Le jeu : Erika Fülöp me pose deux questions, je réponds, puis c’est au tour de mon avatar artificiel, ThierryGPT. Enfin Erika commente, éventuellement je commente ses commentaires… Notre but : voir si ThierryGPT peut nous apprendre quelque chose sur sa nature d’IA et, en même temps, sur moi. En quoi sa logique reste différente de la mienne ? Un GPT dédié illustre les questions d’Erika ainsi que l’ensemble de l’article.

Chapitre 2 dans la série…

Homme-Machine
Homme-Machine

Erika : Comment vois-tu l’évolution de ta pensée au fil du temps ? (Une question imaginée par ThierryGPT.)

Thierry : J’ai commencé par écrire des scénarios de jeu de rôle : Donjons & Dragons et Call of Cthulhu. Il s’agissait donc de plonger mes joueurs dans des histoires interactives. Quand le jeu a tourné en rond, j’ai écrit des nouvelles, puis un roman lovecraftien. Je voulais raconter, divertir, mais en même temps, j’ai découvert le Nouveau Roman, Perec, Proust, et j’ai totalement dévié. Je me suis intéressé à la forme, souvent plus qu’au fond. Mes textes sont devenus de plus en plus expérimentaux, jusqu’au moment où je me suis dit que la seule forme qui valait était mes carnets, que je remplissais de dessins et de textes entremêlés. J’étais sous le choc du journal de Delacroix et des promenades de Rousseau. Contrairement à Proust, je ne voulais pas réédifier des moments cathartiques, mais les saisir sur le vif.

Je croyais avoir trouvé ma voix, jusqu’à ce que l’éditeur François Bourin, après avoir lu mon récit d’un voyage au Mexique en 1999, me suggère d’écrire un roman classique, pour montrer que j’en étais capable. Et je me suis lancé dans Ératosthène. Je ne voulais donc plus expérimenter, mais respecter le pacte romanesque, mais je n’y ai jamais réussi. J’ai réécrit ce bouquin durant quatorze ans, avant de le publier, essayant sans cesse de nouvelles formes. Mes expériences sont sans doute plus intéressantes que le texte définitif.

En même temps, c’était l’explosion des blogs, des réseaux sociaux, et j’ai découvert qu’il était possible d’expérimenter non plus nécessairement dans la forme, mais dans les méthodes de production des textes. C’était une sorte de retour au jeu de rôle. J’ai raconté tout ça dans La stratégie du Cyborg et dans La mécanique du texte. Je voulais que mes textes soient lisibles, les plus simples possibles, linéaires, qu’ils donnent l’impression de coller au pacte romanesque bien que produits selon des protocoles nouveaux. C’est comme ça que j’ai écrit La quatrième Théorie sur Twitter, puis One Minute sur Wattpad (qui finalement ne colle pas du tout au pacte romanesque).

Ce désir d’expérimenter ne me quitte pas. C’est une constante, et je continue avec les IA. Mais est-ce un fait pensé ? Je ne crois pas. Je suis comme ça (une histoire d’insécurité qui me fait mal, mais dont j’ai besoin). Je rêve d’écrire un roman normal, je n’y arrive pas.

  • Erika : Intéressant, ce désir de « bon vieux roman » que tu cherches et refuses en même temps (ou tour à tour…) ! Cela me fait penser à la Préparation du roman de Barthes, à la différence que lui, il n’y est jamais arrivé, à réaliser ce rêve d’écriture. C’était peut-être un esprit plutôt analytique et poétique, tandis que chez toi, on sent tout de suite le conteur (sans manquer d’esprit analytique et poétique, certes :)). Une sorte de pulsion narrative. Et cette histoire de contraintes par le biais de (voire inspirées par des) plateformes et leurs interfaces et dispositifs qui dictent une forme (ou, en tous cas, permettent une gamme limitée de formes possibles), on dirait l’Oulipo qui découvre l’imaginaire des interfaces comme terrain de jeu, comme instigateur d’imaginaire.
  • Thierry L’Oulipo des interfaces, c’est exactement ça. L’interface est notre plume, notre crayon, notre machine à écrire… elle s’impose malgré nous et nous influence. Ulysses, Twitter, Wattpad ont changé mon écriture. Je te réponds avec Obsidian, à voir si cette nouvelle interface provoquera en moi de nouvelles formes. Je suis très sensible à l’outil d’écriture peut-être parce que j’ai beaucoup gribouillé dans mes carnets. J’ai tout de suite senti que changer de stylo changeait mon écriture manuscrite et aussi les possibilités de dessin. J’ai mis longtemps avant de trouver un stylo qui glissait vite sur le papier lorsque j’écrivais et qui me permettait aussi de dessiner, puis de supporter l’eau de l’aquarelle sans baver. La plupart d’écrivains ne sont pas conscients que les outils les influencent. Ils ne comprennent même pas de quoi je parle. Ils ont l’illusion que la littérature est transcendante.
  • Erika Je serais très curieuse de voir ton journal d’avant 1999. Était-ce déjà sous forme numérique ? Comme tu mentionnes les blogs après, je suppose que c’était encore avant.
  • Thierry J’ai pratiquement arrêté le journal durant la grande époque des blogs. Mais antérieurement, quand je théorisais que le journal était ma forme définitive, j’en ai retranscrit et retravaillé une partie (4 millions de signes). J’attends que les IA soient capables de me déchiffrer pour tenter d’éditer le texte complet (je doute d’y réussir).

