Thierry Crouzet

Bernard Stiegler au positif

J’ai commencé à écrire ce billet en répondant aux deux commentaires de Philippe Sarro et de Krysztoff, suite à mon passage au Téléphone sonne.

Je n’ai pas dit que Stiegler était à côté de la plaque, au contraire. Lors de l’émission, ses interventions ont été pertinentes, j’ai approuvé tout ce qu’il a dit, j’aurais pu le dire aussi, mais j’ai juste trouvé qu’il tirait à lui le sujet de l’émission… En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti, peut-être parce que j’étais au téléphone. Impossible pour moi d’être objectif sur ce coup (je le suis rarement d’ailleurs) et c’est pour ça que j’ai écrit mon billet pour avoir vos réactions.

Plutôt que de parler de ce que les gens pouvaient faire pour entrer en politique aujourd’hui, Stiegler est allé vers le théorique… racontant des choses générales sur internet et la révolution technologique. J’avoue que ces grands discours me fatiguent un peu, même si j’ai souvent donné dans le genre.

En ce moment, j’ai les mains dans le cambouis du Web et c’est là que les choses se passent, qu’elles se font… Le discours n’arrive qu’après, trop tard, car la technologie avance trop vite. Grâce à l’informatique, les philosophes doivent devenir des expérimentateurs. C’est une thèse du peuple des connecteurs. Je parie que les générations à venir ne retiendront rien des philosophes qui ne mettront pas la main à la pâte.

Et mettre les mains à la pâte, c’est faire les choses soi-même, au niveau local… et ne pas déléguer à d’autres (genre agence de développement ou autre). Dans le domaine informatique, on ne comprend vraiment une chose qui si on la programme soi-même, explique Chaitin. Je suis d’accord avec lui.

Franchement, je n’ai pas encore lu Stiegler, je vais le faire. Je vais d’ailleurs essayer de le rencontrer. Il est évident que nous vivons sur la même planète et que nous avons des choses à échanger. Tout ce que j’ai écrit sur lui ce matin, je le répète, c’était mon ressenti après une émission radio où nous n’étions même pas face à face. Loin de moi l’idée de critiquer la pensée de Stiegler que je ne connais pas.

Et puis j’ai presque envie de reprendre ce qu’a dit Stiegler pour répondre à Krysztoff. Nous entrons dans l’époque des amateurs, des proams comme disent les Américains. Je ne crois plus aux experts. Le monde devient trop complexe pour que qui que ce soit ose se dire expert. Oui, je suis un amateur et je revendique ce titre. Et de ma position d’amateur, j’ai dorénavant le droit de dire ce que je pense autant qu’un soi-disant expert. Faudrait-il que j’ai un diplôme pour avoir le droit de m’exprimer ? Et qui donc aurait un diplôme pour accorder un diplôme à mes juges ? Et un diplôme aux juges de mes juges ?