Thierry Crouzet https://tcrouzet.com Auteur de Mon père, ce tueur, L'homme qui ne comprenait pas les femmes, One Minute, Résistants, J'ai débranché, Ératosthène, Le geste qui sauve, La mécanique du texte, La quatrième théorie… Tue, 20 Oct 2020 09:52:51 +0000 en-US hourly 1 Mini-aventure : gravel de la nuit à la nuit https://tcrouzet.com/2020/10/20/mini-aventure-gravel-de-la-nuit-a-la-nuit/ https://tcrouzet.com/2020/10/20/mini-aventure-gravel-de-la-nuit-a-la-nuit/#respond Tue, 20 Oct 2020 07:28:07 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55727 Born to Bike #70 | Sommaire | Lire en ligne

À l’initiative de Romain Bossard d’Hors Trace Aventures, on se retrouve à une dizaine au Crès, commune en périphérie est de Montpellier, pour un 100 miles gravel autour du Pic Saint-Loup et de l’Hortus.

Nous devions commencer à pédaler à 5 heures 30, mais couvre-feu oblige nous ne partons qu’à 7 heures. Il fait encore nuit et froid, même très froid pour la saison. La météo prévoyait au plus bas 4°C avec une maximale à 18°C, sans anticiper qu’au bord du Salaison, nos thermomètres plongeraint vers zéro et bientôt passeraint en négatif, ce qui est exceptionnel chez nous en octobre.

Nos doigts et nos orteils piquent, ce qui nous incite à appuyer sur les pédales, mais sans trop nous énerver, car nous attendent près de 2 500 mètres d’escalade, et sans doute quelques surprises. Je commence à connaître Romain. Avec son passé de vététiste, il a une conception large du gravel.

Je lui ai bien demandé si c’était vraiment gravel. Il m’a juré que oui, que c’était même roulant. Je pédale donc avec mon Diverge monté en 42 mm, alors que la plupart de mes compagnons roulent en 48 ou 50. Plus les années passent, plus les pneus des gravel grossissent, parce que les envies de chemins, d’exploration et de nature augmentent avec la pratique. Peu à peu, beaucoup de gravellistes tendent vers les sections basses utilisées à VTT.

Une barrière nous arrête. Les copains du coin affirment que derrière des taureaux attendent pour nous embrocher. Nous ne les voyons pas dans la lumière de nos frontales, mais préférons prendre un autre chemin pour retrouver la trace un peu plus loin. Une ligne bleutée nimbe l’horizon. La gelée blanche poudre les prairies. Nous passons sous l’aqueduc de Castries, puis enchaînons de beaux singles au sol moelleux.

Le soleil nous cueille à la sortie des pinèdes. Une magnifique journée s’annonce. Pas un brin de vent. Conditions parfaites. Nous alternons chemins et petites routes. Un pur plaisir. La dent du pic Saint-Loup nous sert de repère. Après Saint-Bauzilles-de-Montmeil nous attend notre première difficulté, une ascension régulière par une piste DFCI, mais suffisante pour nous mettre en nage. Nous nous effeuillons.

Au sommet, la vue est superbe. Vers le sud, la plaine littorale tapissée de vignobles clôturée par la ligne argentée de la mer, au nord, les contreforts des Cévennes, vers lesquels nous déboulons. Dès que nous retrouvons les faces nord des collines, le froid nous ressaisit, mais jamais longtemps.

Dans les garrigues
Dans les garrigues
Vers le pic Saint-Loup
Vers le pic Saint-Loup
Vers le pic Saint-Loup
Vers le pic Saint-Loup
Mon Diverge
Mon Diverge

Un ruisseau nous arrête, avec un gué à la stabilité incertaine. Gilles hésite, puis se décide à franchir à vélo. Derrière lui, Valérie l’imite. Je la suis, sauf que mon Diverge est plus bas, l’eau me chatouille les orteils droits. Devant nous le pic Saint-Loup et l’Hortus dessinent une porte géante vers laquelle nous roulons à travers les vignes rouillées par l’automne.

Après la chapelle romane Notre-Dame d’Aleyrac, une allée majestueuse de platanes nous envoie en direction du village de Lauret, puis un beau coup de cul nous transporte à Claret où nous savourons thés et cafés avant d’attaquer la première des deux grosses difficultés de la journée.

Notre-Dame d'Aleyrac
Notre-Dame d'Aleyrac
Notre-Dame d'Aleyrac
Notre-Dame d'Aleyrac
L'hortus
L'hortus
Julien et Gilles
Julien et Gilles
La mer au sud
La mer au sud
Pompignan, tout en bas
Pompignan, tout en bas

Le parcours est moins joueurs que dans les pinèdes, mais parfait pour le gravel, avec toujours des points de vus uniques sur le pic Saint-Loup. Nous savourons cette journée, nous extasiant de notre chance d’être là, à ce moment, sans soucis, sans penser à rien d’autre qu’à partager. Ce que nous sommes, ce que nous faisons le reste du temps, rien ne compte, sinon notre goût de l’effort, qui suffit à nous placer sur la même longueur d’onde.

On parlerait de politique ou d’autre chose, ça déraillerait sans doute, mais ce n’est pas nécessaire. Le vélo a le pouvoir de synchroniser nos humeurs pour un moment d’entente et de rigolade. D’autres groupes seraient plus nerveux, plus désireux de se challenger, de chercher la performance, mais dans ce groupe je suis à ma place, parce que le vélo y est vécu à la recherche d’une jouissance à la fois individuelle et collective. Il n’existe aucune compétition, seulement le désir de faire ensemble et d’arriver ensemble. Nous n’avons rien à nous prouver, encore moins à prouver aux autres, sinon notre capacité à jouir de la lumière et de la trace imaginée par Romain.

Après un bout de plaine, nous nous ravitaillons à la boulangerie de Pompignan, puis longeons le cours asséché du Rieu Massel environné de murets de pierres, franchi par un ancien pont écroulé, à l’apparence romaine, mais qui n’est pas aussi ancien. On roule sur des lapiaz, effleurement de roches ciselées par le ruissellement, avant d’attaquer un long DFCI impeccable qui grimpe sur près de cinq kilomètres et nous amène à l’ermitage Notre-Dame de Monier où nous cassons la croûte, assis sur le mur ou même allongés dans l’herbe. Nous nous promettons de revenir bivouaquer là un soir d’été.

Notre-Dame de Monier
Notre-Dame de Monier
Du roulant
Du roulant
Montoulieu
Montoulieu

La descente est plus raide que la montée. Greg goûte les cailloux d’un des virages, mais repart aussi vite en direction de Montoulieu. Après une incursion dans le Gars, nous revoilà dans l’Hérault et j’arrête de prendre des photos, trop occupé à m’agripper à mon cintre pour ne pas me faire éjecter du vélo. Ça tabasse. Nous sommes en pleine nature, c’est toujours aussi splendide, mais les chemins de garrigues sont peu indulgents pour nos bras. Terminé la rigolade, nous serrons les dents.

Quand j’attaque un nouveau lapiaz, je me prends à imaginer que je suis sur mon VTT, avant qu’une secousse violente me rappelle à l’ordre.

— C’est pas gravel, ça !

Ou plutôt, ce n’est plus gravel. Nous passons, ce n’est pas la question. Mais éprouvons-nous du plaisir ? Non ! Voilà peut-être une façon de définir ce qui est gravel ou pas. Tant qu’il y a du plaisir, tant que le vélo ne gémit pas, tant que nos articulations ne sont pas maltraitées, c’est gravel, une appréciation certes relative mais je crois qui fait l’unanimité entre nous. À ce moment précis, je regrette mon semi-rigide, voire mon tout suspendu.

En rigolant, nous disons souvent que le VTT est l’avenir du gravel. Peut-être pas, mais je suis persuadé que nos bécanes n’ont pas fini de s’améliorer. Les ingénieurs réussiront à conserver le dynamisme du gravel, son pouvoir d’accélération qui le rapproche du vélo de route, et à lui offrir la capacité absorbante du VTT. Un beau défi. En tout cas, avec mon Diverge, taillé pour la performance plus que la grande randonnée, je ne suis pas dans un fauteuil. Mais les copains et copines avec des bécanes plus roots ne sont pas plus à la fête.

Parfois on dirait que les chemins ont été piégés, saupoudrés de pierres roulantes, d’autre fois d’ornières rocheuses entre lesquelles il faut zigzaguer avec le danger de se retrouver brutalement arrêté. Nous portons souvent. Parfois allant plus vite à pied qu’à la pédale. Nous nous souviendrons du secteur entre Notre-Dame de Londres et Murles. J’ai la sensation d’avoir des ampoules aux paumes des mains à force d’encaisser les chocs. Nous nous disons qu’après une bonne pluie ce secteur doit être suicidaire. Même à VTT, c’est le genre de chemin que je prends une fois avant de les éviter avec méthode.