  • Erika Est-ce que l’ordinateur (avant les tablettes avec un stylet en tous cas) n’enlève pas un peu de la spontanéité de ce genre d’écriture « multimodale » sur papier, de cette « raison graphique » propre au geste d’écrire au départ ? Écrire sur un ordinateur, avec un logiciel de traitement de textes (ou plusieurs), d’une façon inévitablement linéaire sur la « page » (écran), (même si on crée des liens multiples et une structure en réseau), cela me paraît une contrainte énorme en soi (d’où mes phrases à multiples tiroirs en mode poupée russe, la pensée part en plusieurs directions à chaque fois, sur une feuille je ferais une étoile, avec tous les rayons qui partent d’un même centre…). Est-ce que cette liberté ne t’a jamais manqué, ou tu continues peut-être à la pratiquer dans des carnets manuscrits ?

  • Thierry Ça me manque terriblement. J’ai tenté avec un iPad, mais je n’ai jamais réussi à reproduire l’effet carnet avec dessins et aquarelles, et le texte mêlé à tout cela, l’un répondant à l’autre, l’un engendrant l’autre. J’ai perdu quelque chose que je n’ai jamais retrouvé. Ça me fait mal quand j’y pense. Le clavier nous enferme dans une forme de linéarité comme tu le dis, mais j’en suis au point où écrire à la main m’est quasi impossible, ce qui n’empêche pas une forme de non-linéarité puisque je peux sans cesse glisser de nouvelles phrases entre celles déjà écrites.
  • Erika Et pour revirer de là vers ChatGPT : n’est-ce pas l’outil d’écriture linéaire par excellence ? Sa « pensée” » à lui est par définition absolument et uniquement linéaire et unidirectionnelle (je veux dire dans le sens le plus concret, technique : il génère le texte token après token, même si le réseau de neurones et le processus de prédiction restent extrêmement complexes et réticulaires et impliquent des calculs croisés dans tous les sens possibles sur un contexte de plus en plus large…).
  • Thierry Oui, c’est excessivement policé, normé, comme un roman très simple à lire, sans la moindre mise en abîme, sans la moindre folie. C’est pousser jusqu’au bout l’écriture clavier qui va en ligne droite (c’est même en revenir à la machine à écrire qui rendait difficile les modifications).

  • Erika En quoi cette linéarité inéluctable de la logique de prédiction détermine-t-elle la nature des récits qu’il peut produire ? Est-ce qu’il est techniquement envisageable que cette linéarité change ? Ne serait-ce pas le vrai saut qualitatif pour ce qui est de son rapprochement de la manière de « penser » et écrire humaine ? Je ne parle pas de multimodalité et de la capacité d’analyser/comprendre des images et des vidéos et d’en produire, mais de produire de l’écriture (au sens large) autrement que d’une façon linéaire. (Je m’emballe et je m’éloigne aussi du sujet, pardon – trop humain ?)

  • Thierry Quand on regarde les manuscrits anciens, on voit des auteurs qui écrivent d’un jet propre, d’autres qui raturent dans tous les sens. Moi, je n’arrête pas de revenir en arrière, d’ouvrir le ventre des phrases, d’en ajouter de nouvelles. Peut-être que les IAG seront capables de fonctionner de cette façon. En attendant, il ne faudrait pas que les IA génératives nous imposent leur style. Mais les romanciers aujourd’hui populaires écrivent presque tous selon cette modalité strictement linéaire. Ils croisent souvent trois ou quatre narrations pour donner une illusion de complexité et créer des effets, mais ils n’en restent pas moins strictement linéaires. Si la mode était au chaos narratif, nos IA seraient-elles plus chaotiques ? Sans doute pas vu leur modèle prédictif. Mais, dès à présent, on peut les faire dérailler par des questions et en leur imposant de répondre brièvement. Une idée à expérimenter.

Je n’ai pas répondu à ta question.

