et juste.

Chez nous, tandis qu’on impose le masque pour se donner bonne conscience, indifférents aux conséquences fâcheuses de ces ordonnances, on voit les gens continuer à s’agglutiner dans les lieux publics, l’exemple du Puy du fou symbolisant cette dérive, des milliers de personnes se croyant protégées par leur masque alors qu’elles se passent le virus de main en main, avec la bénédiction de l’État.

Nous assistons à une surenchère, à un emballement, dont le gouvernement a perdu le contrôle. Demain les virus de l’automne déferleront en plus du covid, le dépistage se compliquera, l’angoisse augmentera, les enfants auront renoncé à passer huit heures par jour dans leur classe en portant un masque, il sera trop tard pour corriger le tir, parce qu’une grande partie de la population s’opposera farouchement au masque au moment où son port raisonné sera le plus nécessaire.

Nous ne vivons plus dans un pays où on veut soigner, mais dans un pays où on veut donner l’illusion de bien faire. On ne fait plus de la politique, mais du spectacle, le masque étendard de cette dérive carnavalesque.

PS1 : Si les pays asiatiques ont gagné la première manche contre le covid, ce n’est pas grâce au port du masque excessif, mais grâce à un confinement strict, c’est-à-dire grâce à la distanciation physique.

PS2 : Le masque est visible, c’est un signe extérieur de mobilisation. Les mains cradingues ont ne les voit pas et les politiques s’en fichent. Ils ne s’intéressent qu’aux signes extérieurs de mobilisation.