Thierry Crouzet

La mort des terrasses

Hier en fin d’après-midi j’ai retrouvé un ami place de la Comédie à Montpellier. Je n’étais pas assis qu’un brumisateur animé par un ventilateur bruyant m’a aspergé le visage, deux minutes plus tard une bande de troubadours est venue nous casser les oreilles.

Le brumisateur, aberration énergétique en une époque de réchauffement climatique, a pour fonction ne nous faire oublier l’été. Il voudrait, tout comme la climatisation, nous ramener vers un état moyen, une tempérance insipide.

J’ai au contraire envie d’avoir très chaud en été, ce qui rend la terrasse ombragée, à peine moins chaude, d’autant plus désirable. J’ai alors envie d’y traîner pendant des heures.

Mais le brumisateur nous rafraîchit et nous requinque et d’une certaine façon nous ordonne d’aller ailleurs pour laisser place à de nouveaux clients. Hier, nous avons donc changé de terrasse, mais toutes les terrasses avaient leurs brumisateurs, et même leurs troubadours pour faire assez de bruit pour nous empêcher de nous entendre parler.

Et ce n’était pas à cause de la fête de la musique, c’est tous les jours comme ça. L’art de ne rien faire, de l’observation indolente, devient un art interdit.