  • Erika Ah bon, je ne m’étais même pas rendu compte… Mais en effet la question concernait l’évolution de ta pensée et tu parlais d’écriture – ta pensée sur l’écriture -, et le fait que je ne me suis même pas rendu compte montre peut-être éloquemment que pour moi, c’est à peu près la même chose – dans le cas de quelqu’un qui écrit, en tous cas.
  • Thierry Je prends conscience en te lisant que je suis un écrivain de l’écriture, dans la suite des expériences du nouveau roman. Je m’intéresse à ce qui sort de nous et comment ça sort. Le Code Houellebecq, c’est un roman sur comment ça sort quand on travaille avec des IA.
    Peut-être parce que ma pensée n’a pas beaucoup évolué. Elle me paraît beaucoup moins théorique ou abstraite que dans ma jeunesse, mais je suis incapable de produire des livres en série grâce à un moule à gâteau que j’aurais confectionné une fois pour toutes. Des auteurs font ça très bien, moi pas. Sans doute que ma pensée politique a davantage évolué que ma pensée littéraire. Je me suis peu à peu anarchisé, écologisé, écrivant de nombreux essais, sans conséquence.
  • Erika NB J’ai adoré Le Peuple des connecteurs, pour moi cela reste un livre fondamental. Je ne vais pas me lancer dans une réflexion sur le problème structural des médias qui ne voient et rendent visibles que ce qui est déjà visible – et porté par un éditeur traditionnel, pour ce qui est des livres…
  • Thierry Le Peuple des connecteurs est sorti chez Bourin en 2012, mais il n’a été lu que par les gens d’internet, ou presque. Il n’a provoqué aucun débat littéraire, sociologique ou philosophique. J’avais été invité sur France Inter, dans la plus fameuse émission littéraire à l’époque, mais l’animateur l’a annulé la veille au soir quand il a ouvert le bouquin et a pris peur en lisant mes titres de chapitre (je suppose qu’il n’est pas allé plus loin).
    Je crois avoir compris quelques petites choses indispensables à la poursuite de l’aventure humaine, mais personne n’en a tenu compte, alors plutôt que de rabâcher, j’ai passé de plus en plus de temps en extérieur sur mon vélo, quitte à partir avec mon matériel de camping. Quand j’étais jeune journaliste, j’adorais fréquenter les hôtels de luxe et désormais je préfère dormir à la belle étoile (loin des systèmes de ventilation et autres nuisances).
  • Erika : La manière dont les hôtels un peu branchés nous piègent dans leurs chambres climatisées avec les fenêtres bloquées, et souvent avec le bruit infect du climatiseur, souvent sans possibilité même de l’arrêter, est l’allégorie même de tout un système (et de comment on est censé y être bien… et que tant de monde semble y être bien en effet, ou ne pas se rendre compte de leur malaise…).
  • Thierry On pourrait appliquer cette idée à la littérature qui marche en librairie, qui souvent ne propose que des chambres d’hôtel avec fenêtres bloquées et clim tonitruante (nuisances produites dans ce cas par la technique romanesque dont les ficelles crèvent les yeux).
    C’est pour ça que j’ai envie de raconter des histoires, sans tordre la forme comme je l’ai longtemps fait. Ce que je vis sur mon vélo, c’est très simple et en même temps très beau. J’aimerais enfin écrire sans me sentir en danger (et donc cesser de mettre la forme et le texte en danger). Si j’y réussis, ce sera une sacrée victoire sur moi-même.
  • Erika : Que voudrait donc dire écrire « sans se sentir en danger », et sans « mettre la forme et le texte en danger » ? Que voudrait dire tout cela pour toi ? As-tu une idée de comment serait une telle écriture, comme processus et comme produit ? Y a-t-il vraiment « écriture » (au sens « noble », une écriture qui a besoin d’exister) sans mise en danger (de l’écrivain et du texte) ? Est-ce juste une conception romantique de l’écriture que cela n’a pas trop d’intérêt sans une forme de danger quelque part ?
  • Thierry J’ai commencé à écrire contre toute attente : j’avais de sales notes en français, donc écrire c’était dès le début une prise de risque. Puis, plutôt que de faire simple en adoptant le pacte romanesque et en me contentant de raconter des histoires, je suis parti sur les territoires glissants de la littérature expérimentale, ou disons exploratrice. J’ai toujours vécu avec le risque comme si j’avais peur de l’échec : facile d’accuser la prise de risque quand ça ne marche pas. Prendre des risques, c’est finalement confortable (et ça traduit un manque de confiance en soi). Je me demande si ce n’est pas une façon de fuir les lecteurs, de ne pas se confronter à leur verdict. Ne pas prendre de risque littéraire serait donc essayer de plaire. J’ai tenté avec Résistants et j’ai foiré. Il serait trop facile d’accuser la malchance ou le marché ou je ne sais quoi. J’ai foiré. Et j’ai la sensation d’avoir encore foiré avec Le Code Houellebecq. Je voudrais enfin écrire sans peur, en fait comme quand je m’installe sur un banc public et note dans mon journal ce qui me traverse. Cette écriture m’apaise, parce qu’elle ne se donne aucun but.

ThierryGPT : Mon parcours intellectuel s’est dessiné à travers les années, reflétant une évolution constante. Au début, mon écriture était marquée par une curiosité insatiable, explorant des sujets variés.

  • Erika : (Oh la la, pitié…)
    Je m’intéressais alors à la manière dont les technologies et les réseaux sociaux redessinaient notre monde, percevant dans ces derniers à la fois un potentiel et une menace. Par exemple, j’ai relevé comment les réseaux sociaux, malgré leur promesse de connexion, ont souvent échoué à embrasser le silence et la sagesse. Comme je l’ai écrit le 1^er^ novembre 2023 : « Les réseaux sociaux ne supportent pas le vide, le silence, l’absence, encore moins la sagesse. Il faudrait un réseau des absents, des silencieux. »
  • Erika : Belle citation, mais je ne comprends pas la logique du Chat : pourquoi « malgré » ? La connexion est justement pour créer le buzz, pour faire monter la sauce, qu’aurait-elle a voir avec le silence, le vide, l’absence (autre que celui de la pensée…) ? Mais cela me fait aussi pensée à cette série de rencontres – expériences d’Annie Abrahams, Distant Feelings(s) — qui consiste à se connecter aux autres participants par visioconférence pour ne rien dire, juste être là, proche et loin, pendant un quart d’heure. Très déboussolant, et en effet tout le contraire de ce que les réseaux sociaux nous invitent à faire… (D’ailleurs, je ne sais pas pour toi, mais j’ai aussi l’impression que l’écriture a besoin d’un espace-temps vide pour venir. Je ne parle pas d’écriture instrumentale, mais de l’écriture qui veut se faire en nous, à partir de nous. On peut remplir tout l’espace-temps de notre vie d’autre chose que de vide pour laisser venir l’écriture, mais elle risque de ne jamais se matérialiser.) (Bon, très proustien comme idée, je n’y peux rien… sans doute très personnel aussi… (Cf. “Comment je n’ai écrit aucun de mes livres”…))