Alors c’est gravel ou pas ? Si le vélo idéal sur un parcours est celui qui me donne le plus de plaisir tout en permettant de rouler à un rythme optimal, alors ça reste gravel, parce qu’à VTT je ne serais pas là, lancé dans un 100 miles. Reste que trop de pierres, c’est trop de pierres. Nos vélos souffrent et nous autant.

Notre moyenne en prend un coup. Le soleil commence à plonger sur les montagnes quand nous retrouvons les pinèdes et des terrains plus au goût de nos cervicales. Le pic Saint-Loup est à nouveau dans notre dos et nous ne cessons de nous arrêter pour observer sa silhouette en ombre chinoise sur le ciel immaculé.

L’heure dorée porte bien son nom. Pédaler dans cette lumière me fait oublier tout ce qui précède. Je n’éprouve plus la moindre fatigue ni lassitude. J’aime les longs périples qui mènent à cette intensité existentielle. Peut-être même que les chaos, les petits déplaisirs, sont une étape indispensable, à une sorte d’initiation spirituelle. Si tout était trop simple, trop direct, trop velouté, il manquerait quelque chose à l’expérience. Je ne suis pas masochiste, mais l’effort a ses vertus, tout cycliste le sait. Quand la nuit tombe, mes forces se décuplent, c’est une tactique inventée par l’évolution pour que le prédateur trouve à se nourrir, puis un gîte avant la nuit. J’aime détourner cette énergie pour la transformer en pur plaisir. Je suis accro à cette drogue.

L'heure dorée
L'heure dorée
L'heure dorée
L'heure dorée

Alors nous savourons, nous nous gorgeons d’ambre, des volutes brumeuses de la fin du jour. Une à une nos frontales ou nos phares s’allument. Quand Stéphane dérape, bloque sa roue avant dans une ornière et fait la culbute, nous décidons de rentrer par la route. Nous nous transformons en points clignotants dans la nuit de plus en plus glaciale.

Romain et Stéphanie nous accueillent chez eux avec un magnifique festin. Il est plus de 20 heures. Nous avons passé une autre journée mémorable, une journée qui nous a fait toucher une fois de plus l’idéal gravel, cette possibilité de longues distances dans la nature, une possibilité accessible à VTT, mais au prix d’une dépense d’énergie sans commune mesure.

C’est quoi le gravel ? Étendre le terrain de jeu du VTT. Rouler sur des chemins ou de petites routes, toujours plus loin, toujours plus longtemps. En prendre plein les yeux. OK, parfois plein les bras, mais c’est inévitable quand on allonge les distances, certaines connexions pouvant être rudes, surtout dans notre Midi où la pierre n’est jamais loin sous la terre. Mais bon, parfois ce n’est vraiment pas gravel.

La trace
La trace
]]> https://tcrouzet.com/2020/10/20/mini-aventure-gravel-de-la-nuit-a-la-nuit/feed/ 0 Pourquoi j’ai racheté un GPS Garmin https://tcrouzet.com/2020/10/16/pourquoi-jai-rachete-gps-garmin/ https://tcrouzet.com/2020/10/16/pourquoi-jai-rachete-gps-garmin/#comments Fri, 16 Oct 2020 17:31:30 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55671 Born to Bike #70 | Sommaire | Lire en ligne

Le GPS a révolutionné ma façon de faire du vélo. Il m’a permis de me réapproprier mon territoire, en l’explorant dans ses recoins et sur une étendue bien plus grande que par le passé tout en suivant les traces ouvertes par d’autres, parfois dans des régions inconnues, comme les Appalaches ou l’Aubrac. Pédaler avec un GPS, c’est désormais comme lire des romans, avec le plaisir de la découverte à chaque détour.

Je ne conçois plus de faire du vélo sans GPS, à minima il me permet de partager les traces de mes sorties, aussi de les archiver pour pouvoir les étudier et mieux mémoriser les nouveaux passages découverts, ou réfléchir à de nouveaux itinéraires. Je suis devenu un explorateur, le GPS étant mon cartographe personnel. Grâce à lui, je ne croise plus des routes que par exception. Non, avant ce n’était pas mieux : la gravité du réseau asphalté m’attirait vers les grands axes et le vélo ne me procurait pas autant de plaisir qu’aujourd’hui où je peux fuir les voitures. Je ne vais pas refaire l’éloge du GPS.

Aussi j’ai commencé à tiquer quand j’ai vu l’autonomie de mon Garmin 820 fondre, ne dépassant plus les 7 heures, ou quand il lui devenait plus difficile de me guider, avec toujours quelques secondes de retard, si bien que de plus en plus souvent j’étais incapable d’anticiper les bifurcations.

J’ai manqué le vendre au printemps, puis j’ai renoncé, fatigué de sans cesse claquer une petite fortune pour éponger mes désirs de cycliste. Durant le Tour de l’Hérault, mon 820 a craché deux journées, tout en m’obligeant à rouler presque en continu branché sur la batterie de secours. J’ai alors décidé de changer la batterie interne, opération au combien délicate, malgré tout réussie.

Lors de la première sortie, je me suis dit que j’étais reparti pour deux ans de tranquillité. Sauf qu’au bout de 2 heures, la nouvelle batterie chinoise, achetée 6 €, a rendu l’âme. Qu’à cela ne tienne, j’ai commandé une batterie chez un autre fournisseur, 16 €, mais cette fois j’ai pété les nappes de l’écran au moment de le reconnecter (j’avais déjà pété les nappes d’un iPad en changeant un écran). C’est sûr, je ne recommencerais plus cette opération qui garantit la crise de nerfs. Et pas question d’acheter un nouvel écran et de tenter une nouvelle fois la réparation.

Mon vieux 820 à côté du 530
Mon vieux 820 à côté du 530

Mon 820 était bon pour la poubelle et il me fallait un autre GPS. Je m’étais préparé à cette éventualité. La vraie question : pourquoi acheter un GPS quand mon téléphone possède un meilleur écran, plus grand, plus contrasté, tout en disposant d’un GPS presque aussi précis ?

Durant l’été, j’ai pensé utiliser un support pour mobile Quad Lock jusqu’au moment où j’ai découvert que les stabilisateurs des objectifs des iPhone de dernière génération ne supportaient pas longtemps les vibrations transmises sans ménagement. Trop de témoignages négatifs encombraient les forums pour que je prenne moi-même ce risque.

Il me fallait donc un nouveau GPS. Mon cahier des charges était assez simple.

  • Le GPS ne doit pas me coûter un bras.
  • Il doit être le plus léger possible.
  • Il doit avoir la meilleure autonomie possible.

  • Il doit me permettre de suivre une trace sur un fond cartographique (ce qui écarte les modèles d’entrée de gamme).

  • Le tactile n’est pas indispensable, car souvent difficile à utiliser avec les gants et finalement peu utile lors des sorties.

Des copains roulent avec des Wahoo Elemnt Roam, dont ils vantent la qualité de l’interface et de l’écran de 2,7 pouces. J’ai hésité, mais le Garmin 530 l’a emporté. Avec son écran à peine plus petit de 2,6 pouces, il est moins lourd (75 g contre 93), plus autonome (20 heures contre 17), moins cher de 100 €. Comme la taille du 820 ne m’a jamais posé problème, je n’ai pas considéré plus avant le Wahoo, d’autant que je dispose déjà de supports Garmin sur tous mes vélos (et que ceux de Wahoo coûtent 20 € et qu’il m’en faudrait deux en plus). En prime, je dispose de pas mal de cartes Garmin et on en trouve en Open Source (peut-être qu’il existe désormais le même écosystème pour les Wahoo mais je n’en suis pas sûr).

J’ai aussi écarté les Garmin de la gamme Etrex (voir note en fin d’article). J’aurais pu craquer pour le Wahoo Elemnt Bolt, un peu moins cher, plus léger 63 g, une interface plus simple, un écran noir et blanc plus lisible bien que plus petit avec ses 2,2 pouces. C’est son autonomie de 15 heures qui m’a fait lui préférer le 530 (c’est rare que je roule plus de 15 heures durant une seule journée, mais en bikepacking moins je recours à la batterie extérieure, mieux c’est). Il y a aussi le Karoo 2, avec son écran de 3,2 pouces, mais pas disponible, ça règle le problème et beaucoup plus cher, avec seulement 15 heures d’autonomie et un poids conséquent de 130 g.

Mon GPS ne me sert qu’à suivre la trace et à l’enregistrer. Dès que je veux me repérer, chercher un passage alternatif, me dépatouiller d’une situation inextricable, je le fais avec mon téléphone bourré de cartes topo, notamment IGN. C’est mon GPS haut de gamme de secours, et je n’ai pas besoin d’un GPS haut de gamme sur mon cintre.

Je viens donc de déballer mon nouveau Garmin Edge 530, un peu plus grand que l’ancien, mais moins épais, avec un écran aussi un peu plus grand. Le port USB a été placé en façade, heureusement, car au-dessous du boîtier c’était compliqué quand je devais brancher la batterie de secours, le sac de guidon venant cogner le câble. Un petit détail, mais qui me simplifiera la vie en voyage.

