Le Jardin de l'Éternité
Le Jardin de l'Éternité

Le plus souvent, je ne me lance dans l’écriture d’un nouveau projet que quand la même idée revient frapper à ma porte avec insistance durant plusieurs semaines, voire des mois ou des années. C’est le cas avec Le Jardin de l’Éternité, que je commence à peine, sans encore savoir si le projet ira loin ou pas.

Tout a commencé en juillet 2023 quand j’écrivais Le Code Houellebecq. Comme le héros de ma seconde partie était un éditeur, j’ai parfois demandé aux IA d’imaginer des titres de romans qu’il pouvait publier. Un jour, une proposition de ChatGPT m’a enthousiasmé.


Le manuscrit pourrait s’intituler *Les Jardins de l’Éternité. Il s’agirait d’un roman qui explore la notion de temps et d’éternité à travers l’histoire d’un jardinier immortel.

Dans ce roman, le protagoniste est un jardinier qui a reçu le don de l’immortalité. Il vit dans un monde où le temps semble s’écouler différemment pour lui. Alors que les saisons, les années, les décennies et même les siècles passent, il reste le même, toujours occupé à cultiver son jardin.

Le jardinier voit des civilisations naître et mourir, des empires s’élever et tomber, des technologies évoluer et disparaître. Il assiste à l’évolution de l’humanité, à ses triomphes et à ses tragédies, à ses espoirs et à ses désillusions. Et tout au long de ces changements, il continue à jardiner, à planter et à récolter, à créer et à préserver la beauté dans son petit coin du monde.

Le roman pourrait explorer des thèmes tels que le temps, l’éternité, le changement et la permanence. Il pourrait également poser des questions sur la nature de l’existence et sur ce que signifie vivre dans un monde en constante évolution. Il pourrait s’interroger sur la valeur de la beauté et de la création dans un univers où tout semble éphémère et transitoire.


ChatGPT n’a pas craché ce texte de nulle part. Il a surgi dans un long échange avec des dizaines de prompts et de réponses, dans un contexte précis (dont malheureusement j’ai perdu la trace). Cette idée proposée par ChatGPT vient de nos interactions. Elle est une cocréation, née des multiples injonctions que j’ai imposées. C’est à ce titre que les IA peuvent nous augmenter, notamment en ouvrant des pistes jusque-là invisibles pour nous, et que pourtant nous attendions pour être capables de nous en saisir lors de leur passage fugitif à l’écran.

Dans Le Code Houellebecq, mon héroïne IA invente le manuscrit du Jardin de l’Éternité (passé au singulier) pour piéger mon éditeur ambitieux et avide de succès. J’ai envisagé d’écrire le texte comme troisième partie du roman, avant de comprendre qu’il résonnait avec un autre de mes projets, un space opera sur lequel j’avais commencé à travailler, sans grand succès. Je voulais rendre hommage Au carrefour des étoiles de  Clifford D Simak, roman cher à mon cœur, et qui peut-être plus que nul autre m’a poussé à écrire.

Dans ce roman, Enoch Wallace vit dans une ferme éloignée de la civilisation qui cache une porte de téléportation par laquelle transitent des extraterrestres. Tant qu’Enoch Wallace ne quitte pas la ferme, il ne vieillit pas, ce qui finit par intriguer ses voisins et attirer l’attention. Au carrefour des étoiles est un space opera qui se déroule sur Terre. J’ai toujours adoré cette idée de laisser les étoiles venir à nous plutôt que d’aller à elles avec de lourds improbables et inimaginables vaisseaux.

Dans Le jardin de l’Éternité, le jardinier immortel est donc une sorte d’Enoch Wallace. Simplement, on ne le rencontre pas au bout de son périple dans le temps, mais à son début, pour le suivre au fil des millénaires, pendant que des créatures de toutes sortes atterrissent dans le jardin, chacune de ces visites étant l’occasion de raconter une histoire comme dans Les Mille et Une Nuits.

Je me suis tout de suite dit que le jardinier serait exactement dans la même situation que le lecteur au début du roman. Il ne saurait ni qui il est ni pourquoi il jardine. Et ce ne serait que progressivement que cet amnésique comprendrait sa propre histoire (qui me reste à inventer, en partie). J’ai bien sûr vite imaginé un background qui à ce stade ne tient pas à grand-chose et qu’il est inutile de révéler. Alors je me suis mis à écrire le prélude, persuadé que comme pour Le Code Houellebecq, j’utiliserais abondamment les IA pour trouver des idées et enrichir mon texte.

Finalement, je n’ai questionné ChatGPT que comme un moteur de recherche pour connaître le nom des deux parties d’une pioche (la tête et le manche). Je savais en écrivant que je pouvais me faire aider, mais je n’en ai pas éprouvé le besoin. J’ai commencé par écrire au présent, puis par tout réécrire au passé, puis par revenir au présent, car comment raconter l’éternité au passé ?

À ce stade, je n’ai aucune idée de ce que me réserve la suite. Je suis dans la même position que le lecteur. Je ne sais pas quelle forme prendra le premier chapitre. J’aime écrire avec simplement une vague idée de vers là où je me dirige. Ce texte né d’une interaction avec une IA a été produit d’une façon des plus traditionnelle. Et je décide de le publier à chaud pour ouvrir la porte aux interactions humaines (qui peut-être engendreront des interactions artificielles).


Si vous êtes abonné à la section Écriture de ma newsletter, vous recevrez demain le prélude du roman. Vous pourrez discuter avec moi par mail, me dire ce que vous pensez de ce début et vers où vous anticipez que va l’histoire, car c’est bien une histoire que je veux raconter, une sorte de fable cosmique.