Thierry Crouzet

Thierry Crouzet arpente la psychologie masculine pour donner corps a un antiheros en quete de reconnaissance.

Sortie le 9 mai 2019
roman
papier 18.00 € : Decitre, Fnac, Initiales, Les Libraires.

J'espère que ma femme ne lira jamais ce journal. J'ai décidé d'y témoigner en toute franchise de mes tourments de quinqua. Tout au long de la quarantaine, j'ai cru que le démon de midi finirait par me frapper, mais rien. Je suis un homme tellement fidèle que c'est à pleurer d'ennui, surtout pour un écrivain. Qu'est-ce que je peux bien écrire d'original si je mène une vie ordinaire ? En ce premier jour de l'année, j'ai pris la résolution de tromper ma femme. J'ai besoin d'accumuler des expériences et des sorties de route pour enfin écrire mon best-seller.

Trois questions

— Comment passe-t-on d’ingénieur à romancier ?

— À vrai dire, j’ai commencé à écrire bien avant de devenir ingénieur. À dix-sept ans, j’ai commencé à tenir un journal, puis j’ai écrit des dizaines de scénarios de jeu de rôle, dont L’Affaire Deluze qui vient d’être rééditée, puis quelques nouvelles. C’est en troisième année d’école d’ingénieur que j’ai décidé de me consacrer à l’écriture. Je suis donc devenu écrivain et ingénieur en même temps. Bien d’autres ont effectué le même chemin que moi comme François Bon ou Michel Houellebecq. Ce n’est pas un hasard. La technologie et la science dominent notre époque, en bien et en mal. Être scientifique, être technicien nous aide peut-être à mieux voir, ou tout au moins à décoder certains pans de notre présent même si leur lien avec la technologie n’est pas évident. Ce monde ultratechnologique il nous faut apprendre à le vivre, à le supporter, il nous faut donc y écrire des histoires pour y expérimenter des existences qui complètent les nôtres.

— La plupart de vos ouvrages ont un lien avec le numérique, est-ce votre manière de créer un lien avec vos deux univers ?

— Le numérique est la technologie reine d’aujourd’hui, celle qui a le plus d’impact sur nos vies, sans doute. Mais c’est plus qu’une technologie, c’est un média, même un nouveau territoire d’expression. Pour moi, c’était doublement irrésistible, autant comme écrivain que comme ingénieur. Je devais aller sur ce terrain, l’explorer, tenter d’y expérimenter de nouvelles possibilités, peut-être y dénicher de nouvelles beautés. À un moment donné, je n’ai plus fait de différence entre numérique et littérature, il était devenu évident que tout cela ne faisait qu’un, c’est-à-dire la littérature d’aujourd’hui (que je n’aime pas appeler numérique, car se serait la réduire à un support, alors qu’elle est tout simplement notre littérature vivante).

— L’homme qui ne comprenait pas les femmes apparaît comme un ovni quand on lit votre bibliographie. Pourquoi ce changement de cap ?

— C’est la faute de Jim, mon copain scénariste et dessinateur avec qui nous nous sommes toujours dit que nous devrions faire un truc ensemble, sans jamais trouver un point de convergence. Un jour, il m’explique qu’il crée une collection de roman chez Bamboo et il me demande si je veux bien écrire quelque chose. J’ai commencé par refuser, je n’avais aucune idée qui pouvait lui donner envie d’être mon éditeur. Avec sa série Nuit à Rome, il a posé son style narratif que j’aime comparé en version cinéma à celui de Cédric Klapisch ou de Richard Linklater. Ma réponse : « Je n’écris pas de la littérature intimiste. »

Bien sûr, c’est faux puisque je publie tous les mois mon journal sur mon blog. C’est là que Jim est allé chercher ce qui nous réunit et qui était si énorme que j’étais incapable de le voir. Il a même déniché dans une note de juin 2017 une idée de roman, lancée comme ça, sur laquelle il m’a demandé de réfléchir. Voilà comment L’homme qui ne comprenait pas les femmes est né. C’est un roman sous la forme d’un journal. La version mec du Journal de Bridget Jones. Tout est imaginé et en même temps tout est vrai.

J’y parle de la cinquantaine, de la mort, de l’écriture et bien sûr des femmes. J’ai beaucoup bossé avec Jim. L’écriture a été un jeu. Son regard de scénariste m’a poussé sur des voies inattendues. Sans lui, ce livre aurait été moins drôle, moins cinématographique. Contrairement à la plupart des éditeurs avec qui j’ai travaillé avant, Jim n’a jamais été castrateur. Le texte me revenait avec des idées, des pistes à creuser. Souvent j’éclatais de rire en lisant ses annotations. Je recommence à bosser avec lui quand il veut.

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