Mise en route

Les GPS Garmin n’ont jamais été des plus intuitifs. Leur ergonomie est même catastrophique. Pourquoi tous les réglages ne s’effectuent-ils pas depuis le téléphone puisqu’il est jumelé au GPS ? Je ne cherche pas à comprendre. Une fois mon GPS réglé, je n’aurais presque plus jamais à y toucher (sauf s’il plante, ce qui n’était pas rare avec le 820).

Lors de mon premier test, je charge la trace du Grand Tour de l’Hérault (10 000 points). Il faut pas moins de 10 minutes pour que le 530 effectue des calculs de routage dont je n’ai pas besoin. Mais qu’est-ce qu’il fiche ?

La carte s’affiche enfin, un véritable sapin de Noël illisible, la trace invisible se confond avec la route qu’elle suit devant chez moi. À cet instant, je me vois déjà renvoyer le 530. Si je n’avais pas une longue expérience avec le 820, c’est ce que j’aurais fait. Je comprends mieux pourquoi Wahou a de plus en plus de succès. Mais j’insiste.

Je passe des plombes à désactiver des options pour moi inutiles jusqu’à ce que le 530 arrête de se vouloir plus intelligent qu’il ne l’est. Non, je ne suis pas un automobiliste. Si j’ai une trace, ce n’est pas pour que tu m’amènes ailleurs ou me dises qu’elle ne te convient pas.

Il m’aura fallu une dizaine d’heures de bricolage et de tests avant de trouver ma configuration idéale, mais au final je crois que le 530 fera ce pour quoi je l’ai acheté. Peut-être me surprendra-t-il lors de ma prochaine sortie, le Gravier Tour organisé par Origines Aventures. Si vous n’êtes pas un peu geek, ce GPS n’est pas pour vous.

Les Cartes

La carte Garmin étant précise mais un peu kitsch, je dois en choisir une autre. J’ai ma petite idée, mais j’effectue quelques tests sur mon ordinateur avec BaseCamp (en fait, je copie les cartes sur le GPS ou un disque virtuel simulant un GPS Garmin pour que BaseCamp les reconnaisse).

Carte Garmin Europe
Carte Garmin Europe
Carte IGN pour Garmin
Carte IGN pour Garmin
Openfietsmap Lite
Openfietsmap Lite
OSM new style
OSM new style

La carte IGN de la France est beaucoup trop détaillée pour un minuscule écran de GPS (image 2). Elle est mieux au chaud sur mon téléphone. La carte Openfietsmap Lite reste trop colorée (image 3). Je lui préfère la version new style, à la frontière du monochrome (image 4). Reste à voir le rendu sur le 530.

Comparaison des rendus
Comparaison des rendus

En bord d’étang, la carte Garmin passe, mais parfois elle mange la trace (capture 1). J’aime moins les versions Lite de l’OSM (capture 1 et 2), mais la version new style est plus agréable (capture 4), c’est elle qui met le mieux en évidence la trace, tout en montrant les chemins qui se présentent, ce qui permet souvent d’éviter des erreurs. C’est sans doute une question de goût, et d’usage, j’en conviens. Mais pour aboutir à un tel rendu, j’ai pas mal transpiré.

Mes bricolages

Je liste mes réglages, au cas où un plantage me forcerait à tout reconfigurer. Ça peut aussi vous aider et j’ai peur d’oublier.

  1. Menu > Navigation > Courses > Course Options, je désactive les options Turn Guidance et Off Course Warnings.
  2. Menu > Settings > System > Display, je désactive le contraste automatique qui sinon danse la salsa (et, je suppose, épuise la batterie). Je règle le contraste à 40 % sans activer le Backlight Timeout (sinon l’écran devient illisible). La trace reste parfois difficile à identifier quand il y a du soleil et que je porte des lunettes polarisantes. Il faudrait qu’elle soit plus épaisse et d’une couleur qui tranche avec celle de la carte (on peut régler cette couleur mais au coup par coup). L’idéal serait un fond de carte en légers niveaux de gris (je cherche une telle carte).
  3. Menu > Settings > Safety & Tracking, je désactive GroupTrac (je ne fais pas la course avec mes copains, on s’attend en haut des côtes).
  4. Menu > Settings > Connetected Features, je conserve le jumelage avec mon téléphone, mais désactive le Wifi (pas très utile quand on roule). Je n’active pas le Battery Safe Mode, car alors il devient impossible de suivre une trace puisque l’écran s’éteint.

Rien de nouveau pour moi, à ce stade. Sur le 530, on dispose de plusieurs profils en fonction du type d’activité (route, vtt, touring…). Pour le moment, j’ai créé un profil NOTRACE, qui reprend les réglages par défaut de Garmin pour le VTT, et un profil TRACE que je dédie au suivi de traces, donc en virant tout ce dont je n’ai pas besoin. J’entre dans les réglages avec Menu > Settings > Activity Profiles, je choisis mon profil et commence le paramétrage.

  1. Je désactive les systèmes de positionnement Glonass ou Galileo, pour ne pas sécher trop vite la batterie (si je suis perdu, j’utilise mon téléphone).
  2. Garmin a inventé un truc génial dont je n’ai rien à faire : le virtual partner. Ils n’ont rien trouvé de mieux que me faire précéder sur la trace d’un partenaire virtuel représenté par une dérangeante flèche verte, sans qu’aucune option évidente ne permette de désactiver cette fonction. J’ai fini par trouver une astuce en discutant avec d’autres utilisateurs du 530. Dans Data Screens, j’ajoute l’écran Virtual Partner, dont je n’ai pas besoin, mais jute pour entrer dans ses options et fixer la vitesse du partenaire à 0 km/h, ainsi ce bougre reste planté au départ de la trace et n’est pas sans cesse représenté sur mon écran non loin de moi. Une fois ce paramètrage effectué, je peux supprimer l’écran virtual partner dès lors inutile.
  3. Dans Navigation, je désactive Sharp Bend et règle Navigation Prompts à Text Only.
  4. Dans Navigation > Map, je désactive Auto Zoom, Guide Text et Draw Contours (le tracé des lignes de niveau si j’ai bien compris). Je règle Map Visibility à Hight Contrast (sinon l’affichage est illible). Dans Map Information, je désélectionne les cartes Garmin au profit de la carte OSM minimaliste avec le moins de chichi possible qui correspond à mon terrain de jeu. Plus légère, elle accélère les calculs.
  5. Dans Navigation > Routing, je désactive tout et si impossible choisis les options minimalistes. Par exemple, il n’y a aucune possibilité de ne pas avoir un Routing Mode (alors je choisis ligne droite).

Problème

Quand je m’attaque à une côte, le 530 affiche un très intéressant graphique montrant le profil. Mais alors comment suivre la trace quand il y a un embranchement dans cette côte ?

Note sur les Garmin Etrex

On m’a demandé pourquoi j’avais écarté les Garmin de la gamme Etrex, plus précisément l’Etrex 20x (50 € de moins qu’un 530). Ce GPS pour randonneurs plus que pour cyclistes dispose d’un système de fixation vélo moins pratique que celui des Edge. Il était beaucoup utilisé par les bikepackers aux US quand j’y étais, souvent plébiscité parce qu’il est vendu avec une carte topographique de type IGN, carte qui comme je l’ai expliqué est sur mon téléphone et n’a rien à faire sous mes yeux quand je roule.

Il est lourd 142 g, nécessite deux piles ou accumulateurs AA, donc 50 g supplémentaires, son écran est vraiment petit pour un usage à vélo, 2,2 pouces, donc il ne répond à aucun de mes critères, sinon par son prix.

On m’a dit que c’était le top en voyage parce qu’avec deux piles de plus, on pouvait tenir 50 heures (seulement trois grosses journée de voyage en été). C’est vrai, mais on arrive déjà à un poids de 242 g auquel il faut ajouter le chargeur AA… Cette solution ne dispense pas d’une batterie externe puisqu’elle reste indispensable pour la frontale, le phare, le feu arrière et le téléphone. Voilà pourquoi j’ai écarté ce modèle.

]]> https://tcrouzet.com/2020/10/16/pourquoi-jai-rachete-gps-garmin/feed/ 2 Pourquoi je ne vends plus mon vélo de bikepacking https://tcrouzet.com/2020/10/13/pourquoi-je-ne-vends-plus-mon-velo-de-bikepacking/ https://tcrouzet.com/2020/10/13/pourquoi-je-ne-vends-plus-mon-velo-de-bikepacking/#respond Tue, 13 Oct 2020 10:09:30 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55589 Born to Bike #70 | Sommaire | Lire en ligne

Quand je partage mes cogitations, les échanges qui s’en suivent m’aident souvent à préciser mes idées, voire à changer d’avis. Le net social révolutionne le vélo, mais peut-être que depuis toujours les cyclistes se prennent la tête au sujet de leurs bécanes (ça en devient maladif chez moi).

J’avais donc décidé de vendre mon VTT tout rigide monté en début d’année spécialement pour le bikepacking (moi, j’appelle ça un monstercross). Trois raisons principales.

