J’ai vendu mon Diverge il y a plus d’un an, après trois ans de loyaux services sur les pistes américaines puis les DFCI du Midi, et il ne me manque pas beaucoup. Je prenais du plaisir avec lui, mais souvent ma curiosité congénitale me poussait sur des terrains défavorables et je revenais le corps brisé. Si mon budget vélo était illimité, j’aurais racheté un gravel, mais je ne me suis pas encore pressé de le faire pour un ensemble de raisons que je vais tenter d’évoquer.

  1. Je n’en peux plus de la mode gravel, des évènements gravel, des rapaces qui veulent faire du fric avec cette pratique. Tout ce marketing et ce business autour du gravel me sortent par les yeux et j’ai du mal à me boucher les oreilles surtout quand on me demande au sujet de mes traces « c’est gravel ? »

  2. J’en ai ma dose des gravels à très gros pneus qui, par rapport aux VTT semi-rigides, ont pour seul différentiel d’être moins confortables (il n’y a pas plus de 600 g d’écart entre une fourche rigide carbone et une hydraulique performante). Pour le confort, sur ces monstercross, il faut gonfler de très gros pneus à très basse pression, ce qui transforme la bécane en tracteur sur l’asphalte. J’ai testé quelques mois avant de revenir au semi-rigide, bien plus agile, dynamique, léger, rapide et surtout confortable.

  3. Je trouve formidable que des cyclistes découvrent les chemins grâce au gravel, mais voilà qui ne suffit pas à faire du gravel le vélo idéal pour tous les chemins.

  4. Quand on aime comme moi les grandes virées hors asphalte, le confort est primordial et les gravels sont moins confortables que les VTT (déjà parce que les bras et les épaules doivent encaisser toutes les vibrations — même avec un Diverge).

  5. Il m’a suffi de traverser la France pour comprendre pourquoi certains croient qu’on passe partout à gravel, tout simplement parce que des régions sont favorables au gravel, d’autre moins, la mienne en particulier. Nous possédons un immense réseau de pistes DFCI, mais le moindre faux virage et vous partez pleurer dans la caillasse (oui, ça passe parfois, mais à quel prix, avec quel plaisir ?). Quand on aime la nature, rouler avec un gravel implique de réduire son terrain de jeu, et de vite tourner en rond (et, sur Strava, je ne cesse de voir les gravellistes de mon coin tourner en rond, tout comme les routiers).

  6. Je continue de rouler avec des groupes gravel, mais avec mon semi-rigide, qui, quand je l’équipe de pneus gravel, pèse à peine plus que 9 kg, ce qui me désavantage guère, sauf sur les brusques accélérations, dont à mon âge je ne suis pas friand. En résumé, je roule avec les gravels en semi-rigide sans en éprouver de gêne, et dans les descentes je suis souvent devant parce que ma fourche hydraulique me les rend plus agréables et moins dangereuses.

  7. Quand je roule avec des gravels, que nous prenons des singles, je les vois peiner avec leur cintre moustache, surtout dans les descentes. J’éprouve un plaisir sans commune mesure avec un cintre plat et mes inner bars me permettent d’être dans une position quasi gravel sur les secteurs roulants. Le meilleur des deux mondes.

  8. Beaucoup de gravellistes viennent de la route, avec une mentalité de routier, à se tirer la bourre à chaque montée, à chaque KOM, non merci ce n’est pas pour moi, je n’ai rien à me prouver sur un vélo ni à prouver à qui que ce soit. Il y a longtemps que j’ai cessé de vouloir pisser le plus loin, et surtout d’aller le plus vite. Notre monde a plutôt besoin de ralentir dès que possible, alors pourquoi ne pas commencer à vélo et tenter d’aller plus loin autrement, hors des sentiers battus pour célébrer la diversité.