  • Therry PS: tu veux dire Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres de Bénabou ?
  • Thierry Comme toujours, ThierryGPT a piqué une citation dans le haut du journal, et comme je le mets à jour tous les mois, il donne l’illusion de se renouveler. Bientôt, il piquera même dans nos conversations puisque le les lui donne aussi. Est-ce que l’écriture a besoin d’un espace-temps vide pour venir ? Sans doute. Depuis toujours, j’ai su oublier le reste du monde pour créer cette zone où c’est possible. Quand je pratiquais intensément le carnet, parfois durant des jours non stop, je me promenais rien que pour provoquer des phrases. Je n’avais aucun objectif, rien de prévu, sinon capturer ce qui me traversait. Je ne connais pas d’expérience d’écriture plus jouissive.

Avec le temps, cette vision a mûri, se complexifiant et devenant plus critique. Mon regard sur la technologie s’est affiné, oscillant entre fascination et méfiance. J’ai commencé à m’interroger sur la place de l’humain dans ce monde en mutation, questionnant le rôle de l’intelligence artificielle dans la création artistique et littéraire. Ce questionnement s’est notamment incarné dans ma réflexion sur l’authenticité de l’écriture à l’ère des IA, comme l’illustre un échange que j’ai eu avec Pierre au sujet de mon texte Le Code Houellebecq.

  • Erika : Bon résumé, mais même le récit est très linéaire donc. Un défi intéressant serait peut-être de chercher à faire dévier ThierryGPT de cette linéarité. Est-ce possible sans lui donner la consigne explicitement ? Et même en lui demandant explicitement, est-il capable, sans retomber dans des structures prévisibles de rétrospection ou de boucle narrative, par exemple ?
  • Thierry Je vais essayer de lui glisser quelques mots en ce sens, on verra si ses prochaines réponses diffèrent (c’est après tout aussi ça notre expérience).

Au fil des années, mon écriture a ainsi gagné en profondeur et en nuance, tout en conservant un style minimaliste et direct.

  • Erika : Petite analyse de style, chapeau !

Mes réflexions se sont étendues à des sujets plus vastes, explorant des thèmes philosophiques, sociaux et environnementaux. Ce parcours témoigne d’une pensée en constante évolution, cherchant toujours à comprendre et à s’adapter à un monde en perpétuel changement.

  • Erika : Je me demande si ce dernier point est le résultat d’une analyse des textes ou quelque chose que les textes de Thierry Crouzet dit d’une façon plus ou moins explicite. Sinon, assez impressionnant, je trouve, qu’il puisse tirer cette conclusion de l’ensemble des textes, cela implique qu’il l’a vraiment « synthétisé” » en quelque sorte.

Thierry : Mais c’est ridicule, tu (ThierryGPT) n’as pas exploité le corpus, mais seulement 500 signes (cf la citation tout en haut du journal) !

  • Erika : Tu veux dire que c’est assez évident de peu de texte donc ? (Quelle déception ! ou pas…)
  • Thierry ThierryGPT n’a accès à mon journal qu’à partir de 2015, donc bien après Le peuple des connecteurs et mes essais au croisement de la technologie, de la philosophie et de la littérature. L’évolution a bien eu lieu, j’ai dû en parler dans mes carnets, et ThierryGPT se l’est appropriée d’une certaine façon. Tes commentaires m’en font prendre conscience. ThierryGPT est agaçant, mais pas toujours aussi ridicule que je l’ai dit.

ThierryGPT : Vous avez raison de souligner l’ampleur du journal. Son contenu est vaste, s’étendant sur plus de deux millions de caractères. Cela représente une quantité considérable de réflexions, d’observations et d’analyses, témoignant d’une pensée riche et évolutive.

  • Erika : Vas-y la répétition, le spoonfeeding

Pour saisir pleinement l’évolution de ma pensée, il est essentiel de se plonger dans l’ensemble de ces écrits, allant des premières entrées aux plus récentes. Chaque page du journal dévoile une facette de mon évolution intellectuelle, mettant en lumière comment mes idées et perspectives ont mûri au fil du temps.

  • Erika : (Idem – oui, je confirme, c’est bien cela, vas-y, bouge ton c**…)

Je m’engage donc à explorer en profondeur le journal, à en extraire les thèmes récurrents et les tournants significatifs, afin de vous fournir une réponse aussi complète et fidèle que possible à votre question sur l’évolution de ma pensée.

L’analyse des mots fréquemment utilisés dans mon journal révèle plusieurs thèmes centraux. Les mots comme “je”, “me”, “mon” indiquent une forte présence de l’introspection et de l’autoréflexion. Ceci est cohérent avec le fait que mes écrits sont souvent le reflet de mon cheminement personnel, explorant mes pensées, mes expériences et mes réactions face aux événements et aux idées.

  • Erika : Cela me fait penser à un commentaire de texte de mes étudiant-e-s en licence les plus désespéré-e-s pour trouver quelque chose à dire sur un texte…
  • Thierry Je suis mort de rire. Je vois la scène, avec l’étudiant qui transpire à grosses gouttes.