  1. Lors des longues sorties, le tout rigide me provoque des fourmis dans les mains. Même mon gravel avec ses 20 mm de suspension avant est plus confortable.
  2. Dans les descentes techniques, je suis bloqué sur les freins pour ne pas en prendre plein les bras ou être éjecté du vélo. Ce n’est pas le pied.
  3. Ce vélo se retrouvait coincé entre mon gravel et mon VTT XC tout suspendu et il était moins séduisant que l’un ou l’autre, même pour le bikepacking, si bien qu’il prenait la poussière dans mon garage.

J’avais donc imaginé le vendre dans l’idée de monter un vélo plus typé, genre un Salsa Cutthroat avec un fourche télescopique de 100 mm. Puis je me suis souvenu de nombreux échanges avec mon ami Patrick Lamarre. Il ne sera peut-être pas d’accord, mais j’ai l’impression qu’après ses ultras trips bikepacking, le dernier en date étant la Gravel Tro Breizh, il a moins de fourmis dans les mains et de douleurs dans les bras quand il utilise un cintre droit plutôt qu’un cintre gravel. C’est sans doute aussi pour cette raison que beaucoup de spécialistes de l’endurance en bikepacking privilégient le cintre droit, je pense notamment à Sofiane Sehili, même si parfois il adopte le cintre gravel.

Le vélo de Sofiane sur la French Divide 2020
Le vélo de Sofiane sur la French Divide 2020

Plus je fais de gravel, plus j’apprécie le cintre gravel, mais je suis davantage à mon affaire avec un cintre VTT dès qu’il y a un passage un poil technique tout en m’éclatant d’avantage. Grâce aux cornes SQ-Lab, je peux par ailleurs me mettre dans une position quasi gravel quand je le désire, c’est en quelque sorte le meilleur des deux mondes, une façon de maximiser le confort. Sofiane ajoute une troisième position avec les aérobars, une position plus aérodynamique, mais qui aussi aide à détendre les bras.

Cutthroat 2019
Cutthroat 2019

Mon vélo de bikepacking idéal devenait alors un Cutthroat avec une fourche et un cintre plat ou un cintre gravel hyper évasé genre Salsa Woodchipper. C’est jouable, même Salsa a un temps proposé cette configuration, mais alors pourquoi ne pas tout simplement monter une fourche sur mon VTT tout rigide et le transformer en semi-rigide ? J’y ai pensé assez vite, mais je me suis dit qu’ainsi il serait encore plus proche de son grand frère tout suspendu, avec simplement un bénéfice d’un kilo en moins.

C’est en roulant avec un copain équipé d’un VTT enduro que j’ai trouvé la solution. La fourche 100 mm de mon tout suspendu va migrer sur le tout rigide et je monterai une fourche de 120 mm sur le tout suspendu pour le tirer vers l’enduro. Ainsi mon semi-rigide sera parfait pour le bikepacking et le XC cool, mon tout suspendu sera parfait pour les sorties plus courtes, mais plus engagées. En élargissant le champ d’action de mes trois vélos, je pense avoir trouvé la solution pour qu’ils cohabitent. C’est aussi pour moi la solution la moins onéreuse et sans doute la plus confortable, celle qui m’a satisfait tout au long de 2019.

Je rêve d’avoir trouvé la formule idéale, mais je sais que vite je vais me remettre à rêver d’une autre bécane.

]]> https://tcrouzet.com/2020/10/13/pourquoi-je-ne-vends-plus-mon-velo-de-bikepacking/feed/ 0 Y a-t-il une place entre les covid alarmistes et les rassuristes ? https://tcrouzet.com/2020/10/12/y-a-t-il-une-place-entre-les-covid-alarmistes-et-les-nihilistes/ https://tcrouzet.com/2020/10/12/y-a-t-il-une-place-entre-les-covid-alarmistes-et-les-nihilistes/#respond Mon, 12 Oct 2020 19:48:55 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55579 Covid #46 | Sommaire | Lire en ligne

Depuis janvier, il y a ceux qui nous annoncent le pire et ceux qui nient la gravité de la situation. Il faut dire que même littérature scientifique dit tout et son contraire. Un jour on nous crie que le virus ne se transmet pas par les surfaces, le lendemain qu’il y survit 25 jours. Comment nous y retrouver ? Comment les politiques peuvent-ils gouverner dans cette cacophonie ?

J’ai la chance de discuter presque quotidiennement avec les scientifiques des HUG (Hôpitaux Universitaires de Genève), qui consacrent une grande partie de leur énergie à étudier la littérature et à la critiquer : des articles dont tous les médias parlent étant parfois réfutés en quelques secondes (sans que la réfutation n’intéresse aucun média). Nous vivons une surenchère permanente, chacun cherchant à pousser le bouchon un peu plus loin pour gagner sa minute de gloire, les modérés ayant souvent beaucoup de mal à se faire entendre.

Alors qu’est-ce que nous savons de ce virus qui peut nous aider à pondérer la situation. Si on divise le nombre de morts sur une période donnée par le nombre de personnes détectées positives sur cette période, on obtient le taux de morbidité (ou case fatality ratio — CFR). Ce taux est à manipuler avec précautions, car il dépend fortement de la capacité de test. Si on teste dix fois plus, voire cent fois plus, on fait chuter le CFR. Prendre tous les morts en France depuis le début de l’épidémie (32 683) et le diviser par le nombre total de personnes testées positives sur la période (734 974) donne un CFR de 4,4 %, mais cette valeur n’a aucune utilité, sinon d’exciter les alarmistes qui l’utilisent pour essayer de nous ficher la trouille. En début d’épidémie, on a souvent un mort pour un cas, donc un CR de 100 %.

Délais moyen entre un test positif et un décès en France
Délais moyen entre un test positif et un décès en France

Pour décrire l’épidémie au présent, le CFR doit être calculé sur les jours ou semaines qui précèdent, non depuis le début de l’épidémie. Ainsi la valeur tient compte des progrès des tests ainsi que des progrès thérapeutiques. Il faut par ailleurs tenir compte du décalage d’environ 21 jours en moyenne entre un test positif et un décès. Si, par exemple, on divise le total des morts du 1 au 10 octobre (667 environ) par les cas testés positifs trois semaines plus tôt, du 10 au 19 septembre (94 000 cas détectés environ), on obtient un CFR de 0,7 %. Mieux on teste, plus le CFR tend vers l’IFR, c’est à dire vers le taux de mortalité, une valeur propre à la maladie.

Sur les trois dernières semaines, entre 19 septembre et le 10 octobre, on dénombre 310 000 cas testés positifs, ce qui devrait donc entraîner environ 2 170 décès dans les trois semaines suivantes (les personnes testées positives antérieurement sont tirées d’affaire ou malheureusement déjà décédées). Le gouvernement est inquiet non à cause des alarmistes qui appliquent un CFR de 4,4 % et prévoient plus de 13 000 morts, mais parce que 2 170 morts impliquent la mobilisation d’au moins quatre fois plus de lits en soins intensifs ! Ainsi la courbe épidémique ne peut pas continuer à croître linéairement comme elle le fait depuis le début août. Il faut l’infléchir sinon notre système hospitalier mettra un genou à terre. Les rassuristes se trompent donc tout autant que les alarmistes.

J’espère être plus raisonnable. Vaincre les épidémies sera un éloge de la modération, sans doute la seule stratégie gagnante, mais pas la plus sexy.

]]> https://tcrouzet.com/2020/10/12/y-a-t-il-une-place-entre-les-covid-alarmistes-et-les-nihilistes/feed/ 0 Le foutage de gueule de PEdALED, leur réponse https://tcrouzet.com/2020/10/09/le-foutage-de-gueule-de-pedaled-leur-reponse/ https://tcrouzet.com/2020/10/09/le-foutage-de-gueule-de-pedaled-leur-reponse/#comments Fri, 09 Oct 2020 09:37:43 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55507 Born to Bike #70 | Sommaire | Lire en ligne

Après mon article critique à l’encontre de PEdALED, on m’a accusé de deux griefs, ne pas avoir contacté le SAV, ne pas avoir testé la veste Tokaido après avoir massacré en trois sorties mon maillot Essentiel.

Je n’ai pas contacté le SAV parce que je voyais mal PEdALED me renvoyer un maillot neuf pour que je retourne le griffer à ma première sortie un peu sauvage. Et parce que d’évidence, le maillot ne présentait aucun défaut de fabrication.

Comme je ne suis pas borné, j’ai aussitôt contacté le SAV. La réponse n’a pas tardé.


Hello Thierry,

We really thank you for the time you spent for writing your feedback.

We do really hope that, now, more people will get an higher knowledge of fabrics and the dedicated range and terms of use for.

Best Regards


Elle est édifiante. PEdALED sous-entend que j’aurais dû lire les notes en petits caractères avant d’utiliser leur produit si fragile, si délicat, si sophistiqué qu’il ne faut surtout pas qu’il effleure la nature, c’est-à-dire des graines un peu accrocheuses ou des branchettes à peine griffues. Faut pas croire que je fonce dedans par plaisir, je les évite autant que possible, mais parfois elles frottent un peu. À ce jour, je n’avais jamais vu un de mes maillots s’effilocher, même ceux en mérinos. Bravo PEdALED, oui, c’est possible, vous avez réussi à créer un produit incompatible avec les garrigues.

