Thierry Crouzet

Le Flux: c’est d’abord une révolution personnelle

Transformer la société en se transformant soi-même. Je n’ai jamais cru qu’il y a avait d’autres possibilités. Les révolutions qui ne se produisent pas à l’intérieur des gens ne finissent que par reconstruire le même monde que celui qu’elles ont abattu.

Je n’ai jamais défendu d’autres principes. Dans Le peuple des connecteurs, j’ai cherché à montrer l’impuissance des puissants et des représentants. Le contrôle ne fonctionne que dans une société simple, plus dans la notre. Alors c’est à titre individuel que nous devons prendre la maîtrise de notre vie ce qui implique en second temps une maîtrise de la société.

Le cinquième pouvoir ne fait que donner des exemples. Qu’est-ce qu’un pouvoir de décentralisation sinon le transfert à l’individu de la capacité de gouverner sa vie ?

Tout le monde a retenu l’idée d’un cinquième pouvoir médiatique. Mais, en ce sens, il n’a peu d’intérêt, simple déplacement du quatrième pouvoir. C’est quand le cinquième pouvoir devient énergétique, économique, militaire, esthétique… qu’il prend tout son sens, quand les gens se réforment eux-mêmes.

J’ai toujours cherché à vivre selon ces principes. La tentation est grande de se dire qu’un homme providentiel peut faire gagner du temps. C’est un doux rêve. On a le droit de rêver, à condition de vite remettre les pieds sur terre.

On me reproche alors mon élitisme. La plupart des hommes ne sont pas capables de se prendre en main. Qui dit ça d’abord ? Ceux qui ne peuvent pas se prendre en main ou ceux qui se permettent de parler à leur place ? Je suis optimiste, j’espère que chaque homme peut tendre vers plus de présence au monde.

La situation pour moi est très simple. Soit nous nous réformons nous-mêmes et nous réussissons à gérer la complexité. Soit nous en sommes incapables et la complexité nous explosera à la figure.

L’alternative nomade est une fois de plus une tentative pour aborder le même sujet, avec un aspect pratique. Je vois le nomadisme dans le Flux comme une méthode pour nous réformer. Un parcours initiatique qui peut nous mener à nous individuer et une fois individué à nous protéger du désir mimétique.

Cette initiation a toujours été possible. Longtemps avant internet les jeunes bourgeois partaient pour un Grand Tour. Le voyage forme la jeunesse. Je crois que le Flux ouvre le processus au plus grand nombre.

Utopie peut-être. Mais encore une fois je ne vois pas d’autres solutions. Bien sûr, si nous nous individuons plus qu’aujourd’hui, la société ne pourra que se métamorphoser. Si je ne copie plus mes semblables, je deviens beaucoup moins sensible au consumérisme de masse par exemple. Ça signifie que les productions en série n’ont plus d’intérêt pour moi. Ça implique une autre économie. Et très vite une autre politique… On ne gère plus de la même façon une cité habités d’individus qu’une cité habités par des clones indifférenciés.

Mais encore une fois je ne prône aucune réforme, sinon des réformes individuelles, des réformes que je tente de m’appliquer à moi-même et que de plus en plus de gens autour de moi appliquent.

Qu’on ne me dise pas que tout cela prendra trop de temps. Les autres méthodes (le top down, le communautarisme, la révolution…) ne nous permettent plus d’avancer. Nécessairement, il faut emprunter un nouveau chemin si nous voulons dépasser les difficultés auxquelles se heurte notre ancienne façon de vivre.

Si je me trompe sur ce dernier point, ça n’a aucune importance. Si les routes déjà explorées suffisent, tant mieux. Ce que je sais c’est que le chemin que je décris m’aide déjà à être moi-même. Alors c’est déjà énorme.

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