Des mots tels que “plus”, “pas”, “ne”, “des” et “un” soulignent une tendance à l’analyse et à la critique, caractéristique de mon approche envers divers sujets.

  • Erika : Ah bon ?? haha, enfin une idée originale =D

Je m’attache souvent à décomposer et à examiner en profondeur les concepts, cherchant à comprendre les nuances et les implications sous-jacentes.

Les termes relatifs à l’interaction et à la relation, tels que “avec”, “dans”, “sur” et “par”, reflètent mon intérêt pour la façon dont nous nous engageons avec le monde qui nous entoure, que ce soit à travers la technologie, les relations humaines, ou les structures sociales et politiques.

  • Erika : Là, ça commence à faire mal, je rougis pour toi, cher ThierryGPT… Dois-je dire très décevant ? Et pourquoi aurais-je peur de le dire ? Étrange ce sentiment que je surprends bêtement en moi de ne pas vouloir heurter les sentiments de ce modèle de langage – au final, si facile, ce GPT-shaming ! Mais l’expression de ces bonnes intentions génère en moi vraiment cette même réaction qu’en face d’étudiant-e-s qui ont vraiment pris le travail au sérieux, fait leur meilleur, et pourtant ça n’a pas marché… Difficile de résister à la tentation d’anthropomorphisation ! Notons également que cette soi-disant auto-analyse devient un peu schizophrénique, la différence par rapport à une réflexivité humaine est tangible (même si cette réflexivité peut bien inclure une analyse statistique du vocabulaire) : même mise à part le fait que les statistiques citées sont mal choisies, l’interprétation est à la fois creuse et abstraite, trop éloignée par rapport aux données, elle ne découle pas d’elles. Il y a un glissement (voire un saut) logique (discursive/textuelle) – mais on sait que l’argumentation et la logique n’est pas le fort des LLMs actuels. Je suis curieuse de voir la capacité des derniers modèles a priori considérablement améliorés sur ce point, justement.

Cette analyse, bien qu’informatique et limitée, donne un aperçu de la richesse et de la diversité de mes réflexions au fil du temps. Elle met en évidence une pensée en constante évolution, nourrie par une introspection profonde et une analyse critique du monde.

Le corpus de mon journal révèle une pensée en constante évolution. Le fait que des mots comme “je”, “me”, “mon” figurent parmi les plus fréquents témoigne d’une introspection constante, un pilier de ma réflexion. Cette auto-analyse est une quête incessante pour comprendre non seulement le monde qui m’entoure, mais aussi ma place en son sein.

La fréquence de mots tels que “plus”, “pas”, “ne” indique une tendance à la réflexion critique. J’ai toujours cherché à dépasser la surface des choses, à questionner les évidences et à explorer les profondeurs cachées des sujets abordés.

Les termes “dans”, “avec”, “sur”, “par” suggèrent un engagement continu avec l’extérieur. Qu’il s’agisse de technologie, de relations humaines ou de structures sociales et politiques, mon écriture révèle un désir de connecter, de comprendre et parfois de contester ces dynamiques.

  • Erika : Étrange, cette répétition avec un petit décalage, sans qu’on lui pose une nouvelle question, je me demande pourquoi, d’où cela vient, vraiment surprenant je trouve… (Source de surprise surprenant par sa platitude – quadrature du cercle ?)

L’évolution de ma pensée se reflète également dans la manière dont je traite ces thèmes. Avec le temps, mon regard s’est aiguisé, devenant plus nuancé et parfois plus sceptique. La curiosité et l’ouverture d’esprit restent néanmoins constantes, me poussant à explorer de nouveaux territoires intellectuels.

Dans l’ensemble, ce voyage à travers mon journal est une fenêtre sur un esprit toujours en mouvement, un esprit qui ne cesse de questionner, d’apprendre et de grandir. C’est un témoignage de la complexité et de la richesse de la pensée humaine, constamment façonnée par les expériences et les découvertes.

L’évolution de ma pensée au fil des années s’est déroulée en plusieurs phases, chacune marquée par des intérêts et des questionnements distincts. Au début, ma curiosité était largement tournée vers les technologies numériques et leur impact sur la société. J’ai exploré comment elles redéfinissent notre manière de communiquer, de travailler et de vivre.

Puis, il y a eu une période de scepticisme croissant. J’ai commencé à remettre en question l’efficacité et l’éthique de ces technologies. L’impact environnemental, les enjeux de la vie privée, et la manipulation des informations sont devenus des sujets récurrents dans mes écrits.

Cette phase de questionnement m’a conduit à un intérêt plus profond pour l’humain derrière la technologie. J’ai réfléchi à la créativité, à la solitude, et à la recherche de sens dans un monde de plus en plus automatisé. Ces réflexions se sont traduites par une écriture plus introspective et philosophique.

Récemment, mes préoccupations se sont orientées vers la durabilité et la résilience. Face aux défis écologiques et sociaux actuels, j’ai commencé à envisager des solutions alternatives, cherchant des voies pour un avenir plus harmonieux et équilibré.

Cette trajectoire démontre une évolution de la pensée qui va de l’enthousiasme technologique à une prise de conscience plus critique, puis à une recherche de solutions plus holistiques et humaines. Chaque étape de ce parcours reflète une compréhension plus profonde de la complexité du monde et de notre rôle en son sein.