PEdALED défend sa posture d’arnaque marqueking. Un site conçu pour les baroudeurs, qui les cible, mais avec des produits destinés à des cyclistes plus sages. Il y a donc mensonge sur la marchandise, et cette réponse du SAV en est la démonstration.

Vous autres cyclistes, soyez informés que nos fringues sont fragiles. Merci à Crouzet de faire notre pub.

Ils ne sont même pas désolés. Ils sont même prétentieux. Alors aurais-je dû mettre à l’épreuve leur Tokaido ? Non, puisque PEdALED reconnaît la fragilité de ses produits. Ils n’ont même pas eu l’audace de me proposer une de leur veste en test. On est dans le marketing, on y reste. Mais dans la durée, le mépris des consommateurs ne paye jamais.

]]> https://tcrouzet.com/2020/10/09/le-foutage-de-gueule-de-pedaled-leur-reponse/feed/ 1 Nouvelle épidémie : les mouches pullulent sur internet https://tcrouzet.com/2020/10/09/nouvelle-epidemie-les-mouches-pullulent-sur-internet/ https://tcrouzet.com/2020/10/09/nouvelle-epidemie-les-mouches-pullulent-sur-internet/#comments Fri, 09 Oct 2020 08:33:38 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55504 NetCulture #297 | Sommaire | Lire en ligne

Je ne sais pas vous, mais moi, il y a des gens qui me cherchent dès que je publie quelque chose en ligne. À une époque, quand ils polluaient les blogs de leurs commentaires systématiques, on les appelait des trolls.

Les trolls avaient un certain panache, même une maestria incontestable, faisant de leurs critiques extensives une sorte d’art. Mais leurs successeurs d’aujourd’hui s’apparentent à des mouches à merde, qui viennent semer sur nos posts leurs crottes nauséabondes, aussi brèves que répétitives (tout devient plus court sur le net avec les années, sauf mes billets).

Une des caractéristiques de la mouche : en plus d’être souvent anonyme, elle compte peu de followers, publie peu de posts mais commente beaucoup. Elle fait preuve d’un acharnement de bouledogue. Une fois qu’elle t’a trouvé, elle ne te lâche plus, quitte a être presque toujours hors sujet. Le débat constructif n’est pas son affaire, elle s’attaque à la personne pour décrier ses idées. Sa technique d’agression préférée : taper à côté… Tu dis que tu publies un livre, elle te critique pour contribuer à la déforestation en Amazonie… Toute discussion devient alors impossible et tourne en rond, parce que la mouche ne cherche qu’à te chier dessus.

Depuis quelques mois, j’ai décidé de les bloquer, surtout sur Facebook ou Twitter, parce que je n’ai plus envie de les lire et de perdre du temps avec elles. Je ne refuse ni les objections ni les critiques, mais je n’ai pas envie de perdre du temps avec des emmerdeurs professionnels, dont un des biais est de croire que tout ce que je fais, c’est pour gagner de l’argent. Ils devraient pour commencer s’intéresser à l’économie du livre. Ils découvriraient qu’ils gagnent beaucoup plus que moi, quelle que soit leur activité. Comme je ne suis pas masochiste et que je ne goûte pas de me faire fouetter à longueur de post par les dominateurs sociaux, je choisis de les bannir.

Mais alors les mouches en puissance, celles qui doivent encore leur présence sur mes posts à ma mansuétude inexplicable, crient à la censure, peut-être parce que si elles-mêmes étaient bannies elles ne pourraient plus déverser leur fiel sur moi et n’éprouveraient plus leur petit shoot d’endorphine.

Que les choses soient claires. Si je bannis un visiteur d’un de mes espaces numériques, je ne le censure en rien. Il peut continuer à éructer là où il le veut, dire de moi autant de mal qu’il le veut, simplement ça ne sera pas chez moi, parce qu’accepter ça chez soi, c’est être masochiste et non dictateur comme les mouches le clament.

Mon espace en ligne est une extension de ma maison, et j’ai le droit d’y laisser entrer qui je veux. Non, nous ne sommes pas des intimes, non vous n’êtes pas mes amis. Quand un auteur publie en livre, vous pouvez écrire tout ce que voulez à son sujet, vous pouvez mêmes gribouiller les pages de votre exemplaire, mais là vous êtes en train d’exiger le droit d’insérer vos crottes à l’intérieur de son texte pour que tous ses lecteurs les voient. Je vous réponds non. Si vous voulez être vus, commencez par écrire de choses qui intéressons plus que vous-même.

Surtout, que la mouche arrête de se croire au centre du monde. En quinze ans de présence en ligne, je n’ai pas bloqué plus d’une dizaine de mouches, mais je les sens de plus en plus nombreuses, de plus en plus agitées, peut-être un signe d’orage, un signe des temps, un signal… Le monde puerait-il la merde et réveillerait-il les mouches qui s’en nourrissent ? Je n’ai pas envie d’être bouffé par elles, alors j’utilise une tapette pour les éloigner (sans que cela ne règle le problème de fond : l’odeur qui les attire).

]]> https://tcrouzet.com/2020/10/09/nouvelle-epidemie-les-mouches-pullulent-sur-internet/feed/ 2 PEdALED se paye ma tête https://tcrouzet.com/2020/10/08/pedaled-se-paye-ma-tete/ https://tcrouzet.com/2020/10/08/pedaled-se-paye-ma-tete/#respond Thu, 08 Oct 2020 11:35:23 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55484 Born to Bike #70 | Sommaire | Lire en ligne

Dans le monde des baroudeurs, la boîte japonaise de fringues pour cyclistes fabriquées en Italie a très bonne réputation, notamment parce qu’elle sponsorise des évènements comme l’Atlas Moutain Race. Naïvement, je me suis dit qu’elle proposait des fringues confortables, légères, résistantes…

Comme un copain m’a depuis longtemps vanté son maillot PEdALED mérinos manche courte, j’ai fini par craquer pour un modèle manches longues en amont de mon grand tour de l’Hérault (GTH). J’ai choisi le modèle Essentiel. Il est arrivé dans un emballage luxueux.

Je l’ai mis à l’épreuve fin septembre lors de la GTH, par un temps changeant, passant du glacial au chaud. Il s’est avéré superbement confortable, encaissant parfaitement les brusques variations de température, exactement ce que je cherche pour mes sorties, surtout en bikepacking, mais j’ai vite déchanté.

Il a suffi que mes bras effleurent les branches des chênes verts de la garrigue pour que dès le premier jour elles commencent à s’effilocher. Après deux jours, mon maillot PEdALED paraissait plus élimé que vénérables Ekoy, et même que mes maillots mérinos manches courtes OrNot que j’ai bien du mal à quitter, tant ils sont confortables et indestructibles.

Mais encore impressionné par le confort du PEdALED Essentiel, j’ai commandé une veste thermique coupe-vent Tokaido, une magnifique prouesse technologique. Une veste pour les durs comme l’illustre la photo sur le site PEdALED et reproduite en ouverture de ce texte.

Je ne l’ai reçue qu’en rentrant d’une longue sortie VTT où j’avais remis mon maillot Essentiel. Cette fois, je n’ai pas croisé des chênes verts, mais des graines des gaillets gratteron qui se sont accrochées à mes manches. Quand je les ai décollées, des fils de laine sont venus avec.

En déballant la Tokaido Medium, trop petit pour moi mais c’est un détail, j’ai constaté tout de suite que la moindre égratignure suffirait à la déchirer. Ça m’a énervé, parce que c’est comme partout ailleurs, tout étant bon pour prendre le consommateur pour un couillon, même dans notre petite niche. PEdALED communique sur le côté baroude, suffit de regarder son site, mais nous commercialise des fringues pour la route, car même en gravel nous croisons des branches, pas besoin de faire du VTT engagé, suffit d’un beau petit single étroit, surtout dans nos garrigues griffues. PEdALED propose des fringues pour des cyclistes qui se tiennent à distance de la nature. C’est une marque pour le vélo d’appartement qui passe son temps à nous mentir.

Je vais continuer de porter mon Essentiel, mais je ne sais même pas s’il passera l’hiver. Vous voilà avertis. Ma veste Tokaido est repartie en Italie, sans que j’ose en demander une large, de peur de la déchirer et de jeter 220 € par la fenêtre. Quand j’ai l’impression de me faire entuber, je le dis. Ça peut servir à d’autres et aider la marque à corriger le tir.

