Thierry Crouzet

Je ne sais pas vous, mais moi, il y a des gens qui me cherchent dès que je publie quelque chose en ligne. À une époque, quand ils polluaient les blogs de leurs commentaires systématiques, on les appelait des trolls.

Les trolls avaient un certain panache, même une maestria incontestable, faisant de leurs critiques extensives une sorte d’art. Mais leurs successeurs d’aujourd’hui s’apparentent à des mouches à merde, qui viennent semer sur nos posts leurs crottes nauséabondes, aussi brèves que répétitives (tout devient plus court sur le net avec les années, sauf mes billets).

Une des caractéristiques de la mouche : en plus d’être souvent anonyme, elle compte peu de followers, publie peu de posts mais commente beaucoup. Elle fait preuve d’un acharnement de bouledogue. Une fois qu’elle t’a trouvé, elle ne te lâche plus, quitte a être presque toujours hors sujet. Le débat constructif n’est pas son affaire, elle s’attaque à la personne pour décrier ses idées. Sa technique d’agression préférée : taper à côté… Tu dis que tu publies un livre, elle te critique pour contribuer à la déforestation en Amazonie… Toute discussion devient alors impossible et tourne en rond, parce que la mouche ne cherche qu’à te chier dessus.

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Depuis quelques mois, j’ai décidé de les bloquer, surtout sur Facebook ou Twitter, parce que je n’ai plus envie de les lire et de perdre du temps avec elles. Je ne refuse ni les objections ni les critiques, mais je n’ai pas envie de perdre du temps avec des emmerdeurs professionnels, dont un des biais est de croire que tout ce que je fais, c’est pour gagner de l’argent. Ils devraient pour commencer s’intéresser à l’économie du livre. Ils découvriraient qu’ils gagnent beaucoup plus que moi, quelle que soit leur activité. Comme je ne suis pas masochiste et que je ne goûte pas de me faire fouetter à longueur de post par les dominateurs sociaux, je choisis de les bannir.

Mais alors les mouches en puissance, celles qui doivent encore leur présence sur mes posts à ma mansuétude inexplicable, crient à la censure, peut-être parce que si elles-mêmes étaient bannies elles ne pourraient plus déverser leur fiel sur moi et n’éprouveraient plus leur petit shoot d’endorphine.

Que les choses soient claires. Si je bannis un visiteur d’un de mes espaces numériques, je ne le censure en rien. Il peut continuer à éructer là où il le veut, dire de moi autant de mal qu’il le veut, simplement ça ne sera pas chez moi, parce qu’accepter ça chez soi, c’est être masochiste et non dictateur comme les mouches le clament.

Mon espace en ligne est une extension de ma maison, et j’ai le droit d’y laisser entrer qui je veux. Non, nous ne sommes pas des intimes, non vous n’êtes pas mes amis. Quand un auteur publie en livre, vous pouvez écrire tout ce que voulez à son sujet, vous pouvez mêmes gribouiller les pages de votre exemplaire, mais là vous êtes en train d’exiger le droit d’insérer vos crottes à l’intérieur de son texte pour que tous ses lecteurs les voient. Je vous réponds non. Si vous voulez être vus, commencez par écrire de choses qui intéressons plus que vous-même.

Surtout, que la mouche arrête de se croire au centre du monde. En quinze ans de présence en ligne, je n’ai pas bloqué plus d’une dizaine de mouches, mais je les sens de plus en plus nombreuses, de plus en plus agitées, peut-être un signe d’orage, un signe des temps, un signal… Le monde puerait-il la merde et réveillerait-il les mouches qui s’en nourrissent ? Je n’ai pas envie d’être bouffé par elles, alors j’utilise une tapette pour les éloigner (sans que cela ne règle le problème de fond : l’odeur qui les attire).