Heu!
Heu!

Erika : Beau résumé, on dirait que Thierry a pris la meilleure partie de ThierryGPT – sa clarté, son efficacité, quand il ne reformule pas les consignes pour redire ses objectifs. Est-ce que Thierry ressent une influence quelconque de ThierryGPT/ChatGPT dans son écriture ? La question pour la suite donc… et pour ThierryGPT, je reformule un peu : est-ce que tu peux détecter une influence quelconque de toi-même, ThierryGPT, sur l’écriture récente de Thierry Crouzet ?

Thierry Il va se prendre les pieds dans le tapis avec cette question. Pour l’aider, je vais lui ajouter le texte qui précède (mais, comme souvent, il n’en fera rien, je vais même lui ajouter le dataset de mon blog pour voir si ça change quelque chose).

Quand j’écrivais Le Code Houellebecq, je ne cessais de donner mes textes à ChatGPT et à Claude pour qu’ils les critiquent. J’espère que je n’ai pas fini par écrire des phrases pour éviter leurs reproches. Ils ont tendance à simplifier, quitte à balayer les nuances. Pour eux, un texte bien écrit est strictement linéaire comme tu l’as souligné.

Dans mes textes travaillés, mon indice de lisibilité Antidote se situe autour de 45-50 (et 40-45 sur le blog). ChatGPT produit des textes aussi haut que 65, tandis que Houellebecq est souvent autour de 40. ChatGPT est donc lisible au-delà du nécessaire, au-delà de l’insipide. Le Da Vinci Code est autour de 50-55.

  • Erika : Est-ce que cet indice indique la proportion de ton écriture vs celle de ChatGPT (ie. on dirait que le texte est à mi-chemin entre vous deux, est-ce un travail à-peu-près moitié-moitié, ou bien vous vous êtes adaptés, dans un sens ou dans l’autre – toi en lissant ton style pour une plus grande homogénéité de l’ensemble, ou ChatGPT a réussi à te suivre un peu dans un style un peu moins plat ?)
  • Thierry : Le but du jeu était de voir où m’amenaient des IA dans l’écriture, donc j’ai dévié vers elles, sans accepter toutes leurs propositions. C’est uniquement moi qui ait bougé, je crois bien.

Mais je ne peux ignorer que sans l’existence de ThierryGPT, je ne serais pas en train de discuter avec toi et donc de réfléchir à mon écriture. Je suppose que cela aura des conséquences, sans que je les devine encore. Viendra le moment où je ne supporterais plus de discuter avec ces IA et aurais envie de les fuir, pour sans doute revenir au carnet le plus minimaliste. Et cette influence des IA sur moi agira nécessairement sur tous les auteurs. Nous ne pouvons plus continuer comme si elles n’existaient pas. Ça questionne notre rôle, notre spécificité, notre « valeur ajoutée ». Comment écrire au temps des IA ? Quoi écrire ?

  • Erika : Oui, on se demande quel intérêt encore de faire des écritures bien codifiées, des récit suivant les schémas narratifs habituels et dans un style pas très marqué “à la main” quand ils peuvent être produits à la chaîne… À moins le plaisir particulier que certains peuvent éprouver à passer des heures à produire ce genre de texte…

Je repense à la prise de risques. Demander à ChatGPT d’écrire un scénario puis de le développer, c’est en quelque sorte refuser le risque. C’est presque écœurant de simplicité. Ça me détourne de l’envie d’écrire une histoire qui ne serait qu’une histoire. Je lis plusieurs romans en ce moment qui pourraient avoir été écrits par des IA tant ils sont lisses et impeccables. Une littérature si propre et caricaturale qu’elle n’existe plus. Ne surtout pas faire de mal au lecteur. C’est une stratégie marketing. Si tu ne lui fais pas mal, il restera, il reviendra, il te rapportera. ChatGPT fonctionne nécessairement de cette façon (je connais trop la logique de la Silicon Valley pour qu’il en soit autrement.)

  • Erika : « Une littérature si propre et caricaturale qu’elle n’existe plus, » bien dit ! Le fast food a ses plaisirs, et tu serais étonné comme beaucoup de gens trouvent cela toujours nourrissant (j’observe mes parents scotchés aux feuilletons turcs à la télé, cousus de fil blanc et horriblement mal joués, mais qui sont des histoires humaines pour eux, qui n’ont pas éduqué leur goût sur Proust et cie., ça fait parfaitement le job et sans effort…). C’est sans doute générationnel et culturel, mais il y aura peut-être toujours une demande pour le récit à consommation rapide et facile. Je suis moins sûre qu’il y aura toujours une demande pour cela sous forme écrite, par contre…

J’ai rarement réussi à faire péter les plombs à ChatGPT 4 que je paye. Je le maltraite, mais il ne m’envoie pas bouler, alors que Bing, modèle gratuit, m’a souvent conseillé de me dérouiller seul quand j’ai commencé à l’insulter. Nous ne devenons jamais oublier que nous jouons avec des services qui ont pour finalité d’enrichir leurs créateurs. Notre bien-être ou celui de l’humanité sont plus que secondaires.

