Thierry Crouzet

Je vote Bayrou au second tour

De plus en plus de Français, fatigués des simagrées de droite et de gauche, sont sans doute en train de se dire que Bayrou ferait un bon Président. Ils en ont assez des clivages et des oppositions qui nous mettent dos à dos les uns les autres. Ils ont envie que nous allions tous ensemble en avant, que nous jouions pour une fois gagnant-gagnant.

Pourquoi sont-ils prêts à choisir Bayrou ?

  1. Cet homme paraît honnête. Il a même refusé des postes de ministres. Le pouvoir ne semble pas le rendre fou et c’est le moins que nous devons attendre d’un démocrate.
  2. Depuis quelques mois, il ne cesse de dénoncer la collusion entre les médias et les deux candidats les plus puissants.
  3. Bayrou, à la suite de Rachid Nekkaz il faut le rappeler, lance un appel à l’union nationale. Enfin une personnalité de premier plan reconnaît qu’il faut cesser de se crêper le chignon et vraiment se mettre au travail.
  4. En voulant réconcilier les diverses tendances politiques dans un gouvernement, Bayrou veut en même temps réconcilier les Français.
  5. Il porte un vrai projet de refonte des institutions, indispensable pour rétablir la confiance des Français.

Mais Bayrou sera-t-il au second tour ?

Alors qu’en duel il serait sans doute vainqueur contre Sarkozy comme contre Ségolène, il n’aura probablement pas la chance de les affronter. C’est un des paradoxes de notre système électoral, une des preuves parmi mille autres qu’il faut le réviser. Mais il ne suffit pas d’accuser un système jugé injuste, il faut aussi s’interroger sur les failles de François Bayrou.

  1. Il s’appuie sur un parti, l’UDF, qui ressemble à ceux de ses adversaires mais avec beaucoup moins de moyens. Ce n’est pas en adoptant la même tactique qu’eux qu’il l’emportera.
  2. Ce parti est désuet, encore attaché à son conservatisme de droite.
  3. Marielle de Sarnez, la toute-puissante numéro deux de l’UDF, symbolise ce conservatisme. Elle empêche toutes les initiatives modernisatrices, par exemple un dialogue avec Corinne Lepage, qui permettrait à l’UDF de ne pas être à la traîne dans le domaine écologique.
  4. L’UDF calcule trop. La victoire à la présidentielle ne l’intéresse pas. Pour subsister, il ne lui faut pas un bon score à cette présidentielle mais des députés lors des législatives. Bayrou est prisonnier de son parti.
  5. En septembre, après ses attaques contre les médias, il a trouvé un support immédiat sur internet. Il est devenu la coqueluche de beaucoup de blogueurs. À cette occasion, il a développé son discours et il a mesuré combien son combat avait du sens. Malheureusement, Bayrou oublie en ce moment cette base qui lui a donné plus de force. Il oublie que, si depuis 1960 les élections se sont gagnées à la TV, les prochaines se gagneront sans doute sur internet (et pour celui qui n’a pas le plus d’argent, c’est la seule chance).
  6. Il se lance dans une campagne de terrain archaïque… Il ne pourra pas serrer les mains de tous les Français. Il faut aujourd’hui adopter d’autres tactiques… En oubliant internet et les internautes, Bayrou a oublié en route la fronde qui l’a propulsé.

Pour toutes ces raisons, je crois que Bayrou ne sera pas au second tour de la présidentielle. S’il y arrivait, je voterais pour lui quel que soit son adversaire. Mais il n’y arrivera pas s’il ne modernise pas immédiatement sa stratégie.

La seule chance de l’UDF serait d’accepter l’ouverture, d’accepter que toutes les énergies le rejoignent, le fécondent, le transforment, le fassent exploser au profit de quelque chose de plus grand. L’union nationale doit être maintenant. Nous en avons assez des promesses. Il faut agir tout de suite du moment que c’est possible.

Quand on n’est pas le plus riche, il faut oser une communication disruptive. Bayrou a commencé en ce sens avec ses attaques contre les médias. Mais il est temps de changer de disque et de lancer des propositions frappantes… et, au-delà des propositions, il est temps de changer radicalement de méthodes… et ça commence par des choses qui se voient, par une façon différente de mener une campagne.

En quelque sorte, François Bayrou est une tête qui s’est détachée de son corps, l’UDF, un grand corps malade. Il est encore temps de donner à cette tête un nouveau corps pour qu’elle ne vienne pas très vite à manquer d’oxygène.

Aujourd’hui Bayrou a la tête dans le guidon. Il faut qu’il se redresse et respire un grand coup, sinon il va plafonner à 14 % (mais le voilà déjà à 17 % – note du 22 février).