Thierry Crouzet

Socialiser peut tuer la créativité

Pyrénées espagnoles, août 2009

Depuis un an, j’ai écrit plusieurs centaines de pages qui auraient dû se trouver dans mon prochain livre, presque toutes écartées, certaines publiées ici après coup, d’autres le seront peut-être plus tard.

Boom, Crapauds fous, Superorganisme, Into the flux… l’idée fait son chemin sous la forme du Socialisme selon Starglider qui deviendra peut-être L’humanisme selon Starglider (titre plus adéquat mais moins sexy) voire L’Anarchisme selon Starglider. Je n’en sais encore rien. J’ai plus de cent pages qui tiennent (où il n’est jamais question du superorganisme – ce qui pourtant est censé être le sujet du livre).

J’ai pris le parti de ne rien révéler ici du texte final parce qu’un texte doit se penser loin de la critique. Dans une version préliminaire et incomplète, un texte ne tient pas, comme en général un billet ne tient pas. Le premier couillon venu peut faire croire qu’il le démonte avec des arguments à la con.

La connexion n’a pas que des avantages comme l’explique Viktor Mayer-Schönberger dans Science. Une théorie naissante, comme une œuvre d’art ou toute création, est imparfaite. Si elle pénètre dans le grand bain elle se fait laminer, tant bien même elle contient en substance des promesses intéressantes. À trop vouloir partager, on uniformise et risque de tuer l’innovation.

Du côté biologique, il se produit la même chose. Les mutations se propagent si elles surviennent dans de petites communautés isolées. Une fois stabilisées, elles peuvent partir à la conquête du monde. En revanche, les mutations qui surviennent au cœur de la population principale se dissolvent immédiatement. Pour cette raisons, l’évolution darwinienne de l’homme s’est sans doute interrompue (nous nous faisons évoluer nous-mêmes maintenant).

Si tout le monde se connecte avec tout le monde, si tous le monde joue la transparence, il ne se passera plus rien d’intéressant entre les hommes. Nous devons continuer à jouer du secret. C’est indispensable à notre propre réalisation. Nous devons apprendre à nous connecter/déconnecter, apprendre à isoler des pans de notre vie le temps que nous leur donnions sens et cohérence.

Je n’ai jamais prôné le tout connexionniste. J’évite Paris et la folie des rencontres et des soirées qui nous dévorent et ne nous laissent pas de temps pour nous-mêmes. J’évite la presse, la radio, la tv… pour les mêmes raisons. Même les fils d’actualité sur Internet. Plus tu crois savoir ce qui se passe dans le monde, moins tu en sais… car tu finis par penser comme tous les autres.

Dans mon livre, j’imagine un monde de TAZ qui se composent et se décomposent sans cesse. Un monde à vrai dire qui a peu de rapport avec les organismes connus et auquel je devrais sans doute trouver un autre nom que superorganisme.