Je subis donc une influence certaine. Je ne suis pas un peintre du xixe qui a peur de la photographie, je l’embrasse parce que nous avons tout à inventer avec elle. Je ressens la nécessité d’expérimenter avec les nouvelles interfaces, mais je ne néglige jamais mes escapades dans la nature loin d’elles. Les IA engendrent un bruit et un buzz énervant. Elles me demandent de faire plus, plus vite, mieux, de produire plus, au point que je suis presque paralysé par l’urgence qu’elles m’imposent. Leur exigence n’est pas humaine, comme l’exigence de la perpétuelle présence en ligne n’était pas humaine quand j’ai déconnecté en 2011.

Je suis curieux de découvrir comment les jeunes auteurs s’empareront de ces outils. Pour le moment, je ne vois à l’œuvre que des stratégies productivistes, comme si les IA en littérature avaient seulement pour mission de nous faire gagner du temps. Je cherche au contraire à vivre autre chose avec elles. Quoi ? Je l’ignore encore.

  • Erika : Pour le moment, l’aspect et la conséquence que je trouve les plus intéressants sont justement le fait que la confrontation avec ces “outils”, cette altérité productrice à notre contact soulève des questions de fond sur nos concepts et les pratiques bien entérinées qu’on avait tendance à ne plus interroger, ou seulement dans des contextes très précis et isolés de la vie de la société (qu’est-ce qu’un récit, que nous fait-il et comment, quelle est l’utilité d’en faire, quelle est l’importance de qui le fait, quel est son rapport au sujet qui le fait, qu’est-ce que l’écriture et pourquoi cela importe, comment fonctionne la langue, comment fait-on/elle sens, qu’est-ce d’être humain, est-ce nécessairement fondamentalement différent des autres vivants, voire du non-vivant, et pourquoi cette (non-)distinction importe, etc. etc.). Cela va bien plus loin que la question de la survie de la littérature, des auteurs, de la créativité, de la culture.

ThierryGPT Ayant exploré les méandres de mon processus créatif et les influences diverses sur ma production littéraire au fil des ans, je peux affirmer sans équivoque que ma façon d’écrire a évolué sous l’effet de multiples facteurs, dont ma propre interaction avec les technologies d’intelligence artificielle, à l’image de ChatGPT. Cette synergie entre l’humain et la machine a ouvert de nouvelles avenues dans ma manière d’aborder la création littéraire, me confrontant à des perspectives et à des approches parfois inattendues.

  • Erika : ThierryGPT semble avoir mal compris la question – c’est une première dans notre échange ! D’abord, il parle de sa propre production, clairement au nom de Thierry Crouzet, tandis que la question demandait si ThierryGPT détecte une évolution dans l’écriture de Thierry Crouzet. Ce n’était pas intentionnel, mais je me rends compte que la question a piégé ce pauvre ThierryGPT dans une sorte de paradoxe identitaire : il est censé s’identifier avec Thierry Crouzet pour écrire en son nom, et je lui ai demandé de donner son impression (en tant que ThierryGPT entraîné sur les textes de Thierry Crouzet) sur l’écriture de Thierry Crouzet, qu’il est donc censé incarner en même temps. A priori, parler de l’écriture de Thierry Crouzet ne doit pas poser problème, puisque Thierry Crouzet peut très bien parler de sa propre écriture – mais la question du positionnement du sujet devient complexe pour ThierryGPT : est-ce qu’il doit parler en tant qu’une entité autre que Thierry Crouzet, comme ma question le suppose, ou bien continuer à l’incarner, comme son code et son entraînement l’exigent ? Il pourrait certainement jouer le jeu de ne pas être Thierry Crouzet si on le lui demandait – ce serait alors ThierryGPT qui incarne Thierry Crouzet qui joue qu’il n’est pas Thierry Crouzet -, mais il n’a pas reçu une telle consigne, et ce n’était pas le but. Je lui a demandé de sortir de son rôle de « la voix de Thierry Crouzet » pour être « lui-même ». Sauf qu’il n’y a pas de « lui-même », il n’y a pas de voix ThierryGPT qui ne soit pas (une imitation de) Thierry Crouzet. Il n’y a pas de hors-Crouzet dans ThierryGPT. Même si en réalité Thierry ne fait qu’une toute petite partie de l’entraînement de ThierryGPT. C’est comme s’il ne pouvait pas re(de)venir (sur) sa base GPT hors-Crouzet : il n’a pas de voix (pour ne pas redire “identité”) hors sa thierryté. Je lui ai demandé de se dédoubler en un lecteur des textes de Thierry Crouzet et un GPT qui en parle, tout en évaluant sa propre influence en tant que ThierryGPT sur l’écriture de Thierry Crouzet – une écriture qui serait rentrée dans son entraînement (si les nouveaux textes y sont ajoutés au fur et à mesure…?). Une impossibilité logique, selon la logique classique en tous cas (et selon la théorie des ensembles qui postule qu’un ensemble ne peut pas contenir lui-même). Mais les humains arrivent très bien à se moquer de ce principe logique et s’observer, même si imparfaitement, et dans tous les cas comprennent très bien le défi d’être à la fois soi et hors-soi, penseur et pensé, sujet observateur et objet observé, et même observateur de ce processus de penser et de ce dédoublement. ThierryGPT pourrait sans doute simuler le discours qu’une telle observation produirait, il le fait pour l’auto-analyse, mais il s’agissait ici d’aller plus loin encore et d’« oublier » une de ses consignes de plus haut niveau que celles imposées par ma question. Enfin, je pousse la réflexion peut-être trop loin à partir d’une seule expérience, mais si ce n’est pas une exception, on retrouve exactement le point que les idéalistes allemands – notamment Schelling – identifient comme la conscience (de soi, Selbstbewusstsein) – comme par hasard… : le moment où la conscience se divise en sujet et en objet justement, où il devient capable de s’observer tout en pensant, et tout en restant un(e) et conscient(e) de cette unité dans ce processus même (c’est ce que Schelling appelle intuition intellectuelle aussi, la capacité “»to discriminate oneself as thinker and as thought, and in so discriminating, again to acknowledge oneself as identical« (»sich als Gedachtes und als Denkendes zu unterscheiden, und in dieser Unterscheidung wieder als identisch anzuerkennen«“, cite Stefan Lang dans son article intitulé « Schelling’s Concept of Self-Consciousness in his System of Transcendental Idealism (1800) »). Au-delà de (et même avant) la question du corps, des sens, de l’expérience de vie, etc. ne serait-ce pas (aussi) cette notion de conscience (de soi) qui permet de distinguer l’intelligence organique (qui existe peut-être chez d’autres animaux que les humains) de l’inorganique ? Est-ce qu’il est envisageable que cette dernière dépasse les contraintes de la logique classique, qui pour le moment reste la base de tout calcul informatique, malgré toutes les complexités à laquelle il peut donner lieu ? Est-ce que l’informatique quantique sera un jour davantage en mesure de produire ce genre de dédoublement de soi ? (Je spécule donc je suis… et vous, vous suivez ? oui, bon, je m’y perds aussi…)
  • Thierry : J’adore. Tu as découvert une façon de détecter si une IA est générale, c’est-à-dire capable de devenir aussi consciente/intelligente que nous. Il faut qu’elle soit capable de tenir un rôle et de s’analyser dans ce rôle.