  9. Quand on est curieux, quand on crée des traces sur des terrains nouveaux, on ne sait jamais a priori si elles seront gravel, si on ne s’y cassera pas les dents. Le gravel est propice aux itinéraires préparés pour le gravel, il n’est pas ouvert à toutes les possibilités, contrairement au VTT. Je n’aurais jamais traversé la France sur une nouvelle trace avec un gravel, et j’aurais bien fait. Le gravel, c’est bon pour les voyages organisés, pas pour l’exploration et l’aventure. À ce titre, le gravel souffre du même handicap que le vélo de route, il lui faut des traces ad hoc, alors que le VTT est beaucoup plus polyvalent.

  10. Je continuerai de tracer des itinéraires gravel, parce que j’ai des amis qui ne roulent qu’en gravel, parce que j’aime la contrainte, mais j’avoue la trouver moins intéressante et stimulante que de réduire l’asphalte au maximum.

  11. J’ai un jour écrit que le gravel permettait d’aller là où le vélo de route ne pouvait pas aller et où ce serait ennuyeux à VTT. Ce positionnement intermédiaire a le pouvoir de transformer des sorties VTT monotones en sorties plus ludiques, et j’aime le gravel pour cette raison, par exemple quand je fais le tour des étangs par chez moi, mais il entraîne beaucoup de contraintes et réduit le terrain de jeu, puisque certaines interconnexions lui sont interdites.

  12. J’avais trois vélos, j’en ai plus que deux, je trouve que c’est suffisant. Un VTT tout suspendu, un VTT semi-rigide très léger pour suivre les gravels et voyager en bikepacking. Je tends vers la sobriété. Même roues, même K7, même dérailleurs. Si un jour je reprends un gravel, il se pliera à ce schéma.

  13. J’avais fini par réserver mon gravel aux sorties étiquetées gravels et à mes boucles d’entraînement sur des circuits ultra-familiers. Un usage dont encore une fois s’accommode mon semi-rigide.

  14. Avec mon gravel, j’ai étendu ma zone d’exploration autour de chez moi, cela avant tout grâce aux pneus gravel qui roulent plus vite et plus loin à dépense énergétique équivalente. Désormais, je vais aussi loin avec mon semi-rigide (et mon jeu de roues gravel).

  15. Je ne dis pas que la puissance d’accélération du gravel et sa proximité avec le vélo de route ne me manque pas de temps à autre. Vu ma pratique majoritairement hors asphalte, le gravel reste pour moi un luxe dont je tente de faire abstraction en ce moment, même si certains gravels me plaisent comme le Lauft True Grit.

  16. J’ai envie de conclure en disant que le gravel est un vélo de jeune, quand on peut absorber les vibrations durant de longue heures, quand on a le corps plus robuste, quand les cervicales ne dansent pas la samba.

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2 comments

  1. michel périssat says:

    Salut Thierry
    Entièrement d’accord avec toi, mais ohhhh, que n’as tu écris là !!!!, tu vas être conspué, déchiqueté, être complètement cloué au pilori pour proférer de telles paroles !!.
    J’ai cessé de convaincre ou pas, d’argumenter, je les laisse galérer sur leurs machines pas du tout adapter, et j’ai pourtant essayé des machines très haut de gamme en titane, c’est tellement chiant à piloter dès que cela devient drôle en vtt….
    Comme pour la suite de l’aventure humaine, il y a des bugs dans la matrice.
    Belle continuation à toi.

  2. Sautenvick says:

    Je suis dans le même cas que vous.
    Chez moi (haute Savoie) le gravel est globalement inutile, même les itinéraires estampillé gravel sont une purge car beaucoup trop cassant, un bon hardtail est beaucoup plus adapté.
    Je roule quand même sur un vélo de gravel, parce que j’aime mon mono plateau 40-42 (pour les côtes parfois ultra raide qu’on a ici, et la simplicité d’entretien, et aussi parce que je trouve les cocottes GRX ultra confortables), mais je suis revenu de faire des longues sessions offroad avec.
    Il est chaussé en Hutchinson Sector 32, qui ont un bon rendement sur route, et apporte du confort sur l’asphalte endommagé qu’on a partout, et ils sont suffisants pour des petits détours sur des surfaces non goudronnée.

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