PEdALED après trois sorties
PEdALED après trois sorties
PEdALED après trois sorties
PEdALED après trois sorties

PS : la réponse de PEdALED…

]]> https://tcrouzet.com/2020/10/08/pedaled-se-paye-ma-tete/feed/ 0 Pas de seconde vague mais un rebond https://tcrouzet.com/2020/10/08/covid-ou-en-est-vraiment-la-france/ https://tcrouzet.com/2020/10/08/covid-ou-en-est-vraiment-la-france/#respond Thu, 08 Oct 2020 08:46:06 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55474 Covid #46 | Sommaire | Lire en ligne

Comme tout le monde, je suis fatigué par le covid, fatigué par le port du masque en société, par la fermeture des cafés, par les complications, par la crainte pour ma maman et mes amis âgés, j’en ai mare, mais aussi parce que depuis des mois je scrute cette épidémie jusqu’à l’épuisement.

Pour y voir plus clair, pour dépassionner le débat, j’en reviens toujours aux chiffres globaux. On se demande si la France fait bien, si telle ou telle mesure est justifiée. Pour répondre, je me suis concocté un indice que j’ai appelé awareness.

C’est quoi l’awareness, c’est à un moment donné, le niveau de conscience qu’un pays, une région, une ville… a de l’épidémie. Une façon simple d’évaluer cette conscience est de comparer le nombre de cas détectés après test et le nombre de cas réels estimés. Si on identifie tous les cas, l’awareness est à 100 %. Si on passe à côté de tous les cas, comme en début d’épidémie, l’awareness est à 0 %.

Estimer les cas réels est loin d’être simple. Pour commencer, il faut revenir à la définition du taux de mortalité d’une maladie ou IFR (infection fatality rate) qui sert à estimer la proportion de décès parmi l’ensemble des personnes infectées (détectées ou non). Ce pourcentage vaut pour toute personne infectée par le virus et donne sa probabilité de décéder. Il ne faut pas le confondre avec le taux de létalité apparent ou CFR (Case fatality ratio), qui ne prend en compte dans le calcul que personnes détectées positives (et donc le CFR est toujours supérieur ou égal à l’IFR).

IFR
IFR
CFR
CFR

L’institut Pasteur a publié une étude dans Science en juillet, où on peut lire que l’IFR est compris entre 0,65 % et 0,53 % et que, au 11 mai 2020, entre 4,4 % et 5,3 % des Français on été infectés. Cette étude est en phase avec celle menée aux HUG à Genève sur la même période : IFR estimé de 0,64 %.

Au 11 mai, il y avait donc entre 2,9 et 3,6 millions de Français à avoir été contaminés pour 174 714 personnes testées positives, soit une awareness moyenne depuis le début de la crise comprise entre 4,9 et 5,9 %. Grâce à la formule contaminés*IFR=morts, on obtient le nombre de victimes, entre 19 000 et 23 000 pour un IFR de 0,65 %, un chiffre proche du nombre de victimes relevé à cette date : 26 643 (valeur elle-même devant être corrigée par les données de surmortalité).

On peut bien sûr effectuer le calcul à l’envers, à partir du nombre de victimes, en déduire le nombre de cas qui ont conduit à elles. Au 11 octobre, nous avons 32 683 victimes, et donc environ 5 millions de personnes ayant été infectées ou l’étant encore, soit 7,5 % des Français (en utilisant toujours l’IFR de 0,65 %). Avec un IFR de 0,53 %, on aboutit à 6 millions de Français ayant été infectés, soit 9,2 % de la population. Avec une séroprévalence comprise entre 7,5 % et 9,2 % : l’immunité de groupe est encore bien lointaine.

Comment évolue l’awareness ?

Pour répondre à cette question, il faut disposer jour par jour d’une estimation du nombre de cas réels par opposition aux cas détectés.

Après une infection, il faut en moyenne cinq jours pour tomber malade, cinq jours pour tomber gravement malade, deux à trois semaines pour éventuellement succomber. En gros, il y a en moyenne un mois entre une infection et un décès.

Délai moyen entre un test positif et un décès
Délai moyen entre un test positif et un décès

Une autre façon d’aboutir à cette valeur d’environ 30 jours est de mesurer le décalage entre la courbe des tests positifs, donc du moment où on a les résultats, et celle des décès. Il y a un décalage de 21 jours en moyenne. Comme une personne est positive en moyenne cinq jours après l’infection, durée à laquelle on ajoute le délai des tests, on retombe sur ce déphasage de 30 jours.

Quand une personne décède, on peut en déduire qu’un mois plus tôt elle a été infectée en même temps que beaucoup d’autres qui n’ont pas été aussi malchanceuses. Leur nombre dépend de l’IFR (un paramètre qui peut évoluer lentement dans le temps parce que nous soignons de mieux en mieux, voire que le virus évolue). Pour simplifier par la suite, je suppose que l’IFR est fixe et de 0,5 % (valeur basse de l’estimation Pasteur qui en quelque sorte tient compte des progrès dans les traitements). Dans ce cas, pour un mort un jour donné, on a 200 infections un mois plus tôt. Il devient possible de calculer a posteriori le nombre de cas réels, puis de tracer l’évolution de l’awareness de jour en jour.

Awareness en France
Awareness en France

Cette courbe est chaotique, mais on peut observer une tendance. La France est ainsi de plus en plus consciente au fil des mois, ce qui indique que la stratégie de test marche de mieux en mieux. Début septembre 2020, nous détections environ un cas sur deux, ce que montre mieux la représentation mois par mois.

Awareness mois par mois en France
Awareness mois par mois en France
Awareness mois par mois en Allemagne
Awareness mois par mois en Allemagne

L’Allemagne a longtemps fait beaucoup mieux que nous, mais nous faisons maintenant jeu égal, sans encore être le pays le plus performant, mais on peut noter nos progrès indéniables entre avril et septembre.

La France alors médiocre
La France alors médiocre
La France de mieux en mieux
La France de mieux en mieux

Seconde vague ou pas ?

Ce travail sur l’awareness a une autre vertu que montrer que la France n’est pas un si mauvais élève. Si on regarde la seule évolution du nombre de cas détectés en France, on peut prendre peur, constatant que nous sommes dans une seconde vague, ce qui justifierait un retour immédiat au confinement total comme certains le réclament.

Cas mesuré en France
Cas mesuré en France

Mais il faut se garder de paniquer. Cette courbe ne fait que révéler les progrès de notre capacité de test. Elle ne nous dit pas grand-chose de l’épidémie elle-même. Pour y voir clair, il faut s’intéresser aux cas réels. Pour les estimer jusqu’à “moins un mois”, on utilise l’IFR et on remonte dans le temps comme pour calculer l’awareness. Pour le dernier mois, je double les cas mesurés puisque l’awareness semble être à 50 % désormais (on détecte un cas sur deux).

En ce début octobre, la situation française n’est pas au beau fixe, mais elle n’est pas aussi alarmante qu’en mars 2020. La tendance reste préoccupante. Le 7 octobre, nous nous retrouvons au niveau du 19 février 2020, mais l’évolution depuis début août paraît linéaire, ce qui signifie que les mesures prises permettent d’éviter un emballement exponentiel sans réussir a éteindre la flambée. Il n’y a pas de seconde vague mais un rebond.

Cas réels estimés en France
Cas réels estimés en France

Que faut-il faire ? Éteindre le feu ou accepter quelques brasiers ? Après l’incendie gigantesque de Yellowstone en 1988, les forestiers ont révisé leur stratégie de prévention. Jusque là, leur politique était zéro feu. Ils éteignaient le moindre départ jusqu’à ce que l’un d’eux leur échappe et déclenche une catastrophe écologique. Ils ont depuis compris que, pour éviter les cataclysmes, il fallait accepter de petits feux à échéances régulières. Ils ont pour effet de détendre les lignes de tension dans les états critiques (j’évoque tout cela dans Le peuple des connecteurs). Peut-être est-ce aussi la bonne stratégie pour le covid. Accepter de vivre avec le virus, sans le laisser provoquer un embrasement général et saturer les hôpitaux, mais sans pour autant nous empêcher de vivre. Je n’aimerais pas être au gouvernement.

PS : J’utilise les données l’ECDC, la source la plus fiable identifiée et qui peut être corrélée avec les données de surmortalité (corrélation non effectuée dans les graphiques ci-dessus).

]]> https://tcrouzet.com/2020/10/08/covid-ou-en-est-vraiment-la-france/feed/ 0 Mini-aventure : téléportation dans l’Aude par le train https://tcrouzet.com/2020/10/06/mini-aventure-teleportation-dans-laude-par-le-train/ https://tcrouzet.com/2020/10/06/mini-aventure-teleportation-dans-laude-par-le-train/#respond Tue, 06 Oct 2020 15:57:07 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55422 Born to Bike #70 | Sommaire | Lire en ligne

Le sentiment d’aventure est une drogue. Plus je l’éprouve, plus j’ai envie de l’éprouver. Le manque se creuse en moi. Je ne tiens plus en place, et une sortie vélo sur mes terrains habituels ne suffit pas à m’apaiser.

