Thierry Crouzet

Prolégomènes

À dix-sept ans, en 1980, j’ai décidé de devenir écrivain, peut-être parce que j’étais mauvais en français, surtout parce que j’avais envie de raconter des histoires. Je voulais imiter A. E. Van Vogt, Clifford D. Simak, Frank Herbert, Jack Vance, Théodore Sturgeon… J’ai alors commencé un journal, en dilettante au début, puis avec de plus en plus d’attention à partir des années 1990.

À cette époque, mes Carnets de route comme je les appelais ne ressemblaient plus à un journal intime. Ils servaient de brouillons à mes autres textes. J’y éparpillais des réflexions que j’illustrais parfois d’aquarelles.

En 1996, j’ai publié sur Internet un extrait de ce carnet, sans prolonger l’exercice car personne n’y prêta attention. En 2000, j’ai participé à la création d’une maison d’édition en ligne. Je ne cherchais plus à me publier moi-même, mais je voulais donner aux auteurs non-techniciens les moyens de le faire.

Je me suis retiré assez vite de ce projet, mes amis partenaires ne s’entendaient pas. J’ai consacré un peu plus de temps à bonWeb.com, site créé en 1998. En 2003, je revenais à mes amours pour l’auto-publication en ligne, en créant bonBlog.com une plate-forme de blogs communautaire.

Je pensais que les gens qui se passionnaient pour un sujet pouvaient créer des villages où ils partageraient leurs textes et leurs photos. Ce fut un flop, il était encore trop tôt en France pour le collaboratif et je n’avais pas assez la fibre entrepreneuriale pour lancer un tel service à grande échelle. Avec le recul, je vois bien que j’aurais dû persévérer, mais c’était sans importance puisque d’autres l’ont fait à ma place.

J’étais donc immergé dans la blogosphère depuis son origine mais je n’éprouvais pas le besoin d’ouvrir mon propre blog. Je me confrontais à un problème classique en art : l’adéquation de la forme et du fond. Le blog ne collait pas, d’autant que durant toutes ces années je travaillais aux premières versions de mon Ératosthène.

Ce n’est qu’à la fin 2005, après avoir bouclé Le peuple des connecteurs, que j’ai compris que mes carnets avaient rejoint par leur forme et leur fond ce qui se faisait sur Internet. J’ai commencé à travailler mon blog dès le début 2006, trouvant peu à peu le ton et le rythme en même temps que des lecteurs fidèles.

Le blog est devenu mon atelier d’écriture comme l’étaient mes carnets, avec en prime la dimension participative. Je sais aujourd’hui que j’aurais pu, et même dû, publier plus tôt sur Internet mais, comme les internautes n’étaient pas prêts pour certains services que j’ai lancés, je n’étais pas prêt pour m’engager plus tôt dans l’autopublication.

Toutefois, malgré mon choix de la forme blog, je n’ai pas cessé de penser mes textes comme la suite logique de mes Carnets de routes. Il s’agit toujours pour moi décrire l’histoire de la pensée d’un homme, cet homme étant moi-même. Je ne veux pas bâtir un système cohérent mais avancer, quitte à me contredire sans cesse.