Thierry Crouzet

Des canailles nous gouvernent – preuve

Édition 132/176

Parce que j’ai publié un même ebook à différents prix, je serai bientôt considéré comme hors la loi. Tel est en tout cas le souhait des sénateurs s’il faut en croire le projet de loi qu’ils viennent de voter.

Toute personne [ ] qui édite un livre numérique dans le but de sa diffusion commerciale en France est tenue de fixer un prix de vente au public pour tout type d’offre à l’unité ou groupée. Ce prix est porté à la connaissance du public.

Si cette loi passe à l’Assemblée, je serai obligé de vendre en direct chez moi aussi cher que chez le plus cher des distributeurs, c’est-à-dire que le plus cher d’entre eux imposera sa volonté à tous les autres, et donc à tous les lecteurs. Je n’aurais donc plus le droit de diffuser gratuitement. Mais vendre gratis est-ce encore vendre ? Cette loi est absurde et ne tient pas compte de la particularité des objets dématérialisés. Une bande de canailles nous gouverne : je n’arrive à croire qu’ils sont aussi imbéciles qu’ils en ont l’air.

Le texte de ce projet de loi montre l’absurdité de la mesure envisagée, et donc la forces des lobbies qui la soutiennent :

Ce prix peut différer en fonction du contenu de l’offre, de ses modalités d’accès ou d’usage.

Qu’est-ce qu’une modalité d’accès ? Sur mon site, elle diffère de chez Apple. Je peux donc faire ce que je veux chez moi. Et puis rien ne m’empêchera d’ajouter une dédicace différente dans chaque ebook pour que le contenu diffère sans cesse. Ne vous inquiétez pas, vous pourrez à l’avenir payer les ebooks au prix que vous choisirez car chacun de ces ebooks sera personnalisé pour vous, ne serait-ce que grâce aux fonctions sociales qui les accompagneront.

Messieurs les Sénateurs pour qui travaillez-vous ? Pour le peuple (qui certes ne vous a pas élus) ou pour quelques entreprises qui vous graissent la patte ? Voulez-vous favoriser le développement de la culture, l’innovation éditoriale ou entendez-vous préserver les privilèges d’une profession, non pas celle des éditeurs qui se trompent de combat, mais celle des diffuseurs (qui les tiennent eux aussi par les couilles) ?

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