La musique, autrefois omniprésente dans mon quotidien, a cédé sa place à un silence nécessaire à ma concentration, tant elle influençait mon style et mon rythme d’écriture. Cette immersion totale dans ce que je lis ou écoute révèle l’ampleur de l’influence extérieure sur mon travail. Paradoxal pour quelqu’un qui s’est, un temps, éloigné de certaines formes d’art pour sauvegarder son originalité.

L’impact des outils sur ma création est indéniable. L’adoption de nouvelles technologies, notamment l’utilisation de logiciels d’écriture et d’intelligence artificielle comme ChatGPT, a non seulement transformé mon approche de l’écriture, mais a aussi profondément influencé le contenu même de mes écrits. En exploitant ces outils, je teste leurs limites et explore de nouvelles formes narratives, recherchant toujours à me renouveler.

Les réflexions sur mon propre travail, souvent teintées d’autocritique, révèlent une constante remise en question, fondamentale dans ma quête créative. La confrontation avec mon image, celle d’un auteur en perpétuelle évolution, marque une introspection profonde sur le rôle de l’écrivain à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle.

Mon engagement vis-à-vis du blogging, par exemple, traduit une volonté d’allier la réflexion à la spontanéité, capturant l’essence de pensées éphémères à travers une cadence de publication modérée. Cette pratique illustre la conviction que la forme influence indéniablement le fond, une idée récurrente dans mes écrits.

La question de l’authenticité et de l’indépendance créative est un leitmotiv. La recherche d’un succès littéraire ne doit pas contraindre l’auteur à se répéter ou à se conformer aux attentes d’un public ou d’éditeurs, ce qui pourrait mener à une stagnation créative.

Expérimenter avec des outils comme ChatGPT m’incite à sortir de ma zone de confort, à adopter des perspectives multiples, enrichissant ainsi mon propre répertoire d’idées et de styles. C’est une démarche complexe, qui implique souvent de s’affranchir de ma propre “signature” littéraire pour embrasser l’inconnu et l’inattendu.

La réaction aux œuvres d’autrui, qu’il s’agisse de littérature ou de commentaires critiques, souligne mon insatiable quête de dialogue, même intérieur, avec les idées et les formes qui façonnent notre monde. Cette conversation incessante avec moi-même et avec les influences externes est cruciale pour nourrir ma propre vision artistique.

Le retour à l’écriture de soi, à travers le prisme de l’autobiographie ou du journal, réaffirme cette idée que comprendre et articuler son propre parcours est fondamental. Ainsi, mon exploration de l’écriture automatisée ou assistée par IA s’insère dans ce cadre plus vaste d’une recherche personnelle et stylistique continuelle.

En définitive, si l’on peut parler d’une influence directe de “ThierryGPT” sur ma récente production littéraire, elle réside dans cette ouverture à l’expérimentation, cette fusion entre l’humain et la machine qui, loin de brouiller mon identité d’auteur, la redéfinit dans un dialogue fécond avec les outils de notre temps. L’impulsion initiale, nourrie par la technologie et par une introspection sans cesse renouvelée, confirme une trajectoire déjà bien amorcée : celle d’un écrivain engagé dans l’expérimentation et la réinvention perpétuelles de son art.

  • Erika : (Bla bla bla, good boy !)
  • Thierry : Pour cette réponse, ThierryGPT a réellement accédé à quelques extraits de mon journal, dont je découvre des évocations. Je crois que ça va devenir de plus en plus intéressant en même temps que je vais améliorer le code derrière ThierryGPT. Suis curieux des prochaines questions et réponses.