Pour moi, l’aventure commence quand je fais quelque chose pour la première fois. Exemple : dès que je m’attaque à un nouveau texte, poussé par une intuition, sans aucune idée des phrases qui émergeront. J’écris pour affronter cet inattendu, je pédale pour la même raison. Toute sortie comporte ses aléas, mais j’ai pris goût à les intensifier, à augmenter leur potentiel, à suivre des traces pour moi inédites. Il suffit de quelques disruptions pour intensifier mon exitance.

Le vélo n’est plus un sport ou un moyen de déplacement ou même de détente, il devient une façon d’écrire ma vie, de lui donner du relief en remplissant mes journées de lumières, d’odeurs, de paysages, de fraternité. Il influence l’écriture prise au sens littéral et littéraire, l’oriente, la rend plus nécessaire que jamais, car mes récits à vélo en appellent d’autres, et donc d’autres aventures, d’autres expériences existentielles.

Fin août, en milieu d’après-midi, j’ai roulé vers l’est de long des étangs, puis vers 19 heures, j’étais à 80 km de la maison, il était tard pour faire demi-tour, surtout avec un fort vent contraire, alors j’ai poussé jusqu’à la gare la plus proche et suis rentré en train, côtoyant des vélotaffeurs. Ça m’a donné l’idée d’utiliser le train comme système de téléportation. Partir avec lui, revenir à la pédale. Mais pas pour aller loin, comme lors des trips bikepacking, juste assez loin pour ouvrir de nouvelles perspectives autour de chez moi.

Après un mois de septembre à la météo chaotique, un tout début octobre incertain, une fenêtre de calme et de limpidité s’ouvre le lundi 5. Il n’en faut pas plus pour que j’entraîne mon copain Philippe dans une improbable sortie VTT. Il est 7 heures 10 quand il me rejoint devant chez moi et que nous filons vers Sète par la nouvelle piste cyclable. Il fait une dizaine de degrés et comme nous roulons à fond pour ne pas rater le TER de 7 h 42, nous nous mettons en ébullition. Nous nous sommes trop couverts. Une fois à la gare, ma minuscule doudoune finit dans le sac de cadre, celle de Philippe dans son sac à dos.

Nous partons direction ouest, sur la ligne du bord de mer. Les gares se succèdent : Marseillan, Agde, Vias, Béziers, puis nous quittons l’Hérault pour l’Aude. Il est 8 heures 25 quand nous débarquons à Coursan, une petite ville dont nous n’avions jamais entendu parler, à proximité de Narbonne. L’aventure a ses limites. Nous ne partons pas à l’improviste, ce qui aurait été la meilleure façon de finir sur des routes désagréables. J’ai compilé et interconnecté des traces VTT pour nous ramener chez nous, en maximisant les chemins.

8h30 Coursan
8h30 Coursan
Coursan, la lune
Coursan, la lune

Le soleil se lève, filtre entre les platanes, un feu dans un jardin brouille l’atmosphère d’un sfumato presque magique qui nous transporte dans un ailleurs romanesque. Nous jubilons. Enfants plongés dans une simulation imaginaire, nous remontons vers le centre aux boutiques fermées. La lune pointe au-dessus de l’église. Nous longeons l’Aude. L’eau, le ciel et la végétation s’entremêlent. Déjà nous quittons l’asphalte pour des chemins détrempés, avant d’attaquer un single sous le couvert des arbres.

L'Aude
L'Aude

Nous ne pouvons nous empêcher de faire l’éloge de mon GPS sur lequel j’ai chargé la trace. Nous sommes à Coursan comme chez nous, dénichant des passages que seuls les habitués connaissent. Nous vivons notre mini hapax existentiel grâce à lui. Il est une des conditions nécessaires à notre aventure, la seule qui il y a quelques années n’existait pas encore, et celle par qui le récit lui-même devient possible.

Après nous être écartés de l’Aude, nous franchissons le fleuve par une route départementale, avant de bifurquer sur la rive droite du canal des Anglais. À ce moment, nous sommes sur la trace du Tour de l’Hérault, mais la quittons vite pour nous diriger vers un château viticole. Les vignes roussissent, les derniers verts frétillent dans le calme et le silence. Nous approchons d’un mamelon planté de pins traversé par un single parfois boueux, qui monte et descend sévèrement, nous poussant parfois à mettre pied à terre. Je dois nettoyer mes pneus qui frottent contre mon cadre. Des coups de fusil retentissent non loin.

Château
Château
Vignes à Nissan
Vignes à Nissan
Single
Single
Sous-bois
Sous-bois
Pinède
Pinède

Nous traversons de belles pinèdes avant de nous retrouver en supromb de Nissan-Lez-Enserune. Nous évitons le village sans le moindre regret, tant à distance il ne nous montre aucun de ses charmes. Nos pneus crottés pèsent des tonnes et nous roulons dans les flaques pour les alléger. Après être passés sous la voie ferrée par laquelle nous sommes arrivés, nous tournons en rond dans une vigne. Premier bug sur la trace. Demi-tour, nous rejoignons une route, puis un chemin, qui à son tour s’interrompt. Je dégaine une seconde fois mon téléphone pour dénicher un passage. Nous sommes au pied de la digue du canal du Midi. Alors nous l’escaladons et arrivons sur le chemin de halage. Au loin, les Pyrénées nous révèlent leurs sommets enneigés.

Pyrénées
Pyrénées
L'escalade
L'escalade
Le canal
Le canal
Le canal
Le canal

Nous suivons le canal, qui bientôt plonge dans le tunnel de Malpas. Nous passons au-dessus, puis en contre bas de l’oppidum gallo-romain d’Enserune, avant d’obliquer vers l’étang de Montady, un étang asséché, de forme circulaire, et dont les haies séparant les champs dessinent les rayons d’une roue. Au nord, au-delà du village de Montady dominé par sa tour carrée, se déroulent les contreforts de la montagne Noire et du Haut Languedoc.

Montady
Montady

Nous pédalons les yeux écarquillés, ne cessant de nous émerveiller de tout ce qui nous entoure, et que la vitesse du vélo nous laisse le temps d’apprécier. Il fait doux, rien ne nous presse, nous enchaînons les kilomètres sans en prendre conscience. Le village de Colombiers nous aspire dans ses ruelles charmantes, entre anciens entrepôts viticoles et maisons opulentes, dont la façade de l’une évoque la grande époque du duché de Bourgogne.

Le canal
Le canal
Béziers
Béziers
Le canal
Le canal

Le single longe le canal, où nous croisons des promeneurs et d’autres cyclistes. La cathédrale de Béziers apparaît au loin avant que les platanes centenaires dessinent au-dessus de nous une nef végétale. C’est une pure merveille. Longer le canal durant des heures doit être ennuyeux, mais nous déboulons presque incidemment sur l’un de ses plus beaux passages, notamment quant au pied de Béziers nous atteignons les neuf écluses de Fonseranes, un monumental escalier pour péniches. Un restaurant nous fait de l’œil, mais il n’est que 11 heures et notre route est encore longue.

Dernière écluse
Dernière écluse
Béziers
Béziers
Pont fluvial
Pont fluvial
Canal
Canal

Nous poursuivons le long du canal, qui franchit l’Orb par un pont fluvial, puis entre dans un quartier industriel. Tout en roulant, nous discutons avec un cyclotouriste surchargé qui se dirige vers Sète. Nous nous séparons quand sa monture est trop lourde pour lui permettre de contourner un barrage grillagé. Une bonne raison pour préférer le bikepacking au cyclotourisme. Nous comprenons vite les raisons du barrage. Des bûcherons abattent les platanes que nous savons malades depuis des années. Il ne reste que les souches et plus la moindre magie.

Nous quittons le canal au bon moment, traversons l’inintéressant village de Cers, nommé comme le vent du nord-ouest qui souffle dans ce coin avec violence. Il se lève d’ailleurs, mais avec la gentillesse de nous pousser dans le dos. Nous entrons dans une zone viticole sans le moindre attrait. Pour manifester son mécontentement, mon GPS s’arrête. J’ai changé la batterie et je prends conscience que l’autonomie de la nouvelle commandée en Chine est catastrophique. À chaque intersection, nous nous arrêtons pour que je consulte la trace sur mon téléphone. Nous nous en sortons en perdant beaucoup de temps. Nous ne quittons le no mans land que quand, après l’autoroute A9, nous rejoignons une pinède.

Les azéroliers
Les azéroliers

Bientôt arrêtés par des panneaux et des barrières « chasse gardée », nous poursuivons par une petite route dans une campagne plus riante, les azeroliers la saupoudrant de pommettes sanguines. Devant nous, sur une butte, se dresse un cimetière massif, encadré de cyprès. Quand nous dépassons l’alignement des tombes monumentales, nous prenons conscience que nous entrons dans le village de Mont-Blanc. Sur une place ensoleillée, un pub déraciné d’Angleterre nous tend les bras. En attendant notre service, je décolle de mon maillot manches longues Pedaled de petites boules accrocheuses ramassées lors nos différents crapahutages (des graines de gaillet gratteron ?). La laine mérinos vient avec. Je n’ai porté ce maillot que cinq jours et il paraît avoir dix ans. La moindre aiguille de nos garrigues l’effiloche. Encore une marque qui vend des fringues techniques, hyperconfortables je le reconnais, mais pour ceux qui ne font que du vélo d’appartement.

Nésignan-L’évèque
Nésignan-L’évèque
Nésignan-L’évèque
Nésignan-L’évèque
Nésignan-L’évèque
Nésignan-L’évèque

Après un fort agréable déjeuner, nous reprenons la route vers 13 heures 30. Notre périple nous transporte au surprenant village de Nésignan-L’évèque, une pure merveille, manucurée dans ses moindres ruelles que nous explorons avant de reprendre la trace en direction de Pézenas, une de nos destinations habituelles, la magnifique ville baroque, que nous évitons en pivotant plein est à la hauteur de Conas. Nous ne cherchons pas à savoir comment s’appellent les habitants et prenons le chemin du retour.

Sur le retour le temps se couvre
Sur le retour le temps se couvre

À partir de Castelneau-de-Guers, nous sommes sur nos terres. C’est le paradis du VTT et du gravel, avec des pistes et des singles en tout sens qui nous ramènent vers l’étang de Thau, puis vers Balaruc où nous arrivons peu avant 17 heures. Notre aventure aura duré dix heures. Nous avons parcouru 105 km pour 750 m de D+.

Trace corrigée sur Komoot
Trace corrigée sur Komoot
]]> https://tcrouzet.com/2020/10/06/mini-aventure-teleportation-dans-laude-par-le-train/feed/ 0 Septembre 2020 https://tcrouzet.com/2020/10/03/carnet-de-route-septembre-2020/ https://tcrouzet.com/2020/10/03/carnet-de-route-septembre-2020/#respond Sat, 03 Oct 2020 10:05:47 +0000 https://tcrouzet.com/?p=55341 Carnets #62 | Sommaire | Lire en ligne

Jeudi 3, Balaruc

Nous avons plongé dans la lumière merveilleuse de septembre. Je la savoure depuis la cuisine où j’aime travailler avec l’eau qui clapote derrière la baie vitrée. Je me suis réveillé à quatre heures ce matin. Incapable de me rendormir, je décide de travailler quand j’entends des voix dehors. Je vais à la fenêtre et découvre quatre ombres joyeuses dans le jardin.

— Qu’est-ce que vous faites là ?

— On cherche un accès à l’étang.

— Mais vous êtes chez moi, vous feriez mieux de partir.

Ils le prennent mal, mais sans méchanceté. Je pense qu’en rentrant du vélo, j’ai laissé ma bécane devant le garage, lui-même grand ouvert. Alors je sors, je découvre trois jeunes d’une vingtaine d’années, l’un transportant un sac de couchage, et une fille avec une guitare.

— Le portail était ouvert. On est rentré. On croyait qu’il n’y avait personne.

Depuis leur dépars, je travaille, déchiré par des douleurs intercostales, non pas à cause de cette visite, mais du stress. Vaincre les épidémies m’empoisonne la vie. J’ai un grand doute quant à mes statistiques, ce qui m’impose de coder pour les vérifier jusqu’à devenir dingue. Et mon jardin est toujours en travaux, avec l’obligation de tout boucler pour le prochain tournage de Candice Renoir. Pas le temps de penser à moi, à ma vie, à la lumière sinon à m’y baigner pendant qu’elle rayonne.

Vendredi 4, Balaruc

L’équipe de Candice Renoir vient en repérage. Ils veulent simuler une inondation du garage. Un des décorateurs arrive avec la barque de mon père que je lui ai donnée parce qu’elle pourrissait dans le jardin. Il lui a redonnée vie.

Christiane : la barque
Christiane : la barque

Lundi 7, Balaruc

Fin de journée à VTT
Fin de journée à VTT
Fin de journée à VTT
Fin de journée à VTT
Fin de journée à VTT
Fin de journée à VTT
De retour à la maison
De retour à la maison

Mardi 8, Balaruc

Le gros œuvre est terminé dans le jardin. Journée passée à approvisionner. J’ai transporté plusieurs tonnes de dalles en ciment.

Le chantier
Le chantier

Jeudi 10, septembre

La terre arrive, cent tonnes, je termine de la déplacer à la pèle et au râteau parce que bob 4 ne peut pas aller partout.

Terrassement
Terrassement

Vendredi 11, septembre

Je travaille dans le jardin jusqu’à la nuit.

Soir
Soir

Samedi 12, Balaruc

Il n’est pas quatre heures du matin, deux heures que je ne dors pas, et soudain il me devient évident que je suis un des premiers hommes, que le temps de l’humanité est au-delà de moi, dans un grand vertige que je ne connaîtrai pas.

J’ai l’esprit brisé par le bouclage de Vaincre les épidémies, le corps non moins brisé par les travaux dans le jardin. Désormais, c’est comme si la maison flottait sur l’eau. Ça en valait la peine.

Pas davantage le temps de penser, sinon à des statistiques sur le covid, qui en disent beaucoup sur les stratégies des pays, des statistiques que les uns et les autres cherchent à faire parler pour justifier leurs théories préconçues. J’espère que je suis capable de garder tête froide, le but de mes jeux avec les chiffres étant de comprendre les humains.

Mardi 15, Avène

Le Larzac, là-bas
Le Larzac, là-bas
Avène à VTT
Avène à VTT
Avène à VTT
Avène à VTT
Avène à VTT
Avène à VTT
Avène
Avène

Vendredi 18, Villepassans

Frontière Aude-Hérault à VTT
Frontière Aude-Hérault à VTT

Samedi 19, Balaruc

De l’exigence d’écrire sur le covid, d’interroger le présent, de le raconter. C’est ma mission d’écrivain, quitte à tout jeter dans quelques semaines, mais essayer de lire le présent, de le comprendre, de le donner à lire au futur.

Dimanche 20, Balaruc

À force d’écrire le journal de Didier, j’en ai négligé le mien, presque négligé ma vie intérieure. Ce maudit bouquin part à l’imprimerie demain, qu’on n’en parle plus.

L’orage d’hier soir a transformé mon nouveau coin repas en piscine. Je vais devoir creuser, installer un drain, encore du travail pour me casser le dos, mais je prends du plaisir dans la routine physique, à jouer avec la terre. Peut-être est-ce la méditation ultime, et la méditation noble n’aurait été inventée que par des oisifs à la recherche d’un art perdu faute de communion physique avec la nature.

J’ai bien tenté de lire le Journal du dehors d’Annie Ernaux, un journal que je devrais apprécier parce que j’ai écrit sur le même mode durant les années 1990, mais non, ça ne passe pas, je m’ennuie, et je me dis que mon propre journal est aussi ennuyeux, mais il y a le Journal Extime de Michel Tournier, lui, parfait, plus resserré, plus dans l’illumination, tel devrait être un journal, une collection de saillances. Un exercice de vigilance. Saisir les pensées au vol, les images avec quelques photos, les sourires et les souffrances.

En filigrane, ce mois de septembre est tendu vers le week-end prochain où je dois avec les copains faire le tour de l’Hérault à VTT, et maintenant la pluie s’annonce, et cette autre écriture à laquelle je travaille depuis presque un an risque d’être retardée.

Lundi 21, Balaruc

Ma mère m’apprend qu’un de mes très bons copains d’enfance est mort depuis cinq ans. On se croisait quand il revenait au village. Depuis quelque temps, je cherchais à l’apercevoir en passant devant chez lui. Il aura été celui qui a provoqué m’ont plus grand fou rire. C’était à Paris, dans un restaurant, il y a une vingtaine d’années. Je sortais dans la rue pour me calmer, et quand je revenais m’asseoir j’explosais de nouveau.

Mardi 22, Balaruc

Pluie
Pluie

Mercredi 23, Balaruc

Brume
Brume
Brume
Brume
Brume
Brume

Jeudi 24, Balaruc

Demain, départ pour le grand tour de l’Hérault bikepacking. Pas de pluie prévue, mais une brutale chute des températures et fort mistral. Ça va décoiffer.


Quelques comptes Twitter anonymes, avec peu d’abonnés, s’en prennent systématiquement à moi quoi que je dise. En ce moment, c’est par rapport à la promotion de l’hygiène des mains, comme si j’avais beaucoup à gagner avec cette histoire alors que je n’ai rien touché ou presque avec Le geste qui sauve et qu’il est peu probable que Vaincre les épidémies remplisse mon frigidaire pour plus de trois ou quatre mois, alors qu’il m’a demandé un travail démesuré. Il y a des naïfs, qui croient encore qu’écrire des livres est un métier lucratif, alors que ce n’est plus qu’un acte de foi.

Dimanche 27, Balaruc

Retour à la maison après trois jours dans la tourmente et le froid. Tour de l’Hérault interrompu après un peu plus de 300 km. Mais quel bonheur ! C’est au-delà du vélo, c’est une façon de vivre, de s’imprégner de la terre et du ciel, des traces écrites dans la pierre et la terre depuis des siècles. Il y a quelque chose de neuf à graver dont Stevenson a été le précurseur.

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